Pourquoi le débat sur le voile n’a pas d’intérêt ?

J’ai écrit il y a quelques temps de cela un article où je tentais d’expliquer la vanité du débat « pour ou contre le hijab à Décathlon ». Un malheureux incident récent, où l’on vit un élu RN se comporter comme un malappris avec une femme musulmane certes voilée mais qui était hélas dans son bon droit (républicain) vit une nouvelle occasion pour les Français de s’engueuler entre les grèves, les retraites, puisque les médias commençaient à se lasser un peu des Gilets Jaunes et que les fêtes de Noël étaient encore un peu loin. En somme, une nouvelle affaire Dreyfus est en marche !

« Un dîner en famille », 1898, Caran d’Ache

Ainsi, puisque selon le bon mot du général de Gaulle, « les Français sont des veaux », tâchons de voir pourquoi ce débat n’est que le doigt que nous montre le philosophe, et quelle est la lune que nous devrions regarder.

I/ L’islam, nouveau football

Il est bien connu qu’en France, il y a à peu près autant de sélectionneurs que de fans de football. Force est de constater qu’un phénomène semblable se produit pour ce qui est de l’islam : chacun a un avis sur tout, sous prétexte qu’il a lu même vaguement et même mal traduit le Coran, qu’il a regardé une émission de BFMTV ou de France 2. Et les milieux nationalistes n’échappent pas à cette triste règle. De la droite bourgeoise catholique à la droite la plus « extrême » que représente le Rassemblement National, tout ce joli monde se répand en propositions plus ou moins farfelues (et souvent anticonstitutionnelles) pour « lutter contre le voile ». Sur tous les plateaux de télévision et de radio, les uns et les autres proposent par exemple d’interdire tous les signes religieux sur l’ensemble de la voie publique (l’auteur de ces lignes portant une Vierge à l’enfant tatouée sur le bras risque de passer de merveilleux moments en été si le RN arrive au pouvoir). A titre personnel, et n’étant pas exégète de l’islam, je refuse donc d’avoir ne serait-ce qu’un avis autre qu’esthétique (donc non politique) sur les différentes sortes de voile islamique.

II/ Pourquoi et pour quoi il y a-t-il des femmes voilées en France et en Europe ?

Dans un récent article, la journaliste Charlotte d’Ornellas de Valeurs Actuelles a timidement et brièvement évoqué l’origine du voile en France. Elle y souligne à juste titre que ce n’est pas une question de laïcité. En effet, s’il y a des femmes voilées en France, et plus largement des musulmans, c’est qu’il y a des Français d’origine maghrébine, voire des binationaux. Plusieurs points sur la nationalité sont à souligner avant de continuer : premièrement, les communautés issues du Moyen-Orient (Liban, Syrie, Irak…) sont minoritaires en France, et parfois chrétiennes. Deuxièmement, si la France autorise et reconnait la double nationalité, des pays comme l’Algérie sont en passe de l’interdire. Troisièmement, cette réislamisation est récente. Toujours pour ce qui est de l’Algérie, c’était même l’une des raisons qui avait forcé un certain nombre d’Algériens à fuir leur pays dans les années 90 pour venir en France. Quatrièmement, c’est le patronat qui a fait venir en masse ces immigrés dans les années soixante et soixante-dix, pour faire pression à la baisse sur les salaires, selon une confidence faite à Jean-Marie Le Pen par… Valéry Giscard d’Estaing.

Néanmoins, le nombre ou la religiosité des musulmans de France n’est pas le débat, pas plus que la « laïcité ». Les tenants de ce débat-là, qui veulent interdire aux femmes musulmanes de se voiler (et plus largement étendre la loi de 2004, déjà inutile et démagogique) sont des idiots et des nains politiques. Ils oublient que ces musulmans ne sont pas venus en France et en Europe par hasard ou par erreur : on ne trouve aucun Algérien ou Tunisien à Singapour ou en Corée du Sud pourtant fort riches, pratiquement aucun en Autriche, dont le niveau de développement et de richesse sont semblables à la France. En somme, tant que ces Maghrébins se contentaient d’enrichir le patronat et l’industrie français (et aujourd’hui italien, espagnol…), peu importait au pouvoir politique et audit patronat qu’ils fussent musulmans, pratiquants ou non. Mais à une époque de crise sociale, économique, politique, spirituelle, et de tensions notamment en Afrique et au Moyen-Orient, le Maghrébin surtout violent, au chômage, non intégré et réislamisé devient un problème.

III/ Quelle est la solution politique au problème du voile ?

Nous venons de l’évoquer, le problème du voile n’est donc ni religieux ni esthétique, comme le dénoncent ses adversaires, mais à la fois culturel, démographique, et en définitive politique. Dénoncer « l’islam politique » est une formule de langage purement médiatique de la part de gens qui n’ont pas l’humilité et les outils scientifiques pour parler de l’islam qui est par nature politique.

La solution politique raisonnable me semblerait donc tenir en plusieurs étapes. La première consisterait en un évident arrêt de l’immigration, complété par une sélection de celle-ci, à l’image de ce que font des pays comme l’Australie, le Canada, ou le Royaume-Uni. La deuxième consisterait en l’application de la double peine, conduisant en l’expulsion massive d’un grand nombre de délinquants et criminels étrangers. La troisième consisterait en l’expulsion sous dix-huit mois de tous les clandestins, assortie éventuellement d’une aide au retour et de constructions de camps dans les pays de retour. La quatrième consisterait en l’instauration de programmes d’aide au retour, comme ce que mettent déjà en place un certain nombre de communautés d’Afrique subsaharienne (Cameroun, RDC…) afin de surveiller et encadrer notamment le financement.

IV/ Et le terrorisme ma bonne dame ?

Le terrorisme, qui n’est jamais que le manifestation violente du communautarisme, et donc pas systématique quoique épouvantable, trouvera sa résolution en partie dans les solutions proposées plus haut : la fin de l’immigration et du communautarisme tueront dans l’œuf toute velléité de terrorisme, en complément de services de police, de renseignements et de juste efficace mais respectueux des droits des individus. A ce titre, et concernant les looks des uns et des autres, il apparaît nécessaire de rappeler à chacun que les terroristes du Bataclan portaient jean et blouson, et étaient rasés de prêt (à l’inverse de l’auteur de ces lignes, qui arbore une ravissante barbe aux délicats reflets roux qui n’est pas sans déplaire au beau sexe). Etant un vrai libéral, je suis pour que chacun porte ce qu’il veut en termes de vêtements, selon sa philosophie, sa religion, ses opinions politiques, tant qu’il n’y a pas d’appel à la haine nominatif et que la santé mentale des enfants notamment est respectée (en clair, je ne suis pas favorable au nudisme en dehors des lieux prévus à cet effet).

Il faut également rappeler que le terrorisme s’inscrit dans un contexte global d’insécurité : recréer une chaîne police-justice-administration pénitentiaire, et mettre fin à un certain nombre d’interventions en Afrique et au Moyen-Orient, ne peut qu’aider à faire diminuer les actes terroristes en France.

Tant que nous serons les esclaves des médias et des agendas politiques des uns et des autres, nous ne pourrons traiter sérieusement et sereinement de cette question. Les problèmes et leurs responsables sont connus, il suffit de les pointer.

Quelle est la différence entre Howard P. Lovecraft et Louis-Ferdinand Céline ?

Cette question, qui pourrait être le début d’une plaisanterie, cache en réalité une interrogation sérieuse et profonde : pourquoi et comment le créateur du mythe de Cthulhu a-t-il réussi à se forger une image respectable, à l’inverse du « bon docteur Destouches », malgré des opinions politiques proches ? Notre propos est non pas de critiquer des idées qui étaient celles d’hommes de leur temps, le premier étant mort en 1937 et le second en 1961, et tous deux acteurs littéraires (et politique pour Céline) des années trente et quarante. Il s’agit plutôt de comprendre comment le milieu politique, médiatique, intellectuel, culturel a donné des gages à l’un, et pas à l’autre. Pourquoi Céline reste sulfureux, alors qu’il a été illustré par Jacques Tardi, peu soupçonnable de sympathies de ses idées ?

I/ Lovecraft et Céline : deux auteurs de leur temps

Il nous parait nécessaire de rappeler que Lovecraft et Céline, génies de la littérature, l’un pour la langue anglaise et l’autre pour la langue française, ont réussi le tour de force de créer de part et d’autre de l’Atlantique une mythologie nouvelle. Si Lovecraft est connu pour le « mythe de Cthulhu », « le cycle du rêve », Céline a pour sa part forgé une langue célinienne. Son style, jouant sur les rythmes, les sonorités, empruntant largement à l’argot, et oscillant entre l’humour volontiers noir et grinçant et le désespoir, a fait de lui un auteur que beaucoup de ses contemporains, et même de ses contempteurs, qualifient de majeur pour le XX ème siècle. Son regard et sa critique sociale, à l’opposé du marxisme qui idéalise le peuple, est également une nouveauté, Céline expliquant qu’un prolétaire n’étant qu’un bourgeois ayant échoué. Pour ce qui est de Howard P. Lovecraft, ce qui fait la nouveauté est paradoxalement son côté « réactionnaire » : se considérant comme anglais et indéfectiblement redevable à l’égard de l’Angleterre géorgienne et de l’Europe en général, notamment la Grèce et Rome, cet anti-Lumières élevé dans l’amour des livres par son père et plus encore par son grand-père cultivera une image anti moderne d’Anglais en Amérique, à l’opposé par exemple de Edgar Allan Poe, dont il fut pourtant un grand lecteur et admirateur et à qui il rendit hommage. En effet, Poe se vivait et se voyait en Américain et lutta toute sa vie pour la création d’une littérature proprement américaine, détachée des influences et des dettes à l’égard de l’Europe, notamment anglo-saxonne.

Nous venons de l’évoquer, Lovecraft se voyait en Anglais, regrettant la perte de l’Amérique par le roi George. Ceci explique, nous l’avons dit, le caractère rugueux de ses textes, qui semblent sortir tout droit du XVIII ème siècle, et d’autre part une vision du monde. En effet, Lovecraft adhère à une hiérarchie des races, au sommet de laquelle il place les anglo-saxons et naturellement les Germains, ce qui inclue donc les Anglais, les Scandinaves, les Allemands, Néerlandais, etc. Rien d’étonnant à ce qu’il ait trouvé des sympathies pour les idées d’Adolf Hitler… Qu’il traitera de « clown » en 1936, ses opinions à l’égard du chancelier allemand ayant changé. Il fera montre également d’une négrophobie virulente (le simple poème « On the creation of niggers » en témoigne) ainsi que d’antisémitisme… Ce qui ne l’empêchera pas d’épouser Sonia Greene, juive ukrainienne, seule femme de sa vie; si l’on excepte évidemment les femmes de sa famille.

II/ Lovecraft, héritage bancable, Céline, héritage sulfureux

Lovecraft est aujourd’hui littéralement partout. Il est présent non seulement depuis plus de trente ans dans les cercles d’initiés (jeux de rôles, jeux de sociétés, jeux vidéos…) mais également dans des milieux plus mainstream depuis quelques années : radio, télévision, journaux traditionnels, littérature, jeux-vidéos, bande-dessinée, mangas, et même cinéma, avec la prochaine adaptation attendue y compris par l’auteur de ces lignes des « Montagnes hallucinées » par Guillermo Del Toro, lui non plus peu soupçonnable de sympathie vis à vis des idées de Lovecraft. Or, Céline est bien moins présent dans l’actualité, du moins de façon « économiquement positive » et « visible », alors que les deux hommes sont morts et enterrés depuis longtemps. Il nous parait légitime de nous interroger sur cette différence de traitement : pourquoi le débat sur les pamphlets céliniens agite les médias traditionnels , alors que tous les spécialistes de Lovecraft s’accordent à dire que « l’Appel de Cthulhu » fut écrit par Lovecraft à New-York quand celui-ci découvrit le cosmopolitisme de la Grosse Pomme pour mieux le dénoncer ?

La réponse est évidente : parce que Lovecraft a malgré lui laissé un héritage bancable. A sa mort, la question de ses droits d’auteur fut assez confuse. Puis, comme évoqué plus haut, les années 70-80 et la sous-culture s’en emparèrent : nombre de créatures du célèbre « Donjons et Dragons » par exemple ont quelque chose de lovecraftien.

tyrannoeil
Un Tyrannoeil

De même, le MMORPG World of Warcraft (plus de 10 millions de joueurs dans le monde) a subi de façon évidente l’influence de Howard P. Lovecraft. La force de l’auteur est non seulement d’avoir créé un univers riche et vaste, mais également d’avoir mis peu de mots et d’illustrations sur des concepts, créatures, Dieux, ou personnages, ce qui a permis à une vaste quantité d’auteurs et d’illustrateurs de s’approprier ce qu’il avait créé des décennies plus tôt, et ce sur une grande variété de supports; ce qui est, au passage, sa supériorité sur un certain Stephen K. Si l’on est en droit de critiquer la qualité et si l’on peut flairer l’opportunisme pour certains projets, on peut au moins être assuré de la pérennité de l’oeuvre de celui que l’on a bien mal nommé « le reclus de Providence ».

Il n’en demeure pas moins qu’avec son oeuvre violente, noire, controversée et moins riche « visuellement » Céline demeure quant à lui l’un des derniers parias de la littérature française et francophone. Le jeu vidéo, le jeu de rôle, le jeu de société (on peut le comprendre) n’ont pas donné leurs lettres de noblesse à l’oeuvre pourtant puissante du plus grand écrivain français du XX ème siècle, tandis que de l’autre côté, dans les milieux mainstream , il n’est convoqué qu’à la façon de Satan, pour dire qu’il était un génie « malgré sa part d’ombre », comme une tâche à son costume, ou comme la mauvaise réputation d’une courtisane devenue la digne épouse d’un ministre. Aimer Céline, en société, doit se faire avec prudence : on doit préciser qu’on « aime surtout « Voyage au bout de la nuit » et « Mort à crédit » ». A l’inverse, qui se pique de provocation soufflera lors d’un dîner mondain sa passion pour Céline, et « avouera » posséder un (ou davantage) pamphlet, peut-être même sans l’avoir lu. C’est hélas le lot d’autres auteurs, lus pour leur subversion supposée ou réelle davantage que pour leurs qualités réelles.

Ainsi, on passe plus volontiers sur l’anticommunisme, l’antisémitisme, la négrophobie, et les (vagues) sympathies de Howard P. Lovecraft pour les thèses nazies que sur l’anticommunisme, l’antisémitisme, l’anticolonialisme, le pacifisme, et les sympathies (avérées) de Louis-Ferdinand Céline pour Hitler. La raison est purement mercantile.

Il est inutile de se faire une quelconque illusion : le système marchand prend et rejette ce qu’il veut. Les médias y compris culturels notamment mainstream n’en sont que des bras armés. Un auteur n’est pas célébré ou voué aux gémonies à la mesure de ses crimes, mais selon les besoins de ce système, suivant la formule hélas célèbre : « On lèche, on lâche, on lynche ». Pour le moment, Howard P. Lovecraft ne fait pas encore parti des rangs des pestiférés, qui compte Céline et d’autres, et ce malgré le travail acharné qui tente de réduire son oeuvre considérable (nouvelles, poèmes, lettres…) à un pseudo-fasciste complexé et malade.

Pour le rétablissement de l’esclavage

L’esclavage est né logiquement de l’inégalité des richesses, laquelle découle fort logiquement de la sédentarité. Dans la Grèce ou dans la Rome antique, plus de terres nécessitait et permettait plus de bras pour les entretenir.

L’esclave, en droit, est considéré comme un bien meuble, sur lequel son propriétaire a en théorie, tous les droits. Il est possible de trancher la gorge d’un esclave comme de briser une amphore.

L’abolition puis la disparition du servage en France (entre le XI ème et le XV ème siècle) ainsi que la lutte contre l’esclavage puis au cours du XVIII ème et XIX ème siècle a amené nos sociétés à considérer l’esclavage comme un état dégradant, avilissant pour la personne humaine, notamment sous l’impulsion de l’Eglise catholique.

Il convient de cependant faire quelque rappels. Tout d’abord, ce sont avant tout des motifs économiques qui ont vu la progression des idées abolitionniste : si le Christ lui-même ne condamne pas l’esclavage en lui même, c’est qu’il naît, vit, et meurt dans la Judée, province romaine, de l’antiquité. Il a en revanche exhorté à l’amour du prochain, notamment du plus faible, du pauvre, et donc de l’esclave.

L’esclavage est alors la norme et un élément de l’économie, en Perse, à Rome, en Grèce, chez les Germains, en Égypte, et évidemment chez les Hébreux. Paul de Tarse lui-même prône l’obéissance ses esclaves à leurs maîtres (Cor 2, 22-25).

Esclavage à Rome

En revanche, l’Eglise en tant qu’institution a accompagné progressivement l’émancipation des esclaves : le 13 janvier 1435, le pape Eugène IV publie ainsi l’encyclique Sicut dudum, dénonçant les mauvais traitements infligés aux esclaves indigènes des Canaries, exhortant à leur libération sous peine d’excommunication.

Soulignons ensuite la lettre Pastorale officium, du 29 mai 1537, du pape Paul III au cardinal Juan de Tavera, archevêque et primat d’Espagne, qui lui commande d’interdire la réduction des Indiens en esclavage ou des les priver de leurs biens. Cette lettre intervient quinze ans avant la fameuse controverse de Valladolid, qui détermina si la conquête et la réduction en esclavage des Indiens d’Amérique latine, sous l’égide de Charles Quint, était ou non légitime.

Paul III

Mais une lettre du 2 juin de la même année du souverain pontife, Veritas Ipse, est bien plus intéressante, puisqu’elle lie la liberté à la propriété. Les Révolutionnaires français de 1789 reprendront la même idée, suivant le modèle athénien : celui qui est libre est celui qui possède. La possession, la richesse fait la liberté. Et vice versa : la liberté doit servir à exercer son droit de propriété, son droit à s’enrichir.

C’est à partir du XVIII ème siècle et plus encore de ses conséquences (la Révolution puis la Révolution industrielle) que les choses se gâtent si l’on peut dire.

Les idées des Lumières ayant porté aux quatre coins de l’Europe puis du monde l’idée d’égalité économique et sociale (par des aristocrates, des bourgeois ou des hommes d’Eglise assez hostiles eux mêmes à ces principes), la révolution industrielle n’eut aucun mal, une fois les vieilles pratiques et les vieilles idées de corps intermédiaires jetés à bas  à se mettre en marche, que l’on pense seulement à la Loi Le Chapelier.

Et il n’y a aucun hasard si les contestations à ce système, que l’on appellera plus tard libéral, s’appellent très vite « socialistes », puis » communistes ». Le cœur des revendications vient de la paupérisation des prolétaires, nouveauté du XIX ème siècle, ainsi qu’une baisse de la considération du travail par cette société industrielle ; c’est la naissance de société de consommation, autre nouveauté du XIX ème siècle. Ainsi, on n’imaginait pas au XII ème siècle un vitrail fait à la chaîne, avec ce que cela implique en termes de (bas) coûts et donc de (bas) salaires.

L’idée n’est ni de faire un procès de la société industrielle ni de faire une histoire du socialisme, mais plutôt d’inviter à réfléchir sur ce que les ouvriers du XIX ème siècle (et même du XXI ème) ont gagné et perdu par rapport aux esclaves athéniens ou romains. Que l’on considère les points suivants : l’esclavage est acheté une fois, à une valeur X, selon ce qu’il vaut, ce qu’il a appris, auprès d’un maître (un guru comme disent les Indiens). Il représente, en termes strictement économiques, un investissement pour son maître : celui-ci a donc bien souvent tout intérêt à le choyer pour le garder auprès de lui longtemps et en bonne santé : qui casse sa propre voiture ? L’esclavage est nourri, logé et blanchi. Et bien souvent, il pouvait avoir, à Rome, quelque récompense monétaire. On me dira « Et la liberté ? ». La liberté, pour quoi faire ? « la liberté est un rêve d’esclave écrivait Nicolás Gómez Dávila. Elle ne s’apprécie qu’avec modération. Combien d’hommes sont libres mais épuisent leur liberté à travailler, pour gagner de l’argent ? Cela me permet d’évoquer le cas du salarié. Celui-ci doit d’abord trouver un emploi : c’est lui qui se vend. Il n’a jamais la certitude de garder le dit emploi même en étant parfait. L’usine peut déménager, être détruite, endommagée. Avec son salaire, il doit pourvoir à tous ses besoins matériels : logement, nourriture, vêtements, chauffage, loisirs.

Le titre de l’article était provocateur à dessein et avait essentiellement pour but d’attirer sur l’aspect nihiliste et déshumanisant du salariat. Si le combat contre l’esclavage fut un noble combat, ses motifs furent parfois beaucoup plus laids, comme la guerre de Secession le démontra. L’idée est moins de mettre en valeur l’esclavage que de démontrer le caractère de pervers et aliénant du salariat. Il est urgent de trouver d’autres formes d’échange et de modèles économiques.

Décathlon et le hijab

L’affaire du hijab de Décathlon est d’une triste simplicité qui n’a à voir ni avec l’islam ni avec la laïcité (et encore moins avec le féminisme) mais bien sûr avec le capitalisme.

Décathlon est, rappelons le, une entreprise impitoyable avec ses employés. Une enquête du magasine Capital du 3 juillet 2009 révélait ainsi que qu’une bonne partie de ses 7500 employés sont des temps partiels payés au Smic tandis que les chefs de rayon sont payés 1800 euros brut par mois.

Sans tomber dans le gauchisme primaire, et pour citer ma professeur de sciences économiques du lycée : « les entreprises ne sont pas philanthropes ». Décathlon n’est pas plus islamophile qu’une autre entreprise. L’enseigne n’a fait que suivre le mouvement des autres. Et quel est ce mouvement ?

Il est double. Il y a tout d’abord celui, louable je le crois, qui tend à valoriser le sport, le bien être. Et il y a le second, qui constate l’augmentation de la part de maghrébins et de musulmans pratiquants dans la population française et européenne.

Mais qu’on ne s’y trompe pas : dans une France 100% catholique mais toujours aux griffes du Capital, ce genre d’enseignes (Carrefour, Décathlon…) trouveront toujours une façon d’adapter leur offre à la demande.

Rien à foot de la race!

A l’heure où le mot « race » vient d’être rayé de la constitution dans le but avoué de supprimer les supposées conséquences de son existence (comme si la suppression de la pauvreté avait éliminé celle ci), le mot honni revient pourtant, dans l’actualité. Comme un tas de poussière qu’on voudrait cacher sous un tapis, « les faits sont têtus » disait Lénine : l’équipe de France de football est majoritairement composée de joueurs d’origine subsaharienne.

Avant de continuer, soulignons deux éléments anecdotiques (ou pas) : le premier est que s’ils apprécient, contrairement à nous, la France et l’Europe multiculturelles dans laquelle ils vivent, les joueurs multiplient les déclarations « patriotiques ». Il est évident que l’attachement à la France, pour sincère qu’il soit, manque de « chair ». Mais cela contribue à la cohésion d’ensemble.

Le deuxième élément à souligner est le retour progressif d’une foi catholique diffuse mais forte notamment à travers des joueurs comme Olivier Giroud ou Antoine Griezmann.

Ces deux éléments posés, attachons nous au problème principal… Qui n’est pas l’équipe de France de football. Dire qu’elle représente la France est vraie. C’est une triste vérité : la France, comme d’autres pays, a reçu depuis environ quarante ans des vagues d’immigration d’une ampleur inédite pour son histoire. Ceci a changé sa structure sociale et démographique, influencé son économie, certains de ses modes de vie, et pesé négativement sur sa sécurité : voilà bien la définition détaillée du multiculturalisme.

L’équipe de France de football ne fait que ce pour quoi elle est payée : jouer au football. Les sélectionneurs, entraîneurs, investisseurs, choisissent les meilleurs. Si l’idée que les Français de souche sont « naturellement » moins bons (endurance, vitesse, réflexes) est largement à nuancer (voir là encore le cas de Griezmann qui dut faire sa carrière en Espagne pour accéder au niveau professionnel), il est vrai que la société et le système médiatique, politique et sportif aide peu les jeunes sportifs de souche dans un pays qui a une faible culture de ce sport, notamment en comparaison de l’Angleterre par exemple.

Les causes et les conséquences de la composition de l’équipe de France doivent être analysées comme un élément d’un problème plus vaste. Celui ci comprend l’immigration, la remigration, la sécurité, etc.

Il me paraît par conséquent logique de soutenir une équipe et ce même si les médias, les politiques, les associations tenterons probablement de récupérer l’image et la victoire d’une victoire. Et encore: il appert que, vingt ans après, la « sauce » ne prenne plus tellement, même à gauche.

Il est également tout aussi indispensable de ne pas perdre de vue son propre enracinement (et donc ne pas confondre fête et festivisme) et la nécessaire remigration, qui s’inscrit dans une logique de réenracinement des populations : une terre, un peuple.

Ce que nous apprend Notre-Dame des Landes

L’évacuation de NDDL (toujours en cours) a requis la mobilisation de 2500 policiers c’est à dire autant que les soldats français au Mali (3 millions de kilomètres carrés). Cela doit forcer le respect de tout révolutionnaire qui respecte la force car « la révolution est au bout du fusil » (Mao Zedong).

1/ Les nationalistes sont hélas inoffensifs pour le pouvoir. Une après midi suffirait à les chasser de la moindre fac, du moindre squat, bref, du moindre lieu qu’ils entendraient tenir par la force. On peut le regretter, protester mais sur le moyen/long terme, le coup de force paraît impossible en l’état des choses, en dépit de maigres et fragiles complicités. La surveillance dont ils souffrent est purement folklorique. La censure dont ils souffrent sur les réseaux sociaux (et les rares affaires judiciaro-médiatiques telles que l’affaire Nisan) n’a le plus souvent rien à voir avec un complot policiaro-militaro-judiciaire d’aucune sorte. Pire : elle les conforte dans l’illusion qu’ils sont une menace pour le pouvoir politique.

2/ Il faut rapidement et impérativement apprendre des réussites et des échecs de l’occupation de NDDL (et des universités) : communication, logistique, esthétique, occupation de l’espace, guérilla, etc. Mais j’y reviendrai plus bas.

C’est esthétiquement stylé. Quoi qu’on en pense.

3/ 2500 policiers occupés à expulser NDDL (ou son équivalent, car ses occupants ont prévenu qu’ils recommanceraient et on peut leur faire confiance), ce sont autant de force que l’Etat ne peut pas déployer ailleurs. Dès lors, ce genre de manifestation/occupation apparaît comme une diversion habile pour prendre de façon durable un point beaucoup plus stratégique (télécommunications, gare, centrale nucléaire, etc).

Curzio Malaparte, auteur de « Technique du coup d’Etat »

4/ Une révolution est bien souvent une guerre civile plus ou moins ouverte : (Russie, Allemagne, France) où s’affrontent deux factions minimum. Dans la France révolutionnaire de 1789-1799, divers courants se sont affrontés dans une grande brutalité (royalistes, montagnards, girondins, jacobins…) jusqu’à ce que Napoléon, fasse à la fois le ménage et la synthèse de tout cela. En Allemagne, les conservateurs ont soutenu les nationaux socialistes contre les communistes avant d’être brutalement éliminés par les premiers. En Russie, ce sont les bolchéviques qui ont vaincu à la fois le Tsar, les socialistes et les menchéviques. En Iran, parmi toutes les composantes opposées au Shah, ce sont les partisans de Khomeini qui l’emportèrent, éliminant les communistes (Tudeh), les démocrates, etc. Ce sont des éléments que nous avons par ailleurs évoqué précédemment.

Ruollah Khomeini, le seul révolutionnaire qui a pris le pouvoir sans tirer personnellement un coup de feu. Comme Besancenot. Sauf qu’il a réussi lui.

De ces observations, il faut dresser ou répéter plusieurs observations. La première est que le pouvoir légal (l’Etat), seul détenteur de la violence, s’oppose en réalité à plusieurs discours qui se prétendent légitimes. Mais seul celui qui se donnera les moyens physiques, techniques, politiques de prendre le pouvoir le méritera. Ce qui se joue sous nous nos yeux est à ce titre non pas une révolution de pouvoir, mais une révolution du vouloir : la plupart des factions ne cherchent pas à prendre le pouvoir malgré leurs forces, préférant des revendications sociétales et bourgeoises, irréalistes, sans intérêt et sans prise avec le réel (« 10/20 aux examens » « soutien aux Kurdes » « démission du président », « califat queer auto-géré » (Al-Baghdadi ne manquera pas de trouver le concept intéressant) ou bien encore « mort aux riches » lors d’une manifestation aujourd’hui à Montpellier). Il est d’ailleurs curieux qu’une rhétorique et un projet révolutionnaires d’extrême gauche s’attachent autant à un diplôme universitaire.

On sent bien le pouvoir que peut avoir une boutique d’opticien sur le pouvoir politique

En effet, si l’on considère, à l’image de Joseph de Maistre, la révolution comme un châtiment divin qui inverse toutes les normes, il ne s’agira que de bouts de papier sans valeur si le projet de société aboutit. On est réellement étonné de voir l’extrême gauche à la fois si transgressive dans son discours voire dans son comportement et en même temps si conservatrice dans ses demandes et son positionnement philosophique.

L’autre problème du discours « révolutionnaire » notamment à l’extrême gauche est qu’il n’a pas intégré la violence de l’Etat au sein d’un processus revolu. En clair : il est logique de recevoir la police dans la figure si on occupe un bâtiment, si on lance des projectiles sur la police ou si on s’associe aux individus sus évoqués; mais nous avons déjà évoqué la question ici.

La deuxième observation c’est que de l’autre côté, le problème est sans doute plus inquiétant : manque d’organisation, impossibilité de lever des fonds, non renouvellement esthétique et culturel (même si cela reste à nuancer), concepts vieillissants, consanguinité politique, inertie des élites, nous éloignent du pouvoir politique (au sens littéral : la Cité). L’esprit de salon, pour être clair, nous empêche d’agir, et ce alors même que « notre force est d’avoir raison ».

Gnagnagna Gramsci. Eh bien appliquons le!

Gardons à l’esprit que nous sommes David contre Goliath. L’Etat, « le plus froid de tous les monstres froids » (Nietzsche) opposera toujours à notre violence une réponse. Par exemple, si un endroit donné est occupé, il finira par être libéré par la police. Jours, mois, années, cela ne compte pas pour l’Etat qui a avec lui le droit, la force et le temps. Il convient donc de ne pas se positionner en fonction de ce que va faire (ou pas) l’Etat puisque précisément celui-ci va expulser quiconque entend contester son autorité à l’extrême gauche (Notre-Dame des Landes) ou à l’extrême droite (Bastion Social, Sainte-Rita); notez que ce sont les qualificatifs que retiennent les 67 millions de Français : qu’importe qu’il y ait eu des écolos-situationnistes à NDDL ou des catholiques de centre gauche à Sainte Rita. Dans le même ordre d’idée, il est vain de compter sur un soutien de quelque nature que ce soit à l’extérieur du mouvement en cas de répression. Lors des événements précédemment évoqués, nos adversaires politiques, mais aussi les tièdes, l’intégralité de la presse fut contre ceux qui étaient attaqués par la police, la justice, et l’administration.

Pourquoi l’extrême gauche manque de logique (et ce que nous devons en tirer)

L’extrême gauche française (notamment estudantine) nous étonne _ au sens littéral. Quand nous écoutons sa rhétorique, quand nous lisons sa prose, quand nous observons ses modes d’actions, nous sommes comme « frappés par le tonnerre ».

Cette extrême gauche, qui pêle-mêle convoque Jaurès, Hugo, Robespierre, le Sous-Commandant Marcos, Lénine, et des épisodes tragiques et sanglants comme la Commune, la guerre d’Espagne, la (tardive) résistance du Parti Communiste aux nazis, la révolution d’octobre, mai 68, se retrouve incapable d’aller au bout de sa logique intellectuelle.

Opposant ce qu’elle considère (à juste titre ou non, là n’est pas le débat) la légitimité (la sienne) à la légalité (celle de l’Etat et de ses moyens de répression), elle commet deux erreurs logiques (Nous aurons plutôt tendance à parler de malhonnêteté intellectuelle et politique).

La première est le recours aux forces de l’ordre pour sa sécurité : imagine-t-on la Commune appeler les Versaillais au secours ? Les FARC se placer sous la protection de Álvaro Uribe? La réponse est évidemment non. Or, cette extrême gauche, qui entend se placer dans une logique et un héritage (politique, esthétique…) révolutionnaires, entend là jouer sur les deux tableaux de la légalité et de la légitimité, et ce de façon à la fois massive et publique. Il ne s’agit donc pas de simples « passerelles » ou complicités (il existe des policiers de droite, de gauche, offrant des coups de main, des renseignements à leurs amis. Cela s’est toujours vu; sans compter les phénomènes de corruption et d’intimidation). Mais le fait « d’appeler la police » fait de ces gens des complices objectifs de la bourgeoisie.

Vous allez dire que je m’acharne mais bon.

La seconde est le rapport à la violence. Qu’on ne se méprenne pas en nous prenant pour des légalistes; nous avons développé la question ailleurs. Dans un État de droit, seul l’Etat a droit à un recours à la violence (encadrée). Décidant à nouveau de se placer sur le terrain de la légitimité face à la légalité, l’extrême gauche a choisi d’occuper des universités, d’empêcher des examens, etc. Elle l’a fait en conscience, par la force et souvent par la violence, comme ont pu en témoignent des étudiants de Montpellier et de Paris, ainsi que la récente découverte de cocktails Molotov à Paris I (Tolbiac). À l’occasion de ce rapport de force, des individus ont notamment demandé la démission du chef de l’Etat. Peu importe ce que l’on pense de celui-ci, il est cohérent qu’un chef d’État envoie la police sortir ces individus, dans le cadre du droit à nouveau. En Espagne toute proche, ils auraient sans doute demandé la tête du roi et l’instauration d’une république, et auraient reçu la visite de la Guardia Civil dans la journée; je ne vous parle pas de pays comme l’Iran.

Ou la Birmanie.

Le but de toute manifestation, de tout mouvement social et à terme de toute révolution est de transformer sa légitimité en légalité. Mais durant ce temps, il s’écoule une période plus ou moins longue de doutes et d’échecs où le révolutionnaire est par définition un « hors-la-loi » en l’occurrence la loi suprême la Constitution.

Cela n’implique pas d’être un criminel. Jules César écrivait : « Si tu dois enfreindre la loi, empare toi du pouvoir. Dans les autres cas, respecte la ».

De ces deux points, les nationalistes (notamment les maurrassiens) doivent en tirer les leçons de logistique, de crédibilité politique, et d’image médiatique.

Pourquoi le (potentiel) futur Califat s’annonce décevant

Ce titre provocateur risque de m’attirer les foudres d’un grand nombre d’imbéciles. Qu’il soit bien précisé à tous qu’il ne s’agit pas d’un article politique et que cet article n’a pas pour but de trouver des solutions politiques aux problèmes posés.

Pour le comprendre, je vais commencer par exposer très brièvement une des thèses de René Guénon, qu’il développe dans son ouvrage le plus connu, « la crise du monde moderne » (1927). Dans cet ouvrage, le philosophe développe l’idée d’un occident moderne qui aurait perdu la Tradition, là où l’orient (civilisation indienne, monde islamique, civilisation chinoise) aurait conservé cette Tradition. Il en profite pour balayer toute tentative de « recréation » de Tradition par ce qu’il appelle les traditionalistes, qu’il oppose d’ailleurs aux traditionnels.

Partant du principe que nous nous situons à la fin de ce que les Hindous nomment le Kali-Yuga (l’âge sombre ou âge du fer), il estime que la seule façon dont pourrait être sauvé l’occident est de s’abreuver à la source orientale, dans la mesure où les sociétés traditionnelles sont similaires entre elles.

Oui c’est pas pour demain non plus.

Et c’est précisément là que le bât blesse. Mort en 1951, René Guénon, qui s’alarmait en 1927 de la modernité en occident, n’eut pas le temps de la voir gagner l’orient : mères porteuses en Inde, capitalisme et suicides en Corée du Sud et au Japon, communisme en Chine, en Asie du Sud-Est, fin des castes en Inde, buildings vertigineux au Moyen orient, en Corée du Sud, en Chine, au Japon, à Singapour…

C’est pas si tradi…

Nul doute que la seconde guerre mondiale et la guerre froide d’autre part ont rompu de façon durable et profonde l’idée que Guénon se faisait de l’orient. Il est évident que s’il existe une Tradition primordiale, elle existe encore (au moins dans une certaine mesure) au Japon, en Mongolie, au Tibet, en Perse, en Chine, en Inde, ou dans le monde islamique.

Mais considérons ceci. Chez l’écrivain américain Robert E. Howard, créateur de Conan, le barbare est supposé agir comme un feu régénérateur : il est Śiva,créateur et destructeur. Devant les civilisations affaiblies, il vient les « tester » ; comme Attila ou Genghis Khan, le barbare sert d’ordalie. L’alternative est la suivante : être détruit (puis renaître) ou repousser le barbare.

Cavalier de Kubilaï Khan

Le problème de la civilisation occidentale/européenne est celui-ci : elle n’a ni Attila, ni Genghis Khan. Son barbare à elle n’est pas une armée. Il s’agit d’un mélange de mercenaires venus de tout le monde musulmans, d’une part, et d’autre part de jeunes de banlieue d’origine maghrébine ou africaine pratiquant un islam mâtiné de capitalisme McDonald’s : la chicha entre la prière et le Starbucks. Ils sont encore plus déracinés que les autochtones auxquels ils s’en prennent (insultes, vols, agressions, viols, meurtres, attentats). Ils n’ont d’ailleurs en réalité pas plus d’intérêt au califat qu’eux : si la législation concernant les voleurs était la même à Raqqa et à Trappes, le nombre de manchots irait croissant.

Futurs soldats du califat?

Il est difficile de dire si Guénon a fait ou non une erreur sur ce point. Il serait plus exact de dire que l’histoire a été cruelle avec un certain nombre de ses prévisions au niveau du temps court, lui qui raisonne sur le temps très long.

D’un point de vue guénonien, le potentiel futur Califat, s’annonce donc décevant : fort peu « islamique », s’accomodant fort bien de la démocratie et du capitalisme le plus brutal… L’expérience nous a montré que des pays pouvaient combiner théocratie musulmane et capitalisme parfaitement intégré dans le grand marché mondial, à l’image des pays du Golfe.

Éthique et esthétique de la révolution

Il faut pour faire une révolution des révolutionnaires. Cette simple évidence mérite d’être posée et rappelée. Ceux-ci doivent réunir en eux mêmes une poignée de qualités. Nous tâcherons ici d’en brosser quelques uns.

I/ L’homme

Un révolutionnaire doit être un homme. Ce terme doit être compris au sens non pas de genre mais au sens sanskrit (vir : le héros). Un révolutionnaire ne saurait être un marginal. Son hygiène de vie physique et mentale doivent même primer sur ses prouesses physiques.

Pour la même raison, il doit disposer d’une certaine indépendance financière (nous en reparlerons).

Un révolutionnaire doit pouvoir mobiliser son argent, son matériel rapidement, et donc de voyager si possible léger. Il doit être autonome, et doit être capable de sacrifier ledit matériel. La prise du pouvoir passera par des pertes de gazeuses, banderoles, écharpes, bâtons, etc.

Pour d’autres raisons, évoquées dans un précédent article, la police doit être tenue la plupart du temps, au maximum à l’écart, des activités politiques. Il est incohérent de railler nos adversaires qui appellent la police si nous faisons de même. Mao Zedong disait  » le pouvoir est au bout du fusil ». Ce n’est que par le renversement du rapport de force, à défaut de nous imposer culturellement, que nous l’emporterons. Mais il faut imaginer un fusil de grande longueur et une guerre éprouvante.

Enfin, un homme doit connaître sa doctrine, savoir l’appliquer, mais également savoir ouvrir son esprit (littérature, philosophie, histoire…).

II/ L’homme et son matériel

Il est impératif de s’adapter. Certaines actions requièrent des tenues confortables (chaleur, etc) d’autres des tenues spectaculaires, élégantes, ou autres. En tout cas, ce qui prime est l’efficacité et l’adaptabilité de la tenue aux conditions météos, à l’heure de la journée (s’habiller tout en noir à midi est peu discret), ainsi que de l’équipement. Il est utile de s’équiper de coupes boulons si l’ennemi a fermé ses portes avec des chaînes mais il est peu astucieux de prendre des gazeuses si l’on a prévu d’emprunter des couloirs étroits et inconnus, ou s’il y a du vent. De même les porteurs de lunettes doivent-il réfléchir.

Un autre élément à souligner, et que nous avons rappelé dans un précédent article, du même registre de l’adaptabilité, est celui des vêtements. Le nationaliste type dispose d’un certain nombre de vêtements, chaussures, accessoires, couvre-chefs, tatouages, qui le rendent facilement identifiables dans la rue, par des passants, des commerçants, des policiers en civil, des adversaires politiques. En résumé : cessez de vous habiller pour une action quelle qu’elle soit comme pour une soirée ou un défilé.

Guérilleros du Sentier Lumineux. Sobriété, discrétion.

III/ L’homme et la femme

Une révolution (et son prolongement) s’essouffle rapidement sans femmes. Voilà pourquoi des rapports sains entre revolutionnaires des deux sexes est important.

Les concepts de courtoisie, de politesse ne doivent donc pas être de vains mots. Il est nécessaire de se les réapproprier en (re) construisant des rapports normaux abîmés par des décennies de féminisme de troisième génération mais aussi d’abandon par les hommes de leur place et de leur rôle. En d’autres termes, n’attendez pas qu’une femme soit au choix (et à la fois) une femme fatale des années trente/ cinquante, une merveilleuse mère au foyer traditionnel, si vous n’assumez pas votre rôle de père, de mari et d’homme.

En outre, il est urgent de cesser de considérer les femmes comme faisant parti d’une sorte gigantesque harem occidental dont « les hommes » (nationalistes) pourraient user (et abuser) à loisir, commentant les tenues vestimentaires, les moeurs ou autres.

Pensez « amour courtois »

La civilisation française est celle de la courtoisie, de la galanterie, de la poésie. Nul besoin d’être maniéré ou réactionnaire dans ce domaine : le minimum suffit.

IV/ La fête

La fête est toujours une récompense. La drogue doit être proscrite, tout comme l’ivresse excessive. Les drogués et les alcooliques sont des poids financiers, médiatiques, et politiques pour la cause. C’est précisément là encore l’utilité de la guerre révolutionnaire qui « agit comme une sorte de contrepoison, non seulement sur l’ennemi, dont elle brisera la ruée forcenée, mais aussi sur nos propres rangs, qu’elle débarrassera de tout ce qu’ils ont de malsain » (Mao Tsé-Toung) , « De la guerre prolongée » (mai 1938).

Nous devons tendre vers la sobriété, car « Mâra [qui] a pour filles Tanhâ, Rati, et Arati _ c’est-à-dire Concupiscence, Amour et Haine_ est celui qui dispose les appâts afin que, attirés et sur le point de se satisfaire, les êtres tombent en son pouvoir et que paralysés par la manie, ils rentrent sans trêve dans le courant de l’existence éphémère » (Julius Evola, « la doctrine de l’éveil »). Il n’est pas nécessaire d’être une armée d’ascètes, mais de cheminer sur cette Voie.

Le révolutionnaire se doit d’être un homme et mieux qu’un homme. Actif et contemplatif, il doit être prêt car « il faut s’attendre à tout en politique, où tout est permis, sauf se laisser surprendre » (Charles Maurras). Nous vivons des temps de bouleversements, et un mouvement ordonné sera la clef de notre succès car « la révolution est comme une bicyclette : quand elle n’avance pas, elle tombe ! ».