Les droits de la Nature : de qui se moque-t-on ?

La pandémie de Covid-19, un type de coronavirus, met les États et les peuples face à de nombreuses difficultés et interrogations. Le confinement des populations, la gestion des stocks de masque et de tests, la situation sanitaire catastrophique en Europe, sous les yeux des caméras, est l’abcès qui crève après avoir enflé pendant quarante ans de gabegie politique et de soumission aux banques et à l’Union Européenne.

Par son bouleversement de l’équilibre économique, diplomatique, financier et industriel de la mondialisation « heureuse » héritée de la fin de l’URSS, elle invite à une réflexion globale. En France et en Allemagne, même les ténors de celle-ci semblent être devenus, au moins dans les discours, un mélange de Jean Jaurès et de Pierre Poujade. Et c’est dans ce contexte merveilleux que « la nature retrouve ses droits ».

Loin d’être seulement une accumulation de poncifs, de photos et de vidéos plus ou moins intéressantes relayées par les réseaux sociaux, c’est-à-dire le bistrot de notre époque, des journaux très sérieux relaient l’idée d’une nature qui aurait des droits. Cette idée pose problème d’un point de vue juridique et philosophique. En effet, de deux choses l’une : soit elle est sujet, et elle a également des devoirs, qui n’ont été nulle part précisés, soit elle n’est qu’objet et elle n’a que des droits (à l’image des enfants, ou du corps du défunt).

Il existe des textes regroupés sous le nom de « textes de référence des droits de la Nature ». Ces textes eux-mêmes posent problème. Premièrement, ils n’ont pas de valeur contraignante. Deuxièmement, ils n’ont pas de légitimité démocratique en Europe. Troisièmement, conséquence du point précédent, sa portée géographique est très limitée. Quatrièmement, ces textes ont une vision religieuse de la Terre : « Article 1 : la Terre mère est un être vivant ». S’il n’est nullement question de remettre en question les croyances des uns ou des autres, il est en revanche logique de s’accorder sur l’idée que tous dans le monde ne partagent pas cette vision.

Le problème suivant est la simple idée de séparer nature et homme : l’anthropologue Philippe Descola explique que ce concept est à la fois occidental et récent (nous rajouterons volontiers, pour être précis, moderne). Il paraît en effet logique que l’Homme médiéval, créature jardinier de la Création, n’aurait jamais eu l’orgueil (les Grecs eussent parle d’hybris) de séparer la nature qui les entourait et leur propre humanité. Même plus tard, Fieodor Dostoievski écrit : « Aime toute la création de Dieu, son entièreté et chaque grain de sable. Aime chaque feuille, chaque rayon de la lumière de Dieu. Aime les animaux, aime les plantes, aime tout. Si tu aimes tout, tu percevra les divins mystères dans les choses ». Il se place ainsi dans les pas de Saint François d’Assise, fondateur de l’écologie chrétienne avec son sermon aux oiseaux.

L’idée d’une nature devant bénéficier de droits, et donc d’un homme devant « réparer » des dommages, résulte d’une part des dégâts sur le biotope (encore très limités à cette époque, on le comprend) et d’autre part de l’humanisme qui met l’homme au centre de la Création.

La conséquence de ce raisonnement est logique : les effets attendus et observés sur les gaz à effet de serre, la faune, la flore sont bien évidemment temporaires. A ce titre, cette pandémie est une fausse bonne nouvelle tant pour l’environnement au sens large que pour l’économie tant que le système économique ne sera pas profondément remis en cause.

La deuxième révolution, parallèle, doit donc être celle du rapport à l’environnement et à la nature. Séparer son esprit de la nature implique de considérer celle-ci comme un simple réservoir à ressources : eau, pétrole, bois, minerais, nourriture. L’Homme du futur sera donc dans le Monde, comme un jardinier, ou ne sera pas.

Le burger vegan et pourquoi on se fout de notre gueule

Parmi les préoccupations les plus urgentes, les vegan (ou plutôt certains) semblent avoir jeté leur dévolu au moins tacite sur le hamburger. Cela devrait attirer au moins l’attention voire la suspicion de tout anticapitaliste de droite et de gauche sérieux. En effet, que de grandes enseignes capitalistes apatrides, et pas spécialement connues pour leur préoccupation à l’endroit de leurs salariés se sentent tout d’un coup une âme d’écologistes ou de vegans relève à tout le moins du greenwashing. Maintenant, à table !

I/ De quoi hamburger est il le nom ?

Si l’origine historique et étymologique du hamburger nous importe peu, nous aimerions attirer l’attention du lecteur sur plusieurs points : premièrement, ce sont les États-Unis qui l’ont diffusé, pays connu pour son absence totale de gastronomie (Donald Trump s’étant récemment ridiculisé en déclarant que les vins américains étaient meilleurs que les français, alors que les seuls vins américains existant proviennent de pieds… Français. Nous aurons la délicatesse ne parler ni de pain, ni de fromage). Deuxièmement, si ce sont les États-Unis qui l’ont diffusé massivement, ils en ainsi fait un symbole de domination culturelle : de Tokyo à Lagos, de Paris à Téhéran, de Bombay à Oslo, tout monde sait à quoi ressemble un hamburger et connaît sa fabrication originelle.

Le premier McDonald’s de Moscou, ici à son ouverture en 1990

Bien entendu, le hamburger en soi n’est pas synonyme de grandes enseignes de restauration (McDonald’s, Burger King…) et il est même possible voire courant d’en manger chez soi. Mais le simple fait de pouvoir acheter en magasin des pains à hamburgers dit long sur la domination alimentaire, donc culturelle des États-Unis sur le monde.

Citons un exemple : beaucoup d’anticapitalistes s’étaient réjoui de ce que McDonald’s avait échoué à s’implanter en Bolivie, car ses produits ne s’adaptaient pas aux coutumes et traditions locales. Las ! Ses restaurants ont été rachetés… Par Burger King. Le hamburger est un symbole non seulement de la malbouffe mais aussi et surtout d’une hégémonie culturelle et économique.

II/ Les vegans, Tartuffes modernes

L’objet de ce point n’est pas de remettre en cause le mode d’alimentation et de consommation au sens large des vegans. De même, qu’il soit bien entendu que nous ne parlons pas ici des vegans dans leur ensemble, mais bien de ceux qui, individuellement ou par groupes, soutiennent les actions des entreprises susévoquées.

L’idée est plutôt de pointer une incohérence, voire une hypocrisie. Comprenez : un burger vegan reste et demeure un burger. Ses conditions de production (humaines, industrielles, etc) demeurent les mêmes. La démarche de produire des burgers vegan, pour les entreprises, n’a qu’un but : trouver des nouveaux marchés, ou en tout cas ne pas en perdre. Et on ne peut rien attendre de moins de la part de gigantesques groupes capitalistes apatrides. Pour les vegans, c’est encore pire : il s’agit de pouvoir continuer à consommer un produit néfaste tant pour les travailleurs (sous-payés), au mépris d’une quelconque solidarité de classe, néfaste pour la santé (il n’y a pas que la viande qui soit dangereuse pour la santé dans le burger et dans le fast-food en général). En somme, les vegans sont des hédonistes terriblement modernes, comme tout ceux qu’ils critiquent. Ils ne représentent absolument pas une critique du monde moderne, mais au contraire préfèrent en accompagner la chute.

III/ Pour aller plus loin : un hamburger vegan, pour quoi faire ?

Le mouvement vegan, qui se comprend au sein de la philosophie antispéciste, entend abolir non seulement la production et la consommation de viande animale, mais également l’utilisation de produits d’origine animale (cuir, peau, soie, laine, lait, œufs…). L’objet est ici non pas de critiquer ou de remettre en cause le fondement même de la philosophie vegan et/ou antispéciste, ce que d’autres font mieux que nous et en d’autres lieux, mais de s’interroger sur un point précis annexe.

En effet, si l’idée est de bannir l’animal comme objet de production et de consommation, à toutes les échelles, quel est l’intérêt de vouloir lui trouver des substituts qui lui ressemblent, qui le singent ? Que les intellectuels, industriels, militants, et scientifiques vegans inventent des produits de substitution (et l’auteur de ces lignes confesse volontiers ignorer une grande majorité de ce domaine) ou se nourrissent de produits exclusivement végétaux, nous l’entendons : un gratin de courgettes, sans produit d’origine animale, ne ressemble pas à un hamburger, à une escalope, à du boudin. En revanche, l’acharnement à vouloir imiter ce qu’une culture (ou une certaine culture, concernant le hamburger) humaine a mis parfois des siècles a façonné peut désarçonner, voire provoquer quelques crispations que certains qualifieront de « conservatrices ».

Le sujet de l’alimentation et du veganisme est vaste, mais il est surtout intéressant de l’utiliser pour critiquer, en l’espèce, le grand vainqueur des luttes de tout temps : le capital. Il permet d’identifier les réels opposants à ses causes et à ses effets dévastateurs.