Sois féministe mais tais toi

Le féminisme (les féminismes) semble être, pour l’intérêt que je lui porte, l’ensemble des revendications portées par et pour les femmes en matière politique, sexuelle, économique, culturelle, sociale, etc. C’est en tout cas ce que j’en comprends. De nombreuses (la plupart) des femmes semblent s’en emparer à travers les classes bourgeoises occidentalisées (celles qui dirigent le monde donc, car les ouvrières indiennes de Beyoncé ne « dirigent » pas le monde malgré les mêmes ovaires qui habitent le même ventre que leur bourreau idole des jeunes).

Il est bien entendu, comme je le sous entendais plus haut, qu’il existe plusieurs façons d’être féministe (ou de ne pas l’être). C’est un choix individuel _ c’est ironique, porté par des mouvements de masse anciens et profonds (qu’on pense à Olympe de Gouges, Louise Michel…).

Aujourd’hui, une femme a pleinement le droit de travailler ou non, faire du sport ou non, s’épiler ou non, être féminine ou non, etc. Il faut le dire et le clamer haut et fort.

Cela étant posé, il faut que chacun ait le droit de choisir. Chacun doit pouvoir aimer ou non (donc de discriminer, de hiérarchiser) ses goûts et ses choix. Dans un monde où l’impératif social, culturel et économique du mariage n’existe plus, et où l’individu roi a pris le dessus sur les communautés, chacun doit pouvoir dire oui ou non. J’ai pour ma part le droit de dire non à une agender obèse à iroquoise arc-en-ciel, et travaillant dans la ‘com’, dans la mesure où je préfère les femmes méditerranéennes : avec des rondeurs (j’ai dit des rondeurs : pas « des gros seins »), brunes, etc.

Il n’est pas cohérent et encore moins légitime de réclamer toute l’attention du monde, notamment de la part des hommes, à une époque où le mariage (et plus largement le couple), institution certes patriarcale et bourgeoise mais protectrice des intérêts des femmes vieillissantes et donc infécondes. Pour préciser ma pensée : l’avantage du mariage des sociétés traditionnelles « patriarcales », est qu’il protégeait à la fois la femme matériellement (foyer, argent) ainsi que sa vertu, et ce même si les hommes ont toujours eu des maîtresses.

La société bourgeoise, en introduisant progressivement l’hédonisme et le désir comme seuls critères valables du couple, a mené à l’aliénation des deux sexes. J’ai bien conscience de ne rien apporter à l’édifice anti moderne de la littérature et de la philosophie en énonçant ce point (voir Clouscard etc).

En somme, comme le dit la chanson, chacun fait ce qui lui plaît. La société hédoniste a tué le mariage, et comme Erysichton qui se dévore lui-même, dévore le désir.

Donc : sois féministe, mais tais-toi. Tu voulais la liberté sexuelle ? Tu l’as, et je te soutiens jusqu’au bout, tant que tu n’empiète pas sur mon espace vital c’est-à-dire mon propre libre arbitre. A ce titre, la polémique quu tourne autour de Yann Moix est assez symptomatique. Si l’on peut s’amuser, regretter, ignorer ou blâmer (au choix) son obsession quasi fétichiste pour les femmes jeunes et asiatiques, on ne peut en revanche hélas pas lui imposer de coucher avec telle ou telle femme. Le mouvement #MeToo a (re) mis à l’honneur un principe fondamental dans la sexualité, en l’occurrence le consentement. Cette vision du couple, du consentement, du désir, de la sexualité, est peut-être nouvelle, bouleversante, peut être débattue, nuancée mais doit s’appliquer aux deux sexes : « mon corps, mon droit » vaut également pour Yann Moix.

De nombreuses femmes (artistes, bloggeuses, journalistes ou anonymes) ont ainsi eu la bêtise, et je pèse mes mots de souligner que Yann Moix passait à côté de « quelque chose », en l’occurrence de femmes de plus de cinquante ans absolument ravissantes. Plusieurs problèmes à ce raisonnement : le problème est le côté purement esthétique, physique, sur lequel le désir reposerait : pour le féminisme comme mouvement intellectuel profond, on repassera.

Le deuxième, c’est que concernant le point précédent, on est en droit de douter de l’authenticité de la plasticité de certaines stars telles, à l’inverse de Yann Moix dont la laideur « a un avantage, c’est qu’elle dure », comme disait Gainsbourg.

Le troisième, et c’est le pire, c’est la question du consentement : qui dit que Yann Moix voulait coucher avec Monica Bellucci? Et la réciproque ? Un an de mouvement #MeToo pour en arriver là, à nouveau, bravo les féministes.

Il reste à mon sens deux issues au féminisme : l’individualisme forcené que je viens de décrire, et le retour à la famille traditionnelle. Ce mouvement arrive en fin de course et ne pourra arriver à se sauver de la caricature que par la deuxième solution, qui passe par une compréhension des désirs et du rôle de femme dans la société et dans la famille (pas nécessairement au foyer d’ailleurs).

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Protégé : De Nietzsche à Buddha : Itinéraire de Conan, dernier héros de Droite

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Pourquoi le (potentiel) futur Califat s’annonce décevant

Ce titre provocateur risque de m’attirer les foudres d’un grand nombre d’imbéciles. Qu’il soit bien précisé à tous qu’il ne s’agit pas d’un article politique et que cet article n’a pas pour but de trouver des solutions politiques aux problèmes posés.

Pour le comprendre, je vais commencer par exposer très brièvement une des thèses de René Guénon, qu’il développe dans son ouvrage le plus connu, « la crise du monde moderne » (1927). Dans cet ouvrage, le philosophe développe l’idée d’un occident moderne qui aurait perdu la Tradition, là où l’orient (civilisation indienne, monde islamique, civilisation chinoise) aurait conservé cette Tradition. Il en profite pour balayer toute tentative de « recréation » de Tradition par ce qu’il appelle les traditionalistes, qu’il oppose d’ailleurs aux traditionnels.

Partant du principe que nous nous situons à la fin de ce que les Hindous nomment le Kali-Yuga (l’âge sombre ou âge du fer), il estime que la seule façon dont pourrait être sauvé l’occident est de s’abreuver à la source orientale, dans la mesure où les sociétés traditionnelles sont similaires entre elles.

Oui c’est pas pour demain non plus.

Et c’est précisément là que le bât blesse. Mort en 1951, René Guénon, qui s’alarmait en 1927 de la modernité en occident, n’eut pas le temps de la voir gagner l’orient : mères porteuses en Inde, capitalisme et suicides en Corée du Sud et au Japon, communisme en Chine, en Asie du Sud-Est, fin des castes en Inde, buildings vertigineux au Moyen orient, en Corée du Sud, en Chine, au Japon, à Singapour…

C’est pas si tradi…

Nul doute que la seconde guerre mondiale et la guerre froide d’autre part ont rompu de façon durable et profonde l’idée que Guénon se faisait de l’orient. Il est évident que s’il existe une Tradition primordiale, elle existe encore (au moins dans une certaine mesure) au Japon, en Mongolie, au Tibet, en Perse, en Chine, en Inde, ou dans le monde islamique.

Mais considérons ceci. Chez l’écrivain américain Robert E. Howard, créateur de Conan, le barbare est supposé agir comme un feu régénérateur : il est Śiva,créateur et destructeur. Devant les civilisations affaiblies, il vient les « tester » ; comme Attila ou Genghis Khan, le barbare sert d’ordalie. L’alternative est la suivante : être détruit (puis renaître) ou repousser le barbare.

Cavalier de Kubilaï Khan

Le problème de la civilisation occidentale/européenne est celui-ci : elle n’a ni Attila, ni Genghis Khan. Son barbare à elle n’est pas une armée. Il s’agit d’un mélange de mercenaires venus de tout le monde musulmans, d’une part, et d’autre part de jeunes de banlieue d’origine maghrébine ou africaine pratiquant un islam mâtiné de capitalisme McDonald’s : la chicha entre la prière et le Starbucks. Ils sont encore plus déracinés que les autochtones auxquels ils s’en prennent (insultes, vols, agressions, viols, meurtres, attentats). Ils n’ont d’ailleurs en réalité pas plus d’intérêt au califat qu’eux : si la législation concernant les voleurs était la même à Raqqa et à Trappes, le nombre de manchots irait croissant.

Futurs soldats du califat?

Il est difficile de dire si Guénon a fait ou non une erreur sur ce point. Il serait plus exact de dire que l’histoire a été cruelle avec un certain nombre de ses prévisions au niveau du temps court, lui qui raisonne sur le temps très long.

D’un point de vue guénonien, le potentiel futur Califat, s’annonce donc décevant : fort peu « islamique », s’accomodant fort bien de la démocratie et du capitalisme le plus brutal… L’expérience nous a montré que des pays pouvaient combiner théocratie musulmane et capitalisme parfaitement intégré dans le grand marché mondial, à l’image des pays du Golfe.

Art contemporain : les orphelins de la technique

L’artiste Déborah de Robertis s’est fait remarquer le 24 septembre 2017 lors d’une prestation artistico-visuelle au Louvre lors de laquelle elle a exhibé ses attributs féminins devant la Joconde. « Happening » féministe autant que politique et artistique, c’est là la preuve que l’art, notamment pictural, peine à se renouveler sans appui financier, médiatique et publicitaire. On se souvient de même du « Vagin de la reine » du plasticien Anish Kapoor, autre témoignage d’une préoccupation pour le moins troublante des « artistes » du XXI ème siècle pour la représentation graphique du sexe féminin.

« La laideur vient d’un désir de profanation. Avec la perte des rites de passages et de la culture religieuse, les hommes sont perdus. Ils commencent alors à vouloir se venger des anciens idéaux qui les ont trahis. »

Roger Scruton

Il est courant, voire récurent, de lire et d’entendre dans les milieux réactionnaires ou dits conservateurs que « l’art est mort  » sans que personne ne puisse fixer de date ni d’explication. Et qui de dire que Picasso était décadent, qui d’accuser le Bauhaus, avant que la discussion ne dérape dangereusement jusqu’à l’ad hominem ou le point Godwin.

Se pose une question essentielle : comment en est-on arrivés à la mort de l’art ?

Une série d’explications qui se nourrissent les unes les autres, et se suivent parfois, est envisageable.

La première est la mort progressive de Dieu. Quand les hommes de la Renaissance ont mis l’homme au centre de la création et de la représentation d’une part (homme de Vitruve) et d’autre part la pensée (cogito de Descartes), ils ont écarté de fait la première et la plus importante des hiérarchies : celle de Dieu. Or, ce qui est Beau est nécessairement Vrai et Bien, d’un point de vue théologique. Bien entendu, nombres d’œuvres d’art et de bâtiments contemporains ou postérieurs à la Renaissance sont de véritables chefs d’œuvres. Que l’on pense seulement à la Chapelle Sixtine, aux églises de la Contre-réforme catholique. Mais déjà certains de ces bâtiments ont un parfum de ce que les Grecs nommaient hubris ( ὕϐρις en grec ancien), à l’image du château de Versailles. Pour ces bâtiments comme pour ceux de nos XX et XXI ème siècles, l’écrivain Nicolàs Gòmez Dàvila avait une phrase : « la plus grande accusation contre le monde moderne est son architecture ». Il n’est pas question de nier la beauté de ces bâtiments mais de douter du rapport de celle-ci avec la Vérité et le Bien.

Une deuxième explication réside sans doute dans la prise de conscience que l’Homme, et ce qu’il a bâti, est éphémère. Paul Valery dans « Agonie ou renaissance » déclare « Nous autres civilisations savons maintenant que nous sommes mortels ». L’entre-deux guerres, ainsi que les divers mouvements culturels, artistiques et philosophiques, montrent bien cette idée d’une civilisation pressée de vivre, et de s’éteindre rapidement. Les mouvements surréaliste ou dada ne concernèrent que des cercles d’initiés là où l’art gothique par exemple avait été un mouvement architectural de fond. Le XX ème siècle, et plus encore le XXI ème, est d’un point de vue artistique et architectural l’ère du pratique plutôt que celle de l’esthétique (béton, goudron). C’est l’époque de l’immeuble collectif puis du HLM plutôt que de la maison, là encore pour des raisons économiques et historiques ; la reconstruction, le plan Marshall et l’exode rural sont passés par là.

Mais le XX ème siècle de l’après-guerre voit également arriver peu à peu la mort du progrès dans la technique : c’est le siècle où l’on a tout fait, tout vu, ou presque. Il n’y a pas de réelle innovation dans la peinture, le principe du cinéma et de la photographie reste le même jusqu’à l’arrivée du numérique. De même, les progrès de la cartographie, rapidement assistée par satellite, dès 1972, en viennent à peu à peu « tuer » les imaginaires. De fait, on dessine, on peint, on filme et on photographie peu ou prou comme les précurseurs. Le nombre d’arts n’a pas augmenté, malgré l’ajout relativement récent des arts médiatiques et de la bande dessinée et prochainement du jeu vidéo, qui sait.

Quels que soient les qualificatifs, péjoratifs ou mélioratifs, que l’on attribue à ces artistes, la réalité est cruelle : ils sont orphelins de la technique.

Nos Pères nous ont légué un fabuleux héritage artistique et intellectuel que nous sommes incapable non seulement de perpétuer, mais pire encore, de transformer. Nous sommes incapables de faire aussi bien que nos ancêtres, et c’est là un vertige absolument terrifiant.

Voilà pourquoi on voit des gens de lettres devenir courtisans, ou des plasticiens et des peintres concentrer leur oeuvre sur leurs seules parties génitales : parce qu’ils n’ont rien de Beau, donc de Vrai à produire, et parce qu’ils n’en ont plus les moyens techniques de le faire. Ils sont à la fois orphelins et matricides de la techniques : en faisant aveuglément confiance à celle-ci, ils ont oublié ce que l’Homme avait de talent créateur propre. Parce qu’il est de plus en plus facile de prendre une photographie et de la modifier, ils ont privilégié l’outil plutôt que la main et l’esprit qui le guident.

C’est également la raison pour laquelle la critique anti capitaliste de l’art contemporain est incomplète, borgne : si la financiarisation du « marché de l’art » est indéniable, il n’en demeure pas moins d’une part que la crise est avant tout philosophique et esthétique, et que d’autre part le capitalisme financier ne fait que jouer le rôle d’accélérateur des crises que traversent le monde de l’art.

La mort de l’art est indéniable. Mais c’est moins un contexte économique que spirituel et philosophique qui est en cause. Ce n’est que par un renouveau spirituel et philosophique que l’art sortira de cette boucle de laideur infernale à tout point de vue. Sans cela, la peinture, l’architecture, la photographie et même la littérature risquent de se retrouver comme prisonniers.

Conan le barbare : un film pas si bourrin

De nombreuses analyses ont été faites du personnage de Conan, de son univers, mais peu, je crois, ont cherché à en creuser la philosophie et la théologie. Je vais donc tâcher de démontrer les lignes de fracture que le film de John Milius de 1982 tend soit à mettre en exergue soit à réconcilier, notamment en m’intéressant au personnage de Thulsa Doom.

I/ Un « méchant » evolien

Dans la doctrine de l’éveil Julius Evola définit la conception de la vie dans le bouddhisme notamment comme une succession de tourbillons, comme un fleuve. Cette idée se retrouve dans le roman de Hermann Hesse Siddartha (le nom de Bouddha avant qu’il atteigne l’éveil).

Ai-je besoin de faire les présentations?

Le philosophe italien explique également que le bouddhisme est la seule religion et la seule doctrine qui soit réellement ascétique. A ce titre, Conan le barbare propose un traitement bouddhique du personnage de Thulsa Doom : immortel, ce sorcier a pour modèle et emblème le serpent (oroborous). Interprété par James Earl Jones, il ne manifeste jamais la moindre contrariété, joie, ou colère. Cela se voit à deux moments. Le premier est la fin du saccage du village de Conan, au début. Bien que l’opération soit un succès objectif total, Thulsa Doom n’a ni un mot ni un sourire de joie ou de contentement, pas même de joie sadique quand il décapite la mère de Conan. Le second moment survient quand il reproche à Conan d’avoir volé l’oeil du serpent et d’avoir tué le serpent géant. On ne ressent dans sa voix et dans sa posture corporelle qu’un vague mépris, mais ni rage ni agressivité. Et quand il envoie Conan se faire crucifier, il le fait pour se débarrasser, sans haine ni colère. C’est là ce qui fait la force de ce méchant, non manichéen, mais doté d’un système de valeurs différentes de celles de Conan.

Quand t’as joué Thulsa Doom et la voix de Dark Vador, t’as plus besoin de prouver quoique ce soit à personne.

II/ Un avertissement matérialiste : la chair et l’esprit

En face, le personnage de Conan apparaît comme incarnant (littéralement) la supériorité de la force sur l’esprit. C’est la le paradoxe : lors de sa rencontre avec Thulsa Doom, celui-ci lui déclare : « l’acier n’a aucune force. La chair est plus forte ! ». Mais la chair qu’évoque le sorcier est celle du nombre, de la masse, celle du guru non pas au sens traditionnel, mais au sens perverti. Le pouvoir, la richesse et l’orgueil, sont devenu péchés (ou hybris, dans une perspective grecque), et la secte est devenue la foule que redoutait Gustave Le Bon dans son ouvrage Psychologie des foules (1895). En effet, pour ascétique que soit Thulsa Doom, son monde est pervers : pouvoir, soif de richesse et des plaisirs sensibles (séquence de la caverne). Il est donc bien le serpent c’est à dire Satan, dont Jésus nous avertit dans Matthieu 24:24 : « Car il s’élèvera de faux Christs et faux prophètes; ils feront de grands prodiges et des miracles, au point de séduire, s’il était possible, même les élus ».

Le moment le plus frappant de cet aspect est celui où Conan, repéré comme intrus, est capturé. Une foule immense se lance alors à la suite des individus qui l’ont capturé, alors que cela est rationnellement absurde : il leur est impossible de le blesser. Ces fidèles ne sont guidés là que par leur fanatisme et leur fidélité sans borne en Thulsa Doom. Conan apparaît donc comme un personnage catholique face aux hérésies de la gnose, ou encore face aux Cathares, rappelant que le Divin s’est fait chair.

Dédicace à Catherine Millet, ceci est un gnostique. Pas un catholique. Son nom est René Guénon.

III/ Prométhée contre Jésus ? Eschatologie howardienne

Le film de John Milius réussit également le pari audacieux de mettre en perspective les thématiques christique et prométhéenne.

Nous l’avons vu, Conan peut être vu comme un héros christique. Mais ce héros européen est également un personnage prométhéen. On le voit à trois moments. Le premier est celui où le père de Conan confie à son fils le secret de l’acier, lui expliquant qu’il n’y a que la technique qui permette de lutter face à la barbarie et à l’obscurantisme. Or, nous l’avons vu dans un précédent article, pour Howard, le barbare est précisément l’incendie régénérant de la forêt (une idée que Christopher Nolan reprendra dans Batman Begins); il est Kalkî, Maitreya, et toutes les figures eschatologiques.

Cela se voit également au moment où Conan trouve son épée dans la tombe. L’arme est rouillée, il la remet à neuf, puis en profite pour se refaire de ses chaînes. Le message est simple : l’homme peut améliorer son outil et se défaire de ses limites grâce à lui.

Le troisième moment est celui où Conan tue le serpent géant, symbole de la victoire (ou du moins de la maîtrise) de l’homme sur la nature grâce à la technique. Chacun y aura vu une allusion aux héros et aux saints sauroctones, de Apollon tuant Python à Sainte Marthe, Saint Marcel, etc.

Saint Clément, premier évêque de Metz, conduisant le Graoully sur les bords de la Seine. C’est autre chose qu’un pitbull.

Mais le film a un message terrible pour Prométhée et les hommes : le prix de la technique est douloureux. Comme Prométhée, Conan est enchaîné à un arbre, harcelé par des vautours.

Oui ça fait mal.

Dolores, l’IRA, l’Irlande et le catholicisme 

Dolores O’Riordan est morte hier lundi 15 janvier à l’âge de 46 ans. La chanteuse des Cranberries, à la voix rageuse, fragile, ou angélique s’est éteinte dans le ciel londonien où elle était venue enregistrer_une dernière fois. 

Dernière d’une famille de sept enfants, la chanteuse irlandaise était connue non seulement pour son talent mais aussi pour des convictions et une âme qu’elle n’a jamais reniées, ce que les médias et les bien pensants ne lui ont jamais pardonné, même dans la mort. Pro famille (« Ode To My Family »), patriote irlandaise ( » God Be With You »), l’auteur des textes de la « sauce aux canneberges » (qui accompagne l’action de Grâce) savait mettre subtilement ses convictions en avant. Elle était également pro peine de mort, prenant pour exemple Singapour, et anti avortement… Comme n’importe quelle Irlandaise catholique née en 1971 (« The Icicle Melt »).

Il y a cependant un contresens que doivent éviter les admirateurs de Dolores, notamment ceux qui s’intéressent à l’IRA et au conflit Nord-irlandais. Pour patriote et catholique qu’elle fusse, elle n’a jamais apporté son soutien à la cause de l’IRA, condamnant même la violence et la guerre à travers sa chanson la plus connue, « Zombie« . L’idée est moins de prendre position contre l’IRA, et notamment sa branche armée, que de tenter de s’interposer entre les belligérants et d’imposer une sorte de paix de Dieu, à une époque où l’Eglise ne répond (déjà) pas/plus à ses aspirations (elle déclarait ne pas aller à l’église). Le refrain ne dit pas autre chose : « But you see, it’s not me/It’s not my family/In your head, In your head, they are fighting/ With their tanks, and their bombs/ And their, and their guns/ In your head, they are crying ». Là où les tanks se réfèrent aux troupes britanniques, les bombes se réfèrent aux attentats de l’IRA (encore que les Black and Tans aient pu se livrer à des actions proches). Ce que hurle Dolores est une supplication et une prière. C’est une jeune femme qui a 22 ans au moment de l’attentat de Warrington évoqué dans la chanson et qui n’a connu que la pauvreté et la guerre. L’accent est mis, on  le comprend, sur le caractère non seulement brutal mais encore lassant de la guerre (« Another head hangs lonely/Child is slowly taken »).

The Cranberries est donc moins un groupe « nationaliste » qu’un groupe catholique, et un groupe irlandais. 

Des nouvelles mythologies et des nouveaux héros dans le milieu nationaliste

J’ai déjà dit à quel point les héros, passés et à venir, étaient nécessaires à la construction de l’identité des peuples et des nations. Comme disait Paul Claudel « la jeunesse n’est pas faite pour le plaisir, elle est faite pour l’héroïsme ». Le sujet qui m’amène ici est la variété des mythologies où chacun puise ses références et se crée ses héros. 

Il n’y a sans doute pas de meilleur cadre que la guerre, en Europe ou ailleurs, pour faire frissonner de jeunes militants au coin du feu, une guitare à la main. Les deux guerres mondiales, les guerres coloniales (Indochine et Algérie) d’abord, aujourd’hui le conflit russo-ukrainien, sans parler des divers conflits au Moyen-Orient, ou des guerres qui ensanglantèrent l’ex-Yougoslavie agonisante. A des centaines ou des milliers de kilomètres, à des décennies de distance, chacun se choisit un camp comme quand on jouait aux cow-boys et aux Indiens étant petit. Chacun dit « je supporte telle cause » ou « en ce temps là, j’eusse rejoins telle faction ». Cette attitude devrait être selon moi être mesurée précisément en raison du manque d’information et de recul historique que nous avons, dans notre confort d’occidental du début du XXI ème siècle. Nous avons appris que les images et les discours pouvaient être détournés  (exemple du massacre de Katýn) et que les hommes politiques comme les journalistes n’étaient que peu fiables (exemple des armes de destruction massive de Saddam Hussein).

C’est pourquoi je suggère de faire appel à ces mémoires mythifiées avec le plus grand soin, la plus grande prudence. Nous devons être fiers de nos ancêtres et de ce que nous transmettrons à nos enfants.