Dolores, l’IRA, l’Irlande et le catholicisme 

Dolores O’Riordan est morte hier lundi 15 janvier à l’âge de 46 ans. La chanteuse des Cranberries, à la voix rageuse, fragile, ou angélique s’est éteinte dans le ciel londonien où elle était venue enregistrer_une dernière fois. 

Dernière d’une famille de sept enfants, la chanteuse irlandaise était connue non seulement pour son talent mais aussi pour des convictions et une âme qu’elle n’a jamais reniées, ce que les médias et les bien pensants ne lui ont jamais pardonné, même dans la mort. Pro famille (« Ode To My Family »), patriote irlandaise ( » God Be With You »), l’auteur des textes de la « sauce aux canneberges » (qui accompagne l’action de Grâce) savait mettre subtilement ses convictions en avant. Elle était également pro peine de mort, prenant pour exemple Singapour, et anti avortement… Comme n’importe quelle Irlandaise catholique née en 1971 (« The Icicle Melt »).

Il y a cependant un contresens que doivent éviter les admirateurs de Dolores, notamment ceux qui s’intéressent à l’IRA et au conflit Nord-irlandais. Pour patriote et catholique qu’elle fusse, elle n’a jamais apporté son soutien à la cause de l’IRA, condamnant même la violence et la guerre à travers sa chanson la plus connue, « Zombie« . L’idée est moins de prendre position contre l’IRA, et notamment sa branche armée, que de tenter de s’interposer entre les belligérants et d’imposer une sorte de paix de Dieu, à une époque où l’Eglise ne répond (déjà) pas/plus à ses aspirations (elle déclarait ne pas aller à l’église). Le refrain ne dit pas autre chose : « But you see, it’s not me/It’s not my family/In your head, In your head, they are fighting/ With their tanks, and their bombs/ And their, and their guns/ In your head, they are crying ». Là où les tanks se réfèrent aux troupes britanniques, les bombes se réfèrent aux attentats de l’IRA (encore que les Black and Tans aient pu se livrer à des actions proches). Ce que hurle Dolores est une supplication et une prière. C’est une jeune femme qui a 22 ans au moment de l’attentat de Warrington évoqué dans la chanson et qui n’a connu que la pauvreté et la guerre. L’accent est mis, on  le comprend, sur le caractère non seulement brutal mais encore lassant de la guerre (« Another head hangs lonely/Child is slowly taken »).

The Cranberries est donc moins un groupe « nationaliste » qu’un groupe catholique, et un groupe irlandais. 

Publicités

Contre le Guenonisme de salon

Une idée courante à l’extrême droite consiste à penser la société dite occidentale comme une société qui ne fait que chuter soit depuis la prise de Constantinople, soit la Révolution française, soit la fin de la seconde guerre mondiale.

Chez cette frange là, éminemment cultivée et intelligente par ailleurs, lecteurs de Nietzsche, Julius Evola, Savitri Devi (« Lightning and the Sun ») mais encore René Guénon (« La crise du monde moderne ») l’Occident serait voué à sa propre destruction dans la décadence jusqu’à la fin du Kali-Yuga (« l’âge de fer ») avant un nouvel âge d’or. 

L’ennui des auteurs sur lesquels ils s’appuient, morts dans les années 70/80 au plus tard (74 pour Julius Evola, 82 pour Savitri Devi) est qu’ils n’ont pas su ou pas pu prévoir la lame de fond de la modernité qui allait balayer des pays tels que l’Inde, la Chine, l’Iran, les pays (à l’époque) communistes, l’Iran, ou l’Afrique.

Par modernité, je ne parle pas ici de progrès technique que la Chine, les pays socialistes et dans une moindre mesure l’Iran avaient déjà bien intégré, à la mode occidentale. Je désigne plutôt un certain nombre de « valeurs » (sic) philosophiques, sociétales, économiques et politiques : libération sexuelle, social-democratie, pluralisme politique et médiatique, qui ne s’intègrent pas dans ce que Evola nomme la Tradition. 

À titre d’exemple, si Evola voyait l’Iran d’aujourd’hui, qui interdit l’homosexualité mais autorise les changements de sexe, il serait je pense stupéfait et horrifié. Si Savitri Devi voyait l’état de l’Inde trente ans après sa mort (creusement des inégalités, fin des castes, pollution des eaux et des sols, GPA…) elle en serait je pense probablement malade.

Pourquoi ces brillants penseurs n’ont ils pas si voir la chute ou du moins les profondes mutations de systèmes traditionnels si solides ? (Iran, Inde, Afrique). Il y a à mon sens une première raison qui est d’ordre historique, et assez évidente. C’est la chute du communisme. Personne n’avait prévu ce qui fut vécu comme un traumatisme pendant plus de dix ans en Europe orientale (c.f le film « Good Bye Lenin »), dans les Balkans et dans le reste du monde. Un certain nombre de pays cédèrent à un capitalisme débridé (Russie) sans pouvoir s’appuyer sur un renouvellement de leurs élites traditionnelles, qui restaient des apparatchiks communistes avec un autre nom. Et aujourd’hui, nombreux parmi ceux qui fantasment la Tradition orientale, par opposition à la « décadence occidentale », ignorent que la PMA est autorisée en Russie, que la Serbie est le premier pays du monde à avoir une lesbienne comme premier ministre etc. 

La vérité est que ce que Evola et les penseurs appellent la Tradition est morte. Dans l’islam, le judaïsme, le christianisme, ou le bouddhisme tibétain, elle n’existe plus, la faute notamment à la trahison des chefs religieux. Le dernier exemple en date est le Dalaï Lama (déjà célèbre pour avoir dit qu’après lui il n’y aurait plus de réincarnation (sic)) qui a déclaré : « Bouddha aurait aidé ces pauvres musulmans » en parlant des Rohyingas. La réalité est que Bouddha aurait recommandé aux musulmans de lâcher leurs armes, de renoncer aux désirs terrestres et à la violence au profit de la méditation. Rien de plus. 

Il est donc vain de chercher « à l’est » une tradition morte ici. Il est plus sage et plus cohérent de faire renaître une tradition ici sur les pierres et les braises de nos foyers. 

Deliveroo, ou le tabouret du pendu

Un soir, attablés à un restaurant local (« la ferme à Dédé« ) avec mes amis en train de manger un gros burger absolument pas vegan, nous avons aperçu deux ou trois coursiers-livreurs Deliveroo. Par l’aspect relativement sombre de leur peau, et leurs traits fort peu caucasiens, ainsi que par leur dialecte semblant venir des côtes de l’Afrique de l’ouest, nous en avons déduit que ces jeunes gens aux bras maigres, aux cuisses musclées et au ventre vide étaient sinon des migrants, du moins arrivés dans notre douce France il y a peu de temps. 

Un peu plus tôt dans la journée, nous avions croisé des individus semblables, ventre vide, regard hagard, conduite rapide et nerveuse facilitée par leur faible poids, etc. Une différence majeure, seulement : ils étaient Français « de souche » (je mets des guillemets pour respecter la loi), leur faciès était caucasien. Ils étaient très probablement étudiants et quand on connait la prédominance de la gauche et de l’extrême gauche dans les universités, faire le raccourci « vendeurs Deliveroo=gauche » est aisé. Faire circuler les repas, faire circuler les hommes, faire circuler les biens. La cohérence est parfaite.

Oui, mais. Ces salariés n’ont pas compris qu’ils étaient des salariés (en dépit de ce que l’esprit « start-up nation » laisse paraître), des chômeurs en puissance. C’est là qu’intervient ce que Marx appelait l’armée de réserve du Capitalisme, incarnée dans mon exemple par les braves guerriers d’ébène de l’ouest africain. Et comme « Celui qui a vécu par l’épée, périra par l’épée » (Matthieu 26:52), « Celui qui a vécu par le mondialisme, périra par le mondialisme ». En votant depuis des années pour des gens qui ont fait venir leurs remplaceurs, en consommant les produits (Deliveroo, Apple…) qui luttent ouvertement contre eux, ces étudiants sont leurs (et nos) propres bourreaux.

Koz toujours, tu ne m’intéresses plus !

Dans les bonnes familles de Paris, Lyon, Bordeaux ou Angers, le catholicisme vit et survit. Comme un lierre, il s’accroche et croît (croit?), poussant le long de l’arbre « Foi ». Pratiquant le voeu de surdité et l’endogamie la plus remarquable, ces gens là sont à l’abri pour des siècles. Après eux, autour d’eux, le déluge. 

Mais nous ? Nous les Français de souche, de la France fille aînée de l’Église, mais aussi d’origine polonaise, espagnole, italienne ou portugaise (donc catholiques) qui pense à nous ? Trahis successivement par la gauche des travailleurs, les syndicats et maintenant l’Église, nous sommes désemparés. Il n’y a guère que saint Basile ou Léon Bloy pour nous comprendre quand le Pape François Ier appelle à accueillir encore davantage de migrants !

Nous, piètres théologiens, savons ce qu’est la foi du charbonnier, honorer les morts, protéger sa famille, cultiver sa terre, protéger son église, y prier en silence, honorer les formules du mieux que l’on peut; saint Augustin disait « Si vous ne connaissez pas de prière, inventez en une ».

Or, c’est bien ce peuple, trahi et renié par ses élites et jusqu’à ses pasteurs qui subit le plus les effets dévastateurs de la mondialisation : chômage, désindustrialisation, crise agricole, terrorisme, islamisation, enlaidissement urbain, etc. Dans ces moments de doute, vers qui nous tourner quand journalistes, philosophes, hommes politiques mentent, trahissent et manipulent ? Nous ne pouvons même pas faire confiance à beaucoup de nos élites catholiques tels que le funeste Erwan ‘Koz’ Le Morhedec pour qui la lutte pour ses frontières, son identité et son indépendance, n’est valable que pour les Amérindiens; j’imagine que l’identité française et catholique n’est pas assez exotique au goût de cet internationaliste.

Je te comprends Erwan moi non plus la Bretagne je suis pas fan mais fais un effort merde.

Le problème du catholicisme français  (à l’inverse du catholicisme italien par exemple) est qu’il est intrinsèquement bourgeois. J’en veux pour preuve son incroyable mobilisation contre le mariage pour tous. Si je ne remets pas en cause le bouleversement civilisationnel de celui-ci, ni l’intérêt porté aux enfants porté par les manifestants, je me demande pourquoi ce million de personnes est incapable de se mobiliser contre une menace civilisationnelle tout aussi grande, telle que l’immigration. Le fait de dire qu’il y a peu de Soudanais à Sablé-Sur-Sarthe, à l’île d’Yeu ou à Porte d’Auteuil, endroits forts éloignés des centre-villes et riches en caméras, gardes armés, patrouilles de police, et hautes grilles, fournira peut-être à chacun un début de réponses. 

Les dirigeants catholiques (et pas seulement les clercs) sont en grande partie par leurs actes et leurs discours responsables de la situation morale et politique française et européenne. Il n’est pas difficile de comprendre l’attrait que peuvent avoir les religions païennes, l’islam, ou des choses plus farfelues encore. Ce catholicisme est une boussole cassée. Qui pourra la réparer ?

De l’écologie bien comprise

Si l’écologie, en faisant abstraction de sa signification étymologique, se veut la science ou l’étude de l’interaction entre les êtres vivants et leur milieu, alors chacun comprend bien que c’est avant tout la Nature qui doit régenter l’objet étudié. De la même façon qu’un entomologiste doit prendre mille et une précautions avec ses bottes et sa loupe pour ne pas ravager les fourmilière ou les ruches, l’écologiste doit lui aussi garder à l’esprit la notion d’ordre naturel et éviter au maximum de perturber celui-ci.

Un monde parfaitement écologiste selon la Nature, et personnifier cette dernière est déjà une erreur, serait un monde sans hommes. En effet, l’homme étant un être de culture, l’action anthropique influe plus ou moins sur le milieu naturel. Ainsi, la sylviculture soit le simple fait de sélectionner et d’abattre des arbres, influe sur les autres les essences et les espèces animales (oiseaux, rongeurs, insectes). Il n’existe en Europe aucune forêt dite sauvage c’est-à-dire qui n’a pas reçu de coup de cognée à l’exception de la forêt biélorusse. Dans le reste du monde, il faut s’enfoncer en Afrique, en Amazonie ou dans le Sud-est asiatique. 

C’est beau hein ? Bah c’est pas naturel. Désolé les hippies

Aussi beaux qu’ils soient, les champs de colza ou de lavande sont le résultat de siècles de travaux humains. Ils participent à ce titre à l’identité culturelle d’une région, d’un pays. Ainsi, le blé d’Ukraine se retrouve dans le drapeau national, là où le bleu symbolise l’immensité du ciel azur. 

L’homme agit sur la vie depuis qu’il a réussit à inventer successivement le feu, la roue, le joug, etc. Cependant, dans son ouvrage « The Lighting and the Sun », Savitri Devi explique bien la différence entre le progrès technique, consistant à maîtriser la nature, et le Progrès, idéologie qui semble être un cheval (ou un tigre?) que l’on ne peut plus chevaucher ni maîtriser car devenu fou. Au lieu de suivre une progression cyclique et guidée par le Sacré, la société moderne en vient aujourd’hui à croiser des porcs et des humains. Au delà du grotesque, du risible ou du terrifiant, interrogeons nous sur la notion de vivant, d’espèce (s) et de race (s). Méditons cette citation bien connue de l’écrivain Jean Mabire : « Je ne vois pas pourquoi il faudrait protéger les races animales et laisser périr les peuples tels qu’ils ont été façonnés par des millénaires de longue patience. La véritable écologie c’est de sauvegarder les baleines. Mais aussi les Touaregs et les Zoulous, les Basques et les Serbes, les Flamands et les Bretons, les Écossais et les Estoniens ». 

Qu’est ce qu’un écologiste qui ne défendrait pas ces évidences, ce bon sens, ce que l’histoire, le temps, l’homme et la nature ont façonné ensemble ? Il est sans doute temps de briser la Civilisation du Progrès, ainsi que son évolution exponentielle, qui ne respecte ni les hommes, ni la nature, ni la beauté. En somme, revenir à une écologie du temps, de la longue durée, en accord avec à la fois le Divin et la Nature, ce que nos ancêtres bâtisseurs de cathédrales ou du Colisée ont su le faire. 

Les rebeux et l’antisionisme : histoire d’une escroquerie 

Pour comprendre « d’où je parle », comme disent les cibles principales de cet article, il est je crois nécessaire de montrer que je connais bien mes sujets, tant par ma vie que mes engagements politiques : les rebeux, les beurs, d’une part, et le conflit israélo-palestinien d’autre part. 

Je suis né à une autre époque appelée le XX ème siècle, dans une guerre froide mourante, quand il y avait encore deux Allemagnes.

A l’âge de six ans, j’ai intégré l’école publique de mon quartier. Nous étions deux Européens : une jeune Portugaise et moi même. Et tout au long de ma scolarité dans le public (maternelle/primaire/lycée) les Européens, les Blancs, les babtous ne furent majoritaires Au lycée ils étaient tout au plus 40%, dont une bonne part avaient assimilés des codes qui n’étaient pas les leurs.

Revenons au sujet. A cette époque, lors de mes cours d’histoire et de géographie balbutiant, j’appris à placer l’Italie, la Suisse, les Îles Britanniques etc. Point de Palestine. Ah si : on me parla de Terre Sainte pour me dire qu’à l’appel du Pape Urbain II, et pour protester contre les persécutions subies par les pèlerins chrétiens, les Européens avaient lancé la croisade. A cette époque, si tension ou rancoeur il y avait dans les coeurs de ces petits Mohammed, ils avaient l’élégance de les taire. D’ailleurs, aucun tag, aucune affiche ne décorait murs et poteaux des villes. 

J’entends les Jean-Politologues répéter : « Depuis la seconde Intifada tout a changé ». En effet. La vérité est simple, pour un conflit qui ne l’est pas : les rebeux ont trouvé avec l’antisionisme de gauche une façon d’importer et d’exprimer leur antisémitisme à peu de frais. 

Je peux éventuellement comprendre que ça fasse pas trop bander

Cela leur donne bonne conscience (combat contre l’impérialisme, justification spritualo-humaniste depuis les attentats du onze septembre et l’approbation de divers cheikhs du Golfe) à eux qui vivent dans des pays démocrates, tempérés où rien ne manque (et certainement pas les diverses prestations sociales), si l’on compare à des pays comme l’Égypte ou l’Irak. 

J’ai été moi même un antisioniste véhément. Par anti impérialisme, j’ai été un soutien de la cause palestinienne. Je ne m’en suis jamais caché. Mais j’estime : 1° Qu’un peuple qui élit le HAMAS, mouvement terroriste, antisémite, antichrétien, corrompu et népotique, ne mérite pas mon soutien et en tout cas doit en assumer les conséquences politiques… Comme une pluie de missiles de la part de Tsahal;

2° Qu’une guerre est une guerre : des enfants, des femmes, des hommes meurent. Et cela, les Arabes du monde entier sont incapables de le voir, plus particulièrement les rebeux en bac pro carrosserie. (J’ai rien contre les carrossiers… Comme tout pamphlet, ya des personnages, hein).

3° Qu’il est hypocrite de soutenir une cause sans se battre réellement pour elle, à l’image de rebeux dealers de drogue. 

Le soutien des rebeux à la Palestine est donc doublement de mauvaise foi : ils ne connaissent rien de la réalité là bas (aucune lecture, aucune rencontre etc), et utilisent une cause comme exutoire à des sentiments de haine. Par cette démarche, ils se rendent complice de mouvements antisémites et dangereux en important le conflit en France (bien que d’autres officines juives ne se privent pas de faire de même !). Que le lecteur soit bien conscient : je n’ai aucun avis sur le conflit israélo-palestinien. Je n’en ai plus. Ni kippah, ni keffieh. 

Mais ça c’est pas mon délire. Et puis le blanc me va mal au teint.

Ruollah Khomeini : entre Velayat-e Faqih et poésie persane

En 1979, la Révolution propulse à la tête de l’Iran l’Ayatollah Rouhollah Khomeini. Celui qui va prendre la place du Shah d’Iran et balayer la dernière dynastie (les Pahlavi) est un homme secret, complexe, voire contradictoire. Il revient en Iran après une longue route d’exil (Turquie, Irak, et France), à la tête d’une idéologie baroque, chiisme duodécimain fortement teinté de socialisme et de « tiers-mondisme », dans le contexte d’une guerre froide et d’un affrontement entre les deux blocs très dur. Par opposition, l’Irak voisin sera fortement soutenu par l’Occident lors de la terrible guerre Iran-Irak, guerre inutile, sanglante, et n’aboutissant sur aucune conquête militaire.

soldat-iranien-guerre-iran-irak
Un soldat iranien pleure son frère pendant la guerre Iran-Irak. Pas très sport, sur ce coup là, Saddam.

L’Ayatollah, dans le chiisme duodécimain, est un titre à la fois religieux (c’est le titre le plus élevé dans la hiérarchie religieuse chiite; en arabe : آية الله ou en persan : آیت‌الله, : « signe de Dieu ») et politique. En effet, dans la théocratie qu’instaure la Révolution islamique, pouvoir politique et religieux sont fortement liés et ce malgré l’instauration d’une République, d’un Président et d’un Parlement. C’est là le principe du Velayat-e Faqih, qui préconise la supériorité du pouvoir religieux sur le pouvoir politique.

Depuis trente ans donc, c’est le pouvoir religieux qui, de façon constitutionnelle, a le « dernier mot », en matière juridique et législative en Iran. Il est à noter au passage qu’il n’y a pas que l’Iran qui soit une république islamique : la Gambie et le Pakistan sont également des Républiques islamiques.

L’Iran post-révolutionnaire a en Occident une réputation de pays « fermé » où les femmes ne sont pas libres (qu’est ce qu’être libre en Iran ? Aux Etats-Unis ? Au Japon ? En Russie ? Au Sénégal ?), où les Pasdaran arrêtent des passants quand bon leur chante (comme la Savak qui arrachait le voile des vieilles Iraniennes en pleine rue ?), où l’alcool, la danse, la musique sont interdits (vraiment ?). Ne discutons pas ces idées reçues, plus ou moins fausses (ou plus ou moins vraies, si l’on voit le verre à moitié vide), selon les époques, l’endroit, selon le degré de corruption du policier et du juge (comme dans tous les pays du monde à l’exception de l’Europe, de l’Amérique du Nord, et du Japon, en gros). J’aimerais davantage évoquer parler de la contradiction du rigorisme (réel) voulu par les mollahs et notamment par le premier d’entre eux, Roullah Khomeini, aujourd’hui quasiment vénéré comme un marja et certains de ses côtés plus étonnants.

Le rigorisme, la droiture, la quasi sainteté, aux yeux de chiites d’Iran, d’Irak, du Yémen, du Liban, de Turquie, contraste en effet avec certains côtés moins connus notamment des Occidentaux. Qui en effet aurait pu croire qu’un homme si rude, portant le turban noir de seyyed puisse écrire pareils vers :  « Épris je fus, ma mie, de la mouche à tes lèvres/Je vis ton œil languide et en fus alangui »  ou encore ceux ci : « L’Amie n’a pas passé la porte et ma vie touche à sa fin/C’est le bout de mon histoire et ce chagrin n’a pas pris fin/La coupe de la mort en main, je n’ai point vu celle de vin/Après tant d’années passées, de l’Aimée nulle bonté ne vint » (Divân, p.97, Radjab 1407). Il y a une contradiction ou à tout le moins un décalage à imaginer un homme qui a ordonné une féroce répression des contestations post-révolutionnaires écrire des vers si beaux dans la plus pure tradition persane (Hafez, Ferdowsi, Rûmi…). 

khomeini-smile
J’ai trouvé une seule photo de Khomeini en train de sourire du coup je vous l’ai mise

Il y a à mon sens plusieurs explications : la première est assez évidente et aisée à voir : il n’y a aucune incompatibilité à être un dirigeant politique même dur et en même temps un artiste doté d’une grande sensibilité. Mais l’explication la plus profonde et la plus cohérente se situe à mon avis dans ce que j’évoquais plus haut. En faisant la révolution, l’Ayatollah voulait, prenant modèle sur toutes les révolutions depuis la révolution française de 1789, et notamment les révolutions socialistes, « réformer » le pays. S’appuyant pour sa part sur la tradition chiite, il a puisé dans les racines de sa foi pour en faire émerger à la foi un Droit (le Velayat-e Faqih) et une poésie d’une grande beauté. C’est sans doute la raison pour laquelle ce Droit est aujourd’hui encore une armature solide pour la Constitution iranienne, et ce malgré les distances prises progressivement. 

De la même manière, en tenant ceci à l’écart du politique et de la politique, l’Ayatollah Khomeini a fait de la poésie de la même façon que les prédécesseurs que j’évoquais plus haut : avec humilité et discrétion.

Controversé, haï, ou vénéré, il reste un dirigeant majeur de la fin du XX ème siècle. A ceux qui ne peuvent s’épargner les luttes et les débats trop passionnés, je ne saurais que trop leur conseiller de jeter un œil à ses œuvres, qui ont été traduites en de nombreuses langues dont le français.

 

Bibliographie :

http://imam-khomeini.com/web1/france/showitem.aspx?cid=1676&pid=1808

http://www.teheran.ir/spip.php?article1200#gsc.tab=0

 

 

De Marie et de Kali

Le présent article a pour but, à la fois modeste et prétentieux, d’analyser deux mythes et de les croiser. Ces deux mythes sont les figures féminines de la Vierge Marie, dans le christianisme (catholicisme et orthodoxie) et Kali, déesse hindoue.

Je tâcherai dans un premier temps de présenter à grands traits les figures qui nous intéressent, leur place dans leurs mythologies respectives, leurs familles et surtout, leur rôle.

Pour ce qui est de la Vierge Marie, tout d’abord, figure la plus familière de nos lecteurs, elle est la mère de Jésus-Christ, choisie par Dieu (par l’intermédiaire de l’ange Gabriel) pour enfanter celui qui sauvera l’Humanité par sa Passion, sa mort, et sa Résurrection. Figure maternelle et royale par excellence (Louis XIII lui consacra le royaume de France le 10 février 1638), elle est une mère aimante et protectrice que l’on invoque volontiers tant pour se protéger que comme médiatrice de toutes les grâces : « Priez pour nous, pauvres pécheurs/Maintenant, et à l’heure de notre mort/Amen ». Mais c’est également une divinité douloureuse et souffrante : elle est vénérée comme telle car elle a endurée la pire des douleurs, ayant souffert tout au long de sa vie. C’est à ce titre qu’elle endure sept douleurs qui lui valent le nom de Notre Dame des Sept Douleurs : la prophétie du vieillard saint Siméon, la fuite en Egypte, la disparition de Jésus au Temple pendant trois Jours, la rencontre de Jésus portant sa croix et montant au Calvaire, Marie debout au pied de la croix, la descente de Jésus de la croix et la remise à sa mère, et enfin l’ensevelissement de Jésus dans le sépulcre.

notre-dame_des_sept-douleurs
Notre Dame des Sept Douleurs

La figure de la Vierge Marie, on le voit, est intéressante à plus d’un titre : figure de souffrance, de douleurs, mais en même temps d’amour maternel profond et de protection. Dans de nombreuses régions du monde, elle est vénérée avec une approche quasi mystique, ayant supplanté d’anciennes coutumes locales. On pensera ainsi à la Bretagne, à certaines régions d’Amérique Latine comme la Colombie ou le Mexique, sans compter les apparitions mariales.

Evoquons maintenant Kali.Dans la mythologie hindoue, elle tue son époux Shiva, dieu à la fois créateur, destructeur et préservateur. Si ce genre de concepts peuvent paraître déstabilisants à des occidentaux, il peut paraître utile de faire appel à une comparaison : Kali est comme un incendie de forêt, qui élimine les branches mortes, les mauvaises herbes (en l’occurrence, les avidyaproduits d’ignorance intérieurs venant du désir et de l’attachement). Or, pour atteindre la vraie délivrance (nirvana), il est nécessaire de notamment se débarrasser de ces avidya. Kali, déesse de la destruction/(re)récréation est à ce titre une déesse fondamentale dans l’hindouisme. Figure féminine, elle également une figure maternelle et protectrice, comme l’évoquent tant Ramprasad Sen que Râmaskrishna . Mais à la différence de Marie, elle protège le dévot parce que celui-ci la craint : Kali est une déesse sanguinaire, terrible, portant autour du cou un collier de cinquante et un crânes (symbolisant les lettres de l’alphabet sanskrit), et brandissant une tête décapitée, une épée, et une masse, symbole de destruction.

En comparant ces deux figures, on s’aperçoit que c’est l’amour et le sacrifice de la Vierge Marie qui la distingue de Kali. En dehors de cela, les deux figures apparaissent comme des déesses maternelles et protectrices, et dont la place dans leurs mythologies est centrale : celle de la résurrection.