Donald Trump pousse un cri persan

Comme il l’avait promis, et en accord avec son slogan « America first », Donald Trump a donc retiré les États Unis du « 5+1 », l’accord qui liait d’une part l’Iran et d’autre part la Chine, la Russie, la France, l’Allemagne, et le Royaume-Uni.

Si les réactions des journalistes pleuvent depuis cette annonce, il convient d’analyser le contexte américain (I), le contexte iranien (II), les conséquences économiques notamment européennes (III), et les raisons qui ont poussé Donald Trump a faire ceci (IV).

I/ Contexte géopolitique et économique américain : un déplacement vers le Pacifique

Avec les invasions d’Afghanistan (2001) et d’Irak (2003), consécutives aux attentats du World Trade Center, les États Unis marquaient leur grand retour au moyen orient; encore qu’ils n’étaient jamais vraiment partis, pouvant compter sur de solides appuis en Israël, en Turquie, et dans les pays du Golfe (Koweït, Arabie Saoudite notamment).

La découverte de gaz de schiste à présent rentable et surtout sûr donne une raison aux États Unis de se désengager d’un moyen orient complexe et dangereux : en 2011, le dernier soldat américain quitte l’Irak. Le cas de l’Afghanistan est différent, Trump ayant finalement renoncé à retirer ses troupes et ayant même intensifié la présence américaine. La raison en est simple : dans ce pays proche de l’Iran et de la Russie, il vaut mieux que les Américains gardent leurs yeux ouverts.

Or ce qui se joue aujourd’hui n’a rien à voir avec les sables du moyen orient mais avec le Pacifique : présent dans une multitude d’îles (dont l’archipel d’Hawaï), les États Unis entendent bien concurrencer des pays tels que la Chine (en Birmanie), le Japon ou la France. On apprend ainsi ici que 60% des forces navales américaines sont dans le Pacifique. A moyen et long terme, le but des États Unis est donc clair : ne plus être dépendant d’un point de vue énergétique du moyen orient.

II/ Contexte géopolitique et économique iranien : un régime théocratique et une economie semi socialiste

Les sanctions économiques pré 2015 ont alimenté une économie fermée autocratique, confisquée par les Pasdarans (Les Gardiens de la Révolution). Plutôt conservateurs, ils ont été de ceux qui ont critiqué Hassan Rohani (président modéré) et l’accord avec les États Unis et les Européens moins pour des raisons militaires que pour des raisons de privilèges économiques, la fin des sanctions signifiant l’ouverture progressive aux entreprises européennes, notamment françaises mais aussi allemandes ou italiennes. Nous développerons ces points plus loin.

Outre l’appui évident d’Israël, Donald Trump a obtenu le soutien de l’Arabie saoudite. Outre le lien ancien (c.f supra) entre les deux pays, et la rivalité entre les deux géants musulmans, il faut voir là pour l’Arabie saoudite un intérêt purement mercantile : pouvoir influer sur le prix du baril de pétrole.

III/ Conséquences sur l’économie française et européenne et sur l’équilibre de la région

La première conséquence évidente est la perte de milliards d’euros de contrats difficilement obtenus. « Les décisions de Trump, c’est notre chômage » pourrait être un excellent slogan.

La deuxième conséquence à craindre est la suivante : en plaçant de fait Hassan Rohani dos au mur, Donald Trump l’oblige à être dur pour ne pas se laisser déborder et fragiliser par les conservateurs. La mort prochaine du Guide de la Révolution, très malade, étant dans les esprits de chacun, il s’en retrouverait davantage fragilisé. Cette fermeté peut enfermer l’Iran dans une situation de repli sur la scène internationale, avec des provocations comme du temps de Mahmoud Ahmadinejad. Pire encore, Rohani a évoqué un potentiel retour à une production d’uranium enrichie.

La troisième conséquence c’est l’escalade. Côté saoudien, tout d’abord puisque l’Arabie saoudite a déclaré qu’elle chercherait à se doter de l’arme nucléaire si l’Iran le fait. Côté « axe chiite » ensuite puisque la guerre en Syrie et le retrait américain d’Irak a renforcé les divers mouvements chiites. De ce point de vue, Donald Trump a fait un mauvais calcul.

IV/ Les raisons de la colère

Nous l’avons dit, Donald Trump considérait qu’il s’agissait là du plus mauvais deal qui fut. On peut en effet arguer que la production de missiles balistiques n’était pas soumise à contrôle, par exemple. Or, pour le reste, l’Iran s’est très bien comporté sur la période 2015-2018, de l’aveu même de l’AIEA.

Il est possible que Trump ait « subit » l’influence de conseillers dits néo cons mais cela ne change rien aux projets des États Unis tant économiques que militaires.

A court terme, cette sortie profite a priori à l’Arabie saoudite, et éventuellement aux conservateurs iraniens. A titre personnel, je doute qu’à court ou moyen terme, Israël soit gagnante, surtout si des personnes moins modérées que Hassan Rohani reprennent la main. Comme le rappelle Amélie Chelly dans l’interview que je signale supra, quelle que sera l’issue de cette crise, les Iraniens ont un haut niveau de patriotisme (déjà éprouvé lors de l’invasion anglo soviétique, de la guerre Iran Irak etc). La crise peut se résoudre de façon interne, éventuellement (et ce serait une terrible éventualité) par un coup d’État des Pasdarans.

Pour le moment, la population iranienne reste partagée, moitié désabusée moitié attentiste. Mais ils en vu d’autres : Grecs, Romains, Arabes, Mongols…

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Pourquoi le (potentiel) futur Califat s’annonce décevant

Ce titre provocateur risque de m’attirer les foudres d’un grand nombre d’imbéciles. Qu’il soit bien précisé à tous qu’il ne s’agit pas d’un article politique et que cet article n’a pas pour but de trouver des solutions politiques aux problèmes posés.

Pour le comprendre, je vais commencer par exposer très brièvement une des thèses de René Guénon, qu’il développe dans son ouvrage le plus connu, « la crise du monde moderne » (1927). Dans cet ouvrage, le philosophe développe l’idée d’un occident moderne qui aurait perdu la Tradition, là où l’orient (civilisation indienne, monde islamique, civilisation chinoise) aurait conservé cette Tradition. Il en profite pour balayer toute tentative de « recréation » de Tradition par ce qu’il appelle les traditionalistes, qu’il oppose d’ailleurs aux traditionnels.

Partant du principe que nous nous situons à la fin de ce que les Hindous nomment le Kali-Yuga (l’âge sombre ou âge du fer), il estime que la seule façon dont pourrait être sauvé l’occident est de s’abreuver à la source orientale, dans la mesure où les sociétés traditionnelles sont similaires entre elles.

Oui c’est pas pour demain non plus.

Et c’est précisément là que le bât blesse. Mort en 1951, René Guénon, qui s’alarmait en 1927 de la modernité en occident, n’eut pas le temps de la voir gagner l’orient : mères porteuses en Inde, capitalisme et suicides en Corée du Sud et au Japon, communisme en Chine, en Asie du Sud-Est, fin des castes en Inde, buildings vertigineux au Moyen orient, en Corée du Sud, en Chine, au Japon, à Singapour…

C’est pas si tradi…

Nul doute que la seconde guerre mondiale et la guerre froide d’autre part ont rompu de façon durable et profonde l’idée que Guénon se faisait de l’orient. Il est évident que s’il existe une Tradition primordiale, elle existe encore (au moins dans une certaine mesure) au Japon, en Mongolie, au Tibet, en Perse, en Chine, en Inde, ou dans le monde islamique.

Mais considérons ceci. Chez l’écrivain américain Robert E. Howard, créateur de Conan, le barbare est supposé agir comme un feu régénérateur : il est Śiva,créateur et destructeur. Devant les civilisations affaiblies, il vient les « tester » ; comme Attila ou Genghis Khan, le barbare sert d’ordalie. L’alternative est la suivante : être détruit (puis renaître) ou repousser le barbare.

Cavalier de Kubilaï Khan

Le problème de la civilisation occidentale/européenne est celui-ci : elle n’a ni Attila, ni Genghis Khan. Son barbare à elle n’est pas une armée. Il s’agit d’un mélange de mercenaires venus de tout le monde musulmans, d’une part, et d’autre part de jeunes de banlieue d’origine maghrébine ou africaine pratiquant un islam mâtiné de capitalisme McDonald’s : la chicha entre la prière et le Starbucks. Ils sont encore plus déracinés que les autochtones auxquels ils s’en prennent (insultes, vols, agressions, viols, meurtres, attentats). Ils n’ont d’ailleurs en réalité pas plus d’intérêt au califat qu’eux : si la législation concernant les voleurs était la même à Raqqa et à Trappes, le nombre de manchots irait croissant.

Futurs soldats du califat?

Il est difficile de dire si Guénon a fait ou non une erreur sur ce point. Il serait plus exact de dire que l’histoire a été cruelle avec un certain nombre de ses prévisions au niveau du temps court, lui qui raisonne sur le temps très long.

D’un point de vue guénonien, le potentiel futur Califat, s’annonce donc décevant : fort peu « islamique », s’accomodant fort bien de la démocratie et du capitalisme le plus brutal… L’expérience nous a montré que des pays pouvaient combiner théocratie musulmane et capitalisme parfaitement intégré dans le grand marché mondial, à l’image des pays du Golfe.

De la mauvaise lecture de Huntington

Une idée assez courante veut que les rois de France notamment François Ier et Louis XIV étaient des traîtres à la France/l’Europe/le christianisme (au choix) sous le prétexte qu’ils avaient des alliances avec la Sublime Porte (l’empire ottoman). Je vais tenter de convaincre ces étonnants ethno-masochistes (souvent athées d’ailleurs) qu’ils sont dans l’erreur.

I/ Les chrétiens n’ont jamais formé un bloc

Si la religion chrétienne est une réalité, le monde chrétien ne l’est pas. Des chrétiens ont passé leur temps à se faire la guerre. C’est d’ailleurs pour cela que la paix de Dieu et la trêve de Dieu furent instaurées. Les conflits féodaux divers, la guerre de cent ans, la guerre des deux roses, la conquête de la Grande Bretagne par Guillaume le Conquérant ne fut pas un « conflit de civilisations » huntingtonien.

Pendant les croisades mêmes, on assista à de graves tensions entre catholiques et orthodoxes (pillage de Constantinople en 1204 avec la bénédiction de Vénitiens… catholiques).

Les guerres de religion du XVI ème puis du XVII ème, dans le sillage de la Réforme, montrent là encore s’il est besoin l’absence d’unité « européenne » du « monde chrétien » d’un point de vue militaire et diplomatique. L’harmonie et la paix dont nous avons hérité est certes un fruit du christianisme mais il s’agit d’un travail long et fastidieux, mené par l’Eglise en parallèle d’un travail culturel et civilisationnel.

La première conclusion à tirer est celle-ci : ce n’est pas « la religion » (terme vague) qui a été source des guerres puisque précisément le message de l’Evangile est un message de concorde, de paix et d’amour. Les guerres médiévales étaient en réalité peu mortelles, en raison du rôle joué par la diplomatie, des alliances matrimoniales, du rôle de l’Eglise (C’est elle qui permit à des pays tellesque la Bohême de se tenir à l’écart de la guerre de cent ans). De plus, les XIII-XIV ème siècle, l’occident médiéval chrétien est un monde relativement peu peuplé, à l’exception du royaume de France, auquel la peste porta un coup sévère.

II/ Et les musulmans n’ont jamais formé un bloc non plus

Mais les musulmans n’ont jamais formé de bloc non plus. Divisés en courants, écoles, les sunnites en particulier ont « souffert » de l’absence de hiérarchie. La période des mamelouks en particuliers (1250-1382/ 1382-1517) montre bien le mode de fonctionnement de transmission du pouvoir. Étant des esclaves, c’est par le complot et l’assassinat que le pouvoir se transmettra durant trois siècles, avant de demeurer en place sous La conquête ottomane. Cet état de grâce durera jusqu’à leur massacre en 1811, roi d’Egypte d’origine albanaise.

Allez hop hop, les mamelouks, ça dégage

Dans le reste du « monde musulman », la plupart des conversions de dynasties se firent d’ailleurs pour des motifs politiques : ainsi, quand Shah Abbas II, dirigeant safavide de la Perse, convertit sa dynastie et son pays au chiisme duodécimain, c’est pour s’opposer au califat turc, son voisin et rival. Le conflit entre le monde perse et le monde turc est d’ailleurs toujours présent aujourd’hui. A titre d’exemple, jusque très récemment, la République islamique d’Iran protégeait officieusement le PKK contre la Turquie.

III/ Un peu de géopolitique… Et de bon sens

Ainsi, quand la France s’allie avec l’empire ottoman, elle ne cherche qu’à contrebalancer le pouvoir des Habsbourgs qui, telle une pince à trois doigts, l’enserre au sud (Espagne), au nord (Pays-Bas espagnols) et dans une moindre mesure à l’est (Autriche; proche de l’empire ottoman donc).

Il est de même logique que la France, quoique « Fille aînée de l’Eglise » ne fasse pas parti de la Sainte Ligue, à une époque où elle est la première puissance européenne d’un point de vue militaire, économique, et démographique.

Mais l’observateur de bonne foi remarquera qu’un autre pays catholique, la Pologne, ne fait pas parti de la Sainte Ligue… Probablement parce qu’elle n’avait pas d’intérêt politique à envoyer des troupes combattre. De la même façon, de peu sont ceux qui reprochent aux Vénitiens (catholiques ont le rappelle) d’avoir abandonné Georges Castriote dit Skanderberg, héros catholique de la lutte des Albanais contre les Ottomans. L’Albanie sera vendue aux Ottomans.

L’idée n’est pas de porter un jugement mais au contraire de mettre en évidence la complexité de l’Histoire, les alliances, les mentalités des diverses époques, les comportements sociaux, militaires, qui peuvent nous paraître étonnant ou révoltants.

Un dirigeant politique pense aux intérêts de ses sujets/citoyens. Le reste n’est que littérature. Lors de la révolution bolchévique, des tendances diverses ont combattu ensemble : socialistes, tsaristes, réactionnaires, anarchistes jusqu’à l’armée du Baron Roman Ungern Von Sternberg.

Il apparaît donc nécessaire de ne pas calquer des schémas actuels sur des faits passés et vice versa. L’idée que l’histoire se répète toujours deux fois selon l’historiographie marxiste paraît souvent douteuse.

Le djihadisme ici et là bas

Je vais dans cet article, à l’occasion de l’attentat de Barcelone (qui avait manifesté pour l’accueil des migrants, bisous) exploser le mythe d’un djihad mondial aux causes et aux conséquences uniques des Philippines au Royaume-Uni, de la Syrie à l’Espagne. 

Le djihadisme est la manifestation la plus simple et la plus brutale de l’islam, qui est une religion de guerre et de conquête. Faire le djihad est une obligation. 

L’islam et les civilisations qu’il a imprégnées ou conquises (Arabo-andalous, Turcs, Perses…) s’opposent sur à peu près tout à nos civilisations occidentales qui trouvent elles leur racines en Grèce et à Rome, d’une part, et dans le christianisme d’autre part, pour l’essentiel (m’emmerdez pas avec les trois malheureuses tombes musulmanes trouvées à Narbonne).

Quoique la guerre ait fait parti des moeurs européennes pendant des siècles, nos ancêtres français, italiens, allemands et autres ont partagé ce fond commun avant de l’exporter aux États-Unis, au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Afrique du Sud. On peut très bien se faire la guerre et échanger de la culture, voyez Lully. 

Le djihadisme qui a frappé le Bataclan et Manchester visaient directement cet Occident, européen, décadent (drogue, musique..) et libéral, valeur permise uniquement sur un terreau helléno-chrétien. C’est là en général que le sot objecte : « Gnagnagna la Syrie gnagnagna le Mali ». Le relativisme est un fléau. Cependant : 

  • Aucune souffrance ne mérite d’être niée : aucune mère ne mérite d’enterrer son enfant de huit ans (même pas les mères israéliennes, n’est ce pas ?)
  • Au Moyen-Orient et en Afrique, les tensions actuelles ne sont que la suite de conflits anciens : chiites, sunnites, Arabes, Yezidis, Kurdes, Assyriens, Perses, ce joyeux beau monde s’étripait sans l’aide des Occidentaux il y a longtemps, faisant et défaisant des alliances complexes (« Si tu comprends le Moyen-Orient, c’est qu’on te l’a mal expliqué » dit le proverbe libanais); se souvenir de l’époque où les Kurdes étaient des supplétifs de l’Empire ottoman.
  • Il n’est pas question de nier l’implication étrangère notamment occidentale, mais elle n’est pas la cause seule.

Les causes du djihadisme sont sans doute les mêmes ici et là bas. Mais les réactions doivent être différentes car leurs acteurs n’ont pas les mêmes buts. Si leur but est de tuer, en Europe, leur but semble plutot de déstabiliser le pouvoir central et de recueillir l’adhésion. 

Tout ne se vaut donc pas même si on ne peut que déplorer la violence des attentats où qu’ils soient.

Des nouvelles mythologies et des nouveaux héros dans le milieu nationaliste

J’ai déjà dit à quel point les héros, passés et à venir, étaient nécessaires à la construction de l’identité des peuples et des nations. Comme disait Paul Claudel « la jeunesse n’est pas faite pour le plaisir, elle est faite pour l’héroïsme ». Le sujet qui m’amène ici est la variété des mythologies où chacun puise ses références et se crée ses héros. 

Il n’y a sans doute pas de meilleur cadre que la guerre, en Europe ou ailleurs, pour faire frissonner de jeunes militants au coin du feu, une guitare à la main. Les deux guerres mondiales, les guerres coloniales (Indochine et Algérie) d’abord, aujourd’hui le conflit russo-ukrainien, sans parler des divers conflits au Moyen-Orient, ou des guerres qui ensanglantèrent l’ex-Yougoslavie agonisante. A des centaines ou des milliers de kilomètres, à des décennies de distance, chacun se choisit un camp comme quand on jouait aux cow-boys et aux Indiens étant petit. Chacun dit « je supporte telle cause » ou « en ce temps là, j’eusse rejoins telle faction ». Cette attitude devrait être selon moi être mesurée précisément en raison du manque d’information et de recul historique que nous avons, dans notre confort d’occidental du début du XXI ème siècle. Nous avons appris que les images et les discours pouvaient être détournés  (exemple du massacre de Katýn) et que les hommes politiques comme les journalistes n’étaient que peu fiables (exemple des armes de destruction massive de Saddam Hussein).

C’est pourquoi je suggère de faire appel à ces mémoires mythifiées avec le plus grand soin, la plus grande prudence. Nous devons être fiers de nos ancêtres et de ce que nous transmettrons à nos enfants.

 

C’est une histoire d’amour

S’aimer c’est avancer dans la même direction. Chacun connaît le dicton. Et force est de constater qu’il est la clef de voûte des couples les plus harmonieux. Hélas, quand un couple ne s’entend pas, il divorce. Quand l’homme et la femme en viennent à dormir dans des pièces séparées ou à se hurler dessus  (si ce n’est pire), il est urgent et nécessaire de se séparer. 

Alors pourquoi en serait-il autrement à l’échelle des communautés humaines que sont les nations ? En 1993 Tchèques et Slovaques se sont simplement séparés. L’histoire récente avait réuni deux nations, les Tchèques (Bohêmiens, Moraves…) et les Slovaques au sein d’une construction baroque, bizarre, la Tchécoslovaquie. Née en 1918 des cendres de l’empire austro-hongrois disloqué en ses minorités  (Autriche, Hongrie, Roumanie…), elle avait traversé le XX ème siècle sous la botte de fer du communisme. Et à la chute du mur, devant l’absurdité de la situation et après une brève période fédérale, deux États, avec chacun un peuple sont nés : la Tchéquie pour les Tchèques, et la Slovaquie pour les Slovaques.

Cet exemple est heureux mais d’autres le sont moins : au Liban, l’immigration massive de Palestiniens Arabes sunnites entraîna le pays, si prospère qu’on le surnommait la Suisse du Moyen-Orient, dans une longue guerre civile, et dont les conséquences se font encore sentir aujourd’hui notamment en Syrie. Le divorce qui a fonctionné entre Tchèques et Slovaques n’a pas fonctionné au Liban, pas plus qu’il n’a fonctionné la décennie suivante en ex-Yougoslavie

Si je martèle autant d’exemples différents (et il m’en reste encore sous le pieds) c’est pour montrer qu’il n’existe au final que trois issues possibles au multiculturalisme : la séparation amiable, la séparation violente ou le néo-féodalisme. La question qui demeure est celle de notre marge de manoeuvre par rapport à l’Etat et par rapport à d’autres groupes ethno-religieux qui tendent à mieux s’organiser que nous. 

L’heure n’est pas au désespoir mais à l’action. 

Les migrations, question de classe, question de race

L’extrême droite  (mais pas seulement) raille souvent et à raison le discours de nos élites  (intellectuels, journalistes, artistes, hommes politiques…) consistant à voir dans les migrants et les réfugiés une manne économique, intellectuelle, démographique et culturelle inépuisable. 

Quiconque, même peu ou pas politisé doit, s’il  est de bonne foi relativiser, c’est le moins que l’on puisse dire, cet apport et cet enrichissement : viols, cambriolages, incendies, meurtres, etc. C’est à se demander où sont passés les futurs Montaigne ou les sanskritistes ! 

Pourtant, quiconque est allé à l’université connaît des non Européens. Idem dans le monde de l’entreprise. Le MIT reconnaît que l’université de Yazd en Iran est à la pointe en électronique, et le persan est une des langues les plus parlées chez Google. 

Mais alors pourquoi un tel décalage ?

Parce que ce ne sont pas les mêmes qui migrent aux mêmes endroits, tout simplement : les riches Syriens (ou autres) éduqués vivent de façon très correcte et souvent très intégrée. Les autres foutent le bazar, si vous me passez ce petit jeu de mots « orientalisant ». Ce ne sont pas des chirurgiens ou des archéologues qui violent, incendient ou tuent. 

Ce que ça change, êtes vous probablement en train de vous dire ? Je laisse Jean-Marie Le Pen répondre : https://youtu.be/moYgthnetDI

Les rebeux et l’antisionisme : histoire d’une escroquerie 

Pour comprendre « d’où je parle », comme disent les cibles principales de cet article, il est je crois nécessaire de montrer que je connais bien mes sujets, tant par ma vie que mes engagements politiques : les rebeux, les beurs, d’une part, et le conflit israélo-palestinien d’autre part. 

Je suis né à une autre époque appelée le XX ème siècle, dans une guerre froide mourante, quand il y avait encore deux Allemagnes.

A l’âge de six ans, j’ai intégré l’école publique de mon quartier. Nous étions deux Européens : une jeune Portugaise et moi même. Et tout au long de ma scolarité dans le public (maternelle/primaire/lycée) les Européens, les Blancs, les babtous ne furent majoritaires Au lycée ils étaient tout au plus 40%, dont une bonne part avaient assimilés des codes qui n’étaient pas les leurs.

Revenons au sujet. A cette époque, lors de mes cours d’histoire et de géographie balbutiant, j’appris à placer l’Italie, la Suisse, les Îles Britanniques etc. Point de Palestine. Ah si : on me parla de Terre Sainte pour me dire qu’à l’appel du Pape Urbain II, et pour protester contre les persécutions subies par les pèlerins chrétiens, les Européens avaient lancé la croisade. A cette époque, si tension ou rancoeur il y avait dans les coeurs de ces petits Mohammed, ils avaient l’élégance de les taire. D’ailleurs, aucun tag, aucune affiche ne décorait murs et poteaux des villes. 

J’entends les Jean-Politologues répéter : « Depuis la seconde Intifada tout a changé ». En effet. La vérité est simple, pour un conflit qui ne l’est pas : les rebeux ont trouvé avec l’antisionisme de gauche une façon d’importer et d’exprimer leur antisémitisme à peu de frais. 

Je peux éventuellement comprendre que ça fasse pas trop bander

Cela leur donne bonne conscience (combat contre l’impérialisme, justification spritualo-humaniste depuis les attentats du onze septembre et l’approbation de divers cheikhs du Golfe) à eux qui vivent dans des pays démocrates, tempérés où rien ne manque (et certainement pas les diverses prestations sociales), si l’on compare à des pays comme l’Égypte ou l’Irak. 

J’ai été moi même un antisioniste véhément. Par anti impérialisme, j’ai été un soutien de la cause palestinienne. Je ne m’en suis jamais caché. Mais j’estime : 1° Qu’un peuple qui élit le HAMAS, mouvement terroriste, antisémite, antichrétien, corrompu et népotique, ne mérite pas mon soutien et en tout cas doit en assumer les conséquences politiques… Comme une pluie de missiles de la part de Tsahal;

2° Qu’une guerre est une guerre : des enfants, des femmes, des hommes meurent. Et cela, les Arabes du monde entier sont incapables de le voir, plus particulièrement les rebeux en bac pro carrosserie. (J’ai rien contre les carrossiers… Comme tout pamphlet, ya des personnages, hein).

3° Qu’il est hypocrite de soutenir une cause sans se battre réellement pour elle, à l’image de rebeux dealers de drogue. 

Le soutien des rebeux à la Palestine est donc doublement de mauvaise foi : ils ne connaissent rien de la réalité là bas (aucune lecture, aucune rencontre etc), et utilisent une cause comme exutoire à des sentiments de haine. Par cette démarche, ils se rendent complice de mouvements antisémites et dangereux en important le conflit en France (bien que d’autres officines juives ne se privent pas de faire de même !). Que le lecteur soit bien conscient : je n’ai aucun avis sur le conflit israélo-palestinien. Je n’en ai plus. Ni kippah, ni keffieh. 

Mais ça c’est pas mon délire. Et puis le blanc me va mal au teint.

Alep is the new Gaza 

Alep est pratiquement « tombée ». étrange vocabulaire, semi-mensonge déjà : comme si l’AAS  (Armée Arabe Syrienne, loyaliste) capturait une cité ennemie, une ville libanaise, irakienne, israélienne. Non : les forces loyaliste et leurs alliés  (Al Nujaba, etc) reprennent une ville qu’un ennemi avait pris. 

Les caméras, les appareils photos, les experts, les journalistes, de tout bord et toute moralité ont l’oeil et le micro rivé sur un pays que parfois ils n’auraient pu situer il y a six ans, avant la guerre. On lit et on entend les choses les plus invraisemblables, les hypothèses les plus délirantes; les comparaisons les plus folles : Grozny, Srebrenica , etc. Jamais les bombardements américains sur Hiroshima et Nagasaki . Jamais le bombardement de Dresde qui fit monter la température dans les rues de la ville à plus de 100°C. Jamais le bombardement de Dunkerque, Caen, Le Havre et Brest, rasées par les Américains et les Britanniques. 

Un clou chasse l’autre , un drame chasse l’autre. Alep is the new Gaza . Pendant des années la gauche intellectuelle a eu son martyr, son jouet presque, la Palestine , Gaza, allant jusqu’à suivre et soutenir de façon hystérique le HAMAS  (pour ce qui est du NPA). Et puis tout passe, tout lasse… Sauf la lutte des classes. Il fallait chercher d’autres cadavres, une autre cause. Quelle merveilleuse cause que des « rebelles démocrates » engagés dans une guerre civile atroce avec à la clef des enfants mutilés et éventrés  (parfois plusieurs fois le même sur les réseaux sociaux , d’une semaine à l’autre !). De nouveaux martyrs. Adieu Gaza ! Adieu Palestine ! Bonjour Alep ! Bonjour Syrie ! Et là il y a un beau méchant. Deux mêmes. Potentats orientaux, jumeaux maléfiques; Bachar Al Assad, et Vladimir Poutine. Et un soutien encore plus méchant, l’Iran; ça fait vendre du papier. Les « tyrans », les gentils rebelles, et les enfants morts. Voilà ce qu’aiment les journalistes . 

Et qu’importe si la Chine occupe le Tibet depuis 60 ans (autre cause dont ils se sont lassés), qu’importe si la junte birmane persécute les Karens depuis 1948, et qu’importe si au fin fond de l’Afrique on se massacre : le génocide en RDC a déjà fait six millions de morts en vingt ans. 

Un massacre chasse l’autre. Sur quel champ de bataille iront ces vautours la prochaine fois ?

Iran-Arabie Saoudite : une guerre froide au Moyen-Orient ?

L’hostilité de plus en plus palpable entre la monarchie saoudite et la République islamique d’Iran (imaginez le frisson de dégoût, de lassitude et d’effroi mêlés qui parcourt mon échine quand je lis cette dernière assimilés aux « monarchies pétrolières », y compris sous la plume de gens bien informés) est de plus en plus palpables, que ce soit pour les apprentis journalistes boutonneux de BFMTV ou chez les « dissidents » de tout bord.

Il apparaît complexe et fastidieux de démêler une relation tumultueuse entre deux énormes puissances diplomatiques, militaires et culturelles (enfin, pour ce qui est de l’Iran, surtout).

Evoquons un certain nombre de faits : comme le rappelait Pascal Gauchon dans le numéro de la revue Conflit de Septembre largement consacré à l’Iran, ce qui fait l’unité du pays, davantage que le fait ethnique, c’est le fait religieux. En effet, depuis la dynastie des Séfévides , pour contrebalancer l’opposition religieuse, politique, culturelle et diplomatique ottomane, les Shahs perses ont choisi le chiisme duodécimains comme religion d’Etat. Cela a permis non seulement une independance vis à vis des monarchies et autres Etats sunnites (Egypte, Maghreb,  pays du Golfe), mais également, aujourd’hui, d’étendre réseaux et pouvoirs parallèles dans des pays à majorité sunnite. L’exemple le plus frappant, si j’ose dire, est celui du Hezbollah, parti politique tout à fait légal au Liban mais qui dispose d’une énorme force de frappe militaire, permettant à l’Iran d’agir en Terre Sainte, et plus récemment en Syrie et en Irak contre Daesh aux côtés de Bachar El-Assad, allié de l’Iran.

Si les Séfévides et les Perses ont choisi cette voie religieuse, c’est dans une volonté de se démarquer de ceux que le poète perse Ferdowsi appelait les « mangeurs de serpents » : les Arabes. En effet, en Iran, les Arabes sont toujours assimilés à deux autres notions : l’invasion et l’islam; comprendre, l’islam sunnite. Cet article n’a pas la prétention de trancher de la validité de tel ou tel islam, force est de constater que le chiisme duodécimain n’a pas le même poids culturel et religieux en Iran.

Il est ainsi facile de comprendre les anathèmes que se jettent depuis plusieurs mois voire années les dirigeants religieux de l’Arabie Saoudite, gardienne des lieux saints de l’ensemble de l’islam (nous y reviendrons) et de l’Iran. Chacun, dans une escalade dangereuse, s’accuse ainsi de n’être « pas assez musulman », ou « pas musulman« , texte à l’appui (ou pas). Ce qui est en jeu ici est moins une question religieuse qu’une question diplomatique. Comme je l’ai dit, l’Arabie Saoudite garde la plupart des lieux saints de l’islam (à l’exception du Dôme du Rocher, situé à Jérusalem). L’Iran garde pour sa part un certain nombre de lieux saints chiites, et s’estime gardienne des lieux saints en Irak, à Nadjaf et à Kerbala : c’est là la raison de ses ambitions territoriales sur sa frontière ouest, dans des zones qui lui ont appartenu il y a plusieurs siècles.

Si l’on rajoute ce problème de dogme la douloureuse question de la bousculade du Hajj de l’an dernier, où périrent 464 Iraniens, la tension ne peut que se tendre davantage dans les mois qui viennent. La question ethno-religieuse, sous tendue depuis des siècles, est donc en train de se muer en crise diplomatique grave. Dans le contexte de la guerre en Syrie et en Irak, où l’Arabie Saoudite joue un jeu pour le moins ambivalent en soutenant des milices islamistes opposées à Bachar El-Assad, il y a fort à craindre une violence indirecte croissante. Une guerre froide au Moyen-Orient.

Ce qui se dessine derrière cet affrontement est une compétition à la fois diplomatique et militaire mais aussi économique pour le leadership du monde musulman. Avec la fin des sanctions contre elle, l’Iran, peut redistribuer ses cartes, au Moyen-Orient, en Amérique latine, en Europe, en Russie, en Inde ou encore en Chine. Bien que subissant une crise à la fois sociale, culturelle, et démographique, l’Iran peut affronter la mondialisation. Et c’est probablement là une des peurs de son voisin saoudien, qui ne peut compter que sur la rente pétrolière pour survivre dans la chaleur hostile du désert.