Jeanne, au secours !


« Jeanne » de Bruno Dumont est un film beau, bizarre, et pur. Ça sent parfois la naïveté voire l’amateurisme dans le jeu notamment de Lise Leplat Prud’homme (Jeanne). Péguy et Dumont font d’elle, dès le début de l’histoire, et peut être malgré eux, une Jeanne politique que n’aurait pas renié Maurras : devant le silence des voix, elle prend une décision qui s’avérera certes lourde de conséquences (attaquer Paris par la porte Sainte Honoré) mais faisant également plier des hommes. A une époque, la notre, qui nous explique qu’il n’y a pas d’âge ni de sexe pour prendre ses responsabilités, Jeanne répond, du haut de son adolescence et de sa voix parfois hésitante : « Je le sais bien. Je l’ai fait six siècles avant vous ». Ce que met d’ailleurs en avant le procès c’est moins son hérésie que le conflit entre le roi (pouvoir politique), derrière lequel se range Jeanne, et l’université (pouvoir religieux) acquis aux Anglais; ce que l’on nommera bien plus tard « la trahison des clercs ».

L’actrice porte parfois maladroitement, à bout de bras, ce personnage, tiraillé entre l’enfant, le chef politique et la mystique.
Dumont n’est sans doute ni maurrassien ni catholique. Mais c’est un artiste, un poète : son sens de la mise en scène, de l’usage de la caméra et de la musique (la scène où les cavaliers se préparent à la bataille) montre qu’en plus d’aimer le texte de Péguy, un de nos plus grands prosateurs de notre langue, il aime les acteurs, les animaux et la lumière. C’est également un iconoclaste : quand Jeanne entre dans la cathédrale, point d’orgue ni de chants médiévaux, mais le récemment décédé Christophe (qu’on aperçoit plus tard dans le film) au piano.
Celle-ci joue un rôle bien particulier dans le film. Celle du soleil d’abord, qui est le Dieu muet, insensible, et tout à la fois éternel, comme dans « le désespéré » de Léon Bloy : « Vous avez promis de revenir, criait-il à Dieu, pourquoi ne revenez-vous pas ? Des centaines de millions d’hommes ont compté sur votre parole, et sont morts dans les affres de l’incertitude ». De la même façon, que Dostoievski le disait, Jeanne découvre que « si Dieu n’existe pas, tout est permis ». Voilà la leçon amère de la guerre que fait cette adolescente dans une période trouble, sur la violence et la bassesse des hommes.

Lors du procès, la cathédrale semble toujours trop grande pour les juges de Jeanne- et la tâche qui leur incombe. Cela est du bien entendu à la façon de filmer de Dumont (utilisation de la contre-plongée, de focus larges, cathédrale gothique vide, musique monumentale etc).

Il faut je crois dire un mot sur Fabrice Lucchini, qui campe un Charles VII encore faible, lunaire, drapé dans ses fourrures, affaibli par ses conseillers, et qui renvoie Jeanne « se reposer ». Cela me permet de souligner la grande qualité des costumes, des armures, des armes, et des accessoires ; j’émets des réserves dues à ma connaissance assez modeste du sujet. En outre, la façon de Dumont de ne (pas) caster ses acteurs, permet d’éviter les visages traditionnels, beaux, lisses, bien coiffés, obtenant au final des visages, des corps, des voix, proches de ce que l’on rencontre encore dans les campagnes et qui font médiéval.

Le procès, nous l’avons dit, montre l’opposition entre le pouvoir séculier français et le pouvoir religieux acquis à l’Angleterre. À nouveau, le casting notamment des juges de Jeanne fait mouche. La colère et la naïveté se mêlent et se brisent dans la voix de Jeanne. Si caricaturaux qu’ils soient, les juges débattent réellement : même certains semblent vouer une haine réelle à Jeanne, d’autres semblent sincèrement vouloir la sauver, et avancent des arguments théologiques.

C’est un film poétique, lumineux, qui fait du bien au cinéma français. Il évite les clichés, le pathos et le mauvais goût. Parfois pas tout à fait juste, il tire justement sa force de ces imperfections, de cette musique inadaptée, de ce jeu un peu étrange.

Pourquoi le débat sur le voile n’a pas d’intérêt ?

J’ai écrit il y a quelques temps de cela un article où je tentais d’expliquer la vanité du débat « pour ou contre le hijab à Décathlon ». Un malheureux incident récent, où l’on vit un élu RN se comporter comme un malappris avec une femme musulmane certes voilée mais qui était hélas dans son bon droit (républicain) vit une nouvelle occasion pour les Français de s’engueuler entre les grèves, les retraites, puisque les médias commençaient à se lasser un peu des Gilets Jaunes et que les fêtes de Noël étaient encore un peu loin. En somme, une nouvelle affaire Dreyfus est en marche !

« Un dîner en famille », 1898, Caran d’Ache

Ainsi, puisque selon le bon mot du général de Gaulle, « les Français sont des veaux », tâchons de voir pourquoi ce débat n’est que le doigt que nous montre le philosophe, et quelle est la lune que nous devrions regarder.

I/ L’islam, nouveau football

Il est bien connu qu’en France, il y a à peu près autant de sélectionneurs que de fans de football. Force est de constater qu’un phénomène semblable se produit pour ce qui est de l’islam : chacun a un avis sur tout, sous prétexte qu’il a lu même vaguement et même mal traduit le Coran, qu’il a regardé une émission de BFMTV ou de France 2. Et les milieux nationalistes n’échappent pas à cette triste règle. De la droite bourgeoise catholique à la droite la plus « extrême » que représente le Rassemblement National, tout ce joli monde se répand en propositions plus ou moins farfelues (et souvent anticonstitutionnelles) pour « lutter contre le voile ». Sur tous les plateaux de télévision et de radio, les uns et les autres proposent par exemple d’interdire tous les signes religieux sur l’ensemble de la voie publique (l’auteur de ces lignes portant une Vierge à l’enfant tatouée sur le bras risque de passer de merveilleux moments en été si le RN arrive au pouvoir). A titre personnel, et n’étant pas exégète de l’islam, je refuse donc d’avoir ne serait-ce qu’un avis autre qu’esthétique (donc non politique) sur les différentes sortes de voile islamique.

II/ Pourquoi et pour quoi il y a-t-il des femmes voilées en France et en Europe ?

Dans un récent article, la journaliste Charlotte d’Ornellas de Valeurs Actuelles a timidement et brièvement évoqué l’origine du voile en France. Elle y souligne à juste titre que ce n’est pas une question de laïcité. En effet, s’il y a des femmes voilées en France, et plus largement des musulmans, c’est qu’il y a des Français d’origine maghrébine, voire des binationaux. Plusieurs points sur la nationalité sont à souligner avant de continuer : premièrement, les communautés issues du Moyen-Orient (Liban, Syrie, Irak…) sont minoritaires en France, et parfois chrétiennes. Deuxièmement, si la France autorise et reconnait la double nationalité, des pays comme l’Algérie sont en passe de l’interdire. Troisièmement, cette réislamisation est récente. Toujours pour ce qui est de l’Algérie, c’était même l’une des raisons qui avait forcé un certain nombre d’Algériens à fuir leur pays dans les années 90 pour venir en France. Quatrièmement, c’est le patronat qui a fait venir en masse ces immigrés dans les années soixante et soixante-dix, pour faire pression à la baisse sur les salaires, selon une confidence faite à Jean-Marie Le Pen par… Valéry Giscard d’Estaing.

Néanmoins, le nombre ou la religiosité des musulmans de France n’est pas le débat, pas plus que la « laïcité ». Les tenants de ce débat-là, qui veulent interdire aux femmes musulmanes de se voiler (et plus largement étendre la loi de 2004, déjà inutile et démagogique) sont des idiots et des nains politiques. Ils oublient que ces musulmans ne sont pas venus en France et en Europe par hasard ou par erreur : on ne trouve aucun Algérien ou Tunisien à Singapour ou en Corée du Sud pourtant fort riches, pratiquement aucun en Autriche, dont le niveau de développement et de richesse sont semblables à la France. En somme, tant que ces Maghrébins se contentaient d’enrichir le patronat et l’industrie français (et aujourd’hui italien, espagnol…), peu importait au pouvoir politique et audit patronat qu’ils fussent musulmans, pratiquants ou non. Mais à une époque de crise sociale, économique, politique, spirituelle, et de tensions notamment en Afrique et au Moyen-Orient, le Maghrébin surtout violent, au chômage, non intégré et réislamisé devient un problème.

III/ Quelle est la solution politique au problème du voile ?

Nous venons de l’évoquer, le problème du voile n’est donc ni religieux ni esthétique, comme le dénoncent ses adversaires, mais à la fois culturel, démographique, et en définitive politique. Dénoncer « l’islam politique » est une formule de langage purement médiatique de la part de gens qui n’ont pas l’humilité et les outils scientifiques pour parler de l’islam qui est par nature politique.

La solution politique raisonnable me semblerait donc tenir en plusieurs étapes. La première consisterait en un évident arrêt de l’immigration, complété par une sélection de celle-ci, à l’image de ce que font des pays comme l’Australie, le Canada, ou le Royaume-Uni. La deuxième consisterait en l’application de la double peine, conduisant en l’expulsion massive d’un grand nombre de délinquants et criminels étrangers. La troisième consisterait en l’expulsion sous dix-huit mois de tous les clandestins, assortie éventuellement d’une aide au retour et de constructions de camps dans les pays de retour. La quatrième consisterait en l’instauration de programmes d’aide au retour, comme ce que mettent déjà en place un certain nombre de communautés d’Afrique subsaharienne (Cameroun, RDC…) afin de surveiller et encadrer notamment le financement.

IV/ Et le terrorisme ma bonne dame ?

Le terrorisme, qui n’est jamais que le manifestation violente du communautarisme, et donc pas systématique quoique épouvantable, trouvera sa résolution en partie dans les solutions proposées plus haut : la fin de l’immigration et du communautarisme tueront dans l’œuf toute velléité de terrorisme, en complément de services de police, de renseignements et de juste efficace mais respectueux des droits des individus. A ce titre, et concernant les looks des uns et des autres, il apparaît nécessaire de rappeler à chacun que les terroristes du Bataclan portaient jean et blouson, et étaient rasés de prêt (à l’inverse de l’auteur de ces lignes, qui arbore une ravissante barbe aux délicats reflets roux qui n’est pas sans déplaire au beau sexe). Etant un vrai libéral, je suis pour que chacun porte ce qu’il veut en termes de vêtements, selon sa philosophie, sa religion, ses opinions politiques, tant qu’il n’y a pas d’appel à la haine nominatif et que la santé mentale des enfants notamment est respectée (en clair, je ne suis pas favorable au nudisme en dehors des lieux prévus à cet effet).

Il faut également rappeler que le terrorisme s’inscrit dans un contexte global d’insécurité : recréer une chaîne police-justice-administration pénitentiaire, et mettre fin à un certain nombre d’interventions en Afrique et au Moyen-Orient, ne peut qu’aider à faire diminuer les actes terroristes en France.

Tant que nous serons les esclaves des médias et des agendas politiques des uns et des autres, nous ne pourrons traiter sérieusement et sereinement de cette question. Les problèmes et leurs responsables sont connus, il suffit de les pointer.

Le vampire au cinéma : une lecture symbolique

Depuis que Bram Stocker a synthétisé les contes, mythes et légendes d’Europe pour accoucher du chef d’œuvre Dracula (1897) qui allait changer le monde, le vampire a subi des traitements divers, que ce soit dans la littérature ou le cinéma. Figure romantique et torturée chez Anne Rice, monstre nocturne chez Friedrich Murnau dans « Nosferatu, une symphonie d’horreur » (1922), créature bondissante et grotesque dans « Une nuit en enfer » (1996) de Robert Rodriguez, ou encore adolescents brillant au soleil dans la saga Twilight (2008-2012).

Tous gardent en commun l’anthropomorphisme, à l’inverse des lycanthropes qu’ils affrontent régulièrement (« Van Helsing » (2004) de Stephen Sommers, la saga « Underworld » (2003-2016) ), et par conséquent, un miroir déformé de l’Homme. Nous allons par conséquent tâcher de nous intéresser à deux thèmes qui nous semblent majeurs dans les films dits « de vampires », quoiqu’ils semblent a priori entrer en contradiction. Le premier est le vampire comme objet des catharsis de l’humanité. Le second quant à lui traitera de la rédemption du vampire voire à travers lui.

Le vampire et le monde de la nuit : réintégrer le monstre dans la communauté

Le vampire, dans la plupart des films, est sauf exception, un mort-vivant (dans la saga « Blade », le vampirisme est techniquement un virus). Irruption de l’irrationnel dans le réel, le vampire est un mort qui marche, pense, agit, et qui, de par ses liens avec le monde infernal/chtonien voit ses forces décuplées et ses pouvoirs renforcés. Il peut commander aux éléments (les nuages, la pluie), ainsi qu’aux animaux traditionnellement associés aux forces infernales. En parlant des loups, Bram Stocker fait dire à Dracula « Écoutez les… Les enfants de la nuit. Quels sons mélodieux ! »

De la même façon, dans Dracula Untold (2014) de Gary Shore, le personnage éponyme convoque chauve-souris et nuages pour combattre ses ennemis (les Turcs; nous y reviendrons). L’obscurité est pour tous les peuples, à toutes les époques, le domaine d’autres divinités, un espace sacré différent. Chez les Grecs, c’est celui de Hécate, déesse des croisements et de la lune noire (même si Nyx est la personnification en elle-même de la nuit), chez les Japonais c’est Tsukuyomi, qui se cache de Amateratsu, déesse du soleil, chez les Hindous, c’est Chandra, qui a son propre char lunaire (symbolisé par un lapin). En outrepassant le double interdit (vie/mort, jour/nuit), le vampire est deux fois profanateur. Il ne respecte plus aucune des lois de la Cité et doit donc être remis à sa place afin que l’ordre sacré soit rétabli. Faisant ceci, il endosse le même rôle que le bouc émissaire des anciens Juifs ou pharmakos des Grecs, dans le but de purger une communauté de ses fautes.

Notons que le vampire n’est pas en soi innocent, à l’image du bouc sacrifié. C’est la pratique cathartique qui invite la communauté à considérer et à réfléchir sur sa propre monstruosité et ses propres crimes : viols, meurtres, esclavage, pauvreté, sont-ils le fait du vampire qui prélève bien peu, à l’image d’un grand fauve ?

Il n’en demeure pas moins que ledit vampire, dans tous les films, doit être éliminé, pour la morale de l’histoire, comme rappelé plus haut. Si les versions varient là encore selon les films, le pieu dans le cœur, la décapitation, le feu et la lumière du jour ont en général le meilleur effet, surtout s’ils sont cumulés. Notons qu’il est étonnant de devoir planter un pieu dans un cœur pour éliminer un mort-vivant : soulignons là encore la dimension hautement symbolique du cœur, siège des émotions et de l’âme, surtout dans les films où les vampires sont repoussés voire tués par l’eau bénite (à l’image de la scène finale de « Une nuit en enfer », mi épique mi grotesque où un Pasteur ayant perdu la foi bénit de l’eau dans des préservatifs pour les transformer en grenades anti vampires). Une fois détruit, c’est-à-dire réellement mort, il peut enfin être apaisé et être accepté dans la communauté, l’eau jouant ici le même rôle que les derniers sacrements.

Quête d’immortalité et quête de sang

Le mythe du vampire a permis de nourrir une riche filmographie et, nous l’avons dit, de nombreux sous-genres. Mais ce qui sous-tend la plupart de ces films, à travers la soif de sang de ces protagonistes/antagonistes nocturnes et morts-vivants, c’est leur soif de sang inextinguible. Au delà de tout ce qui a été dit sur celle ci (analyse sexuelle et freudienne, crise du VIH dans les années 80 et 90…), il y a probablement autre chose de plus métaphysique à en dire. Fluide de la vie par excellence (avec l’eau), il est sang du Christ et liquide sacrificiel dans certains rites Grecs et précolombiens.

Le sang ne peut être versé traditionnellement que par un membre de la classe sacerdotale (voir là les écrits de Julius Evola) : là encore, le vampire transgresse un interdit. Cependant, par cette quête du sang, il me semble que le vampire cherche davantage que la vie : l’immortalité. Cette quête est d’autant plus vaine que toutes les cultures enseignent que l’immortalité (de l’âme) ne se gagne qu’après la mort, en tant que récompense : au paradis chez dans les religions abrahamiques, aux Champs-Elysées chez les Grecs, au Valhalla chez les Scandinaves etc. Or, comment un vampire, qui est damné, pourrait-il gagner l’immortalité de l’âme ? Ainsi, dans « Dracula Untold », Vlad Tepes donc boit le sang du maître vampire dans l’espoir d’obtenir ses pouvoirs, et de devenir lui aussi un vampire. Tout le film, il sera alors tourmenté par cette soif, tenté comme le Christ sans y céder.

Voilà la clef : le sacrifice (et la soif) du vampire n’est pas nécessairement une quête égoïste de pouvoir : défense d’un peuple opprimé dans Dracula Untold, protection des humains eux-mêmes dans « Entretien avec un vampire » (1994) de Neil Jordan, conquête d’une femme dans « Dracula » (1992) de Francis Ford Coppola. Cette quête de la transmission, nécessairement vouée à l’échec, sa dangerosité, et son caractère profane obligent les Hommes à le détruire, comme je l’explique plus haut.

Coincé entre deux mondes, le vampire est voué à être traqué par l’humanité qui fait son devoir, à la manière d’un personnage de tragédie, et ce précisément pour protéger ce qui fait d’elle sa nature. Le vampire, lui, en voulant amener l’immortalité du ciel par un pacte faustien sur terre, est diabolique (au sens littéral : il divise).

De la foi et de la raison

Parmi les contempteurs du christianisme, et de sa belle version occidentale et européenne (le catholicisme), ils s’en trouvent deux catégories unies par un curieux « hasard ». La première est celle regroupant les progressistes de tout bord, dont nous ne feront pas le procès ici, d’une part, et les anti chrétiens que nous qualifierons de plus spirituels, d’autre part; je parle ici de ceux qui se nomment païens.

« Le triomphe de la déesse Raison » de Pierre-Nicolas Legrand de Lerant

Les uns trouvent d’ailleurs très amusant et spirituel (sic) d’appeler les chrétiens crétins alors que dans le même temps, ils accusent l’Eglise catholique d’avoir maintenus les paysans (le pagus, les païens!) dans l’ignorance, gardant comme un dragon son trésor le Savoir et la Science… C’est à n’y rien comprendre.

L’accusation régulière est la suivante : il est impossible d’entretenir une foi en Dieu (celui des Évangiles, du credo, etc) et en même temps avoir une réflexion logique (Au sens grec), rationnelle (Au sens latin). Adieu Lemaitre, Sorbon et Galilée! Comme disait le Patron, « Fiat lux! »

I/ Foi et raison ne sont pas de même nature

Comme l’explique très bien Dostoïevski dans son roman « les Frères Karamazov » (Première partie, Livre premier, chap. V) foi et raison sont si séparées qu’il est inutile de tenter de prouver l’existence de Dieu à un athée rationnel (ce qui seul pourrait serait susceptible faire naître sa foi) en lui montrant tel ou tel miracle. Non pas que les athées soient idiots ou manquent de coeur, mais parce que la foi et la raison sont d’ordre différent. Mais de la même façon, un croyant rationnel ne perdra pas sa foi quand bien même on démontait tous les miracles et les mystères. Demeure la question suivante : si Dieu existe (et qu’il a une bonne excuse, comme disait Woody Allen), quelle est sa place dans l’univers et ses lois ?

Féodor Dostoïevski en 1876

II/ Dieu est au delà des lois humaines et même de sa compréhension

Définir c’est réduire. Il serait donc orgueilleux (Au sens tant physique que spirituel), de vouloir assujettir Dieu à une équation qui quoique fort complexe, serait forcément en dehors de notre compréhension intellectuelle. Dieu ne peut être un objet mathématique mesurable. Une équation peut être comprise et résolue. Dieu ne le peut pas pour la simple et bonne raison que Dieu est amour infini et que l’amour infini, sous la forme du Christ crucifié pour racheter nos péchés, ne peut se calculer avec aucun ordinateur. Pour ma part, je refuse de répondre à la question posée plus haut d’un point de vue logique.

III/ L’histoire nous a donné beaucoup de scientifiques croyants

Certains étaient même clercs comme le chanoine Georges Lemaitre, dont les travaux sur l’atome primitif ont préparé la théorie du Big-Bang.

Georges Lemaître

Copernic était, en plus d’être médecin et astronome, chanoine.

Et dès le IV ème siècle après Jésus-Christ, dans son Commentaire de l’épître aux Ephésiens, Jérôme de Stribon critique ceux qui nient la rotondité de la Terre.

Bien entendu, les rapports avec les autorités ecclésiastiques ont souvent été compliquées, entre méfiance et intérêt; qu’on songe au malheureux Galilée. Néanmoins, à leur mesure et sur la longue durée, ils ont pu contribuer à la civilisation occidentale; quand certains n’ont pas été faits saints comme Hildegarde de Bingen, musicienne, médecin, théologienne, canonisée et faite docteur de l’Eglise par Benoît XVI.

Il découle de ce court exposé ceci : premièrement, la foi n’a aucune raison a priori d’entraver la réflexion. Deuxièmement, loin d’avoir été la période d’obscurantisme intellectuel, littéraire, spirituel, artistique, le moyen âge qui a vu fleurir le catholicisme a plutôt préservé et transmis ce qu’il a pu.

Thomas d’Aquin, disciple catholique d’Aristote

Rien à foot de la race!

A l’heure où le mot « race » vient d’être rayé de la constitution dans le but avoué de supprimer les supposées conséquences de son existence (comme si la suppression de la pauvreté avait éliminé celle ci), le mot honni revient pourtant, dans l’actualité. Comme un tas de poussière qu’on voudrait cacher sous un tapis, « les faits sont têtus » disait Lénine : l’équipe de France de football est majoritairement composée de joueurs d’origine subsaharienne.

Avant de continuer, soulignons deux éléments anecdotiques (ou pas) : le premier est que s’ils apprécient, contrairement à nous, la France et l’Europe multiculturelles dans laquelle ils vivent, les joueurs multiplient les déclarations « patriotiques ». Il est évident que l’attachement à la France, pour sincère qu’il soit, manque de « chair ». Mais cela contribue à la cohésion d’ensemble.

Le deuxième élément à souligner est le retour progressif d’une foi catholique diffuse mais forte notamment à travers des joueurs comme Olivier Giroud ou Antoine Griezmann.

Ces deux éléments posés, attachons nous au problème principal… Qui n’est pas l’équipe de France de football. Dire qu’elle représente la France est vraie. C’est une triste vérité : la France, comme d’autres pays, a reçu depuis environ quarante ans des vagues d’immigration d’une ampleur inédite pour son histoire. Ceci a changé sa structure sociale et démographique, influencé son économie, certains de ses modes de vie, et pesé négativement sur sa sécurité : voilà bien la définition détaillée du multiculturalisme.

L’équipe de France de football ne fait que ce pour quoi elle est payée : jouer au football. Les sélectionneurs, entraîneurs, investisseurs, choisissent les meilleurs. Si l’idée que les Français de souche sont « naturellement » moins bons (endurance, vitesse, réflexes) est largement à nuancer (voir là encore le cas de Griezmann qui dut faire sa carrière en Espagne pour accéder au niveau professionnel), il est vrai que la société et le système médiatique, politique et sportif aide peu les jeunes sportifs de souche dans un pays qui a une faible culture de ce sport, notamment en comparaison de l’Angleterre par exemple.

Les causes et les conséquences de la composition de l’équipe de France doivent être analysées comme un élément d’un problème plus vaste. Celui ci comprend l’immigration, la remigration, la sécurité, etc.

Il me paraît par conséquent logique de soutenir une équipe et ce même si les médias, les politiques, les associations tenterons probablement de récupérer l’image et la victoire d’une victoire. Et encore: il appert que, vingt ans après, la « sauce » ne prenne plus tellement, même à gauche.

Il est également tout aussi indispensable de ne pas perdre de vue son propre enracinement (et donc ne pas confondre fête et festivisme) et la nécessaire remigration, qui s’inscrit dans une logique de réenracinement des populations : une terre, un peuple.

Pourquoi le (potentiel) futur Califat s’annonce décevant

Ce titre provocateur risque de m’attirer les foudres d’un grand nombre d’imbéciles. Qu’il soit bien précisé à tous qu’il ne s’agit pas d’un article politique et que cet article n’a pas pour but de trouver des solutions politiques aux problèmes posés.

Pour le comprendre, je vais commencer par exposer très brièvement une des thèses de René Guénon, qu’il développe dans son ouvrage le plus connu, « la crise du monde moderne » (1927). Dans cet ouvrage, le philosophe développe l’idée d’un occident moderne qui aurait perdu la Tradition, là où l’orient (civilisation indienne, monde islamique, civilisation chinoise) aurait conservé cette Tradition. Il en profite pour balayer toute tentative de « recréation » de Tradition par ce qu’il appelle les traditionalistes, qu’il oppose d’ailleurs aux traditionnels.

Partant du principe que nous nous situons à la fin de ce que les Hindous nomment le Kali-Yuga (l’âge sombre ou âge du fer), il estime que la seule façon dont pourrait être sauvé l’occident est de s’abreuver à la source orientale, dans la mesure où les sociétés traditionnelles sont similaires entre elles.

Oui c’est pas pour demain non plus.

Et c’est précisément là que le bât blesse. Mort en 1951, René Guénon, qui s’alarmait en 1927 de la modernité en occident, n’eut pas le temps de la voir gagner l’orient : mères porteuses en Inde, capitalisme et suicides en Corée du Sud et au Japon, communisme en Chine, en Asie du Sud-Est, fin des castes en Inde, buildings vertigineux au Moyen orient, en Corée du Sud, en Chine, au Japon, à Singapour…

C’est pas si tradi…

Nul doute que la seconde guerre mondiale et la guerre froide d’autre part ont rompu de façon durable et profonde l’idée que Guénon se faisait de l’orient. Il est évident que s’il existe une Tradition primordiale, elle existe encore (au moins dans une certaine mesure) au Japon, en Mongolie, au Tibet, en Perse, en Chine, en Inde, ou dans le monde islamique.

Mais considérons ceci. Chez l’écrivain américain Robert E. Howard, créateur de Conan, le barbare est supposé agir comme un feu régénérateur : il est Śiva,créateur et destructeur. Devant les civilisations affaiblies, il vient les « tester » ; comme Attila ou Genghis Khan, le barbare sert d’ordalie. L’alternative est la suivante : être détruit (puis renaître) ou repousser le barbare.

Cavalier de Kubilaï Khan

Le problème de la civilisation occidentale/européenne est celui-ci : elle n’a ni Attila, ni Genghis Khan. Son barbare à elle n’est pas une armée. Il s’agit d’un mélange de mercenaires venus de tout le monde musulmans, d’une part, et d’autre part de jeunes de banlieue d’origine maghrébine ou africaine pratiquant un islam mâtiné de capitalisme McDonald’s : la chicha entre la prière et le Starbucks. Ils sont encore plus déracinés que les autochtones auxquels ils s’en prennent (insultes, vols, agressions, viols, meurtres, attentats). Ils n’ont d’ailleurs en réalité pas plus d’intérêt au califat qu’eux : si la législation concernant les voleurs était la même à Raqqa et à Trappes, le nombre de manchots irait croissant.

Futurs soldats du califat?

Il est difficile de dire si Guénon a fait ou non une erreur sur ce point. Il serait plus exact de dire que l’histoire a été cruelle avec un certain nombre de ses prévisions au niveau du temps court, lui qui raisonne sur le temps très long.

D’un point de vue guénonien, le potentiel futur Califat, s’annonce donc décevant : fort peu « islamique », s’accomodant fort bien de la démocratie et du capitalisme le plus brutal… L’expérience nous a montré que des pays pouvaient combiner théocratie musulmane et capitalisme parfaitement intégré dans le grand marché mondial, à l’image des pays du Golfe.

Éthique et esthétique de la révolution

Il faut pour faire une révolution des révolutionnaires. Cette simple évidence mérite d’être posée et rappelée. Ceux-ci doivent réunir en eux mêmes une poignée de qualités. Nous tâcherons ici d’en brosser quelques uns.

I/ L’homme

Un révolutionnaire doit être un homme. Ce terme doit être compris au sens non pas de genre mais au sens sanskrit (vir : le héros). Un révolutionnaire ne saurait être un marginal. Son hygiène de vie physique et mentale doivent même primer sur ses prouesses physiques.

Pour la même raison, il doit disposer d’une certaine indépendance financière (nous en reparlerons).

Un révolutionnaire doit pouvoir mobiliser son argent, son matériel rapidement, et donc de voyager si possible léger. Il doit être autonome, et doit être capable de sacrifier ledit matériel. La prise du pouvoir passera par des pertes de gazeuses, banderoles, écharpes, bâtons, etc.

Pour d’autres raisons, évoquées dans un précédent article, la police doit être tenue la plupart du temps, au maximum à l’écart, des activités politiques. Il est incohérent de railler nos adversaires qui appellent la police si nous faisons de même. Mao Zedong disait  » le pouvoir est au bout du fusil ». Ce n’est que par le renversement du rapport de force, à défaut de nous imposer culturellement, que nous l’emporterons. Mais il faut imaginer un fusil de grande longueur et une guerre éprouvante.

Enfin, un homme doit connaître sa doctrine, savoir l’appliquer, mais également savoir ouvrir son esprit (littérature, philosophie, histoire…).

II/ L’homme et son matériel

Il est impératif de s’adapter. Certaines actions requièrent des tenues confortables (chaleur, etc) d’autres des tenues spectaculaires, élégantes, ou autres. En tout cas, ce qui prime est l’efficacité et l’adaptabilité de la tenue aux conditions météos, à l’heure de la journée (s’habiller tout en noir à midi est peu discret), ainsi que de l’équipement. Il est utile de s’équiper de coupes boulons si l’ennemi a fermé ses portes avec des chaînes mais il est peu astucieux de prendre des gazeuses si l’on a prévu d’emprunter des couloirs étroits et inconnus, ou s’il y a du vent. De même les porteurs de lunettes doivent-il réfléchir.

Un autre élément à souligner, et que nous avons rappelé dans un précédent article, du même registre de l’adaptabilité, est celui des vêtements. Le nationaliste type dispose d’un certain nombre de vêtements, chaussures, accessoires, couvre-chefs, tatouages, qui le rendent facilement identifiables dans la rue, par des passants, des commerçants, des policiers en civil, des adversaires politiques. En résumé : cessez de vous habiller pour une action quelle qu’elle soit comme pour une soirée ou un défilé.

Guérilleros du Sentier Lumineux. Sobriété, discrétion.

III/ L’homme et la femme

Une révolution (et son prolongement) s’essouffle rapidement sans femmes. Voilà pourquoi des rapports sains entre revolutionnaires des deux sexes est important.

Les concepts de courtoisie, de politesse ne doivent donc pas être de vains mots. Il est nécessaire de se les réapproprier en (re) construisant des rapports normaux abîmés par des décennies de féminisme de troisième génération mais aussi d’abandon par les hommes de leur place et de leur rôle. En d’autres termes, n’attendez pas qu’une femme soit au choix (et à la fois) une femme fatale des années trente/ cinquante, une merveilleuse mère au foyer traditionnel, si vous n’assumez pas votre rôle de père, de mari et d’homme.

En outre, il est urgent de cesser de considérer les femmes comme faisant parti d’une sorte gigantesque harem occidental dont « les hommes » (nationalistes) pourraient user (et abuser) à loisir, commentant les tenues vestimentaires, les moeurs ou autres.

Pensez « amour courtois »

La civilisation française est celle de la courtoisie, de la galanterie, de la poésie. Nul besoin d’être maniéré ou réactionnaire dans ce domaine : le minimum suffit.

IV/ La fête

La fête est toujours une récompense. La drogue doit être proscrite, tout comme l’ivresse excessive. Les drogués et les alcooliques sont des poids financiers, médiatiques, et politiques pour la cause. C’est précisément là encore l’utilité de la guerre révolutionnaire qui « agit comme une sorte de contrepoison, non seulement sur l’ennemi, dont elle brisera la ruée forcenée, mais aussi sur nos propres rangs, qu’elle débarrassera de tout ce qu’ils ont de malsain » (Mao Tsé-Toung) , « De la guerre prolongée » (mai 1938).

Nous devons tendre vers la sobriété, car « Mâra [qui] a pour filles Tanhâ, Rati, et Arati _ c’est-à-dire Concupiscence, Amour et Haine_ est celui qui dispose les appâts afin que, attirés et sur le point de se satisfaire, les êtres tombent en son pouvoir et que paralysés par la manie, ils rentrent sans trêve dans le courant de l’existence éphémère » (Julius Evola, « la doctrine de l’éveil »). Il n’est pas nécessaire d’être une armée d’ascètes, mais de cheminer sur cette Voie.

Le révolutionnaire se doit d’être un homme et mieux qu’un homme. Actif et contemplatif, il doit être prêt car « il faut s’attendre à tout en politique, où tout est permis, sauf se laisser surprendre » (Charles Maurras). Nous vivons des temps de bouleversements, et un mouvement ordonné sera la clef de notre succès car « la révolution est comme une bicyclette : quand elle n’avance pas, elle tombe ! ».

Art contemporain : les orphelins de la technique

L’artiste Déborah de Robertis s’est fait remarquer le 24 septembre 2017 lors d’une prestation artistico-visuelle au Louvre lors de laquelle elle a exhibé ses attributs féminins devant la Joconde. « Happening » féministe autant que politique et artistique, c’est là la preuve que l’art, notamment pictural, peine à se renouveler sans appui financier, médiatique et publicitaire. On se souvient de même du « Vagin de la reine » du plasticien Anish Kapoor, autre témoignage d’une préoccupation pour le moins troublante des « artistes » du XXI ème siècle pour la représentation graphique du sexe féminin.

« La laideur vient d’un désir de profanation. Avec la perte des rites de passages et de la culture religieuse, les hommes sont perdus. Ils commencent alors à vouloir se venger des anciens idéaux qui les ont trahis. »

Roger Scruton

Il est courant, voire récurent, de lire et d’entendre dans les milieux réactionnaires ou dits conservateurs que « l’art est mort  » sans que personne ne puisse fixer de date ni d’explication. Et qui de dire que Picasso était décadent, qui d’accuser le Bauhaus, avant que la discussion ne dérape dangereusement jusqu’à l’ad hominem ou le point Godwin.

Se pose une question essentielle : comment en est-on arrivés à la mort de l’art ?

Une série d’explications qui se nourrissent les unes les autres, et se suivent parfois, est envisageable.

La première est la mort progressive de Dieu. Quand les hommes de la Renaissance ont mis l’homme au centre de la création et de la représentation d’une part (homme de Vitruve) et d’autre part la pensée (cogito de Descartes), ils ont écarté de fait la première et la plus importante des hiérarchies : celle de Dieu. Or, ce qui est Beau est nécessairement Vrai et Bien, d’un point de vue théologique. Bien entendu, nombres d’œuvres d’art et de bâtiments contemporains ou postérieurs à la Renaissance sont de véritables chefs d’œuvres. Que l’on pense seulement à la Chapelle Sixtine, aux églises de la Contre-réforme catholique. Mais déjà certains de ces bâtiments ont un parfum de ce que les Grecs nommaient hubris ( ὕϐρις en grec ancien), à l’image du château de Versailles. Pour ces bâtiments comme pour ceux de nos XX et XXI ème siècles, l’écrivain Nicolàs Gòmez Dàvila avait une phrase : « la plus grande accusation contre le monde moderne est son architecture ». Il n’est pas question de nier la beauté de ces bâtiments mais de douter du rapport de celle-ci avec la Vérité et le Bien.

Une deuxième explication réside sans doute dans la prise de conscience que l’Homme, et ce qu’il a bâti, est éphémère. Paul Valery dans « Agonie ou renaissance » déclare « Nous autres civilisations savons maintenant que nous sommes mortels ». L’entre-deux guerres, ainsi que les divers mouvements culturels, artistiques et philosophiques, montrent bien cette idée d’une civilisation pressée de vivre, et de s’éteindre rapidement. Les mouvements surréaliste ou dada ne concernèrent que des cercles d’initiés là où l’art gothique par exemple avait été un mouvement architectural de fond. Le XX ème siècle, et plus encore le XXI ème, est d’un point de vue artistique et architectural l’ère du pratique plutôt que celle de l’esthétique (béton, goudron). C’est l’époque de l’immeuble collectif puis du HLM plutôt que de la maison, là encore pour des raisons économiques et historiques ; la reconstruction, le plan Marshall et l’exode rural sont passés par là.

Mais le XX ème siècle de l’après-guerre voit également arriver peu à peu la mort du progrès dans la technique : c’est le siècle où l’on a tout fait, tout vu, ou presque. Il n’y a pas de réelle innovation dans la peinture, le principe du cinéma et de la photographie reste le même jusqu’à l’arrivée du numérique. De même, les progrès de la cartographie, rapidement assistée par satellite, dès 1972, en viennent à peu à peu « tuer » les imaginaires. De fait, on dessine, on peint, on filme et on photographie peu ou prou comme les précurseurs. Le nombre d’arts n’a pas augmenté, malgré l’ajout relativement récent des arts médiatiques et de la bande dessinée et prochainement du jeu vidéo, qui sait.

Quels que soient les qualificatifs, péjoratifs ou mélioratifs, que l’on attribue à ces artistes, la réalité est cruelle : ils sont orphelins de la technique.

Nos Pères nous ont légué un fabuleux héritage artistique et intellectuel que nous sommes incapable non seulement de perpétuer, mais pire encore, de transformer. Nous sommes incapables de faire aussi bien que nos ancêtres, et c’est là un vertige absolument terrifiant.

Voilà pourquoi on voit des gens de lettres devenir courtisans, ou des plasticiens et des peintres concentrer leur oeuvre sur leurs seules parties génitales : parce qu’ils n’ont rien de Beau, donc de Vrai à produire, et parce qu’ils n’en ont plus les moyens techniques de le faire. Ils sont à la fois orphelins et matricides de la techniques : en faisant aveuglément confiance à celle-ci, ils ont oublié ce que l’Homme avait de talent créateur propre. Parce qu’il est de plus en plus facile de prendre une photographie et de la modifier, ils ont privilégié l’outil plutôt que la main et l’esprit qui le guident.

C’est également la raison pour laquelle la critique anti capitaliste de l’art contemporain est incomplète, borgne : si la financiarisation du « marché de l’art » est indéniable, il n’en demeure pas moins d’une part que la crise est avant tout philosophique et esthétique, et que d’autre part le capitalisme financier ne fait que jouer le rôle d’accélérateur des crises que traversent le monde de l’art.

La mort de l’art est indéniable. Mais c’est moins un contexte économique que spirituel et philosophique qui est en cause. Ce n’est que par un renouveau spirituel et philosophique que l’art sortira de cette boucle de laideur infernale à tout point de vue. Sans cela, la peinture, l’architecture, la photographie et même la littérature risquent de se retrouver comme prisonniers.

Conan le barbare : un film pas si bourrin

De nombreuses analyses ont été faites du personnage de Conan, de son univers, mais peu, je crois, ont cherché à en creuser la philosophie et la théologie. Je vais donc tâcher de démontrer les lignes de fracture que le film de John Milius de 1982 tend soit à mettre en exergue soit à réconcilier, notamment en m’intéressant au personnage de Thulsa Doom.

I/ Un « méchant » evolien

Dans la doctrine de l’éveil Julius Evola définit la conception de la vie dans le bouddhisme notamment comme une succession de tourbillons, comme un fleuve. Cette idée se retrouve dans le roman de Hermann Hesse Siddartha (le nom de Bouddha avant qu’il atteigne l’éveil).

Ai-je besoin de faire les présentations?

Le philosophe italien explique également que le bouddhisme est la seule religion et la seule doctrine qui soit réellement ascétique. A ce titre, Conan le barbare propose un traitement bouddhique du personnage de Thulsa Doom : immortel, ce sorcier a pour modèle et emblème le serpent (oroborous). Interprété par James Earl Jones, il ne manifeste jamais la moindre contrariété, joie, ou colère. Cela se voit à deux moments. Le premier est la fin du saccage du village de Conan, au début. Bien que l’opération soit un succès objectif total, Thulsa Doom n’a ni un mot ni un sourire de joie ou de contentement, pas même de joie sadique quand il décapite la mère de Conan. Le second moment survient quand il reproche à Conan d’avoir volé l’oeil du serpent et d’avoir tué le serpent géant. On ne ressent dans sa voix et dans sa posture corporelle qu’un vague mépris, mais ni rage ni agressivité. Et quand il envoie Conan se faire crucifier, il le fait pour se débarrasser, sans haine ni colère. C’est là ce qui fait la force de ce méchant, non manichéen, mais doté d’un système de valeurs différentes de celles de Conan.

Quand t’as joué Thulsa Doom et la voix de Dark Vador, t’as plus besoin de prouver quoique ce soit à personne.

II/ Un avertissement matérialiste : la chair et l’esprit

En face, le personnage de Conan apparaît comme incarnant (littéralement) la supériorité de la force sur l’esprit. C’est la le paradoxe : lors de sa rencontre avec Thulsa Doom, celui-ci lui déclare : « l’acier n’a aucune force. La chair est plus forte ! ». Mais la chair qu’évoque le sorcier est celle du nombre, de la masse, celle du guru non pas au sens traditionnel, mais au sens perverti. Le pouvoir, la richesse et l’orgueil, sont devenu péchés (ou hybris, dans une perspective grecque), et la secte est devenue la foule que redoutait Gustave Le Bon dans son ouvrage Psychologie des foules (1895). En effet, pour ascétique que soit Thulsa Doom, son monde est pervers : pouvoir, soif de richesse et des plaisirs sensibles (séquence de la caverne). Il est donc bien le serpent c’est à dire Satan, dont Jésus nous avertit dans Matthieu 24:24 : « Car il s’élèvera de faux Christs et faux prophètes; ils feront de grands prodiges et des miracles, au point de séduire, s’il était possible, même les élus ».

Le moment le plus frappant de cet aspect est celui où Conan, repéré comme intrus, est capturé. Une foule immense se lance alors à la suite des individus qui l’ont capturé, alors que cela est rationnellement absurde : il leur est impossible de le blesser. Ces fidèles ne sont guidés là que par leur fanatisme et leur fidélité sans borne en Thulsa Doom. Conan apparaît donc comme un personnage catholique face aux hérésies de la gnose, ou encore face aux Cathares, rappelant que le Divin s’est fait chair.

Dédicace à Catherine Millet, ceci est un gnostique. Pas un catholique. Son nom est René Guénon.

III/ Prométhée contre Jésus ? Eschatologie howardienne

Le film de John Milius réussit également le pari audacieux de mettre en perspective les thématiques christique et prométhéenne.

Nous l’avons vu, Conan peut être vu comme un héros christique. Mais ce héros européen est également un personnage prométhéen. On le voit à trois moments. Le premier est celui où le père de Conan confie à son fils le secret de l’acier, lui expliquant qu’il n’y a que la technique qui permette de lutter face à la barbarie et à l’obscurantisme. Or, nous l’avons vu dans un précédent article, pour Howard, le barbare est précisément l’incendie régénérant de la forêt (une idée que Christopher Nolan reprendra dans Batman Begins); il est Kalkî, Maitreya, et toutes les figures eschatologiques.

Cela se voit également au moment où Conan trouve son épée dans la tombe. L’arme est rouillée, il la remet à neuf, puis en profite pour se refaire de ses chaînes. Le message est simple : l’homme peut améliorer son outil et se défaire de ses limites grâce à lui.

Le troisième moment est celui où Conan tue le serpent géant, symbole de la victoire (ou du moins de la maîtrise) de l’homme sur la nature grâce à la technique. Chacun y aura vu une allusion aux héros et aux saints sauroctones, de Apollon tuant Python à Sainte Marthe, Saint Marcel, etc.

Saint Clément, premier évêque de Metz, conduisant le Graoully sur les bords de la Seine. C’est autre chose qu’un pitbull.

Mais le film a un message terrible pour Prométhée et les hommes : le prix de la technique est douloureux. Comme Prométhée, Conan est enchaîné à un arbre, harcelé par des vautours.

Oui ça fait mal.