Contre le Guenonisme de salon

Une idée courante à l’extrême droite consiste à penser la société dite occidentale comme une société qui ne fait que chuter soit depuis la prise de Constantinople, soit la Révolution française, soit la fin de la seconde guerre mondiale.

Chez cette frange là, éminemment cultivée et intelligente par ailleurs, lecteurs de Nietzsche, Julius Evola, Savitri Devi (« Lightning and the Sun ») mais encore René Guénon (« La crise du monde moderne ») l’Occident serait voué à sa propre destruction dans la décadence jusqu’à la fin du Kali-Yuga (« l’âge de fer ») avant un nouvel âge d’or. 

L’ennui des auteurs sur lesquels ils s’appuient, morts dans les années 70/80 au plus tard (74 pour Julius Evola, 82 pour Savitri Devi) est qu’ils n’ont pas su ou pas pu prévoir la lame de fond de la modernité qui allait balayer des pays tels que l’Inde, la Chine, l’Iran, les pays (à l’époque) communistes, l’Iran, ou l’Afrique.

Par modernité, je ne parle pas ici de progrès technique que la Chine, les pays socialistes et dans une moindre mesure l’Iran avaient déjà bien intégré, à la mode occidentale. Je désigne plutôt un certain nombre de « valeurs » (sic) philosophiques, sociétales, économiques et politiques : libération sexuelle, social-democratie, pluralisme politique et médiatique, qui ne s’intègrent pas dans ce que Evola nomme la Tradition. 

À titre d’exemple, si Evola voyait l’Iran d’aujourd’hui, qui interdit l’homosexualité mais autorise les changements de sexe, il serait je pense stupéfait et horrifié. Si Savitri Devi voyait l’état de l’Inde trente ans après sa mort (creusement des inégalités, fin des castes, pollution des eaux et des sols, GPA…) elle en serait je pense probablement malade.

Pourquoi ces brillants penseurs n’ont ils pas si voir la chute ou du moins les profondes mutations de systèmes traditionnels si solides ? (Iran, Inde, Afrique). Il y a à mon sens une première raison qui est d’ordre historique, et assez évidente. C’est la chute du communisme. Personne n’avait prévu ce qui fut vécu comme un traumatisme pendant plus de dix ans en Europe orientale (c.f le film « Good Bye Lenin »), dans les Balkans et dans le reste du monde. Un certain nombre de pays cédèrent à un capitalisme débridé (Russie) sans pouvoir s’appuyer sur un renouvellement de leurs élites traditionnelles, qui restaient des apparatchiks communistes avec un autre nom. Et aujourd’hui, nombreux parmi ceux qui fantasment la Tradition orientale, par opposition à la « décadence occidentale », ignorent que la PMA est autorisée en Russie, que la Serbie est le premier pays du monde à avoir une lesbienne comme premier ministre etc. 

La vérité est que ce que Evola et les penseurs appellent la Tradition est morte. Dans l’islam, le judaïsme, le christianisme, ou le bouddhisme tibétain, elle n’existe plus, la faute notamment à la trahison des chefs religieux. Le dernier exemple en date est le Dalaï Lama (déjà célèbre pour avoir dit qu’après lui il n’y aurait plus de réincarnation (sic)) qui a déclaré : « Bouddha aurait aidé ces pauvres musulmans » en parlant des Rohyingas. La réalité est que Bouddha aurait recommandé aux musulmans de lâcher leurs armes, de renoncer aux désirs terrestres et à la violence au profit de la méditation. Rien de plus. 

Il est donc vain de chercher « à l’est » une tradition morte ici. Il est plus sage et plus cohérent de faire renaître une tradition ici sur les pierres et les braises de nos foyers. 

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« Le bon, la brute et le truand » : métaphysique d’une chute

Le dernier volet de la « trilogie du dollar », « il buono, il brutto e il cattivo » en version originale, demeure l’apogée de son auteur, Sergio Leone, en même temps qu’un modèle d’un genre nommé presque par (auto) dérision le western spaghetti. Ce genre, qui s’oppose (ou en tout cas se distingue), au western classique, a pour caractéristiques des thématiques très différentes (exit la conquête de l’ouest et les méchants Indiens, bonjour la guerre de Sécession et ses questionnements sur le Progrès et la mécanisation de la guerre), des personnages plus nuancés, moins manichéens (le « bon » de « Le bon, la brute et le truand » ne l’est que comparativement aux deux autres… Ce qui n’est pas peu dire !), la force de frappe des paysages désertique, quasi lunaires aboutissant à des oeuvres contemplatives (l’Espagne des années 60 (et les soldats de l’armée franquiste, « prêtés » par le Caudillo pour les scènes de bataille)), un indivualisme et une anomie parfois dérangeants (torture, violence sur les femmes)… Voilà des éléments que cet article se propose d’aborder ou du moins d’effleurer : la chute des hommes et leurs doutes face à l’avènement de la civilisation du Progrès, dans un film de 1966 se déroulant quasiment un siècle avant.

Merci qui pour les figurants ? Bah non. Merci Franco.

Je ne rappellerai pas le synopsis et ne m’embarasserai pas de spoil : si vous n’avez pas vu « le bon, la brute et le truand » en 2017, je ne peux rien pour vous.

I/ L’avènement de la guerre mécanique

Un certain nombre d’historiens considèrent la guerre de Sécession (Civil War) ou la guerre de Crimée comme la première guerre dite moderne. Il y a cela plusieurs raisons : 

  1. Le nombre de soldats engagés (et tués);
  2. L’utilisation massive de l’artillerie et notamment de canons automatiques;
  3. L’utilisation de tranchées.

Dans le film, ces éléments sont particulièrement bien montrés. Les soldats en particuliers sont dépeints tels qu’ils étaient : épuisés, mal rasés, assoiffés, amaigris, l’oeil vide. L’honneur et les valeurs militaires ne sont bonnes que pour les cérémonies. Voilà ce que nous enseigne « le bon, la brute et le truand ». Le patriotisme et la ferveur héroïque qui pouvaient exister en début de conflit ne transparaissent pas à ce moment là tant cette guerre mécanique fait des soldats des bêtes ; ou plutôt : du guerrier au soldat, du soldat au militaire. 

II/ Des hommes au milieu des ruines

Les personnages du film, et en particulier le trio principal, semblent des damnés d’un monde post apocalyptique, où hiérarchies et Dieu(X) font cruellement défaut. Là où les personnages campés par John Wayne sont toujours esthétiquement et éthiquement du bon côté (la loi, l’ordre, la morale, Dieu, etc), eux n’ont ni foyer, ni morale, ni honneur (les magouilles entre Blondin et Tuco pour récupérer la prime sur la tête du second) voire n’ont pas de nom (« Blondin »). 

« Dieu est mort » Nietzsche ; »Nietzsche est mort » Dieu

Chez Sergio Leone, Dieu est bel et bien mort, et Ses créatures n’en sont que plus désemparées. C’est tout du moins le sentiment de « Blondin » avant d’être capturé par les Yankees. Cette scène, au delà de son aspect farce et de l’hilarité qu’elle peut déclencher, semble nous indiquer autre chose : dans le monde de Leone, si Dieu est mort, il n’y a plus que des masques de Lui. Et celui qui imite Dieu, c’est Lucifer. C’est d’ailleurs curieusement un monde où règne non seulement la violence et le mensonge, mais aussi où les femmes sont quasi absentes. Le rapport des personnages de Leone aux femmes est  d’ailleurs pour le moins douteux; Sentenza gifle Maria, la prostituée. Notons que la seule femme du film porte le nom de la Sainte Vierge, ce qui n’est guère étonnant pour un film réalisé par un Italien : le film serait donc abandonné de Dieu mais non de sa mère ?

Une Marie peut en cacher une autre.

III/ La violence de « le bon, la brute et le truand » : violence esthétique, violence morale ?

La violence la plus immédiate n’est pas celle que s’infligent les personnages : il y a peu de duels, une seule scène de bataille, une scène de torture, la mort du chasseur de primes (tué par Tuco) ; en somme peu de violence physique pour un film de 178 minutes en version longue. 

La vengeance de Tuco, quand celui-ci fait marcher Blondin dans le désert, constitue une violence esthétique et morale plus grande. Comment ne pas voir autre chose qu’un martyr derrière ce Blondin pourtant tellement amoral ? 

La solitude des corps et des âmes des personnages est accentuée par les paysages désertiques de l’Espagne : dans des espaces brulées par le soleil incandescent, les corps semblent minuscules, faibles, et les âmes, en peine, livrées à toutes les tentations de violences possibles. 
Film immense, amoral, chrétien et nietzschéen, qui pleure la mort de Dieu, « le bon, la brute et le truand » , tu l’auras compris lecteur, est mon film préféré. Il faudrait que je le revoie, cela fait longtemps… Et je ne l’ai vu que dix fois dans la vie.

Alep is the new Gaza 

Alep est pratiquement « tombée ». étrange vocabulaire, semi-mensonge déjà : comme si l’AAS  (Armée Arabe Syrienne, loyaliste) capturait une cité ennemie, une ville libanaise, irakienne, israélienne. Non : les forces loyaliste et leurs alliés  (Al Nujaba, etc) reprennent une ville qu’un ennemi avait pris. 

Les caméras, les appareils photos, les experts, les journalistes, de tout bord et toute moralité ont l’oeil et le micro rivé sur un pays que parfois ils n’auraient pu situer il y a six ans, avant la guerre. On lit et on entend les choses les plus invraisemblables, les hypothèses les plus délirantes; les comparaisons les plus folles : Grozny, Srebrenica , etc. Jamais les bombardements américains sur Hiroshima et Nagasaki . Jamais le bombardement de Dresde qui fit monter la température dans les rues de la ville à plus de 100°C. Jamais le bombardement de Dunkerque, Caen, Le Havre et Brest, rasées par les Américains et les Britanniques. 

Un clou chasse l’autre , un drame chasse l’autre. Alep is the new Gaza . Pendant des années la gauche intellectuelle a eu son martyr, son jouet presque, la Palestine , Gaza, allant jusqu’à suivre et soutenir de façon hystérique le HAMAS  (pour ce qui est du NPA). Et puis tout passe, tout lasse… Sauf la lutte des classes. Il fallait chercher d’autres cadavres, une autre cause. Quelle merveilleuse cause que des « rebelles démocrates » engagés dans une guerre civile atroce avec à la clef des enfants mutilés et éventrés  (parfois plusieurs fois le même sur les réseaux sociaux , d’une semaine à l’autre !). De nouveaux martyrs. Adieu Gaza ! Adieu Palestine ! Bonjour Alep ! Bonjour Syrie ! Et là il y a un beau méchant. Deux mêmes. Potentats orientaux, jumeaux maléfiques; Bachar Al Assad, et Vladimir Poutine. Et un soutien encore plus méchant, l’Iran; ça fait vendre du papier. Les « tyrans », les gentils rebelles, et les enfants morts. Voilà ce qu’aiment les journalistes . 

Et qu’importe si la Chine occupe le Tibet depuis 60 ans (autre cause dont ils se sont lassés), qu’importe si la junte birmane persécute les Karens depuis 1948, et qu’importe si au fin fond de l’Afrique on se massacre : le génocide en RDC a déjà fait six millions de morts en vingt ans. 

Un massacre chasse l’autre. Sur quel champ de bataille iront ces vautours la prochaine fois ?

De Marie et de Kali

Le présent article a pour but, à la fois modeste et prétentieux, d’analyser deux mythes et de les croiser. Ces deux mythes sont les figures féminines de la Vierge Marie, dans le christianisme (catholicisme et orthodoxie) et Kali, déesse hindoue.

Je tâcherai dans un premier temps de présenter à grands traits les figures qui nous intéressent, leur place dans leurs mythologies respectives, leurs familles et surtout, leur rôle.

Pour ce qui est de la Vierge Marie, tout d’abord, figure la plus familière de nos lecteurs, elle est la mère de Jésus-Christ, choisie par Dieu (par l’intermédiaire de l’ange Gabriel) pour enfanter celui qui sauvera l’Humanité par sa Passion, sa mort, et sa Résurrection. Figure maternelle et royale par excellence (Louis XIII lui consacra le royaume de France le 10 février 1638), elle est une mère aimante et protectrice que l’on invoque volontiers tant pour se protéger que comme médiatrice de toutes les grâces : « Priez pour nous, pauvres pécheurs/Maintenant, et à l’heure de notre mort/Amen ». Mais c’est également une divinité douloureuse et souffrante : elle est vénérée comme telle car elle a endurée la pire des douleurs, ayant souffert tout au long de sa vie. C’est à ce titre qu’elle endure sept douleurs qui lui valent le nom de Notre Dame des Sept Douleurs : la prophétie du vieillard saint Siméon, la fuite en Egypte, la disparition de Jésus au Temple pendant trois Jours, la rencontre de Jésus portant sa croix et montant au Calvaire, Marie debout au pied de la croix, la descente de Jésus de la croix et la remise à sa mère, et enfin l’ensevelissement de Jésus dans le sépulcre.

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Notre Dame des Sept Douleurs

La figure de la Vierge Marie, on le voit, est intéressante à plus d’un titre : figure de souffrance, de douleurs, mais en même temps d’amour maternel profond et de protection. Dans de nombreuses régions du monde, elle est vénérée avec une approche quasi mystique, ayant supplanté d’anciennes coutumes locales. On pensera ainsi à la Bretagne, à certaines régions d’Amérique Latine comme la Colombie ou le Mexique, sans compter les apparitions mariales.

Evoquons maintenant Kali.Dans la mythologie hindoue, elle tue son époux Shiva, dieu à la fois créateur, destructeur et préservateur. Si ce genre de concepts peuvent paraître déstabilisants à des occidentaux, il peut paraître utile de faire appel à une comparaison : Kali est comme un incendie de forêt, qui élimine les branches mortes, les mauvaises herbes (en l’occurrence, les avidyaproduits d’ignorance intérieurs venant du désir et de l’attachement). Or, pour atteindre la vraie délivrance (nirvana), il est nécessaire de notamment se débarrasser de ces avidya. Kali, déesse de la destruction/(re)récréation est à ce titre une déesse fondamentale dans l’hindouisme. Figure féminine, elle également une figure maternelle et protectrice, comme l’évoquent tant Ramprasad Sen que Râmaskrishna . Mais à la différence de Marie, elle protège le dévot parce que celui-ci la craint : Kali est une déesse sanguinaire, terrible, portant autour du cou un collier de cinquante et un crânes (symbolisant les lettres de l’alphabet sanskrit), et brandissant une tête décapitée, une épée, et une masse, symbole de destruction.

En comparant ces deux figures, on s’aperçoit que c’est l’amour et le sacrifice de la Vierge Marie qui la distingue de Kali. En dehors de cela, les deux figures apparaissent comme des déesses maternelles et protectrices, et dont la place dans leurs mythologies est centrale : celle de la résurrection.

 

Bowling for Pokemon

Lors de la fusillade de Columbine (Colorado), en avril 1999, un temps dont les moins de vingt ans ne se souviennent probablement pas, les médias et les politiques des deux côtés de l’Atlantique avaient pèle-mêle accusé, parmi les influences du tueur (dont l’Histoire a déjà effacé le nom dans les sables du Temps), la musique metal de l’époque, et les jeux vidéos, en particulier les FPS. De façon très sérieuse, des jeux comme Doom et Wolfenstein s’étaient retrouvés au cœur d’une polémique absurde dont seuls les Etats-Unis ont le secret. Journalistes, psychologues, psychiatres, neurologues et experts de tout poil avaient défilé pendant des semaines sur les plateaux télés et radiophoniques, au point qu’on avait oublié le principal : un jeune geek taré avait massacré ses camarades de lycée après avoir légèrement « pété les plombs ».

Il fallut des années pour que les cultures « underground » (jeux de rôle, jeux vidéos, musique rock, metal, etc) se débarassent peu à peu de cette image bien trop sale et sulfureuse. Il ne se trouve en France aucun parent sérieux, sauf dans quelques milieux particulièrement conservateurs, pour croire qu’écouter Behemoth ou Impaled Nazarene rend réellement sataniste ou que jouer à Unreal Tournament va réellement conduire les joueurs à massacrer le voisin, la voisine, leur chien, et toute la rue à coup de pistolet à clous/tronçonneuse/pied de biche/bouée canard, et ce malgré l’influence considérable de certains titres, notamment les précédemment cités, sur l’industrie vidéoludique.

Il y a moins de deux jours, à l’heure où j’écris, est officiellement sorti en France Pokemon Go. Fruit d’un partenariat entre Nintendo et Niantic, filiale de Google, il propose d’attraper des Pokemon de la première version mais dans un univers de réalité augmentée, à l’aide de son smartphone. Gratuit, il demande de lever son gros cul de geek obèse bouffeur de pizzas surgelées et avaleur de glaces fraîches si l’on veut progresser.

Comme tout effet mondialisé, il s’accompagne d’immanquables effets de masse, dont certains sont déjà visibles. Qu’on se souvienne de la récente agression subie par un joueur américain, qui malgré ses multiples plaies persista dans sa quête au lieu d’aller se faire soigner. Les agressions, accidents de voitures et courses en masse vers tel ou tel pokemon rare en un point donné des grandes villes permettent à certains misanthropes (sic) d’afficher leur pseudo-mépris du genre humain. C’est à dire qu’être hipster devient compliqué ! A peine l’Euro de football terminé, qui permettait un mépris de classe fort commode, il faut trouver autre chose. Le raisonnement est là le suivant : « Pokémon Go ne m’intéresse absolument pas. Je m’en vais donc vous le signifier bruyamment sur tous les réseaux sociaux où je suis présent, afin de me démarquer un maximum des « enfants » et des « idiots » que vous êtes. ». Diable, quelque chose m’échappe. Je ne comprends pas cette manie de parler de quelque chose qui n’a pas d’importance. Par exemple, la culture musicale peule, m’intéresse peu : je n’en parle pas (si des peuls me lisent, qu’ils n’en prennent pas ombrage). Le deuxième argument soulevé est que c’est un jeu « idiot » ou « pour les enfants ». J’ai rarement lu quelque chose de si bête. Premièrement parce qu’il n’y a pas que les enfants qui jouent aux jeux videos. Certains leur sont même déconseillés, voire interdits, précisément en raison de leur violence. Cela me permet de revenir à Columbine. On a longtemps a accusé les jeux vidéos, notamment, de rendre les individus violents. Tout le milieu videoludique s’est insurgé pendant des années, à raison. Mais aujourd’hui, une même partie de ce monde vidéo ludique valide le raisonnement qu’un jeu vidéo rendrait les individus idiots ? C’est absurde. Les jeux vidéos, la télévision, les réseaux sociaux ne rendent pas idiots ou violents : ils révèlent la bêtise et la violence de l’être humain. Il est sans doute trop tôt pour dire si Pokémon Go est un « bon » produit. Il va sans doute révéler le potentiel de bêtise (comme cet Américain qui a failli mourir, ou comme ceux qui provoquent des accidents de la route, ou encore ceux qui marchent le long des autoroutes). Mais il n’y a pas de corrélation entre le jeu et la bêtise.

Et de grâce : que vous y jouiez ou non, ne spammez pas les réseaux sociaux, c’est ainsi que vous avez dégoûté l’auteur de ces lignes de Game of Thrones.

Verdun, la terre, et les morts

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Ceci est la fiche d’engagement d’un de mes arrières arrières grand oncles, que j’ai « censurée » pour d’évidentes raisons. Il fait parti des masses innombrables de Français, d’Allemands, d’Anglais, de Belges, d’Ecossais tombés lors de la bataille de Verdun. Volontaires, comme lui, ou enrôlés, ils sont venus mourir loin de chez eux et de leur vie de paysans et d’ouvriers (voyez son lieu de naissance) non pas, comme le disent avec cynisme nos dirigeants et nos élites actuelles, « poussés par le nationalisme », mais parce qu’il le fallait. A ce propos, et avant de poursuivre, quelqu’un saurait me dire combien de ministères étaient tenus par la Ligue des Patriotes ou l’Action Française en 1914 ?

Je n’ai pas mis cette fiche pour me vanter ou m’attirer un quelconque mérite. Je ne suis pas fier de quoique ce soit, car contrairement à certains rappeurs, je ne pense pas que les fautes et les mérites se transmettent. Il a fait son devoir, c’est lui, et ses milliers de camarades venus de Bretagne, de Savoie, du Bourbonnais, de Paris, de Picardie, et de régions aujourd’hui oubliées que nous devrions honorer, comme nous avons toujours honoré les morts et en particulier les héros.

Aujourd’hui, à quoi avons nous assisté pour les commémorations du centenaire de la plus grande bataille de la Première guerre mondiale ? Un grotesque happening dans l’esprit du festivisme du XXI ème, digne de la Gay Pride de la veille. Pour honorer les morts de la Grande Guerre, nos élites ont eu le cynisme d’organiser un flash mob géant au rythme des tambours, avec des « jeunes », courant en tout sens entre les tombes, vêtus de couleurs bariolées, avant de s’enlacer et de se vautrer sur le sol.

Le jeunisme et le festivisme sont les deux tentacules de la société du spectacle. Il est cynique et hypocrite de vouer aux gémonies médias et politiques car dans cette arène, ils ne sont que les animaux de cirque, et nous les spectateurs. Le sens du Sacré et de la Tradition a disparu du monde moderne, où les frontières du Temps et de l’Espace : un temps pour tout, dit l’Ecclesiaste : « 3 Il y a un moment pour tout et un temps pour toute activité sous le ciel:
2 un temps pour naître et un temps pour mourir, un temps pour planter et un temps pour arracher ce qui a été planté, 3 un temps pour tuer et un temps pour guérir, un temps pour démolir et un temps pour construire, 4 un temps pour pleurer et un temps pour rire, un temps pour se lamenter et un temps pour danser, 5 un temps pour lancer des pierres et un temps pour en ramasser, un temps pour embrasser et un temps pour s’éloigner des embrassades, 6 un temps pour chercher et un temps pour perdre, un temps pour garder et un temps pour jeter, 7 un temps pour déchirer et un temps pour coudre, un temps pour se taire et un temps pour parler, 8 un temps pour aimer et un temps pour détester, un temps pour la guerre et un temps pour la paix. 9 Mais quel avantage celui qui agit retire-t-il de la peine qu’il se donne? 10 J’ai vu quelle occupation Dieu réserve aux humains. » (Ecc.3.1-10).

A partir du Moyen Age, ne pouvaient être enterrés dans le cimetière chrétien que les corps des chrétiens. Et réciproquement, seuls les corps chrétiens pouvaient sanctifier une terre et la faire chrétienne. On voit bien là le signe d’un lien indéfectible, à la fois tellurique et céleste, entre la terre et les morts. Mais ceci est bien plus ancien : dans Antigone de Sophocle, la protagoniste s’oppose à son oncle Créon pour pouvoir faire enterrer son frère en terre consacrée, nous montrant là encore l’importance du lien entre les Dieux, la terre, la famille et les morts. C’est cette vision du monde d’un cosmos parfaitement ordonné (par opposition au chaos) que les Grecs nous ont transmise.

Les morts de Verdun ignoraient pour la plupart Aristote, Sophocle, et n’étaient sans doute pas de fervents théologiens, encore que la plupart fussent de biens meilleurs catholiques que l’auteur de ces lignes.

J’en viens maintenant à un autre point : François Hollande aurait déclaré, je cite : « Ils s’appelaient Gustave, Erich, Mohamed. Ils étaient catholique, protestant ou musulmans ou ne croyaient en aucun Dieu ». Las ! Je sais bien que le catholicisme vous semble un peu poussiéreux, messieurs les élites ! Mais même au début du XX ème siècle, la majorité des Français étaient catholiques, et pas musulmans.

Eugénie Bastié racontait il y a peu une anecdote : quelques années après la Grande Guerre, Poincarré se rendit sur les tombes des morts en compagnie de Poilus. On fit une photo. Horreur ! Le président Poincarré souriait ! Le scandale fut terrible, dans tous les journaux, de l’Humanité au Figaro.

« Ὦ ξεῖν’, ἀγγέλλειν Λακεδαιμονίοις ὅτι τῇδε κείμεθα, τοῖς κείνων ῥήμασι πειθόμενοι »
« Etranger, annonce aux Lacédémoniens, que nous gisons ici obéissant à leur Lois    Hérodote, 7, 228

 

 

La mort du Héros en Europe

Le terme de « héros » arrive en Europe pour la première fois en Grèce sous la plume du poète Homère. Elle désigne tout homme élevé au rang de Dieu ou de demi-Dieu. En Grèce, est héros celui qui fait l’objet d’un culte dit héroïque : Héraklès, Achille, etc. On honore leur courage et la façon dont ils sont morts par des cadeaux divers, afin de s’attirer leurs faveurs, comme dans le cas de Héraklès, demi-Dieu fils de Zeus et d’Alcmène, et qui siège pour ses prouesses de mortels sur l’Olympe.

Le moyen-âge chrétien, pétri de romanité et d’hellénisme, a conservé ce culte des héros : les légendes arthuriennes, Jeanne d’Arc, ainsi que les saints sauromates ne sont que des exemples de héros « païens » christianisés. Il serait fastidieux d’énumérer ainsi toutes les figures (chevalier errant (Lancelot, Bogatyr), saints, héros germaniques (Siegfried..) mais il est intéressant de noter ceci. De Miyamoto Musashi, auteur du « Traité des cinq anneaux », à Jeanne d’Arc, toutes ces figures, sont des symboles. Courage, vertu, foi, loyauté, abnégation, leur « légende dorée », surtout dans le contexte du romantisme et des préraphaélites, nous donne à voir des modèles.

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Sir Galahad, par Frederic Watts (1888).

Qu’importe que Jeanne d’Arc ait eu une sœur ou deux, ou ait été fille unique, qu’elle ait été fille de sergent, ou fille de paysans : ce qui compte, c’est le message qu’elle porte, message qui a dépassé sa propre personne, et appartient donc, pour faire plaisir aux Républicains, « au commun », en l’espèce : la Nation. Aujourd’hui, les statues, les peintures, les poèmes, et les contes sont muets, et les fées sont mortes. La post-modernité, le désenchantement qu’elle porte, ce n’est pas que le bétonnage et des centres commerciaux immenses : c’est la Mort des Héros.

Une fois ce diagnostic établi, essayons d’en déterminer la cause. Il y en a à mon sens deux principales, la seconde étant fille (ou plutôt petite fille) de la première.

Evoquons tout d’abord la Renaissance, qui place l’Homme au centre de la Création, et de la réflexion. En rationalisant le Mythe et l’Inaccessible, la Créature commet certes un péché contre le Créateur (je laisse ce genre de débats périphériques à d’autres), mais, pire encore, elle rationalise également ce qui enchante le monde. Et par là, elle rationalise, mathématise, les symboles. Or, le symbole ne s’explique pas. Il est, il est aimé, vénéré, et se comprend par la pratique et la transmission d’une Tradition. C’est ainsi, que la Révolution industrielle, petite fille de la Renaissance, donne l’avant dernier clou au cercueil des Héros et du Mythe. Dans ce siècle de vapeur, de charbon, et bientôt de chimie, de pétrole et d’électricité, pas de place pour les elfes, le feu sacré, et la peau de Lion d’Héraklès. Le Progrès occupe le Temps, l’Espace, et la Pensée, emportant tout sur son passage. Quelques uns résistent : le romantisme du XIX ème siècle, notamment allemand et anglais, constitue à mon sens une ultime tentative de faire revivre le Mythe et les Héros. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la dernière tentative de résurrection du romantisme naîtra en Allemagne dans les années trente. Le mouvement völkisch était lui aussi une tentative de réenchanter le monde. Léon Degrelle, fondateur du mouvement Rex et membre de la Division Wallonie, dira d’ailleurs : « J’avais rêvé d’un siècle de chevaliers, forts et nobles, se dominant, avant de dominer. Dur et pur disaient mes bannières ». Dans un siècle aussi brutal et moderne que le XX ème siècle, cette référence à la chevalerie et à sa noblesse apparaît comme anachronique.

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Léon Degrelle (1906-1994) en uniforme. 

Les derniers Héros sont morts avant ma naissance : parachutistes, Résistants, mercenaires, anciens Waffen SS, et encore n’étaient-ils déjà plus que le reflet des Achille et des Patrocle d’antan. Même les acteurs qui ont illuminé mon enfance dans certains rôle se sont avilis, vieillis, bouffis, et avides.

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Arnold Schwarzenegger dans « Conan » de John Milius (1982)

Mais peut-être aussi que chaque époque sécrète ses propres héros, et a donc les héros qu’elle mérite.

Si la civilisation du Progrès est en effet celle de l’individualisme sociétal, du nihilisme, et de l’atavisme, il faut qu’un petit nombre d’entre nous allume les flambeaux des âmes et des consciences. Dostoïevski disait dans L’idiot que la « beauté sauverait le monde ». J’en suis convaincu. Et alors, les Héros reviendront pour éclairer nos chemins. La solution est en nous, et en personne d’autre, dans nos racines, dans nos traditions, et certainement pas dans l’opposition à une autre civilisation, ni dans l’alignement sur une autre, à l’Est ou à l’Ouest. La solution est là, à portée : dans le réenracinement des mentalités et des pratiques culturelles, économiques, familiales, religieuses, alimentaires… Les exemples sont multiples. La beauté nécessaire se trouve dans de petites choses. Elle « sauvera le monde ». Et nos âmes.

De la corrida

Je m’attaque ici à un sujet délicat, que je connais peu, et pour je n’ai au final peu de légitimité, mes racines étant nichées dans le Dauphiné et la Savoie.

A titre préliminaire, il est nécessaire à chacun de comprendre qu’il ne s’agit nullement d’une apologie de cette pratique folklorique.  A ce titre, je ne prétends pas non plus détenir toute la science nécessaire à fournir un contenu nécessaire à une argumentation cohérente. Je reste un profane, et dans ce domaine, un romantique.

Tâchons néanmoins de mettre quelque peu de raison.

La corrida est une tradition qui trouve ses origines dans l’Antiquité romaine. Il serait fastidieux de retracer son histoire, alors je m’attacherai plutôt à la fascination qu’exerce cette tradition sur moi-même ainsi que sur un grand nombre, je crois l’avoir remarqué, de jeunes hommes de mon milieu.

Dans une époque d’apathie générale, où l’Etat, les médias, la mode, les antidépresseurs et autres psychotropes, font de tous et toutes des individus zombies (voir La (non) civilisation du Progrès), les sources et les occasions de faire bouillir le sang d’un homme sont rares. Nous sommes tous des Pierre Drieu La Rochelle en puissance, dans une époque de paix, de prospérité et de confort, ou peu sans faut. Ainsi, il n’est pas étonnant de voir un intérêt croissant de la part des milieux nationalistes, dont moi même, pour la corrida.

En effet, quel autre spectacle que la corrida, comme il y a plus d’un siècle le cinéma, peut mieux faire comprendre le rapport entre l’homme, la bête, et la mort ? Dans le sable de l’arène, il n’y a ni smartphone, ni bancs de facs, terrasse. Seulement des vêtements de couleurs flamboyantes, des lames, des sabots, des cornes.

Il est évident que d’autres seront davantage sensibles à la question abolitionniste. Nous ne les blâmerons pas. Nous aimons à penser que l’homme (et plus encore l’Homme) fait face à son destin quand il défie le taureau, campé sur ses sabots.

Cependant, pour ma part, j’émettrai une réserve à ce sujet. Les deux premiers tercios (« tiers »), notamment le deuxième, visant à affaiblir le taureau à l’aide de banderilles me pose un souci que je qualifierais de sportif. Il ne me parait pas « juste » et pas cohérent d’affaiblir à ce point un animal. Le matador devrait à mon sens passer davantage de temps seul contre un adversaire en meilleure santé physique.

Au fait, rassurez vous, je suis du signe du taureau.

 

S’opposer mais à quoi ?

S’opposer… Mais à quoi ?

La COP21 nous a donné l’illustration, s’il en était besoin, de la mauvaise foi et de la tentative de manipulation médiatique dont est capable l’extrême gauche.

Lors de ce sommet mondial sur l’environnement (aux motivations contestables), dans un contexte géopolitique particulièrement tendu, des centaines d’anarchistes, antifascistes ou Blackblocs (ou en tout cas assimilés) ont saccagé ce que l’on pourrait assimiler à un mémorial, place de la République à Paris, en mémoire des victimes de l’Etat islamique.

Première observation : pourquoi est-ce grave ? Parce que l’homme, en tant qu’animal social, est le seul qui accompagne ses morts dans l’au-delà par des cérémonies complexes (enterrement, tour de silence…), leur rendant hommage par des fleurs et autres présents, et perpétuant leur mémoire par des tombes, des bougies, des messes. Cela, ni le dauphin, ni le cheval, ni l’oryctérope, ni même le chimpanzé (qui a pourtant conscience de la mort de ses proches) ne le fait. Ce n’est pas l’outil qui nous distingue de l’animal : c’est la conscience qu’il existe un autre monde (Paradis, Walhalla, Al-‘âkhira….) qui fait de nous des hommes. En s’attaquant à cet endroit, à ce lieu de recueillement, à un peuple fragilisé, qui n’avait aucun rapport avec l’objet de leurs revendications et de leur lutte (quand bien même fussent-elles légitimes), l’extrême gauche s’est rabaissée au rang d’animal.

La deuxième observation est la suivante : il est logique, dans l’esprit de chacun, politiques, médias, et extrême gauche inclus, que ces individus se sont opposés au pouvoir politique, et de façon violente. L’opposition violente au pouvoir politique est aussi ancienne que la révolte des esclaves de Spartacus, en passant par la révolte de Etienne Marcel au XIV ème siècle, la Fronde au XVII ème siècle, et jusqu’à la Commune de 1871 et le 6 février 1934. Tous ces groupes d’hommes, quand ils se révoltaient, et à plus forte raison quand ils étaient empêchés dans leur révolte, étaient conscients, des risques qu’ils encouraient à défier le pouvoir en place. Certains nobles de la Fronde ont été exilés, d’autres ont fini par se rallier au Roi ; quant à Etienne Marcel, déchu, il a été assassiné. Notre époque est la première où l’on entend à la fois s’opposer au pouvoir, mais le faire dans la gentillesse, l’amour, les bisous et les câlins, et se plaignant d’une riposte du pouvoir en place. Interrogeons nous : si le pouvoir en place (l’Etat donc) ne ripostait pas et ne manifestait pas ainsi son droit de police, pouvoir régalien, quel intérêt y aurait-il à s’opposer ? Quel Etat n’a pas de pouvoir de police ?

La troisième observation est la suivante : aujourd’hui, l’extrême gauche hurle à la répression (pourtant à mon sens légitime) de la part de l’Etat. Où étaient ces démocrates quand les CRS utilisaient du gaz lacrymogène contre des familles entières (et non des militants aguerris, équipés parfois lourdement) lors de la Manif Pour Tous ? Il est entendu que contre ladite Manif Pour Tous, la répression peut là aussi avoir été légitime. Cependant, je persiste à dire qu’elle a été disproportionnée, pour les raisons que j’ai évoquées, et qui ont été tues (quand elle n’ont pas été applaudies!) par cette extrême gauche qui aujourd’hui vient pleurer à la répression policière.

Quelle place pour le militantisme d’extrême gauche aujourd’hui ? Ce n’est pas à moi de le dire. Il est cependant clair qu’il s’agit pour une part (quel pourcentage?) de militants organisés et violents, à qui les pouvoirs politiques laissent bien davantage les mains libres (au sens propre comme au sens figuré) qu’ils ne le feraient à des militants d’extrême droite. Cependant, la multiplication d’incidents impliquant la violence de l’extrême gauche (affaire Méric, etc) nous renvoie nous, militants nationalistes, à notre rapport à la violence politique.