Pourquoi le débat sur le voile n’a pas d’intérêt ?

J’ai écrit il y a quelques temps de cela un article où je tentais d’expliquer la vanité du débat « pour ou contre le hijab à Décathlon ». Un malheureux incident récent, où l’on vit un élu RN se comporter comme un malappris avec une femme musulmane certes voilée mais qui était hélas dans son bon droit (républicain) vit une nouvelle occasion pour les Français de s’engueuler entre les grèves, les retraites, puisque les médias commençaient à se lasser un peu des Gilets Jaunes et que les fêtes de Noël étaient encore un peu loin. En somme, une nouvelle affaire Dreyfus est en marche !

« Un dîner en famille », 1898, Caran d’Ache

Ainsi, puisque selon le bon mot du général de Gaulle, « les Français sont des veaux », tâchons de voir pourquoi ce débat n’est que le doigt que nous montre le philosophe, et quelle est la lune que nous devrions regarder.

I/ L’islam, nouveau football

Il est bien connu qu’en France, il y a à peu près autant de sélectionneurs que de fans de football. Force est de constater qu’un phénomène semblable se produit pour ce qui est de l’islam : chacun a un avis sur tout, sous prétexte qu’il a lu même vaguement et même mal traduit le Coran, qu’il a regardé une émission de BFMTV ou de France 2. Et les milieux nationalistes n’échappent pas à cette triste règle. De la droite bourgeoise catholique à la droite la plus « extrême » que représente le Rassemblement National, tout ce joli monde se répand en propositions plus ou moins farfelues (et souvent anticonstitutionnelles) pour « lutter contre le voile ». Sur tous les plateaux de télévision et de radio, les uns et les autres proposent par exemple d’interdire tous les signes religieux sur l’ensemble de la voie publique (l’auteur de ces lignes portant une Vierge à l’enfant tatouée sur le bras risque de passer de merveilleux moments en été si le RN arrive au pouvoir). A titre personnel, et n’étant pas exégète de l’islam, je refuse donc d’avoir ne serait-ce qu’un avis autre qu’esthétique (donc non politique) sur les différentes sortes de voile islamique.

II/ Pourquoi et pour quoi il y a-t-il des femmes voilées en France et en Europe ?

Dans un récent article, la journaliste Charlotte d’Ornellas de Valeurs Actuelles a timidement et brièvement évoqué l’origine du voile en France. Elle y souligne à juste titre que ce n’est pas une question de laïcité. En effet, s’il y a des femmes voilées en France, et plus largement des musulmans, c’est qu’il y a des Français d’origine maghrébine, voire des binationaux. Plusieurs points sur la nationalité sont à souligner avant de continuer : premièrement, les communautés issues du Moyen-Orient (Liban, Syrie, Irak…) sont minoritaires en France, et parfois chrétiennes. Deuxièmement, si la France autorise et reconnait la double nationalité, des pays comme l’Algérie sont en passe de l’interdire. Troisièmement, cette réislamisation est récente. Toujours pour ce qui est de l’Algérie, c’était même l’une des raisons qui avait forcé un certain nombre d’Algériens à fuir leur pays dans les années 90 pour venir en France. Quatrièmement, c’est le patronat qui a fait venir en masse ces immigrés dans les années soixante et soixante-dix, pour faire pression à la baisse sur les salaires, selon une confidence faite à Jean-Marie Le Pen par… Valéry Giscard d’Estaing.

Néanmoins, le nombre ou la religiosité des musulmans de France n’est pas le débat, pas plus que la « laïcité ». Les tenants de ce débat-là, qui veulent interdire aux femmes musulmanes de se voiler (et plus largement étendre la loi de 2004, déjà inutile et démagogique) sont des idiots et des nains politiques. Ils oublient que ces musulmans ne sont pas venus en France et en Europe par hasard ou par erreur : on ne trouve aucun Algérien ou Tunisien à Singapour ou en Corée du Sud pourtant fort riches, pratiquement aucun en Autriche, dont le niveau de développement et de richesse sont semblables à la France. En somme, tant que ces Maghrébins se contentaient d’enrichir le patronat et l’industrie français (et aujourd’hui italien, espagnol…), peu importait au pouvoir politique et audit patronat qu’ils fussent musulmans, pratiquants ou non. Mais à une époque de crise sociale, économique, politique, spirituelle, et de tensions notamment en Afrique et au Moyen-Orient, le Maghrébin surtout violent, au chômage, non intégré et réislamisé devient un problème.

III/ Quelle est la solution politique au problème du voile ?

Nous venons de l’évoquer, le problème du voile n’est donc ni religieux ni esthétique, comme le dénoncent ses adversaires, mais à la fois culturel, démographique, et en définitive politique. Dénoncer « l’islam politique » est une formule de langage purement médiatique de la part de gens qui n’ont pas l’humilité et les outils scientifiques pour parler de l’islam qui est par nature politique.

La solution politique raisonnable me semblerait donc tenir en plusieurs étapes. La première consisterait en un évident arrêt de l’immigration, complété par une sélection de celle-ci, à l’image de ce que font des pays comme l’Australie, le Canada, ou le Royaume-Uni. La deuxième consisterait en l’application de la double peine, conduisant en l’expulsion massive d’un grand nombre de délinquants et criminels étrangers. La troisième consisterait en l’expulsion sous dix-huit mois de tous les clandestins, assortie éventuellement d’une aide au retour et de constructions de camps dans les pays de retour. La quatrième consisterait en l’instauration de programmes d’aide au retour, comme ce que mettent déjà en place un certain nombre de communautés d’Afrique subsaharienne (Cameroun, RDC…) afin de surveiller et encadrer notamment le financement.

IV/ Et le terrorisme ma bonne dame ?

Le terrorisme, qui n’est jamais que le manifestation violente du communautarisme, et donc pas systématique quoique épouvantable, trouvera sa résolution en partie dans les solutions proposées plus haut : la fin de l’immigration et du communautarisme tueront dans l’œuf toute velléité de terrorisme, en complément de services de police, de renseignements et de juste efficace mais respectueux des droits des individus. A ce titre, et concernant les looks des uns et des autres, il apparaît nécessaire de rappeler à chacun que les terroristes du Bataclan portaient jean et blouson, et étaient rasés de prêt (à l’inverse de l’auteur de ces lignes, qui arbore une ravissante barbe aux délicats reflets roux qui n’est pas sans déplaire au beau sexe). Etant un vrai libéral, je suis pour que chacun porte ce qu’il veut en termes de vêtements, selon sa philosophie, sa religion, ses opinions politiques, tant qu’il n’y a pas d’appel à la haine nominatif et que la santé mentale des enfants notamment est respectée (en clair, je ne suis pas favorable au nudisme en dehors des lieux prévus à cet effet).

Il faut également rappeler que le terrorisme s’inscrit dans un contexte global d’insécurité : recréer une chaîne police-justice-administration pénitentiaire, et mettre fin à un certain nombre d’interventions en Afrique et au Moyen-Orient, ne peut qu’aider à faire diminuer les actes terroristes en France.

Tant que nous serons les esclaves des médias et des agendas politiques des uns et des autres, nous ne pourrons traiter sérieusement et sereinement de cette question. Les problèmes et leurs responsables sont connus, il suffit de les pointer.

Quelle est la différence entre Howard P. Lovecraft et Louis-Ferdinand Céline ?

Cette question, qui pourrait être le début d’une plaisanterie, cache en réalité une interrogation sérieuse et profonde : pourquoi et comment le créateur du mythe de Cthulhu a-t-il réussi à se forger une image respectable, à l’inverse du « bon docteur Destouches », malgré des opinions politiques proches ? Notre propos est non pas de critiquer des idées qui étaient celles d’hommes de leur temps, le premier étant mort en 1937 et le second en 1961, et tous deux acteurs littéraires (et politique pour Céline) des années trente et quarante. Il s’agit plutôt de comprendre comment le milieu politique, médiatique, intellectuel, culturel a donné des gages à l’un, et pas à l’autre. Pourquoi Céline reste sulfureux, alors qu’il a été illustré par Jacques Tardi, peu soupçonnable de sympathies de ses idées ?

I/ Lovecraft et Céline : deux auteurs de leur temps

Il nous parait nécessaire de rappeler que Lovecraft et Céline, génies de la littérature, l’un pour la langue anglaise et l’autre pour la langue française, ont réussi le tour de force de créer de part et d’autre de l’Atlantique une mythologie nouvelle. Si Lovecraft est connu pour le « mythe de Cthulhu », « le cycle du rêve », Céline a pour sa part forgé une langue célinienne. Son style, jouant sur les rythmes, les sonorités, empruntant largement à l’argot, et oscillant entre l’humour volontiers noir et grinçant et le désespoir, a fait de lui un auteur que beaucoup de ses contemporains, et même de ses contempteurs, qualifient de majeur pour le XX ème siècle. Son regard et sa critique sociale, à l’opposé du marxisme qui idéalise le peuple, est également une nouveauté, Céline expliquant qu’un prolétaire n’étant qu’un bourgeois ayant échoué. Pour ce qui est de Howard P. Lovecraft, ce qui fait la nouveauté est paradoxalement son côté « réactionnaire » : se considérant comme anglais et indéfectiblement redevable à l’égard de l’Angleterre géorgienne et de l’Europe en général, notamment la Grèce et Rome, cet anti-Lumières élevé dans l’amour des livres par son père et plus encore par son grand-père cultivera une image anti moderne d’Anglais en Amérique, à l’opposé par exemple de Edgar Allan Poe, dont il fut pourtant un grand lecteur et admirateur et à qui il rendit hommage. En effet, Poe se vivait et se voyait en Américain et lutta toute sa vie pour la création d’une littérature proprement américaine, détachée des influences et des dettes à l’égard de l’Europe, notamment anglo-saxonne.

Nous venons de l’évoquer, Lovecraft se voyait en Anglais, regrettant la perte de l’Amérique par le roi George. Ceci explique, nous l’avons dit, le caractère rugueux de ses textes, qui semblent sortir tout droit du XVIII ème siècle, et d’autre part une vision du monde. En effet, Lovecraft adhère à une hiérarchie des races, au sommet de laquelle il place les anglo-saxons et naturellement les Germains, ce qui inclue donc les Anglais, les Scandinaves, les Allemands, Néerlandais, etc. Rien d’étonnant à ce qu’il ait trouvé des sympathies pour les idées d’Adolf Hitler… Qu’il traitera de « clown » en 1936, ses opinions à l’égard du chancelier allemand ayant changé. Il fera montre également d’une négrophobie virulente (le simple poème « On the creation of niggers » en témoigne) ainsi que d’antisémitisme… Ce qui ne l’empêchera pas d’épouser Sonia Greene, juive ukrainienne, seule femme de sa vie; si l’on excepte évidemment les femmes de sa famille.

II/ Lovecraft, héritage bancable, Céline, héritage sulfureux

Lovecraft est aujourd’hui littéralement partout. Il est présent non seulement depuis plus de trente ans dans les cercles d’initiés (jeux de rôles, jeux de sociétés, jeux vidéos…) mais également dans des milieux plus mainstream depuis quelques années : radio, télévision, journaux traditionnels, littérature, jeux-vidéos, bande-dessinée, mangas, et même cinéma, avec la prochaine adaptation attendue y compris par l’auteur de ces lignes des « Montagnes hallucinées » par Guillermo Del Toro, lui non plus peu soupçonnable de sympathie vis à vis des idées de Lovecraft. Or, Céline est bien moins présent dans l’actualité, du moins de façon « économiquement positive » et « visible », alors que les deux hommes sont morts et enterrés depuis longtemps. Il nous parait légitime de nous interroger sur cette différence de traitement : pourquoi le débat sur les pamphlets céliniens agite les médias traditionnels , alors que tous les spécialistes de Lovecraft s’accordent à dire que « l’Appel de Cthulhu » fut écrit par Lovecraft à New-York quand celui-ci découvrit le cosmopolitisme de la Grosse Pomme pour mieux le dénoncer ?

La réponse est évidente : parce que Lovecraft a malgré lui laissé un héritage bancable. A sa mort, la question de ses droits d’auteur fut assez confuse. Puis, comme évoqué plus haut, les années 70-80 et la sous-culture s’en emparèrent : nombre de créatures du célèbre « Donjons et Dragons » par exemple ont quelque chose de lovecraftien.

tyrannoeil
Un Tyrannoeil

De même, le MMORPG World of Warcraft (plus de 10 millions de joueurs dans le monde) a subi de façon évidente l’influence de Howard P. Lovecraft. La force de l’auteur est non seulement d’avoir créé un univers riche et vaste, mais également d’avoir mis peu de mots et d’illustrations sur des concepts, créatures, Dieux, ou personnages, ce qui a permis à une vaste quantité d’auteurs et d’illustrateurs de s’approprier ce qu’il avait créé des décennies plus tôt, et ce sur une grande variété de supports; ce qui est, au passage, sa supériorité sur un certain Stephen K. Si l’on est en droit de critiquer la qualité et si l’on peut flairer l’opportunisme pour certains projets, on peut au moins être assuré de la pérennité de l’oeuvre de celui que l’on a bien mal nommé « le reclus de Providence ».

Il n’en demeure pas moins qu’avec son oeuvre violente, noire, controversée et moins riche « visuellement » Céline demeure quant à lui l’un des derniers parias de la littérature française et francophone. Le jeu vidéo, le jeu de rôle, le jeu de société (on peut le comprendre) n’ont pas donné leurs lettres de noblesse à l’oeuvre pourtant puissante du plus grand écrivain français du XX ème siècle, tandis que de l’autre côté, dans les milieux mainstream , il n’est convoqué qu’à la façon de Satan, pour dire qu’il était un génie « malgré sa part d’ombre », comme une tâche à son costume, ou comme la mauvaise réputation d’une courtisane devenue la digne épouse d’un ministre. Aimer Céline, en société, doit se faire avec prudence : on doit préciser qu’on « aime surtout « Voyage au bout de la nuit » et « Mort à crédit » ». A l’inverse, qui se pique de provocation soufflera lors d’un dîner mondain sa passion pour Céline, et « avouera » posséder un (ou davantage) pamphlet, peut-être même sans l’avoir lu. C’est hélas le lot d’autres auteurs, lus pour leur subversion supposée ou réelle davantage que pour leurs qualités réelles.

Ainsi, on passe plus volontiers sur l’anticommunisme, l’antisémitisme, la négrophobie, et les (vagues) sympathies de Howard P. Lovecraft pour les thèses nazies que sur l’anticommunisme, l’antisémitisme, l’anticolonialisme, le pacifisme, et les sympathies (avérées) de Louis-Ferdinand Céline pour Hitler. La raison est purement mercantile.

Il est inutile de se faire une quelconque illusion : le système marchand prend et rejette ce qu’il veut. Les médias y compris culturels notamment mainstream n’en sont que des bras armés. Un auteur n’est pas célébré ou voué aux gémonies à la mesure de ses crimes, mais selon les besoins de ce système, suivant la formule hélas célèbre : « On lèche, on lâche, on lynche ». Pour le moment, Howard P. Lovecraft ne fait pas encore parti des rangs des pestiférés, qui compte Céline et d’autres, et ce malgré le travail acharné qui tente de réduire son oeuvre considérable (nouvelles, poèmes, lettres…) à un pseudo-fasciste complexé et malade.

Le burger vegan et pourquoi on se fout de notre gueule

Parmi les préoccupations les plus urgentes, les vegan (ou plutôt certains) semblent avoir jeté leur dévolu au moins tacite sur le hamburger. Cela devrait attirer au moins l’attention voire la suspicion de tout anticapitaliste de droite et de gauche sérieux. En effet, que de grandes enseignes capitalistes apatrides, et pas spécialement connues pour leur préoccupation à l’endroit de leurs salariés se sentent tout d’un coup une âme d’écologistes ou de vegans relève à tout le moins du greenwashing. Maintenant, à table !

I/ De quoi hamburger est il le nom ?

Si l’origine historique et étymologique du hamburger nous importe peu, nous aimerions attirer l’attention du lecteur sur plusieurs points : premièrement, ce sont les États-Unis qui l’ont diffusé, pays connu pour son absence totale de gastronomie (Donald Trump s’étant récemment ridiculisé en déclarant que les vins américains étaient meilleurs que les français, alors que les seuls vins américains existant proviennent de pieds… Français. Nous aurons la délicatesse ne parler ni de pain, ni de fromage). Deuxièmement, si ce sont les États-Unis qui l’ont diffusé massivement, ils en ainsi fait un symbole de domination culturelle : de Tokyo à Lagos, de Paris à Téhéran, de Bombay à Oslo, tout monde sait à quoi ressemble un hamburger et connaît sa fabrication originelle.

Le premier McDonald’s de Moscou, ici à son ouverture en 1990

Bien entendu, le hamburger en soi n’est pas synonyme de grandes enseignes de restauration (McDonald’s, Burger King…) et il est même possible voire courant d’en manger chez soi. Mais le simple fait de pouvoir acheter en magasin des pains à hamburgers dit long sur la domination alimentaire, donc culturelle des États-Unis sur le monde.

Citons un exemple : beaucoup d’anticapitalistes s’étaient réjoui de ce que McDonald’s avait échoué à s’implanter en Bolivie, car ses produits ne s’adaptaient pas aux coutumes et traditions locales. Las ! Ses restaurants ont été rachetés… Par Burger King. Le hamburger est un symbole non seulement de la malbouffe mais aussi et surtout d’une hégémonie culturelle et économique.

II/ Les vegans, Tartuffes modernes

L’objet de ce point n’est pas de remettre en cause le mode d’alimentation et de consommation au sens large des vegans. De même, qu’il soit bien entendu que nous ne parlons pas ici des vegans dans leur ensemble, mais bien de ceux qui, individuellement ou par groupes, soutiennent les actions des entreprises susévoquées.

L’idée est plutôt de pointer une incohérence, voire une hypocrisie. Comprenez : un burger vegan reste et demeure un burger. Ses conditions de production (humaines, industrielles, etc) demeurent les mêmes. La démarche de produire des burgers vegan, pour les entreprises, n’a qu’un but : trouver des nouveaux marchés, ou en tout cas ne pas en perdre. Et on ne peut rien attendre de moins de la part de gigantesques groupes capitalistes apatrides. Pour les vegans, c’est encore pire : il s’agit de pouvoir continuer à consommer un produit néfaste tant pour les travailleurs (sous-payés), au mépris d’une quelconque solidarité de classe, néfaste pour la santé (il n’y a pas que la viande qui soit dangereuse pour la santé dans le burger et dans le fast-food en général). En somme, les vegans sont des hédonistes terriblement modernes, comme tout ceux qu’ils critiquent. Ils ne représentent absolument pas une critique du monde moderne, mais au contraire préfèrent en accompagner la chute.

III/ Pour aller plus loin : un hamburger vegan, pour quoi faire ?

Le mouvement vegan, qui se comprend au sein de la philosophie antispéciste, entend abolir non seulement la production et la consommation de viande animale, mais également l’utilisation de produits d’origine animale (cuir, peau, soie, laine, lait, œufs…). L’objet est ici non pas de critiquer ou de remettre en cause le fondement même de la philosophie vegan et/ou antispéciste, ce que d’autres font mieux que nous et en d’autres lieux, mais de s’interroger sur un point précis annexe.

En effet, si l’idée est de bannir l’animal comme objet de production et de consommation, à toutes les échelles, quel est l’intérêt de vouloir lui trouver des substituts qui lui ressemblent, qui le singent ? Que les intellectuels, industriels, militants, et scientifiques vegans inventent des produits de substitution (et l’auteur de ces lignes confesse volontiers ignorer une grande majorité de ce domaine) ou se nourrissent de produits exclusivement végétaux, nous l’entendons : un gratin de courgettes, sans produit d’origine animale, ne ressemble pas à un hamburger, à une escalope, à du boudin. En revanche, l’acharnement à vouloir imiter ce qu’une culture (ou une certaine culture, concernant le hamburger) humaine a mis parfois des siècles a façonné peut désarçonner, voire provoquer quelques crispations que certains qualifieront de « conservatrices ».

Le sujet de l’alimentation et du veganisme est vaste, mais il est surtout intéressant de l’utiliser pour critiquer, en l’espèce, le grand vainqueur des luttes de tout temps : le capital. Il permet d’identifier les réels opposants à ses causes et à ses effets dévastateurs.

Décathlon et le hijab

L’affaire du hijab de Décathlon est d’une triste simplicité qui n’a à voir ni avec l’islam ni avec la laïcité (et encore moins avec le féminisme) mais bien sûr avec le capitalisme.

Décathlon est, rappelons le, une entreprise impitoyable avec ses employés. Une enquête du magasine Capital du 3 juillet 2009 révélait ainsi que qu’une bonne partie de ses 7500 employés sont des temps partiels payés au Smic tandis que les chefs de rayon sont payés 1800 euros brut par mois.

Sans tomber dans le gauchisme primaire, et pour citer ma professeur de sciences économiques du lycée : « les entreprises ne sont pas philanthropes ». Décathlon n’est pas plus islamophile qu’une autre entreprise. L’enseigne n’a fait que suivre le mouvement des autres. Et quel est ce mouvement ?

Il est double. Il y a tout d’abord celui, louable je le crois, qui tend à valoriser le sport, le bien être. Et il y a le second, qui constate l’augmentation de la part de maghrébins et de musulmans pratiquants dans la population française et européenne.

Mais qu’on ne s’y trompe pas : dans une France 100% catholique mais toujours aux griffes du Capital, ce genre d’enseignes (Carrefour, Décathlon…) trouveront toujours une façon d’adapter leur offre à la demande.

Sois féministe mais tais toi

Le féminisme (les féminismes) semble être, pour l’intérêt que je lui porte, l’ensemble des revendications portées par et pour les femmes en matière politique, sexuelle, économique, culturelle, sociale, etc. C’est en tout cas ce que j’en comprends. De nombreuses (la plupart) des femmes semblent s’en emparer à travers les classes bourgeoises occidentalisées (celles qui dirigent le monde donc, car les ouvrières indiennes de Beyoncé ne « dirigent » pas le monde malgré les mêmes ovaires qui habitent le même ventre que leur bourreau idole des jeunes).

Il est bien entendu, comme je le sous entendais plus haut, qu’il existe plusieurs façons d’être féministe (ou de ne pas l’être). C’est un choix individuel _ c’est ironique, porté par des mouvements de masse anciens et profonds (qu’on pense à Olympe de Gouges, Louise Michel…).

Aujourd’hui, une femme a pleinement le droit de travailler ou non, faire du sport ou non, s’épiler ou non, être féminine ou non, etc. Il faut le dire et le clamer haut et fort.

Cela étant posé, il faut que chacun ait le droit de choisir. Chacun doit pouvoir aimer ou non (donc de discriminer, de hiérarchiser) ses goûts et ses choix. Dans un monde où l’impératif social, culturel et économique du mariage n’existe plus, et où l’individu roi a pris le dessus sur les communautés, chacun doit pouvoir dire oui ou non. J’ai pour ma part le droit de dire non à une agender obèse à iroquoise arc-en-ciel, et travaillant dans la ‘com’, dans la mesure où je préfère les femmes méditerranéennes : avec des rondeurs (j’ai dit des rondeurs : pas « des gros seins »), brunes, etc.

Il n’est pas cohérent et encore moins légitime de réclamer toute l’attention du monde, notamment de la part des hommes, à une époque où le mariage (et plus largement le couple), institution certes patriarcale et bourgeoise mais protectrice des intérêts des femmes vieillissantes et donc infécondes. Pour préciser ma pensée : l’avantage du mariage des sociétés traditionnelles « patriarcales », est qu’il protégeait à la fois la femme matériellement (foyer, argent) ainsi que sa vertu, et ce même si les hommes ont toujours eu des maîtresses.

La société bourgeoise, en introduisant progressivement l’hédonisme et le désir comme seuls critères valables du couple, a mené à l’aliénation des deux sexes. J’ai bien conscience de ne rien apporter à l’édifice anti moderne de la littérature et de la philosophie en énonçant ce point (voir Clouscard etc).

En somme, comme le dit la chanson, chacun fait ce qui lui plaît. La société hédoniste a tué le mariage, et comme Erysichton qui se dévore lui-même, dévore le désir.

Donc : sois féministe, mais tais-toi. Tu voulais la liberté sexuelle ? Tu l’as, et je te soutiens jusqu’au bout, tant que tu n’empiète pas sur mon espace vital c’est-à-dire mon propre libre arbitre. A ce titre, la polémique quu tourne autour de Yann Moix est assez symptomatique. Si l’on peut s’amuser, regretter, ignorer ou blâmer (au choix) son obsession quasi fétichiste pour les femmes jeunes et asiatiques, on ne peut en revanche hélas pas lui imposer de coucher avec telle ou telle femme. Le mouvement #MeToo a (re) mis à l’honneur un principe fondamental dans la sexualité, en l’occurrence le consentement. Cette vision du couple, du consentement, du désir, de la sexualité, est peut-être nouvelle, bouleversante, peut être débattue, nuancée mais doit s’appliquer aux deux sexes : « mon corps, mon droit » vaut également pour Yann Moix.

De nombreuses femmes (artistes, bloggeuses, journalistes ou anonymes) ont ainsi eu la bêtise, et je pèse mes mots de souligner que Yann Moix passait à côté de « quelque chose », en l’occurrence de femmes de plus de cinquante ans absolument ravissantes. Plusieurs problèmes à ce raisonnement : le problème est le côté purement esthétique, physique, sur lequel le désir reposerait : pour le féminisme comme mouvement intellectuel profond, on repassera.

Le deuxième, c’est que concernant le point précédent, on est en droit de douter de l’authenticité de la plasticité de certaines stars telles, à l’inverse de Yann Moix dont la laideur « a un avantage, c’est qu’elle dure », comme disait Gainsbourg.

Le troisième, et c’est le pire, c’est la question du consentement : qui dit que Yann Moix voulait coucher avec Monica Bellucci? Et la réciproque ? Un an de mouvement #MeToo pour en arriver là, à nouveau, bravo les féministes.

Il reste à mon sens deux issues au féminisme : l’individualisme forcené que je viens de décrire, et le retour à la famille traditionnelle. Ce mouvement arrive en fin de course et ne pourra arriver à se sauver de la caricature que par la deuxième solution, qui passe par une compréhension des désirs et du rôle de femme dans la société et dans la famille (pas nécessairement au foyer d’ailleurs).

Rien à foot de la race!

A l’heure où le mot « race » vient d’être rayé de la constitution dans le but avoué de supprimer les supposées conséquences de son existence (comme si la suppression de la pauvreté avait éliminé celle ci), le mot honni revient pourtant, dans l’actualité. Comme un tas de poussière qu’on voudrait cacher sous un tapis, « les faits sont têtus » disait Lénine : l’équipe de France de football est majoritairement composée de joueurs d’origine subsaharienne.

Avant de continuer, soulignons deux éléments anecdotiques (ou pas) : le premier est que s’ils apprécient, contrairement à nous, la France et l’Europe multiculturelles dans laquelle ils vivent, les joueurs multiplient les déclarations « patriotiques ». Il est évident que l’attachement à la France, pour sincère qu’il soit, manque de « chair ». Mais cela contribue à la cohésion d’ensemble.

Le deuxième élément à souligner est le retour progressif d’une foi catholique diffuse mais forte notamment à travers des joueurs comme Olivier Giroud ou Antoine Griezmann.

Ces deux éléments posés, attachons nous au problème principal… Qui n’est pas l’équipe de France de football. Dire qu’elle représente la France est vraie. C’est une triste vérité : la France, comme d’autres pays, a reçu depuis environ quarante ans des vagues d’immigration d’une ampleur inédite pour son histoire. Ceci a changé sa structure sociale et démographique, influencé son économie, certains de ses modes de vie, et pesé négativement sur sa sécurité : voilà bien la définition détaillée du multiculturalisme.

L’équipe de France de football ne fait que ce pour quoi elle est payée : jouer au football. Les sélectionneurs, entraîneurs, investisseurs, choisissent les meilleurs. Si l’idée que les Français de souche sont « naturellement » moins bons (endurance, vitesse, réflexes) est largement à nuancer (voir là encore le cas de Griezmann qui dut faire sa carrière en Espagne pour accéder au niveau professionnel), il est vrai que la société et le système médiatique, politique et sportif aide peu les jeunes sportifs de souche dans un pays qui a une faible culture de ce sport, notamment en comparaison de l’Angleterre par exemple.

Les causes et les conséquences de la composition de l’équipe de France doivent être analysées comme un élément d’un problème plus vaste. Celui ci comprend l’immigration, la remigration, la sécurité, etc.

Il me paraît par conséquent logique de soutenir une équipe et ce même si les médias, les politiques, les associations tenterons probablement de récupérer l’image et la victoire d’une victoire. Et encore: il appert que, vingt ans après, la « sauce » ne prenne plus tellement, même à gauche.

Il est également tout aussi indispensable de ne pas perdre de vue son propre enracinement (et donc ne pas confondre fête et festivisme) et la nécessaire remigration, qui s’inscrit dans une logique de réenracinement des populations : une terre, un peuple.

Donald Trump pousse un cri persan

Comme il l’avait promis, et en accord avec son slogan « America first », Donald Trump a donc retiré les États Unis du « 5+1 », l’accord qui liait d’une part l’Iran et d’autre part la Chine, la Russie, la France, l’Allemagne, et le Royaume-Uni.

Si les réactions des journalistes pleuvent depuis cette annonce, il convient d’analyser le contexte américain (I), le contexte iranien (II), les conséquences économiques notamment européennes (III), et les raisons qui ont poussé Donald Trump a faire ceci (IV).

I/ Contexte géopolitique et économique américain : un déplacement vers le Pacifique

Avec les invasions d’Afghanistan (2001) et d’Irak (2003), consécutives aux attentats du World Trade Center, les États Unis marquaient leur grand retour au moyen orient; encore qu’ils n’étaient jamais vraiment partis, pouvant compter sur de solides appuis en Israël, en Turquie, et dans les pays du Golfe (Koweït, Arabie Saoudite notamment).

La découverte de gaz de schiste à présent rentable et surtout sûr donne une raison aux États Unis de se désengager d’un moyen orient complexe et dangereux : en 2011, le dernier soldat américain quitte l’Irak. Le cas de l’Afghanistan est différent, Trump ayant finalement renoncé à retirer ses troupes et ayant même intensifié la présence américaine. La raison en est simple : dans ce pays proche de l’Iran et de la Russie, il vaut mieux que les Américains gardent leurs yeux ouverts.

Or ce qui se joue aujourd’hui n’a rien à voir avec les sables du moyen orient mais avec le Pacifique : présent dans une multitude d’îles (dont l’archipel d’Hawaï), les États Unis entendent bien concurrencer des pays tels que la Chine (en Birmanie), le Japon ou la France. On apprend ainsi ici que 60% des forces navales américaines sont dans le Pacifique. A moyen et long terme, le but des États Unis est donc clair : ne plus être dépendant d’un point de vue énergétique du moyen orient.

II/ Contexte géopolitique et économique iranien : un régime théocratique et une economie semi socialiste

Les sanctions économiques pré 2015 ont alimenté une économie fermée autocratique, confisquée par les Pasdarans (Les Gardiens de la Révolution). Plutôt conservateurs, ils ont été de ceux qui ont critiqué Hassan Rohani (président modéré) et l’accord avec les États Unis et les Européens moins pour des raisons militaires que pour des raisons de privilèges économiques, la fin des sanctions signifiant l’ouverture progressive aux entreprises européennes, notamment françaises mais aussi allemandes ou italiennes. Nous développerons ces points plus loin.

Outre l’appui évident d’Israël, Donald Trump a obtenu le soutien de l’Arabie saoudite. Outre le lien ancien (c.f supra) entre les deux pays, et la rivalité entre les deux géants musulmans, il faut voir là pour l’Arabie saoudite un intérêt purement mercantile : pouvoir influer sur le prix du baril de pétrole.

III/ Conséquences sur l’économie française et européenne et sur l’équilibre de la région

La première conséquence évidente est la perte de milliards d’euros de contrats difficilement obtenus. « Les décisions de Trump, c’est notre chômage » pourrait être un excellent slogan.

La deuxième conséquence à craindre est la suivante : en plaçant de fait Hassan Rohani dos au mur, Donald Trump l’oblige à être dur pour ne pas se laisser déborder et fragiliser par les conservateurs. La mort prochaine du Guide de la Révolution, très malade, étant dans les esprits de chacun, il s’en retrouverait davantage fragilisé. Cette fermeté peut enfermer l’Iran dans une situation de repli sur la scène internationale, avec des provocations comme du temps de Mahmoud Ahmadinejad. Pire encore, Rohani a évoqué un potentiel retour à une production d’uranium enrichie.

La troisième conséquence c’est l’escalade. Côté saoudien, tout d’abord puisque l’Arabie saoudite a déclaré qu’elle chercherait à se doter de l’arme nucléaire si l’Iran le fait. Côté « axe chiite » ensuite puisque la guerre en Syrie et le retrait américain d’Irak a renforcé les divers mouvements chiites. De ce point de vue, Donald Trump a fait un mauvais calcul.

IV/ Les raisons de la colère

Nous l’avons dit, Donald Trump considérait qu’il s’agissait là du plus mauvais deal qui fut. On peut en effet arguer que la production de missiles balistiques n’était pas soumise à contrôle, par exemple. Or, pour le reste, l’Iran s’est très bien comporté sur la période 2015-2018, de l’aveu même de l’AIEA.

Il est possible que Trump ait « subit » l’influence de conseillers dits néo cons mais cela ne change rien aux projets des États Unis tant économiques que militaires.

A court terme, cette sortie profite a priori à l’Arabie saoudite, et éventuellement aux conservateurs iraniens. A titre personnel, je doute qu’à court ou moyen terme, Israël soit gagnante, surtout si des personnes moins modérées que Hassan Rohani reprennent la main. Comme le rappelle Amélie Chelly dans l’interview que je signale supra, quelle que sera l’issue de cette crise, les Iraniens ont un haut niveau de patriotisme (déjà éprouvé lors de l’invasion anglo soviétique, de la guerre Iran Irak etc). La crise peut se résoudre de façon interne, éventuellement (et ce serait une terrible éventualité) par un coup d’État des Pasdarans.

Pour le moment, la population iranienne reste partagée, moitié désabusée moitié attentiste. Mais ils en vu d’autres : Grecs, Romains, Arabes, Mongols…

Ce que nous apprend Notre-Dame des Landes

L’évacuation de NDDL (toujours en cours) a requis la mobilisation de 2500 policiers c’est à dire autant que les soldats français au Mali (3 millions de kilomètres carrés). Cela doit forcer le respect de tout révolutionnaire qui respecte la force car « la révolution est au bout du fusil » (Mao Zedong).

1/ Les nationalistes sont hélas inoffensifs pour le pouvoir. Une après midi suffirait à les chasser de la moindre fac, du moindre squat, bref, du moindre lieu qu’ils entendraient tenir par la force. On peut le regretter, protester mais sur le moyen/long terme, le coup de force paraît impossible en l’état des choses, en dépit de maigres et fragiles complicités. La surveillance dont ils souffrent est purement folklorique. La censure dont ils souffrent sur les réseaux sociaux (et les rares affaires judiciaro-médiatiques telles que l’affaire Nisan) n’a le plus souvent rien à voir avec un complot policiaro-militaro-judiciaire d’aucune sorte. Pire : elle les conforte dans l’illusion qu’ils sont une menace pour le pouvoir politique.

2/ Il faut rapidement et impérativement apprendre des réussites et des échecs de l’occupation de NDDL (et des universités) : communication, logistique, esthétique, occupation de l’espace, guérilla, etc. Mais j’y reviendrai plus bas.

C’est esthétiquement stylé. Quoi qu’on en pense.

3/ 2500 policiers occupés à expulser NDDL (ou son équivalent, car ses occupants ont prévenu qu’ils recommanceraient et on peut leur faire confiance), ce sont autant de force que l’Etat ne peut pas déployer ailleurs. Dès lors, ce genre de manifestation/occupation apparaît comme une diversion habile pour prendre de façon durable un point beaucoup plus stratégique (télécommunications, gare, centrale nucléaire, etc).

Curzio Malaparte, auteur de « Technique du coup d’Etat »

4/ Une révolution est bien souvent une guerre civile plus ou moins ouverte : (Russie, Allemagne, France) où s’affrontent deux factions minimum. Dans la France révolutionnaire de 1789-1799, divers courants se sont affrontés dans une grande brutalité (royalistes, montagnards, girondins, jacobins…) jusqu’à ce que Napoléon, fasse à la fois le ménage et la synthèse de tout cela. En Allemagne, les conservateurs ont soutenu les nationaux socialistes contre les communistes avant d’être brutalement éliminés par les premiers. En Russie, ce sont les bolchéviques qui ont vaincu à la fois le Tsar, les socialistes et les menchéviques. En Iran, parmi toutes les composantes opposées au Shah, ce sont les partisans de Khomeini qui l’emportèrent, éliminant les communistes (Tudeh), les démocrates, etc. Ce sont des éléments que nous avons par ailleurs évoqué précédemment.

Ruollah Khomeini, le seul révolutionnaire qui a pris le pouvoir sans tirer personnellement un coup de feu. Comme Besancenot. Sauf qu’il a réussi lui.

De ces observations, il faut dresser ou répéter plusieurs observations. La première est que le pouvoir légal (l’Etat), seul détenteur de la violence, s’oppose en réalité à plusieurs discours qui se prétendent légitimes. Mais seul celui qui se donnera les moyens physiques, techniques, politiques de prendre le pouvoir le méritera. Ce qui se joue sous nous nos yeux est à ce titre non pas une révolution de pouvoir, mais une révolution du vouloir : la plupart des factions ne cherchent pas à prendre le pouvoir malgré leurs forces, préférant des revendications sociétales et bourgeoises, irréalistes, sans intérêt et sans prise avec le réel (« 10/20 aux examens » « soutien aux Kurdes » « démission du président », « califat queer auto-géré » (Al-Baghdadi ne manquera pas de trouver le concept intéressant) ou bien encore « mort aux riches » lors d’une manifestation aujourd’hui à Montpellier). Il est d’ailleurs curieux qu’une rhétorique et un projet révolutionnaires d’extrême gauche s’attachent autant à un diplôme universitaire.

On sent bien le pouvoir que peut avoir une boutique d’opticien sur le pouvoir politique

En effet, si l’on considère, à l’image de Joseph de Maistre, la révolution comme un châtiment divin qui inverse toutes les normes, il ne s’agira que de bouts de papier sans valeur si le projet de société aboutit. On est réellement étonné de voir l’extrême gauche à la fois si transgressive dans son discours voire dans son comportement et en même temps si conservatrice dans ses demandes et son positionnement philosophique.

L’autre problème du discours « révolutionnaire » notamment à l’extrême gauche est qu’il n’a pas intégré la violence de l’Etat au sein d’un processus revolu. En clair : il est logique de recevoir la police dans la figure si on occupe un bâtiment, si on lance des projectiles sur la police ou si on s’associe aux individus sus évoqués; mais nous avons déjà évoqué la question ici.

La deuxième observation c’est que de l’autre côté, le problème est sans doute plus inquiétant : manque d’organisation, impossibilité de lever des fonds, non renouvellement esthétique et culturel (même si cela reste à nuancer), concepts vieillissants, consanguinité politique, inertie des élites, nous éloignent du pouvoir politique (au sens littéral : la Cité). L’esprit de salon, pour être clair, nous empêche d’agir, et ce alors même que « notre force est d’avoir raison ».

Gnagnagna Gramsci. Eh bien appliquons le!

Gardons à l’esprit que nous sommes David contre Goliath. L’Etat, « le plus froid de tous les monstres froids » (Nietzsche) opposera toujours à notre violence une réponse. Par exemple, si un endroit donné est occupé, il finira par être libéré par la police. Jours, mois, années, cela ne compte pas pour l’Etat qui a avec lui le droit, la force et le temps. Il convient donc de ne pas se positionner en fonction de ce que va faire (ou pas) l’Etat puisque précisément celui-ci va expulser quiconque entend contester son autorité à l’extrême gauche (Notre-Dame des Landes) ou à l’extrême droite (Bastion Social, Sainte-Rita); notez que ce sont les qualificatifs que retiennent les 67 millions de Français : qu’importe qu’il y ait eu des écolos-situationnistes à NDDL ou des catholiques de centre gauche à Sainte Rita. Dans le même ordre d’idée, il est vain de compter sur un soutien de quelque nature que ce soit à l’extérieur du mouvement en cas de répression. Lors des événements précédemment évoqués, nos adversaires politiques, mais aussi les tièdes, l’intégralité de la presse fut contre ceux qui étaient attaqués par la police, la justice, et l’administration.

Pourquoi l’extrême gauche manque de logique (et ce que nous devons en tirer)

L’extrême gauche française (notamment estudantine) nous étonne _ au sens littéral. Quand nous écoutons sa rhétorique, quand nous lisons sa prose, quand nous observons ses modes d’actions, nous sommes comme « frappés par le tonnerre ».

Cette extrême gauche, qui pêle-mêle convoque Jaurès, Hugo, Robespierre, le Sous-Commandant Marcos, Lénine, et des épisodes tragiques et sanglants comme la Commune, la guerre d’Espagne, la (tardive) résistance du Parti Communiste aux nazis, la révolution d’octobre, mai 68, se retrouve incapable d’aller au bout de sa logique intellectuelle.

Opposant ce qu’elle considère (à juste titre ou non, là n’est pas le débat) la légitimité (la sienne) à la légalité (celle de l’Etat et de ses moyens de répression), elle commet deux erreurs logiques (Nous aurons plutôt tendance à parler de malhonnêteté intellectuelle et politique).

La première est le recours aux forces de l’ordre pour sa sécurité : imagine-t-on la Commune appeler les Versaillais au secours ? Les FARC se placer sous la protection de Álvaro Uribe? La réponse est évidemment non. Or, cette extrême gauche, qui entend se placer dans une logique et un héritage (politique, esthétique…) révolutionnaires, entend là jouer sur les deux tableaux de la légalité et de la légitimité, et ce de façon à la fois massive et publique. Il ne s’agit donc pas de simples « passerelles » ou complicités (il existe des policiers de droite, de gauche, offrant des coups de main, des renseignements à leurs amis. Cela s’est toujours vu; sans compter les phénomènes de corruption et d’intimidation). Mais le fait « d’appeler la police » fait de ces gens des complices objectifs de la bourgeoisie.

Vous allez dire que je m’acharne mais bon.

La seconde est le rapport à la violence. Qu’on ne se méprenne pas en nous prenant pour des légalistes; nous avons développé la question ailleurs. Dans un État de droit, seul l’Etat a droit à un recours à la violence (encadrée). Décidant à nouveau de se placer sur le terrain de la légitimité face à la légalité, l’extrême gauche a choisi d’occuper des universités, d’empêcher des examens, etc. Elle l’a fait en conscience, par la force et souvent par la violence, comme ont pu en témoignent des étudiants de Montpellier et de Paris, ainsi que la récente découverte de cocktails Molotov à Paris I (Tolbiac). À l’occasion de ce rapport de force, des individus ont notamment demandé la démission du chef de l’Etat. Peu importe ce que l’on pense de celui-ci, il est cohérent qu’un chef d’État envoie la police sortir ces individus, dans le cadre du droit à nouveau. En Espagne toute proche, ils auraient sans doute demandé la tête du roi et l’instauration d’une république, et auraient reçu la visite de la Guardia Civil dans la journée; je ne vous parle pas de pays comme l’Iran.

Ou la Birmanie.

Le but de toute manifestation, de tout mouvement social et à terme de toute révolution est de transformer sa légitimité en légalité. Mais durant ce temps, il s’écoule une période plus ou moins longue de doutes et d’échecs où le révolutionnaire est par définition un « hors-la-loi » en l’occurrence la loi suprême la Constitution.

Cela n’implique pas d’être un criminel. Jules César écrivait : « Si tu dois enfreindre la loi, empare toi du pouvoir. Dans les autres cas, respecte la ».

De ces deux points, les nationalistes (notamment les maurrassiens) doivent en tirer les leçons de logistique, de crédibilité politique, et d’image médiatique.

Éthique et esthétique de la révolution

Il faut pour faire une révolution des révolutionnaires. Cette simple évidence mérite d’être posée et rappelée. Ceux-ci doivent réunir en eux mêmes une poignée de qualités. Nous tâcherons ici d’en brosser quelques uns.

I/ L’homme

Un révolutionnaire doit être un homme. Ce terme doit être compris au sens non pas de genre mais au sens sanskrit (vir : le héros). Un révolutionnaire ne saurait être un marginal. Son hygiène de vie physique et mentale doivent même primer sur ses prouesses physiques.

Pour la même raison, il doit disposer d’une certaine indépendance financière (nous en reparlerons).

Un révolutionnaire doit pouvoir mobiliser son argent, son matériel rapidement, et donc de voyager si possible léger. Il doit être autonome, et doit être capable de sacrifier ledit matériel. La prise du pouvoir passera par des pertes de gazeuses, banderoles, écharpes, bâtons, etc.

Pour d’autres raisons, évoquées dans un précédent article, la police doit être tenue la plupart du temps, au maximum à l’écart, des activités politiques. Il est incohérent de railler nos adversaires qui appellent la police si nous faisons de même. Mao Zedong disait  » le pouvoir est au bout du fusil ». Ce n’est que par le renversement du rapport de force, à défaut de nous imposer culturellement, que nous l’emporterons. Mais il faut imaginer un fusil de grande longueur et une guerre éprouvante.

Enfin, un homme doit connaître sa doctrine, savoir l’appliquer, mais également savoir ouvrir son esprit (littérature, philosophie, histoire…).

II/ L’homme et son matériel

Il est impératif de s’adapter. Certaines actions requièrent des tenues confortables (chaleur, etc) d’autres des tenues spectaculaires, élégantes, ou autres. En tout cas, ce qui prime est l’efficacité et l’adaptabilité de la tenue aux conditions météos, à l’heure de la journée (s’habiller tout en noir à midi est peu discret), ainsi que de l’équipement. Il est utile de s’équiper de coupes boulons si l’ennemi a fermé ses portes avec des chaînes mais il est peu astucieux de prendre des gazeuses si l’on a prévu d’emprunter des couloirs étroits et inconnus, ou s’il y a du vent. De même les porteurs de lunettes doivent-il réfléchir.

Un autre élément à souligner, et que nous avons rappelé dans un précédent article, du même registre de l’adaptabilité, est celui des vêtements. Le nationaliste type dispose d’un certain nombre de vêtements, chaussures, accessoires, couvre-chefs, tatouages, qui le rendent facilement identifiables dans la rue, par des passants, des commerçants, des policiers en civil, des adversaires politiques. En résumé : cessez de vous habiller pour une action quelle qu’elle soit comme pour une soirée ou un défilé.

Guérilleros du Sentier Lumineux. Sobriété, discrétion.

III/ L’homme et la femme

Une révolution (et son prolongement) s’essouffle rapidement sans femmes. Voilà pourquoi des rapports sains entre revolutionnaires des deux sexes est important.

Les concepts de courtoisie, de politesse ne doivent donc pas être de vains mots. Il est nécessaire de se les réapproprier en (re) construisant des rapports normaux abîmés par des décennies de féminisme de troisième génération mais aussi d’abandon par les hommes de leur place et de leur rôle. En d’autres termes, n’attendez pas qu’une femme soit au choix (et à la fois) une femme fatale des années trente/ cinquante, une merveilleuse mère au foyer traditionnel, si vous n’assumez pas votre rôle de père, de mari et d’homme.

En outre, il est urgent de cesser de considérer les femmes comme faisant parti d’une sorte gigantesque harem occidental dont « les hommes » (nationalistes) pourraient user (et abuser) à loisir, commentant les tenues vestimentaires, les moeurs ou autres.

Pensez « amour courtois »

La civilisation française est celle de la courtoisie, de la galanterie, de la poésie. Nul besoin d’être maniéré ou réactionnaire dans ce domaine : le minimum suffit.

IV/ La fête

La fête est toujours une récompense. La drogue doit être proscrite, tout comme l’ivresse excessive. Les drogués et les alcooliques sont des poids financiers, médiatiques, et politiques pour la cause. C’est précisément là encore l’utilité de la guerre révolutionnaire qui « agit comme une sorte de contrepoison, non seulement sur l’ennemi, dont elle brisera la ruée forcenée, mais aussi sur nos propres rangs, qu’elle débarrassera de tout ce qu’ils ont de malsain » (Mao Tsé-Toung) , « De la guerre prolongée » (mai 1938).

Nous devons tendre vers la sobriété, car « Mâra [qui] a pour filles Tanhâ, Rati, et Arati _ c’est-à-dire Concupiscence, Amour et Haine_ est celui qui dispose les appâts afin que, attirés et sur le point de se satisfaire, les êtres tombent en son pouvoir et que paralysés par la manie, ils rentrent sans trêve dans le courant de l’existence éphémère » (Julius Evola, « la doctrine de l’éveil »). Il n’est pas nécessaire d’être une armée d’ascètes, mais de cheminer sur cette Voie.

Le révolutionnaire se doit d’être un homme et mieux qu’un homme. Actif et contemplatif, il doit être prêt car « il faut s’attendre à tout en politique, où tout est permis, sauf se laisser surprendre » (Charles Maurras). Nous vivons des temps de bouleversements, et un mouvement ordonné sera la clef de notre succès car « la révolution est comme une bicyclette : quand elle n’avance pas, elle tombe ! ».