Contre le Guenonisme de salon

Une idée courante à l’extrême droite consiste à penser la société dite occidentale comme une société qui ne fait que chuter soit depuis la prise de Constantinople, soit la Révolution française, soit la fin de la seconde guerre mondiale.

Chez cette frange là, éminemment cultivée et intelligente par ailleurs, lecteurs de Nietzsche, Julius Evola, Savitri Devi (« Lightning and the Sun ») mais encore René Guénon (« La crise du monde moderne ») l’Occident serait voué à sa propre destruction dans la décadence jusqu’à la fin du Kali-Yuga (« l’âge de fer ») avant un nouvel âge d’or. 

L’ennui des auteurs sur lesquels ils s’appuient, morts dans les années 70/80 au plus tard (74 pour Julius Evola, 82 pour Savitri Devi) est qu’ils n’ont pas su ou pas pu prévoir la lame de fond de la modernité qui allait balayer des pays tels que l’Inde, la Chine, l’Iran, les pays (à l’époque) communistes, l’Iran, ou l’Afrique.

Par modernité, je ne parle pas ici de progrès technique que la Chine, les pays socialistes et dans une moindre mesure l’Iran avaient déjà bien intégré, à la mode occidentale. Je désigne plutôt un certain nombre de « valeurs » (sic) philosophiques, sociétales, économiques et politiques : libération sexuelle, social-democratie, pluralisme politique et médiatique, qui ne s’intègrent pas dans ce que Evola nomme la Tradition. 

À titre d’exemple, si Evola voyait l’Iran d’aujourd’hui, qui interdit l’homosexualité mais autorise les changements de sexe, il serait je pense stupéfait et horrifié. Si Savitri Devi voyait l’état de l’Inde trente ans après sa mort (creusement des inégalités, fin des castes, pollution des eaux et des sols, GPA…) elle en serait je pense probablement malade.

Pourquoi ces brillants penseurs n’ont ils pas si voir la chute ou du moins les profondes mutations de systèmes traditionnels si solides ? (Iran, Inde, Afrique). Il y a à mon sens une première raison qui est d’ordre historique, et assez évidente. C’est la chute du communisme. Personne n’avait prévu ce qui fut vécu comme un traumatisme pendant plus de dix ans en Europe orientale (c.f le film « Good Bye Lenin »), dans les Balkans et dans le reste du monde. Un certain nombre de pays cédèrent à un capitalisme débridé (Russie) sans pouvoir s’appuyer sur un renouvellement de leurs élites traditionnelles, qui restaient des apparatchiks communistes avec un autre nom. Et aujourd’hui, nombreux parmi ceux qui fantasment la Tradition orientale, par opposition à la « décadence occidentale », ignorent que la PMA est autorisée en Russie, que la Serbie est le premier pays du monde à avoir une lesbienne comme premier ministre etc. 

La vérité est que ce que Evola et les penseurs appellent la Tradition est morte. Dans l’islam, le judaïsme, le christianisme, ou le bouddhisme tibétain, elle n’existe plus, la faute notamment à la trahison des chefs religieux. Le dernier exemple en date est le Dalaï Lama (déjà célèbre pour avoir dit qu’après lui il n’y aurait plus de réincarnation (sic)) qui a déclaré : « Bouddha aurait aidé ces pauvres musulmans » en parlant des Rohyingas. La réalité est que Bouddha aurait recommandé aux musulmans de lâcher leurs armes, de renoncer aux désirs terrestres et à la violence au profit de la méditation. Rien de plus. 

Il est donc vain de chercher « à l’est » une tradition morte ici. Il est plus sage et plus cohérent de faire renaître une tradition ici sur les pierres et les braises de nos foyers. 

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Iran-Arabie Saoudite : une guerre froide au Moyen-Orient ?

L’hostilité de plus en plus palpable entre la monarchie saoudite et la République islamique d’Iran (imaginez le frisson de dégoût, de lassitude et d’effroi mêlés qui parcourt mon échine quand je lis cette dernière assimilés aux « monarchies pétrolières », y compris sous la plume de gens bien informés) est de plus en plus palpables, que ce soit pour les apprentis journalistes boutonneux de BFMTV ou chez les « dissidents » de tout bord.

Il apparaît complexe et fastidieux de démêler une relation tumultueuse entre deux énormes puissances diplomatiques, militaires et culturelles (enfin, pour ce qui est de l’Iran, surtout).

Evoquons un certain nombre de faits : comme le rappelait Pascal Gauchon dans le numéro de la revue Conflit de Septembre largement consacré à l’Iran, ce qui fait l’unité du pays, davantage que le fait ethnique, c’est le fait religieux. En effet, depuis la dynastie des Séfévides , pour contrebalancer l’opposition religieuse, politique, culturelle et diplomatique ottomane, les Shahs perses ont choisi le chiisme duodécimains comme religion d’Etat. Cela a permis non seulement une independance vis à vis des monarchies et autres Etats sunnites (Egypte, Maghreb,  pays du Golfe), mais également, aujourd’hui, d’étendre réseaux et pouvoirs parallèles dans des pays à majorité sunnite. L’exemple le plus frappant, si j’ose dire, est celui du Hezbollah, parti politique tout à fait légal au Liban mais qui dispose d’une énorme force de frappe militaire, permettant à l’Iran d’agir en Terre Sainte, et plus récemment en Syrie et en Irak contre Daesh aux côtés de Bachar El-Assad, allié de l’Iran.

Si les Séfévides et les Perses ont choisi cette voie religieuse, c’est dans une volonté de se démarquer de ceux que le poète perse Ferdowsi appelait les « mangeurs de serpents » : les Arabes. En effet, en Iran, les Arabes sont toujours assimilés à deux autres notions : l’invasion et l’islam; comprendre, l’islam sunnite. Cet article n’a pas la prétention de trancher de la validité de tel ou tel islam, force est de constater que le chiisme duodécimain n’a pas le même poids culturel et religieux en Iran.

Il est ainsi facile de comprendre les anathèmes que se jettent depuis plusieurs mois voire années les dirigeants religieux de l’Arabie Saoudite, gardienne des lieux saints de l’ensemble de l’islam (nous y reviendrons) et de l’Iran. Chacun, dans une escalade dangereuse, s’accuse ainsi de n’être « pas assez musulman », ou « pas musulman« , texte à l’appui (ou pas). Ce qui est en jeu ici est moins une question religieuse qu’une question diplomatique. Comme je l’ai dit, l’Arabie Saoudite garde la plupart des lieux saints de l’islam (à l’exception du Dôme du Rocher, situé à Jérusalem). L’Iran garde pour sa part un certain nombre de lieux saints chiites, et s’estime gardienne des lieux saints en Irak, à Nadjaf et à Kerbala : c’est là la raison de ses ambitions territoriales sur sa frontière ouest, dans des zones qui lui ont appartenu il y a plusieurs siècles.

Si l’on rajoute ce problème de dogme la douloureuse question de la bousculade du Hajj de l’an dernier, où périrent 464 Iraniens, la tension ne peut que se tendre davantage dans les mois qui viennent. La question ethno-religieuse, sous tendue depuis des siècles, est donc en train de se muer en crise diplomatique grave. Dans le contexte de la guerre en Syrie et en Irak, où l’Arabie Saoudite joue un jeu pour le moins ambivalent en soutenant des milices islamistes opposées à Bachar El-Assad, il y a fort à craindre une violence indirecte croissante. Une guerre froide au Moyen-Orient.

Ce qui se dessine derrière cet affrontement est une compétition à la fois diplomatique et militaire mais aussi économique pour le leadership du monde musulman. Avec la fin des sanctions contre elle, l’Iran, peut redistribuer ses cartes, au Moyen-Orient, en Amérique latine, en Europe, en Russie, en Inde ou encore en Chine. Bien que subissant une crise à la fois sociale, culturelle, et démographique, l’Iran peut affronter la mondialisation. Et c’est probablement là une des peurs de son voisin saoudien, qui ne peut compter que sur la rente pétrolière pour survivre dans la chaleur hostile du désert.

 

Ruollah Khomeini : entre Velayat-e Faqih et poésie persane

En 1979, la Révolution propulse à la tête de l’Iran l’Ayatollah Rouhollah Khomeini. Celui qui va prendre la place du Shah d’Iran et balayer la dernière dynastie (les Pahlavi) est un homme secret, complexe, voire contradictoire. Il revient en Iran après une longue route d’exil (Turquie, Irak, et France), à la tête d’une idéologie baroque, chiisme duodécimain fortement teinté de socialisme et de « tiers-mondisme », dans le contexte d’une guerre froide et d’un affrontement entre les deux blocs très dur. Par opposition, l’Irak voisin sera fortement soutenu par l’Occident lors de la terrible guerre Iran-Irak, guerre inutile, sanglante, et n’aboutissant sur aucune conquête militaire.

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Un soldat iranien pleure son frère pendant la guerre Iran-Irak. Pas très sport, sur ce coup là, Saddam.

L’Ayatollah, dans le chiisme duodécimain, est un titre à la fois religieux (c’est le titre le plus élevé dans la hiérarchie religieuse chiite; en arabe : آية الله ou en persan : آیت‌الله, : « signe de Dieu ») et politique. En effet, dans la théocratie qu’instaure la Révolution islamique, pouvoir politique et religieux sont fortement liés et ce malgré l’instauration d’une République, d’un Président et d’un Parlement. C’est là le principe du Velayat-e Faqih, qui préconise la supériorité du pouvoir religieux sur le pouvoir politique.

Depuis trente ans donc, c’est le pouvoir religieux qui, de façon constitutionnelle, a le « dernier mot », en matière juridique et législative en Iran. Il est à noter au passage qu’il n’y a pas que l’Iran qui soit une république islamique : la Gambie et le Pakistan sont également des Républiques islamiques.

L’Iran post-révolutionnaire a en Occident une réputation de pays « fermé » où les femmes ne sont pas libres (qu’est ce qu’être libre en Iran ? Aux Etats-Unis ? Au Japon ? En Russie ? Au Sénégal ?), où les Pasdaran arrêtent des passants quand bon leur chante (comme la Savak qui arrachait le voile des vieilles Iraniennes en pleine rue ?), où l’alcool, la danse, la musique sont interdits (vraiment ?). Ne discutons pas ces idées reçues, plus ou moins fausses (ou plus ou moins vraies, si l’on voit le verre à moitié vide), selon les époques, l’endroit, selon le degré de corruption du policier et du juge (comme dans tous les pays du monde à l’exception de l’Europe, de l’Amérique du Nord, et du Japon, en gros). J’aimerais davantage évoquer parler de la contradiction du rigorisme (réel) voulu par les mollahs et notamment par le premier d’entre eux, Roullah Khomeini, aujourd’hui quasiment vénéré comme un marja et certains de ses côtés plus étonnants.

Le rigorisme, la droiture, la quasi sainteté, aux yeux de chiites d’Iran, d’Irak, du Yémen, du Liban, de Turquie, contraste en effet avec certains côtés moins connus notamment des Occidentaux. Qui en effet aurait pu croire qu’un homme si rude, portant le turban noir de seyyed puisse écrire pareils vers :  « Épris je fus, ma mie, de la mouche à tes lèvres/Je vis ton œil languide et en fus alangui »  ou encore ceux ci : « L’Amie n’a pas passé la porte et ma vie touche à sa fin/C’est le bout de mon histoire et ce chagrin n’a pas pris fin/La coupe de la mort en main, je n’ai point vu celle de vin/Après tant d’années passées, de l’Aimée nulle bonté ne vint » (Divân, p.97, Radjab 1407). Il y a une contradiction ou à tout le moins un décalage à imaginer un homme qui a ordonné une féroce répression des contestations post-révolutionnaires écrire des vers si beaux dans la plus pure tradition persane (Hafez, Ferdowsi, Rûmi…). 

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J’ai trouvé une seule photo de Khomeini en train de sourire du coup je vous l’ai mise

Il y a à mon sens plusieurs explications : la première est assez évidente et aisée à voir : il n’y a aucune incompatibilité à être un dirigeant politique même dur et en même temps un artiste doté d’une grande sensibilité. Mais l’explication la plus profonde et la plus cohérente se situe à mon avis dans ce que j’évoquais plus haut. En faisant la révolution, l’Ayatollah voulait, prenant modèle sur toutes les révolutions depuis la révolution française de 1789, et notamment les révolutions socialistes, « réformer » le pays. S’appuyant pour sa part sur la tradition chiite, il a puisé dans les racines de sa foi pour en faire émerger à la foi un Droit (le Velayat-e Faqih) et une poésie d’une grande beauté. C’est sans doute la raison pour laquelle ce Droit est aujourd’hui encore une armature solide pour la Constitution iranienne, et ce malgré les distances prises progressivement. 

De la même manière, en tenant ceci à l’écart du politique et de la politique, l’Ayatollah Khomeini a fait de la poésie de la même façon que les prédécesseurs que j’évoquais plus haut : avec humilité et discrétion.

Controversé, haï, ou vénéré, il reste un dirigeant majeur de la fin du XX ème siècle. A ceux qui ne peuvent s’épargner les luttes et les débats trop passionnés, je ne saurais que trop leur conseiller de jeter un œil à ses œuvres, qui ont été traduites en de nombreuses langues dont le français.

 

Bibliographie :

http://imam-khomeini.com/web1/france/showitem.aspx?cid=1676&pid=1808

http://www.teheran.ir/spip.php?article1200#gsc.tab=0

 

 

Toute ma vie, j’ai rêvé d’être une hôtesse de l’air…

J’écris cet article en écoutant l’un de mes groupes de musique préféré, Peste Noire. En matière de musique comme dans d’autres, le patriotisme ça me connait. En revanche, pour ce qui est des compagnies aériennes, ne comptez pas sur moi, je deviens le plus impitoyable et le plus libéral des requins.

J’ai déjà écrit des dizaines de ligne sur l’Iran, ici, sur Twitter, sur Facebook, et lorsque cette grotesque affaire mêlant Air France, pseudo-patriotisme économique, et droits de l’homme, j’ai poussé un de mes habituels profonds soupirs, lâchant quelques tweets mi-sarcastiques mi-méprisants, avant de poursuivre mon errance sur les Internets. Las ! Il semblerait que les Français (et uniquement eux) soient quelque peu durs de la feuille.

Je sais fort bien que je ne serai guère entendu, et que ma voix n’a que peu de légitimité. N’importe. Il y a des choses qui doivent être dites.

Reprenons les choses dans l’ordre. Le droit dit que le personnel de chaque compagnie aérienne doit se soumettre lors de l’escale (non lors du vol) au droit et aux coutumes du pays hôte. C’est en vertu de cette loi que l’Iran, pays régi par la charia (et pas l’interprétation la plus rigoriste, chacun en conviendra), demande aux femmes (en l’occurrence les hôtesses de l’air) de se couvrir.

Lesdites hôtesses de l’air de Air France ne l’entendent pas de cette oreille. Elles clament haut et fort à qui veut l’entendre, très haut dans le ciel surtout (et non pas à Barbès ou dans les quartiers de banlieue parisienne que la République a abandonné à une islamisation dans laquelle l’Iran n’a aucun rôle direct ou non) qu’il est hors de question qu’elles s’abaissent à ceci ou cela, qu’elles ont été élevées selon la laïcité et les Droits de l’Homme, elles, môssieur. Et les hommes politiques de tout bord, de l’extrême gauche à l’extrême droite, les intellectuels, les médias, de reprendre en choeur l’antienne des « Droits de l’Homme et de la laïcité », du « elles valent mieux que ça ». La farce serait drôle si elle n’était pas tragique et grotesque à la fois.

La France, ce pays qui a abandonné sa souveraineté aux puissances apatrides de l’argent, à l’Union Européenne, au Qatar, à la Turquie, à l’Arabie Saoudite, à la Russie (je ne citerais pas ces messieurs des Républicains, qui se reconnaîtront, et qui sont des salariés de Gazprom), qui a laissé des rues, des quartiers, des villes entières devenir des enclaves islamistes (donc des repaires de djihadistes en puissance), la France donc, entend donner des leçons à un autre pays en matière de souveraineté et de Tradition ? Quel pays a encore des frontières, une monnaie, une armée propres ? L’Iran ou la France ? Que sont donc ces saillies post-colonialistes à base de « nos valeurs » et « les leurs » ? Le barbare, c’est toujours l’autre : c’est en France que l’on pratique le mariage entre homosexuels, une chose totalement inconcevable pour le Perse moyen et pour l’Oriental moyen en général.

Revenons à l’affaire qui nous intéresse: tout le monde se fout de Air France, ou du voile des hôtesses de l’air : 1) Personne ne prend Air France pour aller en Iran, car cette compagnie est bien trop chère. 2) Dans la pratique, aucune compagnie ne pose de souci avec l’Iran. Il s’agit là d’une manœuvre, alimentée par les médias, pour nuire à l’image d’un Iran qui relance son activité économique, diplomatique et son influence dans la zone. 3) Dans la pratique, on note également que les hôtesses de l’air peuvent très bien vivre sans ce voile.

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A titre de conclusion, je rappelle que notre pays est devenu à ce point un pays du tiers-monde que ce sont des Japonais organisés en compagnies privés qui nettoient nos monuments parisiens. Les leçons de morale sont donc je pense assez mal venues.

Les aventures d’Ingrid bête en cours en Iran

Ingrid Bétancourt, l’une de nos plus célèbres anciennes otages (on aime bien semer des otages dans les déserts, les jungles et les montagnes d’Amérique latine ou du Moyen Orient, en France) vient de déclarer sur BFMTV, en tant que « Ambassadrice de la cause des femmes en Iran » : « S’il y’a Daesh c’est qu’il y a l’Iran »

Je crois que je sais maintenant pourquoi on l’a récupérée, pourquoi les FARC ont écourtée son stage en ERASMUS pêche et nature dans la jungle. Parce que dès qu’elle ouvre la bouche, depuis sa libération, elle dit n’importe quoi. J’imagine le calvaire que ça devait être là bas ! Oui parce qu’elle parle aussi l’espagnol ! Elle parle pas le farsi, mais elle parle l’espagnol, étant à moitié colombienne ! Donc à mon avis, les troupes gouvernementales, ça devait être de la touchette à côté des conneries débitées par cette gourdasse.
Intéressons nous à un premier point : que connait Ingrid Bétancourt de l’Iran a priori. Fouillons son impressionnant CV, hors le tragique stage en Colombie susévoqué (même pas foutu de rapporter un peu de blanche). Diplômée de Sciences Po Paris, elle est passée par divers ministres colombiens (finance, commerce extérieur, etc). Elue députée, etc. Sa page Wikipedia, assez ennuyeuse, vous renseignera comme moi : elle doit tout juste savoir placer l’Iran sur une carte et le distinguer de l’Irak.

Je m’étonne ensuite de ce poste : comment ce fait-il qu’une franco-colombienne bénéficie d’un poste à responsabilité dans un autre pays ? Ne serait-ce pas là une splendide ingérence néo colonialiste dont est si familière la gauche (voir les discours de Jules Ferry et de Léon Blum que je suis las de reproduire à chaque fois ; je me contenterais d’une phrase de Paul Déroulède, homme d’extrême droite : « J’ai perdu deux sœurs, et vous m’offrez vingt nègres ») ? Il est vrai que l’Iran est un pays qui a besoin d’ingérence coloniale, n’ayant pas subi d’influence coloniale pendant l’épopée des XIX ème et XX ème siècle.

Je m’interroge ensuite sur la présence d’un cerveau dans la boîte crânienne de cette femme : comment peut on faire un quelconque lien entre Daesh, d’obédience sunnite et donc profondément prosélyte, avec l’Iran chiite absolument pas expansionniste ? Quel lien établir entre un califat (puisque l’Etat islamique revendique le califat, aboli en 1924) et une république islamique, soutien des ennemis les plus ardents (Bachar Al Assad) dudit Etat islamique ?

Il est donc possible que l’auteur de ces mots amalgame (oh, la vilaine fasciste) tout et son contraire. Revenons au point de départ, c’est-à-dire à son poste, qui concerne, les femmes en Iran. J’aimerais voir sa tête quand elle verra les iraniennes portant maquillage, lunettes flashy, rouge à lèvres, voiles légers, soit beaucoup moins de tissu sur la tête qu’en Seine-Saint Denis, mais c’est un autre problème. Notre bonne Ingrid s’imagine sans doute que les femmes sont pendues à tour de bras (comme ce que s’imaginent les FEMEN, dont j’attends toujours un commentaire au sujet de la douteuse légion d’honneur remise au Prince héritier de l’Arabie Saoudite), qu’elles sont horriblement violées, lapidées pour un rien, mangées vivantes, que sais-je encore, ayant en tête la récente affaire de Téhéran et Esfahan de ces femmes aspergées d’acide dans les rues, ou encore la fameuse et récente loi autorisant « le mariage des enfants ». Mettons au clair quelques points, prenons du recul, et prenez un miroir, amis français qui avez accepté le mariage entre homosexuel. Le barbare, c’est toujours celui qui ne parle pas la même langue et n’a pas les mêmes coutumes.

Oui, les femmes peuvent être condamnées à mort. Je ne vois absolument pas ce qu’il y a de choquant dans la mesure où l’Iran pratique la peine de mort pour le meurtre, le viol, le trafic de drogue, la sodomie, le lesbianisme (à la troisième récidive), etc
Il est évident que les femmes ont des droits asymétriques concernant le mariage et le divorce, notamment, mais la société iranienne, pénétrée de coutumes et de valeurs millénaires notamment zoroastriennes, a toujours fait peu cas de ce genre de « droits » très musulmans, très arabes. En effet, il faut rappeler qu’en Iran, l’islam, notamment l’islam sunnite (celui de Daesh, des Arabes ; car les Iraniens ne sont pas des Arabes contrairement à ce que tu sous entends dans ton interview, Ingrid) est assimilé aux envahisseurs du VII ème siècle. Ainsi, dire comme madame Bétancourt que l’Iran participe « exporte la misogynie institutionnalisée » est non seulement faux, mais également dangereux d’un point de vue de la culture de l’Iran, et d’un point de vue géopolitique. Pour être très concret, les seules choses qu’exporte l’Iran en ce moment sont des combattants (milices afghanes, notamment), des armes, et des hydrocarbures. La seule idéologie exportée par l’Iran, le velayat-e faqih, ne saurait influencer Daesh, dans la mesure où il s’agit d’un terme de droit musulman concernant uniquement le chiisme duodécimain.
Ainsi, sur le mariage des enfants, loi qui fit tant de scandale, il y a deux choses à comprendre. Premièrement, la loi n’a servit qu’à encadrer une pratique qui existait déjà. Deuxièmement, cette pratique permettait d’éviter que l’héritage ne sorte de la famille, quelque chose qui se faisait… En Grèce antique. Je pense que je ne t’apprends rien, Ingrid, si je te dis que Grecs et Perses sont deux peuples Indo-Européens qui ont beaucoup échangé, et pas qu’en se tapant dessus.

Sur l’affaire de l’acide jeté sur les femmes, cette affaire, prise avec le plus grand sérieux, c’était le fait manifestement d’individus absolument mal intentionnés. Je confesse n’avoir pas davantage d’informations sur le sujet, mais si tu en as, Ingrid, je serais ravi de les accueillir (quand tu auras su distinguer Yazd de Qom).

Chacun m’excusera je l’espère pour le ton parfois peu académique, et les attaque ad personam de mon billet d’humeur.