L’immigration n’est pas exotique : le piège de l’orientalisme

La période qui s’étend du XVIII ème au XX ème siècle, poussée par les nouvelles découvertes (Afrique, Amériques) a contribué à créer par le biais de la colonisation un univers orientalisant ou orientaliste.

Dès le XVIII ème siècle (encore que Edward Said fasse remonter le phénomène à la conférence de Vienne de 1312), Montesquieu s’interroge : « comment peut-on être persan ? ». Dans son sillage, philosophes, peintres, sculpteurs, poètes, écrivains, mais aussi militaires et aventuriers de tout bord s’engouffreront dans ce monde artistique nouveau. Parmi ceux la, certains vivront réellement l’aventure « orientale » (Lord Byron en Grèce, Arthur Rimbaud à Aceh, Herman Hesse en Inde en Indonésie, Rudyard Kipling en Inde). D’autres la peindront. On citera le plus fameux d’entre eux, Jean-Léon Gérome, qui ne fut pas que le peintre du splendide (et historiquement douteux) « Police verso ».

Notez les courbes des fesses.

Les poètes français, parmi lesquels Victor Hugo, auront tôt fait de créer un orient mystérieux, où le cruel Arabe côtoie le bon Noir, la sensuelle berbère le sage fakir. Voyez plutôt :

« En guerre les guerriers ! Mahomet ! Mahomet !
Les chiens mordent les pieds du lion qui dormait,
Ils relèvent leur tête infâme.
Ecrasez, ô croyants du prophète divin,
Ces chancelants soldats qui s’enivrent de vin,
Ces hommes qui n’ont qu’une femme !
Meure la race franque et ses rois détestés !
Spahis, timariots, allez, courez, jetez
A travers les sombres mêlées
Vos sabres, vos turbans, le bruit de votre cor.
Vos tranchants étriers, larges triangles d’or,
Vos cavales échevelées !
Qu’Othman, fils d’Ortogrul, vive en chacun de vous.
Que l’un ait son regard et l’autre son courroux.
Allez, allez, ô capitaines !
Et nous te reprendrons, ville aux dômes d’or pur,
Molle Setiniah, qu’en leur langage impur
Les barbares nomment Athènes ! » (Le cri du mufti, 21 octobre 1828, in « les orientales » (1829)).

Edward Said, dans « l’orientalisme : l’orient créé par l’occident » définie l’orientalisme avant tout comme une spécialisation et comme un « domaine » géographique, ce qui constitue le paradoxe (La Grèce et la Russie sont-elle en orient ? Quid du Maghreb dont le nom même signifie « occident » _ le Maroc n’a pas d’ouverture sur la Méditerranée mais sur l’Atlantique), sans symétrisme : il n’existe pas d' »occidentalisme ». C’est là la difficulté de l’objet d’étude : son imprécision et donc sa taille : jusqu’où va l’Orient? Le Japon, pourtant « occidentalisé » dans ses représentations et son mode de vie depuis sa victoire contre la Russie (1904-1905), comme le montre très bien le livre « Faits et imaginaires de la guerre russo-japonaise » , dirigé par Dany Savelli ? Ce qui faisait (fait?) La difficulté de l’objet orient, et donc de « l’orientalisme » c’est que son caractère généraliste implique un caractère total voire totalisant comme l’explique là encore Edward Said. Quand un orientaliste évoquait l’Inde, ses religions, ses coutumes, ses langues, on supposait qu’il connaissait aussi bien l’Égypte, la terre sainte, le Maghreb, la Turquie… Puisque l’orient n’a pas vraiment de frontières géographiques. De même, entre 1897 et 1904 apparaît le « péril jaune », qui désigne l’idée en Europe que Japonais et Chinois fusionnent pour conquérir l’Europe. L’Asiatique, le « Jaune » devient alors un adversaire-type pour tout une série de livres, articles de cette époque.

On peut néanmoins marquer de façon temporelle la fin de la construction de l’essentiel ces représentations avec la décolonisation et les guerres qui s’en suivirent. Les années 70-80 ont vu l’apparition de plusieurs phénomènes :

Premièrement une immigration de masse dans les pays européens, pour certains issus de leurs anciennes colonies (pas tous : la Suède ou le Danemark par exemple n’ont jamais mis un pied en Afrique ou en Asie).

Deuxièmement, la prise de place croissante d’un capitalisme; nous reviendrons sur ses conséquences.

Troisièmement, la réislamisation d’une majorité d’immigrés, autrefois appelés « beurs » et « blacks ».

Attardons nous sur ce dernier point. Il apparaît très clair que le vocabulaire utilisé, le parquage dans des ghettos dont ils eurent tôt fait de chasser les Européens, ressemble énormément à de l’indigénat. Aujourd’hui, si l’on fait la synthèse, les masses d’origine immigrée pratiquent un islam de bricolage, douteux d’un point de vue des moeurs alimentaires et sexuelles (« l’islam des caves et des chichas »), de l’esthétique vestimentaire et capillaire, et de la langue utilisée, mélange le plus souvent d’arabe dialectal, de franglais, de verlan, d’argot, de diverses langues africaines. En somme quand vous vous promenez dans un centre commercial, à Châtelet les Halles par exemples, la jeunesse immigrée ou d’origine immigrée, ne ressemble pas aux tableaux de Gérome ou aux poèmes de Hugo_ c’est le moins que l’on puisse dire. La figure de la « beurette » , popularisée par ailleurs notamment par l’industrie pornographique, est à la fois éloignée des femmes des pays arabo-musulmans, et des tableaux de Jean-Léon Gérome.

Avouez que c’est pas Champigny sur Marne.
Tout de suite, les soirées chicha semblent plus sympa

Ces populations, idiots utiles du Capital (j’utilise ce terme au sens léniniste du terme; ce n’est pas un jugement de valeur) americanisées au possible dans leurs habitudes autant si ce n’est plus que les autochtones, ont perdu toutes racines et toute culture. Ils sont à la fois les acteurs et la vitrine du multiculturalisme le plus triste et le plus sordide.

Le néo-orientalisme est cette culture de l’excuse, mélange de colonialisme bien veillant qui veut que le « bon sauvage » reste un « grand enfant » toute sa vie, et de repentance masochiste. Elle consiste à trouver d’une part fabuleux quoique fasse une personne d’origine immigrée et d’autre part à ne jamais tout à fait les considérer comme des êtres humains responsables, conscients, et ce dans le Bien ou le Mal (au sens chrétien du terme); autre énième signe de la perte de sens chrétien de nos sociétés.

Il est nécessaire d’y mettre fin non seulement par des mesures politiques évidentes (fin de la politique migratoire de ces cinquante dernières années, mise en place de politique de retour) mais aussi de nous interroger pour l’avenir sur notre rapport à l’autre, sur ce continent et sur d’autres.

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Islam, arme des banquiers

L’islam en tant que religion et culture est en Europe notamment occidentale un fait historique, politique, démographique et social non seulement récent mais surtout, au regard de la longue durée, anecdotique.

Si le califat d’Al Andalus est remonté jusque loin au nord (la « bataille » de Poitiers) et à l’est de la France (Grenoble, Lyon), ce ne sont pas huit tombes musulmanes retrouvées près de Narbonne qui font de la France et des pays limitrophes, à l’exception de l’Espagne, du Portugal ou de la plus lointaine Sicile, une terre « d’islam ». C’est bien le christianisme, sur des racines helleno-romaines et germaniques (européennes en somme) qui a façonné la France, ses peuples, ses arts, mais aussi ses paysages : les vignes et les monastères, on le comprend, sont plus rares au Pakistan, en Égypte et en Arabie saoudite. La topographie là encore est imprégnée de cette histoire, et on y trouve guère de présence de nos envahisseurs musulmans des premiers siècles du moyen âge : combien de villes et de villages portent des noms de saints et de saintes? Trop pour être comptés.

Ces quelques rappels faits, intéressons nous à la situation actuelle. Il y a une grande quantité de Français d’origine immigrée et d’étrangers sur le sol français. Certains sont réislamisés, certains n’ont jamais perdu la religion de leurs ancêtres, et d’autres enfin sont chrétiens (catholiques, évangéliques), notamment une grande quantité d’Africains subsahariens. Polarisés en diverses communautés, ces gens partagent néanmoins plusieurs choses : une assimilation proche du néant à la culture et à la civilisation française, y compris pour les chrétiens africains, une haine de la France, et conséquence, une allégeance à un autre pays.

Le problème n’est pas tant l’islam. Que celui ci soit violent, misogyne et intolérant ne nous intéresse pas tant que ses adeptes vivent entre eux en Syrie, en Algérie, au Yémen, en Turquie, en Iran. Vouloir une réforme de l’islam c’est s’aligner sur les valeurs progressistes et laïques de la République. La critique théologique de l’islam qui est le plus mise en avant dans les médias, outre sa pauvreté spirituelle (pour ou contre le cochon ? Le voile ou le string ?) ne sert qu’à masquer le fait que l’islamisation, réelle, n’a été possible que par une immigration de masse, elle même arme du Capital. Critiquer l’islam en tant que spiritualité et uniquement en tant que telle, est une arnaque intellectuelle et politique. Que l’on me comprenne bien : je ne dis pas que cette critique n’est pas intéressante. Je dis qu’elle n’est pas intéressante d’un point de vue politique.

C’est donc moins le Coran qu’il faut expurger, que le multiculturalisme. S’il y avait en France 20 millions de Japonais shinto, malgré l’image romantique que se font les Français des Japonais, des geishas, des samouraïs, du théâtre nô et de la cérémonie du thé, il y aurait aussi des actes de violence. Ils seraient différents mais ils existeraient. De la même manière, rappelons que Hutus et Tutsis n’ont pas eu besoin de l’islam pour se massacrer entre eux.

Pour préciser encore davantage ma pensée, il faut bien comprendre que je refuse de choisir entre le califat et la République laïque.

Contre le Guenonisme de salon

Une idée courante à l’extrême droite consiste à penser la société dite occidentale comme une société qui ne fait que chuter soit depuis la prise de Constantinople, soit la Révolution française, soit la fin de la seconde guerre mondiale.

Chez cette frange là, éminemment cultivée et intelligente par ailleurs, lecteurs de Nietzsche, Julius Evola, Savitri Devi (« Lightning and the Sun ») mais encore René Guénon (« La crise du monde moderne ») l’Occident serait voué à sa propre destruction dans la décadence jusqu’à la fin du Kali-Yuga (« l’âge de fer ») avant un nouvel âge d’or. 

L’ennui des auteurs sur lesquels ils s’appuient, morts dans les années 70/80 au plus tard (74 pour Julius Evola, 82 pour Savitri Devi) est qu’ils n’ont pas su ou pas pu prévoir la lame de fond de la modernité qui allait balayer des pays tels que l’Inde, la Chine, l’Iran, les pays (à l’époque) communistes, l’Iran, ou l’Afrique.

Par modernité, je ne parle pas ici de progrès technique que la Chine, les pays socialistes et dans une moindre mesure l’Iran avaient déjà bien intégré, à la mode occidentale. Je désigne plutôt un certain nombre de « valeurs » (sic) philosophiques, sociétales, économiques et politiques : libération sexuelle, social-democratie, pluralisme politique et médiatique, qui ne s’intègrent pas dans ce que Evola nomme la Tradition. 

À titre d’exemple, si Evola voyait l’Iran d’aujourd’hui, qui interdit l’homosexualité mais autorise les changements de sexe, il serait je pense stupéfait et horrifié. Si Savitri Devi voyait l’état de l’Inde trente ans après sa mort (creusement des inégalités, fin des castes, pollution des eaux et des sols, GPA…) elle en serait je pense probablement malade.

Pourquoi ces brillants penseurs n’ont ils pas si voir la chute ou du moins les profondes mutations de systèmes traditionnels si solides ? (Iran, Inde, Afrique). Il y a à mon sens une première raison qui est d’ordre historique, et assez évidente. C’est la chute du communisme. Personne n’avait prévu ce qui fut vécu comme un traumatisme pendant plus de dix ans en Europe orientale (c.f le film « Good Bye Lenin »), dans les Balkans et dans le reste du monde. Un certain nombre de pays cédèrent à un capitalisme débridé (Russie) sans pouvoir s’appuyer sur un renouvellement de leurs élites traditionnelles, qui restaient des apparatchiks communistes avec un autre nom. Et aujourd’hui, nombreux parmi ceux qui fantasment la Tradition orientale, par opposition à la « décadence occidentale », ignorent que la PMA est autorisée en Russie, que la Serbie est le premier pays du monde à avoir une lesbienne comme premier ministre etc. 

La vérité est que ce que Evola et les penseurs appellent la Tradition est morte. Dans l’islam, le judaïsme, le christianisme, ou le bouddhisme tibétain, elle n’existe plus, la faute notamment à la trahison des chefs religieux. Le dernier exemple en date est le Dalaï Lama (déjà célèbre pour avoir dit qu’après lui il n’y aurait plus de réincarnation (sic)) qui a déclaré : « Bouddha aurait aidé ces pauvres musulmans » en parlant des Rohyingas. La réalité est que Bouddha aurait recommandé aux musulmans de lâcher leurs armes, de renoncer aux désirs terrestres et à la violence au profit de la méditation. Rien de plus. 

Il est donc vain de chercher « à l’est » une tradition morte ici. Il est plus sage et plus cohérent de faire renaître une tradition ici sur les pierres et les braises de nos foyers. 

Le djihadisme ici et là bas

Je vais dans cet article, à l’occasion de l’attentat de Barcelone (qui avait manifesté pour l’accueil des migrants, bisous) exploser le mythe d’un djihad mondial aux causes et aux conséquences uniques des Philippines au Royaume-Uni, de la Syrie à l’Espagne. 

Le djihadisme est la manifestation la plus simple et la plus brutale de l’islam, qui est une religion de guerre et de conquête. Faire le djihad est une obligation. 

L’islam et les civilisations qu’il a imprégnées ou conquises (Arabo-andalous, Turcs, Perses…) s’opposent sur à peu près tout à nos civilisations occidentales qui trouvent elles leur racines en Grèce et à Rome, d’une part, et dans le christianisme d’autre part, pour l’essentiel (m’emmerdez pas avec les trois malheureuses tombes musulmanes trouvées à Narbonne).

Quoique la guerre ait fait parti des moeurs européennes pendant des siècles, nos ancêtres français, italiens, allemands et autres ont partagé ce fond commun avant de l’exporter aux États-Unis, au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Afrique du Sud. On peut très bien se faire la guerre et échanger de la culture, voyez Lully. 

Le djihadisme qui a frappé le Bataclan et Manchester visaient directement cet Occident, européen, décadent (drogue, musique..) et libéral, valeur permise uniquement sur un terreau helléno-chrétien. C’est là en général que le sot objecte : « Gnagnagna la Syrie gnagnagna le Mali ». Le relativisme est un fléau. Cependant : 

  • Aucune souffrance ne mérite d’être niée : aucune mère ne mérite d’enterrer son enfant de huit ans (même pas les mères israéliennes, n’est ce pas ?)
  • Au Moyen-Orient et en Afrique, les tensions actuelles ne sont que la suite de conflits anciens : chiites, sunnites, Arabes, Yezidis, Kurdes, Assyriens, Perses, ce joyeux beau monde s’étripait sans l’aide des Occidentaux il y a longtemps, faisant et défaisant des alliances complexes (« Si tu comprends le Moyen-Orient, c’est qu’on te l’a mal expliqué » dit le proverbe libanais); se souvenir de l’époque où les Kurdes étaient des supplétifs de l’Empire ottoman.
  • Il n’est pas question de nier l’implication étrangère notamment occidentale, mais elle n’est pas la cause seule.

Les causes du djihadisme sont sans doute les mêmes ici et là bas. Mais les réactions doivent être différentes car leurs acteurs n’ont pas les mêmes buts. Si leur but est de tuer, en Europe, leur but semble plutot de déstabiliser le pouvoir central et de recueillir l’adhésion. 

Tout ne se vaut donc pas même si on ne peut que déplorer la violence des attentats où qu’ils soient.

Les monomaniaques…

… Et comment ils stérilisent l’action révolutionnaire.
Je définirais le terme de monomaniaque par quelqu’un qui a un degré de connaissance et d’intérêt si poussé dans un domaine que cela vire à l’obsession et le coupe des réalités du monde.

Tout le monde, dans le milieu « nationaliste » connait ces gens, obsédé qui par tel lobby, qui par tel autre. Leur connaissance pointue, acquise par la lecture et la fréquentation du milieu de près ou de loin (parfois de très près _ vous seriez surpris), en fait souvent de bons érudits. Associé à une bonne plume voire à un charisme certain, une poignée de monomaniaques arrivent à se faire connaître et à partager leurs connaissances.

Mais le problème, c’est qu’un grand nombre de médiocres les imitent : hystérie, fanatisme quasi religieux, suspicion vis à vis des « dissidents », procès d’intention, attaques ad hominem, etc.

Ce qui était au départ une intention louable (critique des lobbies, dénonciation des collusions politico-industrialo-militaires, etc.) sur la base du doute si helleno-chrétien, ressemble d’avantage à la minute de la haine de 1984 ou au tribunal du Sanhédrin.

Qu’il soit entendu ici qu’il n’est pas question de nier ni l’existence ni l’influence des lobbies communautaires, pétroliers, militaires, ou autres. Néanmoins, j’aimerais attirer l’attention sur deux éléments importants. Premièrement, un monomaniaque est épuisant : il n’a en général qu’un sujet de conversation ou alors finit par tout rapprocher ou remonter à celui-ci. Par exemple, les antisémites hystériques vous parleront À COUP SÛR de l’influence juive à Hollywood, de la Kabbale, de Gal Gadot ancienne miss Israël, si vous lui demandez en toute innocence cinéphile s’il a vu Wonder Woman. Alors que ce n’est pas le sujet.

Vous l’aurez compris, il est difficile de trouver à ces gens amis et partenaires amoureux, même si vous en êtes proches vous même. Difficile en effet de présenter quelqu’un : « Salut, voici Paul. Paul est physicien et euh dans la vie il n’aime pas les Noirs ».

Deuxièmement, l’impasse du prisme monomaniaque dans une perspective révolutionnaire. Si la critique et la dénonciation de lobbies, groupes d’intérêt et de pression est utile, le militantisme, les actions de terrain, le réenracinement sont eux bien plus utiles sur le long termes, et bien moins coûteux financièrement et judiciairement. Rappelez vous qu’un militant en prison, surtout en ce moment,est inutile. Vous ne ressortirez pas super musclé, plein de tatouages avec une cicatrice sur torse, respecté des prisonniers et des gardiens : vous sortirez probablement dans un cercueil.

La critique superficielle de ces lobbies, de façon monomaniaque, est intellectuellement confortable : Elle permet de se dire que « de toutes façons on ne peut rien faire », « c’est comme ça », « c’est injuste », « ils contrôlent tout et on ne peut rien y changer ». Or le tyrannicide a été théorisé de longue date. Les maîtres injustes peuvent et doivent être abattus. En cinq, dix ou deux cent ans, peu importe.

Mais il m’apparaît inconcevable d’être ankylosé intellectuellement et physiquement par l’idée que « c’est trop tard parce que « ils » contrôlent tout ».

D’un point de vue militant d’autre part, il est nécessaire, je l’ai dit plus haut, de dénoncer les lobbies, associations, groupes de pression, qui : 1) Détournent l’impôt des Français; 2) Fractionnent la communauté nationale et les communautés historiques; 3) Agissent au profit de puissances d’argent ou de pays étrangers (Arabie Saoudite, Qatar, Etats-Unis, Israël, Russie, Iran, Turquie, Azerbaïdjan, Algérie, pour les plus évidents; je doute qu’il y ait un lobby papou ou guatémaltèque à l’assemblée nationale). Cette dénonciation doit être régulière, systématique, mais surtout pertinente : on peut le déplorer mais certains choix de mots sont parfois hasardeux voire dangereux, notamment dans la presse. Ils peuvent coûter à leurs auteurs amendes, prison voire carrières professionnelles entières. A quoi sert un militant en prison, en ces temps de où la solidarité militante et les militants se font rares ? A rien du tout. Un militant en prison ne peut pas travailler, ni cotiser, ni protéger sa famille ni militer. En outre, vu le contenu des prisons françaises, il risque sa vie chaque minute.

Dès lors, il est curieux que certains se soient fait une spécialité (nous n’osons dire une rente) de la dénonciation de certains lobbies bien précis et ce sans jamais avoir mis un pied à Fleury Mérogis ou à Fresnes dont, ils espèrent sans doute marquer à leur tour marquer l’histoire de leurs vers inspirés. Cela vient peut être du fait du caractère relativement inoffensif de ces individus : qu’est ce qu’un journal « nationaliste » qu’on attaque pas ?

Les locaux de l’AF Marseille attaqués à l’explosif. Dans les années 90, c’était les locaux de Paris qui avaient été plastiqués par l’extrême gauche.

On rétorquera que Charlie Hebdo a vu ses locaux attaqués en janvier 2015. C’est précisément parce qu’il dérangeait des musulmans en train de prendre le pouvoir et de promouvoir une idéologie par la terreur qu’il a été attaqué. Le Figaro, le Monde, la Croix, Libération, ne sont pas et ne seront jamais attaqués en tant que tels car ils sont résolument modernes.

N’oubliez pas que « tout désespoir en politique est une sottise absolue ».

Koz toujours, tu ne m’intéresses plus !

Dans les bonnes familles de Paris, Lyon, Bordeaux ou Angers, le catholicisme vit et survit. Comme un lierre, il s’accroche et croît (croit?), poussant le long de l’arbre « Foi ». Pratiquant le voeu de surdité et l’endogamie la plus remarquable, ces gens là sont à l’abri pour des siècles. Après eux, autour d’eux, le déluge. 

Mais nous ? Nous les Français de souche, de la France fille aînée de l’Église, mais aussi d’origine polonaise, espagnole, italienne ou portugaise (donc catholiques) qui pense à nous ? Trahis successivement par la gauche des travailleurs, les syndicats et maintenant l’Église, nous sommes désemparés. Il n’y a guère que saint Basile ou Léon Bloy pour nous comprendre quand le Pape François Ier appelle à accueillir encore davantage de migrants !

Nous, piètres théologiens, savons ce qu’est la foi du charbonnier, honorer les morts, protéger sa famille, cultiver sa terre, protéger son église, y prier en silence, honorer les formules du mieux que l’on peut; saint Augustin disait « Si vous ne connaissez pas de prière, inventez en une ».

Or, c’est bien ce peuple, trahi et renié par ses élites et jusqu’à ses pasteurs qui subit le plus les effets dévastateurs de la mondialisation : chômage, désindustrialisation, crise agricole, terrorisme, islamisation, enlaidissement urbain, etc. Dans ces moments de doute, vers qui nous tourner quand journalistes, philosophes, hommes politiques mentent, trahissent et manipulent ? Nous ne pouvons même pas faire confiance à beaucoup de nos élites catholiques tels que le funeste Erwan ‘Koz’ Le Morhedec pour qui la lutte pour ses frontières, son identité et son indépendance, n’est valable que pour les Amérindiens; j’imagine que l’identité française et catholique n’est pas assez exotique au goût de cet internationaliste.

Je te comprends Erwan moi non plus la Bretagne je suis pas fan mais fais un effort merde.

Le problème du catholicisme français  (à l’inverse du catholicisme italien par exemple) est qu’il est intrinsèquement bourgeois. J’en veux pour preuve son incroyable mobilisation contre le mariage pour tous. Si je ne remets pas en cause le bouleversement civilisationnel de celui-ci, ni l’intérêt porté aux enfants porté par les manifestants, je me demande pourquoi ce million de personnes est incapable de se mobiliser contre une menace civilisationnelle tout aussi grande, telle que l’immigration. Le fait de dire qu’il y a peu de Soudanais à Sablé-Sur-Sarthe, à l’île d’Yeu ou à Porte d’Auteuil, endroits forts éloignés des centre-villes et riches en caméras, gardes armés, patrouilles de police, et hautes grilles, fournira peut-être à chacun un début de réponses. 

Les dirigeants catholiques (et pas seulement les clercs) sont en grande partie par leurs actes et leurs discours responsables de la situation morale et politique française et européenne. Il n’est pas difficile de comprendre l’attrait que peuvent avoir les religions païennes, l’islam, ou des choses plus farfelues encore. Ce catholicisme est une boussole cassée. Qui pourra la réparer ?

Les rebeux et l’antisionisme : histoire d’une escroquerie 

Pour comprendre « d’où je parle », comme disent les cibles principales de cet article, il est je crois nécessaire de montrer que je connais bien mes sujets, tant par ma vie que mes engagements politiques : les rebeux, les beurs, d’une part, et le conflit israélo-palestinien d’autre part. 

Je suis né à une autre époque appelée le XX ème siècle, dans une guerre froide mourante, quand il y avait encore deux Allemagnes.

A l’âge de six ans, j’ai intégré l’école publique de mon quartier. Nous étions deux Européens : une jeune Portugaise et moi même. Et tout au long de ma scolarité dans le public (maternelle/primaire/lycée) les Européens, les Blancs, les babtous ne furent majoritaires Au lycée ils étaient tout au plus 40%, dont une bonne part avaient assimilés des codes qui n’étaient pas les leurs.

Revenons au sujet. A cette époque, lors de mes cours d’histoire et de géographie balbutiant, j’appris à placer l’Italie, la Suisse, les Îles Britanniques etc. Point de Palestine. Ah si : on me parla de Terre Sainte pour me dire qu’à l’appel du Pape Urbain II, et pour protester contre les persécutions subies par les pèlerins chrétiens, les Européens avaient lancé la croisade. A cette époque, si tension ou rancoeur il y avait dans les coeurs de ces petits Mohammed, ils avaient l’élégance de les taire. D’ailleurs, aucun tag, aucune affiche ne décorait murs et poteaux des villes. 

J’entends les Jean-Politologues répéter : « Depuis la seconde Intifada tout a changé ». En effet. La vérité est simple, pour un conflit qui ne l’est pas : les rebeux ont trouvé avec l’antisionisme de gauche une façon d’importer et d’exprimer leur antisémitisme à peu de frais. 

Je peux éventuellement comprendre que ça fasse pas trop bander

Cela leur donne bonne conscience (combat contre l’impérialisme, justification spritualo-humaniste depuis les attentats du onze septembre et l’approbation de divers cheikhs du Golfe) à eux qui vivent dans des pays démocrates, tempérés où rien ne manque (et certainement pas les diverses prestations sociales), si l’on compare à des pays comme l’Égypte ou l’Irak. 

J’ai été moi même un antisioniste véhément. Par anti impérialisme, j’ai été un soutien de la cause palestinienne. Je ne m’en suis jamais caché. Mais j’estime : 1° Qu’un peuple qui élit le HAMAS, mouvement terroriste, antisémite, antichrétien, corrompu et népotique, ne mérite pas mon soutien et en tout cas doit en assumer les conséquences politiques… Comme une pluie de missiles de la part de Tsahal;

2° Qu’une guerre est une guerre : des enfants, des femmes, des hommes meurent. Et cela, les Arabes du monde entier sont incapables de le voir, plus particulièrement les rebeux en bac pro carrosserie. (J’ai rien contre les carrossiers… Comme tout pamphlet, ya des personnages, hein).

3° Qu’il est hypocrite de soutenir une cause sans se battre réellement pour elle, à l’image de rebeux dealers de drogue. 

Le soutien des rebeux à la Palestine est donc doublement de mauvaise foi : ils ne connaissent rien de la réalité là bas (aucune lecture, aucune rencontre etc), et utilisent une cause comme exutoire à des sentiments de haine. Par cette démarche, ils se rendent complice de mouvements antisémites et dangereux en important le conflit en France (bien que d’autres officines juives ne se privent pas de faire de même !). Que le lecteur soit bien conscient : je n’ai aucun avis sur le conflit israélo-palestinien. Je n’en ai plus. Ni kippah, ni keffieh. 

Mais ça c’est pas mon délire. Et puis le blanc me va mal au teint.

Louis-Marie, ou le rameur du trirème « France »

[NB : Cet essai est une oeuvre de satire. Toute ressemblance avec des personnages existants ne serait qu’une coïncidence tout à fait fortuite]

Louis-Marie est né en 1996. Fils d’un architecte lorrain et d’une artiste peintre parisienne, il réside dans le XI ème arrondissement de Paris. Écharpe en laine bio issu du commerce équitable autour du cou et Mac sous le bras, il va en cours en prépa littéraire au lycée Henri IV. Très soucieux de l’empreinte carbone qu’il peut laisser sur l’environnement, il utilise au maximum sa trottinette (électrique).

Aujourd’hui, en arrivant au milieu de son cercle d’amis, deux noms, deux villes sont sur toutes les lèvres. Berlin et Ankara. Louis-Marie, qui aime tant le voyage, la paix, l’amour, la jeunesse, ne comprend pas trop. Il a mal. Il comprend néanmoins que son projet d’Erasmus en Turquie dans quelques années risque d’être compromis, tant ce pays se referme sur le populisme; tout comme l’Allemagne d’ailleurs. Et la France. D’ailleurs, ces trois pays ont été frappés par des attentats. L’explication est là : le populisme ! Cela ne peut pas être l’islam ou la société multiculturelle. Cela, Louis-Marie en est persuadé, avec fanatisme. Et qu’importe s’il n’a jamais rencontré de Maghrébins, dans les écoles privées de son adolescence, qu’importe s’il n’a jamais ouvert un Coran, une biographie du Prophète Muhammad, ou les hadiths. Avec les quelques Maghrébins qu’ils connaît, dans sa prepa (un ou deux), il peut brosser un portrait de la jeunesse immigrée et de l’islam en France. 

Alors, Louis-Marie, comme un rameur, s’arqueboute sur le vivre ensemble, serre les dents et s’efforce de sourire car il faut y croire, pour que le trirème « France-multiculturelle » ne sombre pas. Mais combien de rameurs mourront à la tâche sous les coups de fouets des dirigeants, ou noyés dans la masse des assaillants ?

Le plus terrifiant dans mon histoire est qu’il y a des milliers de Louis-Marie. 

Iran-Arabie Saoudite : une guerre froide au Moyen-Orient ?

L’hostilité de plus en plus palpable entre la monarchie saoudite et la République islamique d’Iran (imaginez le frisson de dégoût, de lassitude et d’effroi mêlés qui parcourt mon échine quand je lis cette dernière assimilés aux « monarchies pétrolières », y compris sous la plume de gens bien informés) est de plus en plus palpables, que ce soit pour les apprentis journalistes boutonneux de BFMTV ou chez les « dissidents » de tout bord.

Il apparaît complexe et fastidieux de démêler une relation tumultueuse entre deux énormes puissances diplomatiques, militaires et culturelles (enfin, pour ce qui est de l’Iran, surtout).

Evoquons un certain nombre de faits : comme le rappelait Pascal Gauchon dans le numéro de la revue Conflit de Septembre largement consacré à l’Iran, ce qui fait l’unité du pays, davantage que le fait ethnique, c’est le fait religieux. En effet, depuis la dynastie des Séfévides , pour contrebalancer l’opposition religieuse, politique, culturelle et diplomatique ottomane, les Shahs perses ont choisi le chiisme duodécimains comme religion d’Etat. Cela a permis non seulement une independance vis à vis des monarchies et autres Etats sunnites (Egypte, Maghreb,  pays du Golfe), mais également, aujourd’hui, d’étendre réseaux et pouvoirs parallèles dans des pays à majorité sunnite. L’exemple le plus frappant, si j’ose dire, est celui du Hezbollah, parti politique tout à fait légal au Liban mais qui dispose d’une énorme force de frappe militaire, permettant à l’Iran d’agir en Terre Sainte, et plus récemment en Syrie et en Irak contre Daesh aux côtés de Bachar El-Assad, allié de l’Iran.

Si les Séfévides et les Perses ont choisi cette voie religieuse, c’est dans une volonté de se démarquer de ceux que le poète perse Ferdowsi appelait les « mangeurs de serpents » : les Arabes. En effet, en Iran, les Arabes sont toujours assimilés à deux autres notions : l’invasion et l’islam; comprendre, l’islam sunnite. Cet article n’a pas la prétention de trancher de la validité de tel ou tel islam, force est de constater que le chiisme duodécimain n’a pas le même poids culturel et religieux en Iran.

Il est ainsi facile de comprendre les anathèmes que se jettent depuis plusieurs mois voire années les dirigeants religieux de l’Arabie Saoudite, gardienne des lieux saints de l’ensemble de l’islam (nous y reviendrons) et de l’Iran. Chacun, dans une escalade dangereuse, s’accuse ainsi de n’être « pas assez musulman », ou « pas musulman« , texte à l’appui (ou pas). Ce qui est en jeu ici est moins une question religieuse qu’une question diplomatique. Comme je l’ai dit, l’Arabie Saoudite garde la plupart des lieux saints de l’islam (à l’exception du Dôme du Rocher, situé à Jérusalem). L’Iran garde pour sa part un certain nombre de lieux saints chiites, et s’estime gardienne des lieux saints en Irak, à Nadjaf et à Kerbala : c’est là la raison de ses ambitions territoriales sur sa frontière ouest, dans des zones qui lui ont appartenu il y a plusieurs siècles.

Si l’on rajoute ce problème de dogme la douloureuse question de la bousculade du Hajj de l’an dernier, où périrent 464 Iraniens, la tension ne peut que se tendre davantage dans les mois qui viennent. La question ethno-religieuse, sous tendue depuis des siècles, est donc en train de se muer en crise diplomatique grave. Dans le contexte de la guerre en Syrie et en Irak, où l’Arabie Saoudite joue un jeu pour le moins ambivalent en soutenant des milices islamistes opposées à Bachar El-Assad, il y a fort à craindre une violence indirecte croissante. Une guerre froide au Moyen-Orient.

Ce qui se dessine derrière cet affrontement est une compétition à la fois diplomatique et militaire mais aussi économique pour le leadership du monde musulman. Avec la fin des sanctions contre elle, l’Iran, peut redistribuer ses cartes, au Moyen-Orient, en Amérique latine, en Europe, en Russie, en Inde ou encore en Chine. Bien que subissant une crise à la fois sociale, culturelle, et démographique, l’Iran peut affronter la mondialisation. Et c’est probablement là une des peurs de son voisin saoudien, qui ne peut compter que sur la rente pétrolière pour survivre dans la chaleur hostile du désert.

 

Ruollah Khomeini : entre Velayat-e Faqih et poésie persane

En 1979, la Révolution propulse à la tête de l’Iran l’Ayatollah Rouhollah Khomeini. Celui qui va prendre la place du Shah d’Iran et balayer la dernière dynastie (les Pahlavi) est un homme secret, complexe, voire contradictoire. Il revient en Iran après une longue route d’exil (Turquie, Irak, et France), à la tête d’une idéologie baroque, chiisme duodécimain fortement teinté de socialisme et de « tiers-mondisme », dans le contexte d’une guerre froide et d’un affrontement entre les deux blocs très dur. Par opposition, l’Irak voisin sera fortement soutenu par l’Occident lors de la terrible guerre Iran-Irak, guerre inutile, sanglante, et n’aboutissant sur aucune conquête militaire.

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Un soldat iranien pleure son frère pendant la guerre Iran-Irak. Pas très sport, sur ce coup là, Saddam.

L’Ayatollah, dans le chiisme duodécimain, est un titre à la fois religieux (c’est le titre le plus élevé dans la hiérarchie religieuse chiite; en arabe : آية الله ou en persan : آیت‌الله, : « signe de Dieu ») et politique. En effet, dans la théocratie qu’instaure la Révolution islamique, pouvoir politique et religieux sont fortement liés et ce malgré l’instauration d’une République, d’un Président et d’un Parlement. C’est là le principe du Velayat-e Faqih, qui préconise la supériorité du pouvoir religieux sur le pouvoir politique.

Depuis trente ans donc, c’est le pouvoir religieux qui, de façon constitutionnelle, a le « dernier mot », en matière juridique et législative en Iran. Il est à noter au passage qu’il n’y a pas que l’Iran qui soit une république islamique : la Gambie et le Pakistan sont également des Républiques islamiques.

L’Iran post-révolutionnaire a en Occident une réputation de pays « fermé » où les femmes ne sont pas libres (qu’est ce qu’être libre en Iran ? Aux Etats-Unis ? Au Japon ? En Russie ? Au Sénégal ?), où les Pasdaran arrêtent des passants quand bon leur chante (comme la Savak qui arrachait le voile des vieilles Iraniennes en pleine rue ?), où l’alcool, la danse, la musique sont interdits (vraiment ?). Ne discutons pas ces idées reçues, plus ou moins fausses (ou plus ou moins vraies, si l’on voit le verre à moitié vide), selon les époques, l’endroit, selon le degré de corruption du policier et du juge (comme dans tous les pays du monde à l’exception de l’Europe, de l’Amérique du Nord, et du Japon, en gros). J’aimerais davantage évoquer parler de la contradiction du rigorisme (réel) voulu par les mollahs et notamment par le premier d’entre eux, Roullah Khomeini, aujourd’hui quasiment vénéré comme un marja et certains de ses côtés plus étonnants.

Le rigorisme, la droiture, la quasi sainteté, aux yeux de chiites d’Iran, d’Irak, du Yémen, du Liban, de Turquie, contraste en effet avec certains côtés moins connus notamment des Occidentaux. Qui en effet aurait pu croire qu’un homme si rude, portant le turban noir de seyyed puisse écrire pareils vers :  « Épris je fus, ma mie, de la mouche à tes lèvres/Je vis ton œil languide et en fus alangui »  ou encore ceux ci : « L’Amie n’a pas passé la porte et ma vie touche à sa fin/C’est le bout de mon histoire et ce chagrin n’a pas pris fin/La coupe de la mort en main, je n’ai point vu celle de vin/Après tant d’années passées, de l’Aimée nulle bonté ne vint » (Divân, p.97, Radjab 1407). Il y a une contradiction ou à tout le moins un décalage à imaginer un homme qui a ordonné une féroce répression des contestations post-révolutionnaires écrire des vers si beaux dans la plus pure tradition persane (Hafez, Ferdowsi, Rûmi…). 

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J’ai trouvé une seule photo de Khomeini en train de sourire du coup je vous l’ai mise

Il y a à mon sens plusieurs explications : la première est assez évidente et aisée à voir : il n’y a aucune incompatibilité à être un dirigeant politique même dur et en même temps un artiste doté d’une grande sensibilité. Mais l’explication la plus profonde et la plus cohérente se situe à mon avis dans ce que j’évoquais plus haut. En faisant la révolution, l’Ayatollah voulait, prenant modèle sur toutes les révolutions depuis la révolution française de 1789, et notamment les révolutions socialistes, « réformer » le pays. S’appuyant pour sa part sur la tradition chiite, il a puisé dans les racines de sa foi pour en faire émerger à la foi un Droit (le Velayat-e Faqih) et une poésie d’une grande beauté. C’est sans doute la raison pour laquelle ce Droit est aujourd’hui encore une armature solide pour la Constitution iranienne, et ce malgré les distances prises progressivement. 

De la même manière, en tenant ceci à l’écart du politique et de la politique, l’Ayatollah Khomeini a fait de la poésie de la même façon que les prédécesseurs que j’évoquais plus haut : avec humilité et discrétion.

Controversé, haï, ou vénéré, il reste un dirigeant majeur de la fin du XX ème siècle. A ceux qui ne peuvent s’épargner les luttes et les débats trop passionnés, je ne saurais que trop leur conseiller de jeter un œil à ses œuvres, qui ont été traduites en de nombreuses langues dont le français.

 

Bibliographie :

http://imam-khomeini.com/web1/france/showitem.aspx?cid=1676&pid=1808

http://www.teheran.ir/spip.php?article1200#gsc.tab=0