Le vampire au cinéma : une lecture symbolique

Depuis que Bram Stocker a synthétisé les contes, mythes et légendes d’Europe pour accoucher du chef d’œuvre Dracula (1897) qui allait changer le monde, le vampire a subi des traitements divers, que ce soit dans la littérature ou le cinéma. Figure romantique et torturée chez Anne Rice, monstre nocturne chez Friedrich Murnau dans « Nosferatu, une symphonie d’horreur » (1922), créature bondissante et grotesque dans « Une nuit en enfer » (1996) de Robert Rodriguez, ou encore adolescents brillant au soleil dans la saga Twilight (2008-2012).

Tous gardent en commun l’anthropomorphisme, à l’inverse des lycanthropes qu’ils affrontent régulièrement (« Van Helsing » (2004) de Stephen Sommers, la saga « Underworld » (2003-2016) ), et par conséquent, un miroir déformé de l’Homme. Nous allons par conséquent tâcher de nous intéresser à deux thèmes qui nous semblent majeurs dans les films dits « de vampires », quoiqu’ils semblent a priori entrer en contradiction. Le premier est le vampire comme objet des catharsis de l’humanité. Le second quant à lui traitera de la rédemption du vampire voire à travers lui.

Le vampire et le monde de la nuit : réintégrer le monstre dans la communauté

Le vampire, dans la plupart des films, est sauf exception, un mort-vivant (dans la saga « Blade », le vampirisme est techniquement un virus). Irruption de l’irrationnel dans le réel, le vampire est un mort qui marche, pense, agit, et qui, de par ses liens avec le monde infernal/chtonien voit ses forces décuplées et ses pouvoirs renforcés. Il peut commander aux éléments (les nuages, la pluie), ainsi qu’aux animaux traditionnellement associés aux forces infernales. En parlant des loups, Bram Stocker fait dire à Dracula « Écoutez les… Les enfants de la nuit. Quels sons mélodieux ! »

De la même façon, dans Dracula Untold (2014) de Gary Shore, le personnage éponyme convoque chauve-souris et nuages pour combattre ses ennemis (les Turcs; nous y reviendrons). L’obscurité est pour tous les peuples, à toutes les époques, le domaine d’autres divinités, un espace sacré différent. Chez les Grecs, c’est celui de Hécate, déesse des croisements et de la lune noire (même si Nyx est la personnification en elle-même de la nuit), chez les Japonais c’est Tsukuyomi, qui se cache de Amateratsu, déesse du soleil, chez les Hindous, c’est Chandra, qui a son propre char lunaire (symbolisé par un lapin). En outrepassant le double interdit (vie/mort, jour/nuit), le vampire est deux fois profanateur. Il ne respecte plus aucune des lois de la Cité et doit donc être remis à sa place afin que l’ordre sacré soit rétabli. Faisant ceci, il endosse le même rôle que le bouc émissaire des anciens Juifs ou pharmakos des Grecs, dans le but de purger une communauté de ses fautes.

Notons que le vampire n’est pas en soi innocent, à l’image du bouc sacrifié. C’est la pratique cathartique qui invite la communauté à considérer et à réfléchir sur sa propre monstruosité et ses propres crimes : viols, meurtres, esclavage, pauvreté, sont-ils le fait du vampire qui prélève bien peu, à l’image d’un grand fauve ?

Il n’en demeure pas moins que ledit vampire, dans tous les films, doit être éliminé, pour la morale de l’histoire, comme rappelé plus haut. Si les versions varient là encore selon les films, le pieu dans le cœur, la décapitation, le feu et la lumière du jour ont en général le meilleur effet, surtout s’ils sont cumulés. Notons qu’il est étonnant de devoir planter un pieu dans un cœur pour éliminer un mort-vivant : soulignons là encore la dimension hautement symbolique du cœur, siège des émotions et de l’âme, surtout dans les films où les vampires sont repoussés voire tués par l’eau bénite (à l’image de la scène finale de « Une nuit en enfer », mi épique mi grotesque où un Pasteur ayant perdu la foi bénit de l’eau dans des préservatifs pour les transformer en grenades anti vampires). Une fois détruit, c’est-à-dire réellement mort, il peut enfin être apaisé et être accepté dans la communauté, l’eau jouant ici le même rôle que les derniers sacrements.

Quête d’immortalité et quête de sang

Le mythe du vampire a permis de nourrir une riche filmographie et, nous l’avons dit, de nombreux sous-genres. Mais ce qui sous-tend la plupart de ces films, à travers la soif de sang de ces protagonistes/antagonistes nocturnes et morts-vivants, c’est leur soif de sang inextinguible. Au delà de tout ce qui a été dit sur celle ci (analyse sexuelle et freudienne, crise du VIH dans les années 80 et 90…), il y a probablement autre chose de plus métaphysique à en dire. Fluide de la vie par excellence (avec l’eau), il est sang du Christ et liquide sacrificiel dans certains rites Grecs et précolombiens.

Le sang ne peut être versé traditionnellement que par un membre de la classe sacerdotale (voir là les écrits de Julius Evola) : là encore, le vampire transgresse un interdit. Cependant, par cette quête du sang, il me semble que le vampire cherche davantage que la vie : l’immortalité. Cette quête est d’autant plus vaine que toutes les cultures enseignent que l’immortalité (de l’âme) ne se gagne qu’après la mort, en tant que récompense : au paradis chez dans les religions abrahamiques, aux Champs-Elysées chez les Grecs, au Valhalla chez les Scandinaves etc. Or, comment un vampire, qui est damné, pourrait-il gagner l’immortalité de l’âme ? Ainsi, dans « Dracula Untold », Vlad Tepes donc boit le sang du maître vampire dans l’espoir d’obtenir ses pouvoirs, et de devenir lui aussi un vampire. Tout le film, il sera alors tourmenté par cette soif, tenté comme le Christ sans y céder.

Voilà la clef : le sacrifice (et la soif) du vampire n’est pas nécessairement une quête égoïste de pouvoir : défense d’un peuple opprimé dans Dracula Untold, protection des humains eux-mêmes dans « Entretien avec un vampire » (1994) de Neil Jordan, conquête d’une femme dans « Dracula » (1992) de Francis Ford Coppola. Cette quête de la transmission, nécessairement vouée à l’échec, sa dangerosité, et son caractère profane obligent les Hommes à le détruire, comme je l’explique plus haut.

Coincé entre deux mondes, le vampire est voué à être traqué par l’humanité qui fait son devoir, à la manière d’un personnage de tragédie, et ce précisément pour protéger ce qui fait d’elle sa nature. Le vampire, lui, en voulant amener l’immortalité du ciel par un pacte faustien sur terre, est diabolique (au sens littéral : il divise).

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De la foi et de la raison

Parmi les contempteurs du christianisme, et de sa belle version occidentale et européenne (le catholicisme), ils s’en trouvent deux catégories unies par un curieux « hasard ». La première est celle regroupant les progressistes de tout bord, dont nous ne feront pas le procès ici, d’une part, et les anti chrétiens que nous qualifierons de plus spirituels, d’autre part; je parle ici de ceux qui se nomment païens.

« Le triomphe de la déesse Raison » de Pierre-Nicolas Legrand de Lerant

Les uns trouvent d’ailleurs très amusant et spirituel (sic) d’appeler les chrétiens crétins alors que dans le même temps, ils accusent l’Eglise catholique d’avoir maintenus les paysans (le pagus, les païens!) dans l’ignorance, gardant comme un dragon son trésor le Savoir et la Science… C’est à n’y rien comprendre.

L’accusation régulière est la suivante : il est impossible d’entretenir une foi en Dieu (celui des Évangiles, du credo, etc) et en même temps avoir une réflexion logique (Au sens grec), rationnelle (Au sens latin). Adieu Lemaitre, Sorbon et Galilée! Comme disait le Patron, « Fiat lux! »

I/ Foi et raison ne sont pas de même nature

Comme l’explique très bien Dostoïevski dans son roman « les Frères Karamazov » (Première partie, Livre premier, chap. V) foi et raison sont si séparées qu’il est inutile de tenter de prouver l’existence de Dieu à un athée rationnel (ce qui seul pourrait serait susceptible faire naître sa foi) en lui montrant tel ou tel miracle. Non pas que les athées soient idiots ou manquent de coeur, mais parce que la foi et la raison sont d’ordre différent. Mais de la même façon, un croyant rationnel ne perdra pas sa foi quand bien même on démontait tous les miracles et les mystères. Demeure la question suivante : si Dieu existe (et qu’il a une bonne excuse, comme disait Woody Allen), quelle est sa place dans l’univers et ses lois ?

Féodor Dostoïevski en 1876

II/ Dieu est au delà des lois humaines et même de sa compréhension

Définir c’est réduire. Il serait donc orgueilleux (Au sens tant physique que spirituel), de vouloir assujettir Dieu à une équation qui quoique fort complexe, serait forcément en dehors de notre compréhension intellectuelle. Dieu ne peut être un objet mathématique mesurable. Une équation peut être comprise et résolue. Dieu ne le peut pas pour la simple et bonne raison que Dieu est amour infini et que l’amour infini, sous la forme du Christ crucifié pour racheter nos péchés, ne peut se calculer avec aucun ordinateur. Pour ma part, je refuse de répondre à la question posée plus haut d’un point de vue logique.

III/ L’histoire nous a donné beaucoup de scientifiques croyants

Certains étaient même clercs comme le chanoine Georges Lemaitre, dont les travaux sur l’atome primitif ont préparé la théorie du Big-Bang.

Georges Lemaître

Copernic était, en plus d’être médecin et astronome, chanoine.

Et dès le IV ème siècle après Jésus-Christ, dans son Commentaire de l’épître aux Ephésiens, Jérôme de Stribon critique ceux qui nient la rotondité de la Terre.

Bien entendu, les rapports avec les autorités ecclésiastiques ont souvent été compliquées, entre méfiance et intérêt; qu’on songe au malheureux Galilée. Néanmoins, à leur mesure et sur la longue durée, ils ont pu contribuer à la civilisation occidentale; quand certains n’ont pas été faits saints comme Hildegarde de Bingen, musicienne, médecin, théologienne, canonisée et faite docteur de l’Eglise par Benoît XVI.

Il découle de ce court exposé ceci : premièrement, la foi n’a aucune raison a priori d’entraver la réflexion. Deuxièmement, loin d’avoir été la période d’obscurantisme intellectuel, littéraire, spirituel, artistique, le moyen âge qui a vu fleurir le catholicisme a plutôt préservé et transmis ce qu’il a pu.

Thomas d’Aquin, disciple catholique d’Aristote

Conan le barbare : un film pas si bourrin

De nombreuses analyses ont été faites du personnage de Conan, de son univers, mais peu, je crois, ont cherché à en creuser la philosophie et la théologie. Je vais donc tâcher de démontrer les lignes de fracture que le film de John Milius de 1982 tend soit à mettre en exergue soit à réconcilier, notamment en m’intéressant au personnage de Thulsa Doom.

I/ Un « méchant » evolien

Dans la doctrine de l’éveil Julius Evola définit la conception de la vie dans le bouddhisme notamment comme une succession de tourbillons, comme un fleuve. Cette idée se retrouve dans le roman de Hermann Hesse Siddartha (le nom de Bouddha avant qu’il atteigne l’éveil).

Ai-je besoin de faire les présentations?

Le philosophe italien explique également que le bouddhisme est la seule religion et la seule doctrine qui soit réellement ascétique. A ce titre, Conan le barbare propose un traitement bouddhique du personnage de Thulsa Doom : immortel, ce sorcier a pour modèle et emblème le serpent (oroborous). Interprété par James Earl Jones, il ne manifeste jamais la moindre contrariété, joie, ou colère. Cela se voit à deux moments. Le premier est la fin du saccage du village de Conan, au début. Bien que l’opération soit un succès objectif total, Thulsa Doom n’a ni un mot ni un sourire de joie ou de contentement, pas même de joie sadique quand il décapite la mère de Conan. Le second moment survient quand il reproche à Conan d’avoir volé l’oeil du serpent et d’avoir tué le serpent géant. On ne ressent dans sa voix et dans sa posture corporelle qu’un vague mépris, mais ni rage ni agressivité. Et quand il envoie Conan se faire crucifier, il le fait pour se débarrasser, sans haine ni colère. C’est là ce qui fait la force de ce méchant, non manichéen, mais doté d’un système de valeurs différentes de celles de Conan.

Quand t’as joué Thulsa Doom et la voix de Dark Vador, t’as plus besoin de prouver quoique ce soit à personne.

II/ Un avertissement matérialiste : la chair et l’esprit

En face, le personnage de Conan apparaît comme incarnant (littéralement) la supériorité de la force sur l’esprit. C’est la le paradoxe : lors de sa rencontre avec Thulsa Doom, celui-ci lui déclare : « l’acier n’a aucune force. La chair est plus forte ! ». Mais la chair qu’évoque le sorcier est celle du nombre, de la masse, celle du guru non pas au sens traditionnel, mais au sens perverti. Le pouvoir, la richesse et l’orgueil, sont devenu péchés (ou hybris, dans une perspective grecque), et la secte est devenue la foule que redoutait Gustave Le Bon dans son ouvrage Psychologie des foules (1895). En effet, pour ascétique que soit Thulsa Doom, son monde est pervers : pouvoir, soif de richesse et des plaisirs sensibles (séquence de la caverne). Il est donc bien le serpent c’est à dire Satan, dont Jésus nous avertit dans Matthieu 24:24 : « Car il s’élèvera de faux Christs et faux prophètes; ils feront de grands prodiges et des miracles, au point de séduire, s’il était possible, même les élus ».

Le moment le plus frappant de cet aspect est celui où Conan, repéré comme intrus, est capturé. Une foule immense se lance alors à la suite des individus qui l’ont capturé, alors que cela est rationnellement absurde : il leur est impossible de le blesser. Ces fidèles ne sont guidés là que par leur fanatisme et leur fidélité sans borne en Thulsa Doom. Conan apparaît donc comme un personnage catholique face aux hérésies de la gnose, ou encore face aux Cathares, rappelant que le Divin s’est fait chair.

Dédicace à Catherine Millet, ceci est un gnostique. Pas un catholique. Son nom est René Guénon.

III/ Prométhée contre Jésus ? Eschatologie howardienne

Le film de John Milius réussit également le pari audacieux de mettre en perspective les thématiques christique et prométhéenne.

Nous l’avons vu, Conan peut être vu comme un héros christique. Mais ce héros européen est également un personnage prométhéen. On le voit à trois moments. Le premier est celui où le père de Conan confie à son fils le secret de l’acier, lui expliquant qu’il n’y a que la technique qui permette de lutter face à la barbarie et à l’obscurantisme. Or, nous l’avons vu dans un précédent article, pour Howard, le barbare est précisément l’incendie régénérant de la forêt (une idée que Christopher Nolan reprendra dans Batman Begins); il est Kalkî, Maitreya, et toutes les figures eschatologiques.

Cela se voit également au moment où Conan trouve son épée dans la tombe. L’arme est rouillée, il la remet à neuf, puis en profite pour se refaire de ses chaînes. Le message est simple : l’homme peut améliorer son outil et se défaire de ses limites grâce à lui.

Le troisième moment est celui où Conan tue le serpent géant, symbole de la victoire (ou du moins de la maîtrise) de l’homme sur la nature grâce à la technique. Chacun y aura vu une allusion aux héros et aux saints sauroctones, de Apollon tuant Python à Sainte Marthe, Saint Marcel, etc.

Saint Clément, premier évêque de Metz, conduisant le Graoully sur les bords de la Seine. C’est autre chose qu’un pitbull.

Mais le film a un message terrible pour Prométhée et les hommes : le prix de la technique est douloureux. Comme Prométhée, Conan est enchaîné à un arbre, harcelé par des vautours.

Oui ça fait mal.

Dolores, l’IRA, l’Irlande et le catholicisme 

Dolores O’Riordan est morte hier lundi 15 janvier à l’âge de 46 ans. La chanteuse des Cranberries, à la voix rageuse, fragile, ou angélique s’est éteinte dans le ciel londonien où elle était venue enregistrer_une dernière fois. 

Dernière d’une famille de sept enfants, la chanteuse irlandaise était connue non seulement pour son talent mais aussi pour des convictions et une âme qu’elle n’a jamais reniées, ce que les médias et les bien pensants ne lui ont jamais pardonné, même dans la mort. Pro famille (« Ode To My Family »), patriote irlandaise ( » God Be With You »), l’auteur des textes de la « sauce aux canneberges » (qui accompagne l’action de Grâce) savait mettre subtilement ses convictions en avant. Elle était également pro peine de mort, prenant pour exemple Singapour, et anti avortement… Comme n’importe quelle Irlandaise catholique née en 1971 (« The Icicle Melt »).

Il y a cependant un contresens que doivent éviter les admirateurs de Dolores, notamment ceux qui s’intéressent à l’IRA et au conflit Nord-irlandais. Pour patriote et catholique qu’elle fusse, elle n’a jamais apporté son soutien à la cause de l’IRA, condamnant même la violence et la guerre à travers sa chanson la plus connue, « Zombie« . L’idée est moins de prendre position contre l’IRA, et notamment sa branche armée, que de tenter de s’interposer entre les belligérants et d’imposer une sorte de paix de Dieu, à une époque où l’Eglise ne répond (déjà) pas/plus à ses aspirations (elle déclarait ne pas aller à l’église). Le refrain ne dit pas autre chose : « But you see, it’s not me/It’s not my family/In your head, In your head, they are fighting/ With their tanks, and their bombs/ And their, and their guns/ In your head, they are crying ». Là où les tanks se réfèrent aux troupes britanniques, les bombes se réfèrent aux attentats de l’IRA (encore que les Black and Tans aient pu se livrer à des actions proches). Ce que hurle Dolores est une supplication et une prière. C’est une jeune femme qui a 22 ans au moment de l’attentat de Warrington évoqué dans la chanson et qui n’a connu que la pauvreté et la guerre. L’accent est mis, on  le comprend, sur le caractère non seulement brutal mais encore lassant de la guerre (« Another head hangs lonely/Child is slowly taken »).

The Cranberries est donc moins un groupe « nationaliste » qu’un groupe catholique, et un groupe irlandais. 

Deliveroo, ou le tabouret du pendu

Un soir, attablés à un restaurant local (« la ferme à Dédé« ) avec mes amis en train de manger un gros burger absolument pas vegan, nous avons aperçu deux ou trois coursiers-livreurs Deliveroo. Par l’aspect relativement sombre de leur peau, et leurs traits fort peu caucasiens, ainsi que par leur dialecte semblant venir des côtes de l’Afrique de l’ouest, nous en avons déduit que ces jeunes gens aux bras maigres, aux cuisses musclées et au ventre vide étaient sinon des migrants, du moins arrivés dans notre douce France il y a peu de temps. 

Un peu plus tôt dans la journée, nous avions croisé des individus semblables, ventre vide, regard hagard, conduite rapide et nerveuse facilitée par leur faible poids, etc. Une différence majeure, seulement : ils étaient Français « de souche » (je mets des guillemets pour respecter la loi), leur faciès était caucasien. Ils étaient très probablement étudiants et quand on connait la prédominance de la gauche et de l’extrême gauche dans les universités, faire le raccourci « vendeurs Deliveroo=gauche » est aisé. Faire circuler les repas, faire circuler les hommes, faire circuler les biens. La cohérence est parfaite.

Oui, mais. Ces salariés n’ont pas compris qu’ils étaient des salariés (en dépit de ce que l’esprit « start-up nation » laisse paraître), des chômeurs en puissance. C’est là qu’intervient ce que Marx appelait l’armée de réserve du Capitalisme, incarnée dans mon exemple par les braves guerriers d’ébène de l’ouest africain. Et comme « Celui qui a vécu par l’épée, périra par l’épée » (Matthieu 26:52), « Celui qui a vécu par le mondialisme, périra par le mondialisme ». En votant depuis des années pour des gens qui ont fait venir leurs remplaceurs, en consommant les produits (Deliveroo, Apple…) qui luttent ouvertement contre eux, ces étudiants sont leurs (et nos) propres bourreaux.