Le vampire au cinéma : une lecture symbolique

Depuis que Bram Stocker a synthétisé les contes, mythes et légendes d’Europe pour accoucher du chef d’œuvre Dracula (1897) qui allait changer le monde, le vampire a subi des traitements divers, que ce soit dans la littérature ou le cinéma. Figure romantique et torturée chez Anne Rice, monstre nocturne chez Friedrich Murnau dans « Nosferatu, une symphonie d’horreur » (1922), créature bondissante et grotesque dans « Une nuit en enfer » (1996) de Robert Rodriguez, ou encore adolescents brillant au soleil dans la saga Twilight (2008-2012).

Tous gardent en commun l’anthropomorphisme, à l’inverse des lycanthropes qu’ils affrontent régulièrement (« Van Helsing » (2004) de Stephen Sommers, la saga « Underworld » (2003-2016) ), et par conséquent, un miroir déformé de l’Homme. Nous allons par conséquent tâcher de nous intéresser à deux thèmes qui nous semblent majeurs dans les films dits « de vampires », quoiqu’ils semblent a priori entrer en contradiction. Le premier est le vampire comme objet des catharsis de l’humanité. Le second quant à lui traitera de la rédemption du vampire voire à travers lui.

Le vampire et le monde de la nuit : réintégrer le monstre dans la communauté

Le vampire, dans la plupart des films, est sauf exception, un mort-vivant (dans la saga « Blade », le vampirisme est techniquement un virus). Irruption de l’irrationnel dans le réel, le vampire est un mort qui marche, pense, agit, et qui, de par ses liens avec le monde infernal/chtonien voit ses forces décuplées et ses pouvoirs renforcés. Il peut commander aux éléments (les nuages, la pluie), ainsi qu’aux animaux traditionnellement associés aux forces infernales. En parlant des loups, Bram Stocker fait dire à Dracula « Écoutez les… Les enfants de la nuit. Quels sons mélodieux ! »

De la même façon, dans Dracula Untold (2014) de Gary Shore, le personnage éponyme convoque chauve-souris et nuages pour combattre ses ennemis (les Turcs; nous y reviendrons). L’obscurité est pour tous les peuples, à toutes les époques, le domaine d’autres divinités, un espace sacré différent. Chez les Grecs, c’est celui de Hécate, déesse des croisements et de la lune noire (même si Nyx est la personnification en elle-même de la nuit), chez les Japonais c’est Tsukuyomi, qui se cache de Amateratsu, déesse du soleil, chez les Hindous, c’est Chandra, qui a son propre char lunaire (symbolisé par un lapin). En outrepassant le double interdit (vie/mort, jour/nuit), le vampire est deux fois profanateur. Il ne respecte plus aucune des lois de la Cité et doit donc être remis à sa place afin que l’ordre sacré soit rétabli. Faisant ceci, il endosse le même rôle que le bouc émissaire des anciens Juifs ou pharmakos des Grecs, dans le but de purger une communauté de ses fautes.

Notons que le vampire n’est pas en soi innocent, à l’image du bouc sacrifié. C’est la pratique cathartique qui invite la communauté à considérer et à réfléchir sur sa propre monstruosité et ses propres crimes : viols, meurtres, esclavage, pauvreté, sont-ils le fait du vampire qui prélève bien peu, à l’image d’un grand fauve ?

Il n’en demeure pas moins que ledit vampire, dans tous les films, doit être éliminé, pour la morale de l’histoire, comme rappelé plus haut. Si les versions varient là encore selon les films, le pieu dans le cœur, la décapitation, le feu et la lumière du jour ont en général le meilleur effet, surtout s’ils sont cumulés. Notons qu’il est étonnant de devoir planter un pieu dans un cœur pour éliminer un mort-vivant : soulignons là encore la dimension hautement symbolique du cœur, siège des émotions et de l’âme, surtout dans les films où les vampires sont repoussés voire tués par l’eau bénite (à l’image de la scène finale de « Une nuit en enfer », mi épique mi grotesque où un Pasteur ayant perdu la foi bénit de l’eau dans des préservatifs pour les transformer en grenades anti vampires). Une fois détruit, c’est-à-dire réellement mort, il peut enfin être apaisé et être accepté dans la communauté, l’eau jouant ici le même rôle que les derniers sacrements.

Quête d’immortalité et quête de sang

Le mythe du vampire a permis de nourrir une riche filmographie et, nous l’avons dit, de nombreux sous-genres. Mais ce qui sous-tend la plupart de ces films, à travers la soif de sang de ces protagonistes/antagonistes nocturnes et morts-vivants, c’est leur soif de sang inextinguible. Au delà de tout ce qui a été dit sur celle ci (analyse sexuelle et freudienne, crise du VIH dans les années 80 et 90…), il y a probablement autre chose de plus métaphysique à en dire. Fluide de la vie par excellence (avec l’eau), il est sang du Christ et liquide sacrificiel dans certains rites Grecs et précolombiens.

Le sang ne peut être versé traditionnellement que par un membre de la classe sacerdotale (voir là les écrits de Julius Evola) : là encore, le vampire transgresse un interdit. Cependant, par cette quête du sang, il me semble que le vampire cherche davantage que la vie : l’immortalité. Cette quête est d’autant plus vaine que toutes les cultures enseignent que l’immortalité (de l’âme) ne se gagne qu’après la mort, en tant que récompense : au paradis chez dans les religions abrahamiques, aux Champs-Elysées chez les Grecs, au Valhalla chez les Scandinaves etc. Or, comment un vampire, qui est damné, pourrait-il gagner l’immortalité de l’âme ? Ainsi, dans « Dracula Untold », Vlad Tepes donc boit le sang du maître vampire dans l’espoir d’obtenir ses pouvoirs, et de devenir lui aussi un vampire. Tout le film, il sera alors tourmenté par cette soif, tenté comme le Christ sans y céder.

Voilà la clef : le sacrifice (et la soif) du vampire n’est pas nécessairement une quête égoïste de pouvoir : défense d’un peuple opprimé dans Dracula Untold, protection des humains eux-mêmes dans « Entretien avec un vampire » (1994) de Neil Jordan, conquête d’une femme dans « Dracula » (1992) de Francis Ford Coppola. Cette quête de la transmission, nécessairement vouée à l’échec, sa dangerosité, et son caractère profane obligent les Hommes à le détruire, comme je l’explique plus haut.

Coincé entre deux mondes, le vampire est voué à être traqué par l’humanité qui fait son devoir, à la manière d’un personnage de tragédie, et ce précisément pour protéger ce qui fait d’elle sa nature. Le vampire, lui, en voulant amener l’immortalité du ciel par un pacte faustien sur terre, est diabolique (au sens littéral : il divise).

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Pour le rétablissement de l’esclavage

L’esclavage est né logiquement de l’inégalité des richesses, laquelle découle fort logiquement de la sédentarité. Dans la Grèce ou dans la Rome antique, plus de terres nécessitait et permettait plus de bras pour les entretenir.

L’esclave, en droit, est considéré comme un bien meuble, sur lequel son propriétaire a en théorie, tous les droits. Il est possible de trancher la gorge d’un esclave comme de briser une amphore.

L’abolition puis la disparition du servage en France (entre le XI ème et le XV ème siècle) ainsi que la lutte contre l’esclavage puis au cours du XVIII ème et XIX ème siècle a amené nos sociétés à considérer l’esclavage comme un état dégradant, avilissant pour la personne humaine, notamment sous l’impulsion de l’Eglise catholique.

Il convient de cependant faire quelque rappels. Tout d’abord, ce sont avant tout des motifs économiques qui ont vu la progression des idées abolitionniste : si le Christ lui-même ne condamne pas l’esclavage en lui même, c’est qu’il naît, vit, et meurt dans la Judée, province romaine, de l’antiquité. Il a en revanche exhorté à l’amour du prochain, notamment du plus faible, du pauvre, et donc de l’esclave.

L’esclavage est alors la norme et un élément de l’économie, en Perse, à Rome, en Grèce, chez les Germains, en Égypte, et évidemment chez les Hébreux. Paul de Tarse lui-même prône l’obéissance ses esclaves à leurs maîtres (Cor 2, 22-25).

Esclavage à Rome

En revanche, l’Eglise en tant qu’institution a accompagné progressivement l’émancipation des esclaves : le 13 janvier 1435, le pape Eugène IV publie ainsi l’encyclique Sicut dudum, dénonçant les mauvais traitements infligés aux esclaves indigènes des Canaries, exhortant à leur libération sous peine d’excommunication.

Soulignons ensuite la lettre Pastorale officium, du 29 mai 1537, du pape Paul III au cardinal Juan de Tavera, archevêque et primat d’Espagne, qui lui commande d’interdire la réduction des Indiens en esclavage ou des les priver de leurs biens. Cette lettre intervient quinze ans avant la fameuse controverse de Valladolid, qui détermina si la conquête et la réduction en esclavage des Indiens d’Amérique latine, sous l’égide de Charles Quint, était ou non légitime.

Paul III

Mais une lettre du 2 juin de la même année du souverain pontife, Veritas Ipse, est bien plus intéressante, puisqu’elle lie la liberté à la propriété. Les Révolutionnaires français de 1789 reprendront la même idée, suivant le modèle athénien : celui qui est libre est celui qui possède. La possession, la richesse fait la liberté. Et vice versa : la liberté doit servir à exercer son droit de propriété, son droit à s’enrichir.

C’est à partir du XVIII ème siècle et plus encore de ses conséquences (la Révolution puis la Révolution industrielle) que les choses se gâtent si l’on peut dire.

Les idées des Lumières ayant porté aux quatre coins de l’Europe puis du monde l’idée d’égalité économique et sociale (par des aristocrates, des bourgeois ou des hommes d’Eglise assez hostiles eux mêmes à ces principes), la révolution industrielle n’eut aucun mal, une fois les vieilles pratiques et les vieilles idées de corps intermédiaires jetés à bas  à se mettre en marche, que l’on pense seulement à la Loi Le Chapelier.

Et il n’y a aucun hasard si les contestations à ce système, que l’on appellera plus tard libéral, s’appellent très vite « socialistes », puis » communistes ». Le cœur des revendications vient de la paupérisation des prolétaires, nouveauté du XIX ème siècle, ainsi qu’une baisse de la considération du travail par cette société industrielle ; c’est la naissance de société de consommation, autre nouveauté du XIX ème siècle. Ainsi, on n’imaginait pas au XII ème siècle un vitrail fait à la chaîne, avec ce que cela implique en termes de (bas) coûts et donc de (bas) salaires.

L’idée n’est ni de faire un procès de la société industrielle ni de faire une histoire du socialisme, mais plutôt d’inviter à réfléchir sur ce que les ouvriers du XIX ème siècle (et même du XXI ème) ont gagné et perdu par rapport aux esclaves athéniens ou romains. Que l’on considère les points suivants : l’esclavage est acheté une fois, à une valeur X, selon ce qu’il vaut, ce qu’il a appris, auprès d’un maître (un guru comme disent les Indiens). Il représente, en termes strictement économiques, un investissement pour son maître : celui-ci a donc bien souvent tout intérêt à le choyer pour le garder auprès de lui longtemps et en bonne santé : qui casse sa propre voiture ? L’esclavage est nourri, logé et blanchi. Et bien souvent, il pouvait avoir, à Rome, quelque récompense monétaire. On me dira « Et la liberté ? ». La liberté, pour quoi faire ? « la liberté est un rêve d’esclave écrivait Nicolás Gómez Dávila. Elle ne s’apprécie qu’avec modération. Combien d’hommes sont libres mais épuisent leur liberté à travailler, pour gagner de l’argent ? Cela me permet d’évoquer le cas du salarié. Celui-ci doit d’abord trouver un emploi : c’est lui qui se vend. Il n’a jamais la certitude de garder le dit emploi même en étant parfait. L’usine peut déménager, être détruite, endommagée. Avec son salaire, il doit pourvoir à tous ses besoins matériels : logement, nourriture, vêtements, chauffage, loisirs.

Le titre de l’article était provocateur à dessein et avait essentiellement pour but d’attirer sur l’aspect nihiliste et déshumanisant du salariat. Si le combat contre l’esclavage fut un noble combat, ses motifs furent parfois beaucoup plus laids, comme la guerre de Secession le démontra. L’idée est moins de mettre en valeur l’esclavage que de démontrer le caractère de pervers et aliénant du salariat. Il est urgent de trouver d’autres formes d’échange et de modèles économiques.

Sois féministe mais tais toi

Le féminisme (les féminismes) semble être, pour l’intérêt que je lui porte, l’ensemble des revendications portées par et pour les femmes en matière politique, sexuelle, économique, culturelle, sociale, etc. C’est en tout cas ce que j’en comprends. De nombreuses (la plupart) des femmes semblent s’en emparer à travers les classes bourgeoises occidentalisées (celles qui dirigent le monde donc, car les ouvrières indiennes de Beyoncé ne « dirigent » pas le monde malgré les mêmes ovaires qui habitent le même ventre que leur bourreau idole des jeunes).

Il est bien entendu, comme je le sous entendais plus haut, qu’il existe plusieurs façons d’être féministe (ou de ne pas l’être). C’est un choix individuel _ c’est ironique, porté par des mouvements de masse anciens et profonds (qu’on pense à Olympe de Gouges, Louise Michel…).

Aujourd’hui, une femme a pleinement le droit de travailler ou non, faire du sport ou non, s’épiler ou non, être féminine ou non, etc. Il faut le dire et le clamer haut et fort.

Cela étant posé, il faut que chacun ait le droit de choisir. Chacun doit pouvoir aimer ou non (donc de discriminer, de hiérarchiser) ses goûts et ses choix. Dans un monde où l’impératif social, culturel et économique du mariage n’existe plus, et où l’individu roi a pris le dessus sur les communautés, chacun doit pouvoir dire oui ou non. J’ai pour ma part le droit de dire non à une agender obèse à iroquoise arc-en-ciel, et travaillant dans la ‘com’, dans la mesure où je préfère les femmes méditerranéennes : avec des rondeurs (j’ai dit des rondeurs : pas « des gros seins »), brunes, etc.

Il n’est pas cohérent et encore moins légitime de réclamer toute l’attention du monde, notamment de la part des hommes, à une époque où le mariage (et plus largement le couple), institution certes patriarcale et bourgeoise mais protectrice des intérêts des femmes vieillissantes et donc infécondes. Pour préciser ma pensée : l’avantage du mariage des sociétés traditionnelles « patriarcales », est qu’il protégeait à la fois la femme matériellement (foyer, argent) ainsi que sa vertu, et ce même si les hommes ont toujours eu des maîtresses.

La société bourgeoise, en introduisant progressivement l’hédonisme et le désir comme seuls critères valables du couple, a mené à l’aliénation des deux sexes. J’ai bien conscience de ne rien apporter à l’édifice anti moderne de la littérature et de la philosophie en énonçant ce point (voir Clouscard etc).

En somme, comme le dit la chanson, chacun fait ce qui lui plaît. La société hédoniste a tué le mariage, et comme Erysichton qui se dévore lui-même, dévore le désir.

Donc : sois féministe, mais tais-toi. Tu voulais la liberté sexuelle ? Tu l’as, et je te soutiens jusqu’au bout, tant que tu n’empiète pas sur mon espace vital c’est-à-dire mon propre libre arbitre. A ce titre, la polémique quu tourne autour de Yann Moix est assez symptomatique. Si l’on peut s’amuser, regretter, ignorer ou blâmer (au choix) son obsession quasi fétichiste pour les femmes jeunes et asiatiques, on ne peut en revanche hélas pas lui imposer de coucher avec telle ou telle femme. Le mouvement #MeToo a (re) mis à l’honneur un principe fondamental dans la sexualité, en l’occurrence le consentement. Cette vision du couple, du consentement, du désir, de la sexualité, est peut-être nouvelle, bouleversante, peut être débattue, nuancée mais doit s’appliquer aux deux sexes : « mon corps, mon droit » vaut également pour Yann Moix.

De nombreuses femmes (artistes, bloggeuses, journalistes ou anonymes) ont ainsi eu la bêtise, et je pèse mes mots de souligner que Yann Moix passait à côté de « quelque chose », en l’occurrence de femmes de plus de cinquante ans absolument ravissantes. Plusieurs problèmes à ce raisonnement : le problème est le côté purement esthétique, physique, sur lequel le désir reposerait : pour le féminisme comme mouvement intellectuel profond, on repassera.

Le deuxième, c’est que concernant le point précédent, on est en droit de douter de l’authenticité de la plasticité de certaines stars telles, à l’inverse de Yann Moix dont la laideur « a un avantage, c’est qu’elle dure », comme disait Gainsbourg.

Le troisième, et c’est le pire, c’est la question du consentement : qui dit que Yann Moix voulait coucher avec Monica Bellucci? Et la réciproque ? Un an de mouvement #MeToo pour en arriver là, à nouveau, bravo les féministes.

Il reste à mon sens deux issues au féminisme : l’individualisme forcené que je viens de décrire, et le retour à la famille traditionnelle. Ce mouvement arrive en fin de course et ne pourra arriver à se sauver de la caricature que par la deuxième solution, qui passe par une compréhension des désirs et du rôle de femme dans la société et dans la famille (pas nécessairement au foyer d’ailleurs).

Rien à foot de la race!

A l’heure où le mot « race » vient d’être rayé de la constitution dans le but avoué de supprimer les supposées conséquences de son existence (comme si la suppression de la pauvreté avait éliminé celle ci), le mot honni revient pourtant, dans l’actualité. Comme un tas de poussière qu’on voudrait cacher sous un tapis, « les faits sont têtus » disait Lénine : l’équipe de France de football est majoritairement composée de joueurs d’origine subsaharienne.

Avant de continuer, soulignons deux éléments anecdotiques (ou pas) : le premier est que s’ils apprécient, contrairement à nous, la France et l’Europe multiculturelles dans laquelle ils vivent, les joueurs multiplient les déclarations « patriotiques ». Il est évident que l’attachement à la France, pour sincère qu’il soit, manque de « chair ». Mais cela contribue à la cohésion d’ensemble.

Le deuxième élément à souligner est le retour progressif d’une foi catholique diffuse mais forte notamment à travers des joueurs comme Olivier Giroud ou Antoine Griezmann.

Ces deux éléments posés, attachons nous au problème principal… Qui n’est pas l’équipe de France de football. Dire qu’elle représente la France est vraie. C’est une triste vérité : la France, comme d’autres pays, a reçu depuis environ quarante ans des vagues d’immigration d’une ampleur inédite pour son histoire. Ceci a changé sa structure sociale et démographique, influencé son économie, certains de ses modes de vie, et pesé négativement sur sa sécurité : voilà bien la définition détaillée du multiculturalisme.

L’équipe de France de football ne fait que ce pour quoi elle est payée : jouer au football. Les sélectionneurs, entraîneurs, investisseurs, choisissent les meilleurs. Si l’idée que les Français de souche sont « naturellement » moins bons (endurance, vitesse, réflexes) est largement à nuancer (voir là encore le cas de Griezmann qui dut faire sa carrière en Espagne pour accéder au niveau professionnel), il est vrai que la société et le système médiatique, politique et sportif aide peu les jeunes sportifs de souche dans un pays qui a une faible culture de ce sport, notamment en comparaison de l’Angleterre par exemple.

Les causes et les conséquences de la composition de l’équipe de France doivent être analysées comme un élément d’un problème plus vaste. Celui ci comprend l’immigration, la remigration, la sécurité, etc.

Il me paraît par conséquent logique de soutenir une équipe et ce même si les médias, les politiques, les associations tenterons probablement de récupérer l’image et la victoire d’une victoire. Et encore: il appert que, vingt ans après, la « sauce » ne prenne plus tellement, même à gauche.

Il est également tout aussi indispensable de ne pas perdre de vue son propre enracinement (et donc ne pas confondre fête et festivisme) et la nécessaire remigration, qui s’inscrit dans une logique de réenracinement des populations : une terre, un peuple.

Pourquoi l’extrême gauche manque de logique (et ce que nous devons en tirer)

L’extrême gauche française (notamment estudantine) nous étonne _ au sens littéral. Quand nous écoutons sa rhétorique, quand nous lisons sa prose, quand nous observons ses modes d’actions, nous sommes comme « frappés par le tonnerre ».

Cette extrême gauche, qui pêle-mêle convoque Jaurès, Hugo, Robespierre, le Sous-Commandant Marcos, Lénine, et des épisodes tragiques et sanglants comme la Commune, la guerre d’Espagne, la (tardive) résistance du Parti Communiste aux nazis, la révolution d’octobre, mai 68, se retrouve incapable d’aller au bout de sa logique intellectuelle.

Opposant ce qu’elle considère (à juste titre ou non, là n’est pas le débat) la légitimité (la sienne) à la légalité (celle de l’Etat et de ses moyens de répression), elle commet deux erreurs logiques (Nous aurons plutôt tendance à parler de malhonnêteté intellectuelle et politique).

La première est le recours aux forces de l’ordre pour sa sécurité : imagine-t-on la Commune appeler les Versaillais au secours ? Les FARC se placer sous la protection de Álvaro Uribe? La réponse est évidemment non. Or, cette extrême gauche, qui entend se placer dans une logique et un héritage (politique, esthétique…) révolutionnaires, entend là jouer sur les deux tableaux de la légalité et de la légitimité, et ce de façon à la fois massive et publique. Il ne s’agit donc pas de simples « passerelles » ou complicités (il existe des policiers de droite, de gauche, offrant des coups de main, des renseignements à leurs amis. Cela s’est toujours vu; sans compter les phénomènes de corruption et d’intimidation). Mais le fait « d’appeler la police » fait de ces gens des complices objectifs de la bourgeoisie.

Vous allez dire que je m’acharne mais bon.

La seconde est le rapport à la violence. Qu’on ne se méprenne pas en nous prenant pour des légalistes; nous avons développé la question ailleurs. Dans un État de droit, seul l’Etat a droit à un recours à la violence (encadrée). Décidant à nouveau de se placer sur le terrain de la légitimité face à la légalité, l’extrême gauche a choisi d’occuper des universités, d’empêcher des examens, etc. Elle l’a fait en conscience, par la force et souvent par la violence, comme ont pu en témoignent des étudiants de Montpellier et de Paris, ainsi que la récente découverte de cocktails Molotov à Paris I (Tolbiac). À l’occasion de ce rapport de force, des individus ont notamment demandé la démission du chef de l’Etat. Peu importe ce que l’on pense de celui-ci, il est cohérent qu’un chef d’État envoie la police sortir ces individus, dans le cadre du droit à nouveau. En Espagne toute proche, ils auraient sans doute demandé la tête du roi et l’instauration d’une république, et auraient reçu la visite de la Guardia Civil dans la journée; je ne vous parle pas de pays comme l’Iran.

Ou la Birmanie.

Le but de toute manifestation, de tout mouvement social et à terme de toute révolution est de transformer sa légitimité en légalité. Mais durant ce temps, il s’écoule une période plus ou moins longue de doutes et d’échecs où le révolutionnaire est par définition un « hors-la-loi » en l’occurrence la loi suprême la Constitution.

Cela n’implique pas d’être un criminel. Jules César écrivait : « Si tu dois enfreindre la loi, empare toi du pouvoir. Dans les autres cas, respecte la ».

De ces deux points, les nationalistes (notamment les maurrassiens) doivent en tirer les leçons de logistique, de crédibilité politique, et d’image médiatique.

Éthique et esthétique de la révolution

Il faut pour faire une révolution des révolutionnaires. Cette simple évidence mérite d’être posée et rappelée. Ceux-ci doivent réunir en eux mêmes une poignée de qualités. Nous tâcherons ici d’en brosser quelques uns.

I/ L’homme

Un révolutionnaire doit être un homme. Ce terme doit être compris au sens non pas de genre mais au sens sanskrit (vir : le héros). Un révolutionnaire ne saurait être un marginal. Son hygiène de vie physique et mentale doivent même primer sur ses prouesses physiques.

Pour la même raison, il doit disposer d’une certaine indépendance financière (nous en reparlerons).

Un révolutionnaire doit pouvoir mobiliser son argent, son matériel rapidement, et donc de voyager si possible léger. Il doit être autonome, et doit être capable de sacrifier ledit matériel. La prise du pouvoir passera par des pertes de gazeuses, banderoles, écharpes, bâtons, etc.

Pour d’autres raisons, évoquées dans un précédent article, la police doit être tenue la plupart du temps, au maximum à l’écart, des activités politiques. Il est incohérent de railler nos adversaires qui appellent la police si nous faisons de même. Mao Zedong disait  » le pouvoir est au bout du fusil ». Ce n’est que par le renversement du rapport de force, à défaut de nous imposer culturellement, que nous l’emporterons. Mais il faut imaginer un fusil de grande longueur et une guerre éprouvante.

Enfin, un homme doit connaître sa doctrine, savoir l’appliquer, mais également savoir ouvrir son esprit (littérature, philosophie, histoire…).

II/ L’homme et son matériel

Il est impératif de s’adapter. Certaines actions requièrent des tenues confortables (chaleur, etc) d’autres des tenues spectaculaires, élégantes, ou autres. En tout cas, ce qui prime est l’efficacité et l’adaptabilité de la tenue aux conditions météos, à l’heure de la journée (s’habiller tout en noir à midi est peu discret), ainsi que de l’équipement. Il est utile de s’équiper de coupes boulons si l’ennemi a fermé ses portes avec des chaînes mais il est peu astucieux de prendre des gazeuses si l’on a prévu d’emprunter des couloirs étroits et inconnus, ou s’il y a du vent. De même les porteurs de lunettes doivent-il réfléchir.

Un autre élément à souligner, et que nous avons rappelé dans un précédent article, du même registre de l’adaptabilité, est celui des vêtements. Le nationaliste type dispose d’un certain nombre de vêtements, chaussures, accessoires, couvre-chefs, tatouages, qui le rendent facilement identifiables dans la rue, par des passants, des commerçants, des policiers en civil, des adversaires politiques. En résumé : cessez de vous habiller pour une action quelle qu’elle soit comme pour une soirée ou un défilé.

Guérilleros du Sentier Lumineux. Sobriété, discrétion.

III/ L’homme et la femme

Une révolution (et son prolongement) s’essouffle rapidement sans femmes. Voilà pourquoi des rapports sains entre revolutionnaires des deux sexes est important.

Les concepts de courtoisie, de politesse ne doivent donc pas être de vains mots. Il est nécessaire de se les réapproprier en (re) construisant des rapports normaux abîmés par des décennies de féminisme de troisième génération mais aussi d’abandon par les hommes de leur place et de leur rôle. En d’autres termes, n’attendez pas qu’une femme soit au choix (et à la fois) une femme fatale des années trente/ cinquante, une merveilleuse mère au foyer traditionnel, si vous n’assumez pas votre rôle de père, de mari et d’homme.

En outre, il est urgent de cesser de considérer les femmes comme faisant parti d’une sorte gigantesque harem occidental dont « les hommes » (nationalistes) pourraient user (et abuser) à loisir, commentant les tenues vestimentaires, les moeurs ou autres.

Pensez « amour courtois »

La civilisation française est celle de la courtoisie, de la galanterie, de la poésie. Nul besoin d’être maniéré ou réactionnaire dans ce domaine : le minimum suffit.

IV/ La fête

La fête est toujours une récompense. La drogue doit être proscrite, tout comme l’ivresse excessive. Les drogués et les alcooliques sont des poids financiers, médiatiques, et politiques pour la cause. C’est précisément là encore l’utilité de la guerre révolutionnaire qui « agit comme une sorte de contrepoison, non seulement sur l’ennemi, dont elle brisera la ruée forcenée, mais aussi sur nos propres rangs, qu’elle débarrassera de tout ce qu’ils ont de malsain » (Mao Tsé-Toung) , « De la guerre prolongée » (mai 1938).

Nous devons tendre vers la sobriété, car « Mâra [qui] a pour filles Tanhâ, Rati, et Arati _ c’est-à-dire Concupiscence, Amour et Haine_ est celui qui dispose les appâts afin que, attirés et sur le point de se satisfaire, les êtres tombent en son pouvoir et que paralysés par la manie, ils rentrent sans trêve dans le courant de l’existence éphémère » (Julius Evola, « la doctrine de l’éveil »). Il n’est pas nécessaire d’être une armée d’ascètes, mais de cheminer sur cette Voie.

Le révolutionnaire se doit d’être un homme et mieux qu’un homme. Actif et contemplatif, il doit être prêt car « il faut s’attendre à tout en politique, où tout est permis, sauf se laisser surprendre » (Charles Maurras). Nous vivons des temps de bouleversements, et un mouvement ordonné sera la clef de notre succès car « la révolution est comme une bicyclette : quand elle n’avance pas, elle tombe ! ».

Art contemporain : les orphelins de la technique

L’artiste Déborah de Robertis s’est fait remarquer le 24 septembre 2017 lors d’une prestation artistico-visuelle au Louvre lors de laquelle elle a exhibé ses attributs féminins devant la Joconde. « Happening » féministe autant que politique et artistique, c’est là la preuve que l’art, notamment pictural, peine à se renouveler sans appui financier, médiatique et publicitaire. On se souvient de même du « Vagin de la reine » du plasticien Anish Kapoor, autre témoignage d’une préoccupation pour le moins troublante des « artistes » du XXI ème siècle pour la représentation graphique du sexe féminin.

« La laideur vient d’un désir de profanation. Avec la perte des rites de passages et de la culture religieuse, les hommes sont perdus. Ils commencent alors à vouloir se venger des anciens idéaux qui les ont trahis. »

Roger Scruton

Il est courant, voire récurent, de lire et d’entendre dans les milieux réactionnaires ou dits conservateurs que « l’art est mort  » sans que personne ne puisse fixer de date ni d’explication. Et qui de dire que Picasso était décadent, qui d’accuser le Bauhaus, avant que la discussion ne dérape dangereusement jusqu’à l’ad hominem ou le point Godwin.

Se pose une question essentielle : comment en est-on arrivés à la mort de l’art ?

Une série d’explications qui se nourrissent les unes les autres, et se suivent parfois, est envisageable.

La première est la mort progressive de Dieu. Quand les hommes de la Renaissance ont mis l’homme au centre de la création et de la représentation d’une part (homme de Vitruve) et d’autre part la pensée (cogito de Descartes), ils ont écarté de fait la première et la plus importante des hiérarchies : celle de Dieu. Or, ce qui est Beau est nécessairement Vrai et Bien, d’un point de vue théologique. Bien entendu, nombres d’œuvres d’art et de bâtiments contemporains ou postérieurs à la Renaissance sont de véritables chefs d’œuvres. Que l’on pense seulement à la Chapelle Sixtine, aux églises de la Contre-réforme catholique. Mais déjà certains de ces bâtiments ont un parfum de ce que les Grecs nommaient hubris ( ὕϐρις en grec ancien), à l’image du château de Versailles. Pour ces bâtiments comme pour ceux de nos XX et XXI ème siècles, l’écrivain Nicolàs Gòmez Dàvila avait une phrase : « la plus grande accusation contre le monde moderne est son architecture ». Il n’est pas question de nier la beauté de ces bâtiments mais de douter du rapport de celle-ci avec la Vérité et le Bien.

Une deuxième explication réside sans doute dans la prise de conscience que l’Homme, et ce qu’il a bâti, est éphémère. Paul Valery dans « Agonie ou renaissance » déclare « Nous autres civilisations savons maintenant que nous sommes mortels ». L’entre-deux guerres, ainsi que les divers mouvements culturels, artistiques et philosophiques, montrent bien cette idée d’une civilisation pressée de vivre, et de s’éteindre rapidement. Les mouvements surréaliste ou dada ne concernèrent que des cercles d’initiés là où l’art gothique par exemple avait été un mouvement architectural de fond. Le XX ème siècle, et plus encore le XXI ème, est d’un point de vue artistique et architectural l’ère du pratique plutôt que celle de l’esthétique (béton, goudron). C’est l’époque de l’immeuble collectif puis du HLM plutôt que de la maison, là encore pour des raisons économiques et historiques ; la reconstruction, le plan Marshall et l’exode rural sont passés par là.

Mais le XX ème siècle de l’après-guerre voit également arriver peu à peu la mort du progrès dans la technique : c’est le siècle où l’on a tout fait, tout vu, ou presque. Il n’y a pas de réelle innovation dans la peinture, le principe du cinéma et de la photographie reste le même jusqu’à l’arrivée du numérique. De même, les progrès de la cartographie, rapidement assistée par satellite, dès 1972, en viennent à peu à peu « tuer » les imaginaires. De fait, on dessine, on peint, on filme et on photographie peu ou prou comme les précurseurs. Le nombre d’arts n’a pas augmenté, malgré l’ajout relativement récent des arts médiatiques et de la bande dessinée et prochainement du jeu vidéo, qui sait.

Quels que soient les qualificatifs, péjoratifs ou mélioratifs, que l’on attribue à ces artistes, la réalité est cruelle : ils sont orphelins de la technique.

Nos Pères nous ont légué un fabuleux héritage artistique et intellectuel que nous sommes incapable non seulement de perpétuer, mais pire encore, de transformer. Nous sommes incapables de faire aussi bien que nos ancêtres, et c’est là un vertige absolument terrifiant.

Voilà pourquoi on voit des gens de lettres devenir courtisans, ou des plasticiens et des peintres concentrer leur oeuvre sur leurs seules parties génitales : parce qu’ils n’ont rien de Beau, donc de Vrai à produire, et parce qu’ils n’en ont plus les moyens techniques de le faire. Ils sont à la fois orphelins et matricides de la techniques : en faisant aveuglément confiance à celle-ci, ils ont oublié ce que l’Homme avait de talent créateur propre. Parce qu’il est de plus en plus facile de prendre une photographie et de la modifier, ils ont privilégié l’outil plutôt que la main et l’esprit qui le guident.

C’est également la raison pour laquelle la critique anti capitaliste de l’art contemporain est incomplète, borgne : si la financiarisation du « marché de l’art » est indéniable, il n’en demeure pas moins d’une part que la crise est avant tout philosophique et esthétique, et que d’autre part le capitalisme financier ne fait que jouer le rôle d’accélérateur des crises que traversent le monde de l’art.

La mort de l’art est indéniable. Mais c’est moins un contexte économique que spirituel et philosophique qui est en cause. Ce n’est que par un renouveau spirituel et philosophique que l’art sortira de cette boucle de laideur infernale à tout point de vue. Sans cela, la peinture, l’architecture, la photographie et même la littérature risquent de se retrouver comme prisonniers.

Conan le barbare : un film pas si bourrin

De nombreuses analyses ont été faites du personnage de Conan, de son univers, mais peu, je crois, ont cherché à en creuser la philosophie et la théologie. Je vais donc tâcher de démontrer les lignes de fracture que le film de John Milius de 1982 tend soit à mettre en exergue soit à réconcilier, notamment en m’intéressant au personnage de Thulsa Doom.

I/ Un « méchant » evolien

Dans la doctrine de l’éveil Julius Evola définit la conception de la vie dans le bouddhisme notamment comme une succession de tourbillons, comme un fleuve. Cette idée se retrouve dans le roman de Hermann Hesse Siddartha (le nom de Bouddha avant qu’il atteigne l’éveil).

Ai-je besoin de faire les présentations?

Le philosophe italien explique également que le bouddhisme est la seule religion et la seule doctrine qui soit réellement ascétique. A ce titre, Conan le barbare propose un traitement bouddhique du personnage de Thulsa Doom : immortel, ce sorcier a pour modèle et emblème le serpent (oroborous). Interprété par James Earl Jones, il ne manifeste jamais la moindre contrariété, joie, ou colère. Cela se voit à deux moments. Le premier est la fin du saccage du village de Conan, au début. Bien que l’opération soit un succès objectif total, Thulsa Doom n’a ni un mot ni un sourire de joie ou de contentement, pas même de joie sadique quand il décapite la mère de Conan. Le second moment survient quand il reproche à Conan d’avoir volé l’oeil du serpent et d’avoir tué le serpent géant. On ne ressent dans sa voix et dans sa posture corporelle qu’un vague mépris, mais ni rage ni agressivité. Et quand il envoie Conan se faire crucifier, il le fait pour se débarrasser, sans haine ni colère. C’est là ce qui fait la force de ce méchant, non manichéen, mais doté d’un système de valeurs différentes de celles de Conan.

Quand t’as joué Thulsa Doom et la voix de Dark Vador, t’as plus besoin de prouver quoique ce soit à personne.

II/ Un avertissement matérialiste : la chair et l’esprit

En face, le personnage de Conan apparaît comme incarnant (littéralement) la supériorité de la force sur l’esprit. C’est la le paradoxe : lors de sa rencontre avec Thulsa Doom, celui-ci lui déclare : « l’acier n’a aucune force. La chair est plus forte ! ». Mais la chair qu’évoque le sorcier est celle du nombre, de la masse, celle du guru non pas au sens traditionnel, mais au sens perverti. Le pouvoir, la richesse et l’orgueil, sont devenu péchés (ou hybris, dans une perspective grecque), et la secte est devenue la foule que redoutait Gustave Le Bon dans son ouvrage Psychologie des foules (1895). En effet, pour ascétique que soit Thulsa Doom, son monde est pervers : pouvoir, soif de richesse et des plaisirs sensibles (séquence de la caverne). Il est donc bien le serpent c’est à dire Satan, dont Jésus nous avertit dans Matthieu 24:24 : « Car il s’élèvera de faux Christs et faux prophètes; ils feront de grands prodiges et des miracles, au point de séduire, s’il était possible, même les élus ».

Le moment le plus frappant de cet aspect est celui où Conan, repéré comme intrus, est capturé. Une foule immense se lance alors à la suite des individus qui l’ont capturé, alors que cela est rationnellement absurde : il leur est impossible de le blesser. Ces fidèles ne sont guidés là que par leur fanatisme et leur fidélité sans borne en Thulsa Doom. Conan apparaît donc comme un personnage catholique face aux hérésies de la gnose, ou encore face aux Cathares, rappelant que le Divin s’est fait chair.

Dédicace à Catherine Millet, ceci est un gnostique. Pas un catholique. Son nom est René Guénon.

III/ Prométhée contre Jésus ? Eschatologie howardienne

Le film de John Milius réussit également le pari audacieux de mettre en perspective les thématiques christique et prométhéenne.

Nous l’avons vu, Conan peut être vu comme un héros christique. Mais ce héros européen est également un personnage prométhéen. On le voit à trois moments. Le premier est celui où le père de Conan confie à son fils le secret de l’acier, lui expliquant qu’il n’y a que la technique qui permette de lutter face à la barbarie et à l’obscurantisme. Or, nous l’avons vu dans un précédent article, pour Howard, le barbare est précisément l’incendie régénérant de la forêt (une idée que Christopher Nolan reprendra dans Batman Begins); il est Kalkî, Maitreya, et toutes les figures eschatologiques.

Cela se voit également au moment où Conan trouve son épée dans la tombe. L’arme est rouillée, il la remet à neuf, puis en profite pour se refaire de ses chaînes. Le message est simple : l’homme peut améliorer son outil et se défaire de ses limites grâce à lui.

Le troisième moment est celui où Conan tue le serpent géant, symbole de la victoire (ou du moins de la maîtrise) de l’homme sur la nature grâce à la technique. Chacun y aura vu une allusion aux héros et aux saints sauroctones, de Apollon tuant Python à Sainte Marthe, Saint Marcel, etc.

Saint Clément, premier évêque de Metz, conduisant le Graoully sur les bords de la Seine. C’est autre chose qu’un pitbull.

Mais le film a un message terrible pour Prométhée et les hommes : le prix de la technique est douloureux. Comme Prométhée, Conan est enchaîné à un arbre, harcelé par des vautours.

Oui ça fait mal.

Conan, Héros de Droite

Le personnage créé par Robert E Howard, a taillé de son épée, avant même la parution du Hobbit de J.R.R Tolkien (1937) la voie à un pan entier de l’heroic fantasy européenne moderne. Même s’il n’a pas été pensé explicitement de cette façon, nous allons examiner comment Conan le barbare peut être considéré comme un héros « de Droite », avant qu’il ne soit récupéré par le cinéma, le jeu de rôle, le jeu vidéo et tant d’autres supports.

L’âge hyborien, entre civilisation et barbarie

Conan est tout d’abord un héros évidemment et puissamment européen: évoluant dans un âge mythique qualifié d’Hyborien, supposé se dérouler entre la Chute de l’Atlantide et l’essor des anciennes civilisations (Sumer, Égypte Ancienne, Babylone), ce monde est déjà reconnaissable. La Stygie, terre de magie et de superstitions (nous verrons plus loin le rapport de Conan à la magie), est à n’en pas douter le Moyen orient, l’Égypte, l’Arabie Saoudite, dont les Américains des années trente ne connaissent quasiment rien en cette période où s’amorce déjà la décolonisation et l’effondrement de l’empire ottoman. La lointaine et mystérieuse Kithai correspond de même à la Chine, et Corinthie à la civilisation hellénique. Chez Howard, le peu qui est connu, rationnel, dans un monde de bouleversements et de chaos, est européen ou à tout du moins « occidental ». Le sudiste, l’oriental, comme chez son ami Howard P. Lovecraft, est sauvage, superstitieux, violent. C’est l’âge du Kali Yuga, où la survie de l’individu ne peut passer que par sa force et sa ruse seules. L’âge barbare de Howard est un âge de purification, de retour aux valeurs traditionnelles et à l’état premier de l’homme, libre et sauvage, à l’image du héros de bande dessinée Rahan, « fils des âges farouches », et né en 1969.

Pour Howard, le barbare, par son caractère primitif, représente le premier stade de l’humanité, et donc l’homme libre par essence. Il est comme le feu régénérant des civilisations décadentes.

« A l’école de la guerre de la vie, ce qui ne me tue pas me rend plus fort » F. Nietzsche

Ainsi, Conan se retrouve paradoxalement barbare (barbaros, celui qui ne parle ni grec ni latin) pour de « bonnes raisons », jeté en dehors de Cités et de civilisations qui n’en sont plus, qui ont perdu toute notion de Bien commun. Face aux puissances du chaos, l’orphelin Cimmérien ne peut se fier qu’à lui et à l’acier. Véritable héros nietzchéen, c’est un individualiste qui apprend de la vie et d’elle seul : il n’a ni maître (« guru« , au sens hindou du terme) ni communauté qui puisse le protéger et l’aider. Cela se voit notamment dans le film de John Milius de 1982 avec Arnold Schwarzenegger dans le rôle-titre. Dans la séquence où l’on voit Conan grandir, il transcende au cours des années sa douleur, s’endurcit et augmente sa force et son endurance en poussant une noria. Si le film souffre d’imperfections quant à la création du personnage, cette scène illustre la maxime de Héraclite : « La vie est un combat ».

Les récits écrits après la mort de Howard en 1936 rendent moins quant à eux hommage à l’astuce et à l’intelligence d’un personnage qu’ils réduisent à une brute épaisse enchaînant succès guerriers et amoureux. Le Conan originel était lui « intellectuel et violent », et son auteur utilise souvent pour décrire son physique et sa façon de se déplacer, un champ lexical félin : chat, panthère, lion, silencieusement, par exemple. C’était ce Conan si subtil ainsi que son rapport à la magie qui le rendait intéressant, davantage qu’un enchaînement de coups d’épées et de filles dénudées.

Conan et la magie : matérialisme ou transcendance ?

Conan est souvent décrit comme méprisant la magie sous toutes ses formes. Ce relent de matérialisme que l’on retrouve également chez Howard P. Lovecraft se traduit chez Conan par une paradoxale et étonnante superstition quasi panique. Chez le Cimmérien, la cause en est très simple : ni ses muscles assistée de sa puissante épée d’acier, ni sa ruse animale, ne peuvent vaincre les tours des sorciers. Sa réaction perd parfois toute logique et toute mesure. Ainsi, face à la sorcière qu’il rencontre dans le film, s’il semble au départ séduit, il est également tour à tour inquiet et intéressé par les prophéties de la sorcière qui évoque « les serpents de la terre ». Les rapports de Conan à la magie restent pour le moins complexes. Mais l’une des choses qui le maintiennent dans ce Monde, c’est la certitude de l’au delà. Le monde de Howard connaît de nombreux Dieux et Conan vénère Crom. Dieu morose, sinistre, impitoyable et sourd aux prières, il ne tolère pas la faiblesse. On voit là encore l’influence de Nietzsche dans ce Dieu qui est sourd aux prières et aime le combat.

« Dieu est mort » Nietzsche. « Nietzsche est mort » Dieu

Conan est un guerrier individualiste ayant accepté son destin de chevaucher le tigre. Il est un comme tout homme de Droite (au sens evolien et non politicien) dans une période charnière : dans la tourmente.

Hubert Dubois

@Bibliopathe1