Pour le rétablissement de l’esclavage

L’esclavage est né logiquement de l’inégalité des richesses, laquelle découle fort logiquement de la sédentarité. Dans la Grèce ou dans la Rome antique, plus de terres nécessitait et permettait plus de bras pour les entretenir.

L’esclave, en droit, est considéré comme un bien meuble, sur lequel son propriétaire a en théorie, tous les droits. Il est possible de trancher la gorge d’un esclave comme de briser une amphore.

L’abolition puis la disparition du servage en France (entre le XI ème et le XV ème siècle) ainsi que la lutte contre l’esclavage puis au cours du XVIII ème et XIX ème siècle a amené nos sociétés à considérer l’esclavage comme un état dégradant, avilissant pour la personne humaine, notamment sous l’impulsion de l’Eglise catholique.

Il convient de cependant faire quelque rappels. Tout d’abord, ce sont avant tout des motifs économiques qui ont vu la progression des idées abolitionniste : si le Christ lui-même ne condamne pas l’esclavage en lui même, c’est qu’il naît, vit, et meurt dans la Judée, province romaine, de l’antiquité. Il a en revanche exhorté à l’amour du prochain, notamment du plus faible, du pauvre, et donc de l’esclave.

L’esclavage est alors la norme et un élément de l’économie, en Perse, à Rome, en Grèce, chez les Germains, en Égypte, et évidemment chez les Hébreux. Paul de Tarse lui-même prône l’obéissance ses esclaves à leurs maîtres (Cor 2, 22-25).

Esclavage à Rome

En revanche, l’Eglise en tant qu’institution a accompagné progressivement l’émancipation des esclaves : le 13 janvier 1435, le pape Eugène IV publie ainsi l’encyclique Sicut dudum, dénonçant les mauvais traitements infligés aux esclaves indigènes des Canaries, exhortant à leur libération sous peine d’excommunication.

Soulignons ensuite la lettre Pastorale officium, du 29 mai 1537, du pape Paul III au cardinal Juan de Tavera, archevêque et primat d’Espagne, qui lui commande d’interdire la réduction des Indiens en esclavage ou des les priver de leurs biens. Cette lettre intervient quinze ans avant la fameuse controverse de Valladolid, qui détermina si la conquête et la réduction en esclavage des Indiens d’Amérique latine, sous l’égide de Charles Quint, était ou non légitime.

Paul III

Mais une lettre du 2 juin de la même année du souverain pontife, Veritas Ipse, est bien plus intéressante, puisqu’elle lie la liberté à la propriété. Les Révolutionnaires français de 1789 reprendront la même idée, suivant le modèle athénien : celui qui est libre est celui qui possède. La possession, la richesse fait la liberté. Et vice versa : la liberté doit servir à exercer son droit de propriété, son droit à s’enrichir.

C’est à partir du XVIII ème siècle et plus encore de ses conséquences (la Révolution puis la Révolution industrielle) que les choses se gâtent si l’on peut dire.

Les idées des Lumières ayant porté aux quatre coins de l’Europe puis du monde l’idée d’égalité économique et sociale (par des aristocrates, des bourgeois ou des hommes d’Eglise assez hostiles eux mêmes à ces principes), la révolution industrielle n’eut aucun mal, une fois les vieilles pratiques et les vieilles idées de corps intermédiaires jetés à bas  à se mettre en marche, que l’on pense seulement à la Loi Le Chapelier.

Et il n’y a aucun hasard si les contestations à ce système, que l’on appellera plus tard libéral, s’appellent très vite « socialistes », puis » communistes ». Le cœur des revendications vient de la paupérisation des prolétaires, nouveauté du XIX ème siècle, ainsi qu’une baisse de la considération du travail par cette société industrielle ; c’est la naissance de société de consommation, autre nouveauté du XIX ème siècle. Ainsi, on n’imaginait pas au XII ème siècle un vitrail fait à la chaîne, avec ce que cela implique en termes de (bas) coûts et donc de (bas) salaires.

L’idée n’est ni de faire un procès de la société industrielle ni de faire une histoire du socialisme, mais plutôt d’inviter à réfléchir sur ce que les ouvriers du XIX ème siècle (et même du XXI ème) ont gagné et perdu par rapport aux esclaves athéniens ou romains. Que l’on considère les points suivants : l’esclavage est acheté une fois, à une valeur X, selon ce qu’il vaut, ce qu’il a appris, auprès d’un maître (un guru comme disent les Indiens). Il représente, en termes strictement économiques, un investissement pour son maître : celui-ci a donc bien souvent tout intérêt à le choyer pour le garder auprès de lui longtemps et en bonne santé : qui casse sa propre voiture ? L’esclavage est nourri, logé et blanchi. Et bien souvent, il pouvait avoir, à Rome, quelque récompense monétaire. On me dira « Et la liberté ? ». La liberté, pour quoi faire ? « la liberté est un rêve d’esclave écrivait Nicolás Gómez Dávila. Elle ne s’apprécie qu’avec modération. Combien d’hommes sont libres mais épuisent leur liberté à travailler, pour gagner de l’argent ? Cela me permet d’évoquer le cas du salarié. Celui-ci doit d’abord trouver un emploi : c’est lui qui se vend. Il n’a jamais la certitude de garder le dit emploi même en étant parfait. L’usine peut déménager, être détruite, endommagée. Avec son salaire, il doit pourvoir à tous ses besoins matériels : logement, nourriture, vêtements, chauffage, loisirs.

Le titre de l’article était provocateur à dessein et avait essentiellement pour but d’attirer sur l’aspect nihiliste et déshumanisant du salariat. Si le combat contre l’esclavage fut un noble combat, ses motifs furent parfois beaucoup plus laids, comme la guerre de Secession le démontra. L’idée est moins de mettre en valeur l’esclavage que de démontrer le caractère de pervers et aliénant du salariat. Il est urgent de trouver d’autres formes d’échange et de modèles économiques.

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Ce que nous apprend Notre-Dame des Landes

L’évacuation de NDDL (toujours en cours) a requis la mobilisation de 2500 policiers c’est à dire autant que les soldats français au Mali (3 millions de kilomètres carrés). Cela doit forcer le respect de tout révolutionnaire qui respecte la force car « la révolution est au bout du fusil » (Mao Zedong).

1/ Les nationalistes sont hélas inoffensifs pour le pouvoir. Une après midi suffirait à les chasser de la moindre fac, du moindre squat, bref, du moindre lieu qu’ils entendraient tenir par la force. On peut le regretter, protester mais sur le moyen/long terme, le coup de force paraît impossible en l’état des choses, en dépit de maigres et fragiles complicités. La surveillance dont ils souffrent est purement folklorique. La censure dont ils souffrent sur les réseaux sociaux (et les rares affaires judiciaro-médiatiques telles que l’affaire Nisan) n’a le plus souvent rien à voir avec un complot policiaro-militaro-judiciaire d’aucune sorte. Pire : elle les conforte dans l’illusion qu’ils sont une menace pour le pouvoir politique.

2/ Il faut rapidement et impérativement apprendre des réussites et des échecs de l’occupation de NDDL (et des universités) : communication, logistique, esthétique, occupation de l’espace, guérilla, etc. Mais j’y reviendrai plus bas.

C’est esthétiquement stylé. Quoi qu’on en pense.

3/ 2500 policiers occupés à expulser NDDL (ou son équivalent, car ses occupants ont prévenu qu’ils recommanceraient et on peut leur faire confiance), ce sont autant de force que l’Etat ne peut pas déployer ailleurs. Dès lors, ce genre de manifestation/occupation apparaît comme une diversion habile pour prendre de façon durable un point beaucoup plus stratégique (télécommunications, gare, centrale nucléaire, etc).

Curzio Malaparte, auteur de « Technique du coup d’Etat »

4/ Une révolution est bien souvent une guerre civile plus ou moins ouverte : (Russie, Allemagne, France) où s’affrontent deux factions minimum. Dans la France révolutionnaire de 1789-1799, divers courants se sont affrontés dans une grande brutalité (royalistes, montagnards, girondins, jacobins…) jusqu’à ce que Napoléon, fasse à la fois le ménage et la synthèse de tout cela. En Allemagne, les conservateurs ont soutenu les nationaux socialistes contre les communistes avant d’être brutalement éliminés par les premiers. En Russie, ce sont les bolchéviques qui ont vaincu à la fois le Tsar, les socialistes et les menchéviques. En Iran, parmi toutes les composantes opposées au Shah, ce sont les partisans de Khomeini qui l’emportèrent, éliminant les communistes (Tudeh), les démocrates, etc. Ce sont des éléments que nous avons par ailleurs évoqué précédemment.

Ruollah Khomeini, le seul révolutionnaire qui a pris le pouvoir sans tirer personnellement un coup de feu. Comme Besancenot. Sauf qu’il a réussi lui.

De ces observations, il faut dresser ou répéter plusieurs observations. La première est que le pouvoir légal (l’Etat), seul détenteur de la violence, s’oppose en réalité à plusieurs discours qui se prétendent légitimes. Mais seul celui qui se donnera les moyens physiques, techniques, politiques de prendre le pouvoir le méritera. Ce qui se joue sous nous nos yeux est à ce titre non pas une révolution de pouvoir, mais une révolution du vouloir : la plupart des factions ne cherchent pas à prendre le pouvoir malgré leurs forces, préférant des revendications sociétales et bourgeoises, irréalistes, sans intérêt et sans prise avec le réel (« 10/20 aux examens » « soutien aux Kurdes » « démission du président », « califat queer auto-géré » (Al-Baghdadi ne manquera pas de trouver le concept intéressant) ou bien encore « mort aux riches » lors d’une manifestation aujourd’hui à Montpellier). Il est d’ailleurs curieux qu’une rhétorique et un projet révolutionnaires d’extrême gauche s’attachent autant à un diplôme universitaire.

On sent bien le pouvoir que peut avoir une boutique d’opticien sur le pouvoir politique

En effet, si l’on considère, à l’image de Joseph de Maistre, la révolution comme un châtiment divin qui inverse toutes les normes, il ne s’agira que de bouts de papier sans valeur si le projet de société aboutit. On est réellement étonné de voir l’extrême gauche à la fois si transgressive dans son discours voire dans son comportement et en même temps si conservatrice dans ses demandes et son positionnement philosophique.

L’autre problème du discours « révolutionnaire » notamment à l’extrême gauche est qu’il n’a pas intégré la violence de l’Etat au sein d’un processus revolu. En clair : il est logique de recevoir la police dans la figure si on occupe un bâtiment, si on lance des projectiles sur la police ou si on s’associe aux individus sus évoqués; mais nous avons déjà évoqué la question ici.

La deuxième observation c’est que de l’autre côté, le problème est sans doute plus inquiétant : manque d’organisation, impossibilité de lever des fonds, non renouvellement esthétique et culturel (même si cela reste à nuancer), concepts vieillissants, consanguinité politique, inertie des élites, nous éloignent du pouvoir politique (au sens littéral : la Cité). L’esprit de salon, pour être clair, nous empêche d’agir, et ce alors même que « notre force est d’avoir raison ».

Gnagnagna Gramsci. Eh bien appliquons le!

Gardons à l’esprit que nous sommes David contre Goliath. L’Etat, « le plus froid de tous les monstres froids » (Nietzsche) opposera toujours à notre violence une réponse. Par exemple, si un endroit donné est occupé, il finira par être libéré par la police. Jours, mois, années, cela ne compte pas pour l’Etat qui a avec lui le droit, la force et le temps. Il convient donc de ne pas se positionner en fonction de ce que va faire (ou pas) l’Etat puisque précisément celui-ci va expulser quiconque entend contester son autorité à l’extrême gauche (Notre-Dame des Landes) ou à l’extrême droite (Bastion Social, Sainte-Rita); notez que ce sont les qualificatifs que retiennent les 67 millions de Français : qu’importe qu’il y ait eu des écolos-situationnistes à NDDL ou des catholiques de centre gauche à Sainte Rita. Dans le même ordre d’idée, il est vain de compter sur un soutien de quelque nature que ce soit à l’extérieur du mouvement en cas de répression. Lors des événements précédemment évoqués, nos adversaires politiques, mais aussi les tièdes, l’intégralité de la presse fut contre ceux qui étaient attaqués par la police, la justice, et l’administration.

Pourquoi l’extrême gauche manque de logique (et ce que nous devons en tirer)

L’extrême gauche française (notamment estudantine) nous étonne _ au sens littéral. Quand nous écoutons sa rhétorique, quand nous lisons sa prose, quand nous observons ses modes d’actions, nous sommes comme « frappés par le tonnerre ».

Cette extrême gauche, qui pêle-mêle convoque Jaurès, Hugo, Robespierre, le Sous-Commandant Marcos, Lénine, et des épisodes tragiques et sanglants comme la Commune, la guerre d’Espagne, la (tardive) résistance du Parti Communiste aux nazis, la révolution d’octobre, mai 68, se retrouve incapable d’aller au bout de sa logique intellectuelle.

Opposant ce qu’elle considère (à juste titre ou non, là n’est pas le débat) la légitimité (la sienne) à la légalité (celle de l’Etat et de ses moyens de répression), elle commet deux erreurs logiques (Nous aurons plutôt tendance à parler de malhonnêteté intellectuelle et politique).

La première est le recours aux forces de l’ordre pour sa sécurité : imagine-t-on la Commune appeler les Versaillais au secours ? Les FARC se placer sous la protection de Álvaro Uribe? La réponse est évidemment non. Or, cette extrême gauche, qui entend se placer dans une logique et un héritage (politique, esthétique…) révolutionnaires, entend là jouer sur les deux tableaux de la légalité et de la légitimité, et ce de façon à la fois massive et publique. Il ne s’agit donc pas de simples « passerelles » ou complicités (il existe des policiers de droite, de gauche, offrant des coups de main, des renseignements à leurs amis. Cela s’est toujours vu; sans compter les phénomènes de corruption et d’intimidation). Mais le fait « d’appeler la police » fait de ces gens des complices objectifs de la bourgeoisie.

Vous allez dire que je m’acharne mais bon.

La seconde est le rapport à la violence. Qu’on ne se méprenne pas en nous prenant pour des légalistes; nous avons développé la question ailleurs. Dans un État de droit, seul l’Etat a droit à un recours à la violence (encadrée). Décidant à nouveau de se placer sur le terrain de la légitimité face à la légalité, l’extrême gauche a choisi d’occuper des universités, d’empêcher des examens, etc. Elle l’a fait en conscience, par la force et souvent par la violence, comme ont pu en témoignent des étudiants de Montpellier et de Paris, ainsi que la récente découverte de cocktails Molotov à Paris I (Tolbiac). À l’occasion de ce rapport de force, des individus ont notamment demandé la démission du chef de l’Etat. Peu importe ce que l’on pense de celui-ci, il est cohérent qu’un chef d’État envoie la police sortir ces individus, dans le cadre du droit à nouveau. En Espagne toute proche, ils auraient sans doute demandé la tête du roi et l’instauration d’une république, et auraient reçu la visite de la Guardia Civil dans la journée; je ne vous parle pas de pays comme l’Iran.

Ou la Birmanie.

Le but de toute manifestation, de tout mouvement social et à terme de toute révolution est de transformer sa légitimité en légalité. Mais durant ce temps, il s’écoule une période plus ou moins longue de doutes et d’échecs où le révolutionnaire est par définition un « hors-la-loi » en l’occurrence la loi suprême la Constitution.

Cela n’implique pas d’être un criminel. Jules César écrivait : « Si tu dois enfreindre la loi, empare toi du pouvoir. Dans les autres cas, respecte la ».

De ces deux points, les nationalistes (notamment les maurrassiens) doivent en tirer les leçons de logistique, de crédibilité politique, et d’image médiatique.

Deliveroo, ou le tabouret du pendu

Un soir, attablés à un restaurant local (« la ferme à Dédé« ) avec mes amis en train de manger un gros burger absolument pas vegan, nous avons aperçu deux ou trois coursiers-livreurs Deliveroo. Par l’aspect relativement sombre de leur peau, et leurs traits fort peu caucasiens, ainsi que par leur dialecte semblant venir des côtes de l’Afrique de l’ouest, nous en avons déduit que ces jeunes gens aux bras maigres, aux cuisses musclées et au ventre vide étaient sinon des migrants, du moins arrivés dans notre douce France il y a peu de temps. 

Un peu plus tôt dans la journée, nous avions croisé des individus semblables, ventre vide, regard hagard, conduite rapide et nerveuse facilitée par leur faible poids, etc. Une différence majeure, seulement : ils étaient Français « de souche » (je mets des guillemets pour respecter la loi), leur faciès était caucasien. Ils étaient très probablement étudiants et quand on connait la prédominance de la gauche et de l’extrême gauche dans les universités, faire le raccourci « vendeurs Deliveroo=gauche » est aisé. Faire circuler les repas, faire circuler les hommes, faire circuler les biens. La cohérence est parfaite.

Oui, mais. Ces salariés n’ont pas compris qu’ils étaient des salariés (en dépit de ce que l’esprit « start-up nation » laisse paraître), des chômeurs en puissance. C’est là qu’intervient ce que Marx appelait l’armée de réserve du Capitalisme, incarnée dans mon exemple par les braves guerriers d’ébène de l’ouest africain. Et comme « Celui qui a vécu par l’épée, périra par l’épée » (Matthieu 26:52), « Celui qui a vécu par le mondialisme, périra par le mondialisme ». En votant depuis des années pour des gens qui ont fait venir leurs remplaceurs, en consommant les produits (Deliveroo, Apple…) qui luttent ouvertement contre eux, ces étudiants sont leurs (et nos) propres bourreaux.

Sexe, sexualité et révolution 

Chaque année, à Paris, San Francisco, ou encore Tel-Aviv a lieu la « Marche des fiertés » ou « Gay Pride « . C’est l’occasion chaque année pour ses participants, sinon de nous assourdir de mauvaise musique, de revendiquer un certain nombre de droits pour accéder à « l’égalité » au nom du droit à la « différence » (j’imagine que quiconque voit déjà le manque de logique dans l’articulation).

Je ne reviendrai pas tellement sur le problème anthropologique que règle déjà Aristote (« C’est une grande injustice que de traiter également des choses différentes ») mais sur un autre aspect de la question.

Les milieux LGBTIQ+ (il faut rajouter une lettre régulièrement, je m’y perds) sont notoirement affiliés à l’extrême gauche anti fasciste, cela non sans tensions récurrentes parfois violentes .

Ainsi, la révolution anti capitaliste, anti raciste, se retrouve couplée d’un volet anti patriarcat et libertaire au sens sexuel (comme si le capitalisme n’était pas pourvoyeur de sex toys à profusion, de films pornographiques, de pilules contraceptives, de préservatifs, propres à la liberté sexuelle hors du couple traditionnel et du mariage). Voilà la première incohérence : si on est libertaire, on est capitaliste.
La seconde incohérence se situe à mon sens au niveau historique. Prenons un révolutionnaire marxiste au hasard : Bénito Mussolini. A-t-il fait sa révolution mu par des intérêts privés, notamment sexuels ? Non. C’était un homme de formation marxiste qui a fait une révolution marxiste, froide, méthodique.

Extrait de « Technique du Coup d’Etat » de Curzio Malaparte

Tous les révolutionnaires ne sont pas marxistes, objecteront avec raison les lecteurs. Prenons un autre révolutionnaire, religieux celui-ci : Ruollah Khomeini. Sa révolution était un volte-face à l’occidentalisation, à la décadence et à la corruption dans laquelle il accusait le Shah de se vautrer (ce qui n’empêcha lui-même d’avoir nombre de vices y compris sexuels, mais sans aller jusqu’aux revendications de PMA des LGBT).

Aucun révolutionnaire dans l’histoire, de Sankara à Gandhi, de Trotski à Primo de Rivera, de Mao à Hitler, n’avait le sexe et sa sexualité comme identité (et donc comme drapeau) ou comme projet.

Ceci n’est pas un drapeau révolutionnaire

Ce que l’on peut tirer de « en face » c’est ceci : cultiver ce que j’aime appeler le « secret de l’alcove », c’est-à-dire ne pas se préoccuper de la sexualité des autres, mais aussi ne pas étaler la sienne. Si « tout ce qui est national est notre » (Maurras) alors ce qui n’est pas national n’est pas notre. Nous n’avons pas le temps de faire la police des braguettes ou de mesurer la longueur des jupes. Et surtout, comme je l’ai dit, ce n’est guère sérieux d’un point de vue révolutionnaire.

Bourgeois ou révolutionnaire

Il y a des bourgeois partout : en Europe, aux Etats-Unis, dans les pays du Golfe, en Chine, en Iran, en Russie, au Japon, en Afrique.

Le bourgeois aime l’ordre : il ne veut pas de changement. Il est hostile à la Révolution. L’ordre moral délétère, athée, laïcisite, apatride, anti familial, lui convient parfaitement. Marx concluait son « Manifeste du Parti communiste » par « prolétaires de tous les pays, unissez vous ! ». Marx s’est bien planté, et en définitive, c’est la bourgeoisie qui s’est unie, au moins de façon tacite. D’ailleurs, Voltaire l’avait prévenu, et qu’importe si la citation est apocryphe : « En affaires, tout le monde est de la même religion ». Le pacte de Quincy est à ce titre la plus merveilleuse illustration de cette phrase : un pacte industrialo-militaire gravé dans le marbre (pour autant qu’on puisse trouver du marbre dans les sables de l’Arabie Saoudite) entre des protestants et des musulmans, qui plus est gardiens des lieux saints de l’islam.

Revenons au bourgeois, et à son opposé : le révolutionnaire. Eh oui : je ne suis pas marxiste. Le moraliste et écrivain colombien Nicolás Gómez Dávila disait en substance qu’un communiste est avant la Révolution un allié, et qu’il est un bourgeois une fois celle-ci accomplie.

Il est courant voire évident de voir des nationalistes opposés à « l’islam » ou plus précisément à « l’islamisation » de l’Europe. On désignera par ce terme le phénomène qui voit les églises disparaître au profit des mosquées (pour que l’image parle à tout le monde). Ce combat est louable. Mais il convient à chacun de s’interroger : pourquoi ne voulez vous pas de l’islam ? Est-ce par confort personnel ? Est-ce parce que l’islam empêche à vos femmes de sortir en jupe, risque de perturber, à terme, le bon déroulement de la Gay Pride (je gage que la prochaine « Daesh Gay Pride » soit annulée), de boire de l’alcool, de vous déplacer dans les rues encombrées de prieurs ? Au final, que l’islam soit présent à vos frontières, disons, en Serbie, en Roumanie, en Pologne, en Ukraine, en Lettonie, en Bulgarie, à Chypre, en Grèce, cela vous importe peu. Vous êtes des bourgeois. En revanche, si votre but est de changer l’intégralité de la société, et notamment de lutter contre l’immigration, fut-elle musulmane (ou non), vous êtes des révolutionnaires. Si vous êtes monarchistes, fascistes, si vous aspirez à changer l’ensemble des modèles et des structures sociaux, économiques, politiques, et spirituels, alors vous êtes des révolutionnaires, et le combat est vraiment louable et intéressant.

Comprenez bien mon propos : il ne s’agit pas pour moi de faire l’éloge de l’islam, il s’agit juste de faire comprendre la globalité du problème, et notamment sa dimension politique et spirituelle.

Allez, bisou.