Coulor out of space (2019) : en Nouvelle-Angleterre, personne ne vous entendra crier

Pour « Color out of space » (la couleur tombée du ciel », Richard Stanley fait le pari audacieux d’adapter Howard P. Lovecraft et de le transposer à notre époque.

Les attentes de votre serviteur étaient grandes concernant ce film. La musique, la lumière, la photographie contribuent à un cadre fabuleux pour ce film. Cependant, de nombreux détails de taille ont attiré mon attention et ma déception.

Commençons par les personnages. Lavinia, la fille, jouée par Madeleine Arthur, que l’on voit dès la première scène du film et dont le jeu se résume pendant un tiers du film à « pseudo rebelle gothique adepte de magie » est une catastrophe d’écriture. La moindre de ses répliques, en rébellion permanence, le moindre de ses détails (accessoires, vêtements, tatouages (un pentacle sur le pied…)) lui donne la profondeur d’une écuelle. Ainsi, au début du film, ce personnage que l’on a vu invoquer la nature au premier plan, dit que le cassoulet est je cite, « de la bouffe de paysans ». Comment peut on autant aimer la terre et en même temps, mépriser ses fruits ? Il faudra ainsi attendre que sa mère soit frappée par la « couleur » pour qu’elle évolue et se rapproche de sa famille, notamment de sa mère.

Passons au personnage de « Ward Philips » (SIC) de Providence, joué par Elliott Knight. Derrière ce nom, chacun aura reconnu Howard Philips Lovecraft, génial auteur de la nouvelle, et raciste notoire. L’idée de mettre un personnage à son nom et de le faire jouer par un métisse noir britannique est révélateur de la politique « wok aux légumes » (j’emprunte l’expression au videaste Moizi, de la chaîne Anal Génocide). Le fait qu’il soit métisse ne pose pas de problème en soit mais cela n’apporte strictement rien d’un point de vue narratif, surtout pour le peu de temps qu’on le voit à l’écran. C’est juste Howard P. Lovecraft devenu noir par la simple volonté du studio de production.

Concernant le personnage de Nathan Gardner, interprété par Nicolas Cage, il est égal à lui même, tantôt bon, tantôt lunaire, tantôt fou. Il joue un rôle bien écrit de père de famille dont le monde s’écroule et qui tente de faire comme si tout allait bien. À travers lui, Stanley réussit également à faire du film une fresque de la famille traditionnelle qui s’écroule.

L’histoire générale reste bien respectée : la météorite inconnue qui rétrécit jusqu’à disparaître, ses conséquences sur l’environnement (flore, faune…), si l’on excepte le remplacement incompréhensible des vaches de la famille par… Des alpagas. Là encore, cet incompréhensible goût de l’exotisme n’est pas expliqué autrement que par les « Mayas utilisaient des alpagas » (ce qui est factuellement faux, puisque les alpagas vivent dans les Andes, les Mayas au Yucatan et au Belize). L’idée n’est pas de critiquer ce choix scénaristique, mais plutôt de soulever l’incohérence de la présence de tels animaux en Nouvelle-Angleterre, rappelons le, sans autre explication que ce qu’il semble être un caprice.

Évoquons ce qui fait le charme et la beauté des histoires de Lovecraft : la peur. C’est là la principale difficulté, chacun des amateurs du « reclus de Providence » le sait, qu’ont rencontré tous ceux qui ont voulu porter à l’écran ses histoires (même Guillermo del Toro a semble rencontrer des difficultés sur son projet « les montagnes hallucinées »). Dans « Color out of space », le mélange subtil d’esthétique légèrement kitsch (la scène où le sang qui coule aux pieds de Lavinia quand elle fait la vaisselle, la mort de Benny, ou encore la mort des alpagas mutés) et onirico-horrifique (les scènes où Jack « discute » avec la « chose dans le puits et dessine) fonctionne. Richard Stanley, en évitant les jumpscare nous invite à entrer dans sa propre vision de Lovecraft. Il nous dit » j’ai vu ce qu’a vu Lovecraft. C’est terrifiant, magnifique, et voici ». Certes, il ne se prive pas de certains ressorts (utilisation de l’enfance, figure de l’innocence) pour nous transmettre la peur et le malaise. En effet, chez Lovecraft, la peur n’est pas une stupeur : c’est un malaise, une angoisse de l’inconnu. Et le film de Stanley respecte plutôt bien le rythme de progression de la nouvelle. Si le décalage entre kitsch et horreur peut paraître gênant, il fonctionne en réalité assez bien, notamment grave à la performance sus évoquée de Nicolas Cage. Notons par ailleurs le personnage totalement inexistant de Benny Gardner, joué par Brendan Meyer.

La place de la technologie et notamment du rapport à l’information est à souligner, car il rajoute une tension dramatique à l’action. Ainsi, quand Jack et sa mère sont frappées par « la couleur », tous se retrouvent isolés des secours malgré leurs téléphones portables et leurs ordinateurs, rendus inutilisables. On pensera ainsi au sous titre du film « Alien » « dans l’espace, personne ne vous entendra crier ».

En outre, la dépendance de Theresa Gardner (jouée par Joely Richardson) à la technologie-obsession au travail-se place comme une audacieuse critique de la vision du monde de Howard P. Lovecraft, fasciné par les grandes découvertes (régions polaires), l’astronomie, la chimie, et la physique. Ainsi, dans « Color out of space », ce sont les hommes de loi (police et maire) que l’on voit prendre les choses en main, alors que dans la nouvelle de Lovecraft sortie en 1927, ce sont des scientifiques, signe d’un regard différent sur la science, la technique et le progrès : autres temps, autres mœurs.

Au final, comme dans la nouvelle de Lovecraft, ce qui terrifie ici, c’este caractère abstrait de la menace extraterrestre. Même le predator peut être vaincu par un être fait de chair et sang. La couleur tombée du ciel, elle, n’a pas de but clairement exprimé, pas de morale, pas de buts que l’on puisse contrecarrer.

Jeanne, au secours !


« Jeanne » de Bruno Dumont est un film beau, bizarre, et pur. Ça sent parfois la naïveté voire l’amateurisme dans le jeu notamment de Lise Leplat Prud’homme (Jeanne). Péguy et Dumont font d’elle, dès le début de l’histoire, et peut être malgré eux, une Jeanne politique que n’aurait pas renié Maurras : devant le silence des voix, elle prend une décision qui s’avérera certes lourde de conséquences (attaquer Paris par la porte Sainte Honoré) mais faisant également plier des hommes. A une époque, la notre, qui nous explique qu’il n’y a pas d’âge ni de sexe pour prendre ses responsabilités, Jeanne répond, du haut de son adolescence et de sa voix parfois hésitante : « Je le sais bien. Je l’ai fait six siècles avant vous ». Ce que met d’ailleurs en avant le procès c’est moins son hérésie que le conflit entre le roi (pouvoir politique), derrière lequel se range Jeanne, et l’université (pouvoir religieux) acquis aux Anglais; ce que l’on nommera bien plus tard « la trahison des clercs ».

L’actrice porte parfois maladroitement, à bout de bras, ce personnage, tiraillé entre l’enfant, le chef politique et la mystique.
Dumont n’est sans doute ni maurrassien ni catholique. Mais c’est un artiste, un poète : son sens de la mise en scène, de l’usage de la caméra et de la musique (la scène où les cavaliers se préparent à la bataille) montre qu’en plus d’aimer le texte de Péguy, un de nos plus grands prosateurs de notre langue, il aime les acteurs, les animaux et la lumière. C’est également un iconoclaste : quand Jeanne entre dans la cathédrale, point d’orgue ni de chants médiévaux, mais le récemment décédé Christophe (qu’on aperçoit plus tard dans le film) au piano.
Celle-ci joue un rôle bien particulier dans le film. Celle du soleil d’abord, qui est le Dieu muet, insensible, et tout à la fois éternel, comme dans « le désespéré » de Léon Bloy : « Vous avez promis de revenir, criait-il à Dieu, pourquoi ne revenez-vous pas ? Des centaines de millions d’hommes ont compté sur votre parole, et sont morts dans les affres de l’incertitude ». De la même façon, que Dostoievski le disait, Jeanne découvre que « si Dieu n’existe pas, tout est permis ». Voilà la leçon amère de la guerre que fait cette adolescente dans une période trouble, sur la violence et la bassesse des hommes.

Lors du procès, la cathédrale semble toujours trop grande pour les juges de Jeanne- et la tâche qui leur incombe. Cela est du bien entendu à la façon de filmer de Dumont (utilisation de la contre-plongée, de focus larges, cathédrale gothique vide, musique monumentale etc).

Il faut je crois dire un mot sur Fabrice Lucchini, qui campe un Charles VII encore faible, lunaire, drapé dans ses fourrures, affaibli par ses conseillers, et qui renvoie Jeanne « se reposer ». Cela me permet de souligner la grande qualité des costumes, des armures, des armes, et des accessoires ; j’émets des réserves dues à ma connaissance assez modeste du sujet. En outre, la façon de Dumont de ne (pas) caster ses acteurs, permet d’éviter les visages traditionnels, beaux, lisses, bien coiffés, obtenant au final des visages, des corps, des voix, proches de ce que l’on rencontre encore dans les campagnes et qui font médiéval.

Le procès, nous l’avons dit, montre l’opposition entre le pouvoir séculier français et le pouvoir religieux acquis à l’Angleterre. À nouveau, le casting notamment des juges de Jeanne fait mouche. La colère et la naïveté se mêlent et se brisent dans la voix de Jeanne. Si caricaturaux qu’ils soient, les juges débattent réellement : même certains semblent vouer une haine réelle à Jeanne, d’autres semblent sincèrement vouloir la sauver, et avancent des arguments théologiques.

C’est un film poétique, lumineux, qui fait du bien au cinéma français. Il évite les clichés, le pathos et le mauvais goût. Parfois pas tout à fait juste, il tire justement sa force de ces imperfections, de cette musique inadaptée, de ce jeu un peu étrange.

Et à la fin, c’est la culture qui perd.

La récente agression de féministes que nous qualifierons de droite parce qu’elles ont fait le choix d’aborder des thématiques telles que l’immigration nous fournit l’occasion de revenir sur certains sur sujets.

La première est la question de la violence et de son ambiguïté vis à vis de celle-ci au sein des mouvements féministes. Nous sommes à un mouvement de bascule où, sous l’influence de mouvements d’extrême gauche qui revendiquaient déjà la violence comme mode d’action, les premiers semblent glisser vers la violence comme mode d’action (comme moyen). Nous ne le critiquerons pas : « chaque communiste doit être pénétré de cette idée : le pouvoir est au bout du fusil » disait Mao Tzé Toung. Or, comme nous l’avons déjà dit dans un autre article, opposer une violence illégitime à la seule violence légitime (celle de l’Etat) n’est pas sans conséquence.

Nous n’aurons pas la faiblesse de céder ici aux stéréotypes de la « femme faible », même si l’auteur de ces lignes, ancien militant politique, a vu de ses yeux des militants d’extrême gauche frapper des femmes, y compris des femmes enceintes; chose qui s’est reproduite dimanche 8 mars et dont ils se sont vantés. Dans ce climat étrange et disons le un peu délétère, il nous apparaît cohérent que chacun et chacune assume ses positions et ses propos sur la violence physique et verbale.

Les commentaires sont édifiants : https://www.instagram.com/p/B9e4YL6Fehu/?igshid=1lw5gbbbr8wct

Et c’est précisément là que le bât blesse : nombres de mouvements féministes portent un discours utile contre les violences faites aux femmes, ainsi qu’une critique pertinente de la police, souvent peu disposée (et c’est un euphémisme) à prendre en charge les victimes de violences sexuelles ou sexistes. Or, comment conserver une telle parole audible tout en revendiquant la violence tant contre des adversaires politiques (si tant est qu’il s’agisse d’adversaires politiques) que contre la police ? Sans même mentionner le fait que le ménage n’est guère fait dans les propres rangs de l’extrême gauche, comme à Montpellier ou à Parme.

Le deuxième sujet est d’ordre juridique et philosophique. Il va nous demander d’évoquer encore une fois l’affaire Polanski. Plus de cent avocates féministes ont souligné ce que je me tue à dire depuis des semaines sur les réseaux sociaux : la présomption d’innocence et la prescription sont des piliers de notre justice. Même des pays comme la France ou les États-Unis (curieusement cités comme des modèles de démocratie alors qu’ils sont critiqués à longueur de temps par les Français pour Guantanamo et le Patriot Act) peuvent basculer dans l’arbitraire. De nombreux auteurs nous ont averti du règne de celui-ci : Albert Camus, avec « la peste », Georges Orwell, avec 1984, Ray Bradbury avec « Fahrenheit 451 », ou encore Franz Kafka avec « le procès ». Je me dois de vous renvoyer une fois de plus à cette vidéo qui explique que Roman Polanski a purgé sa peine pour l’affaire Samantha Geimer. Pour le reste, il ne reste que des accusations qui ne font pas de lui un coupable. L’idée, comprenons nous bien, n’est pas de rejeter en bloc et par principe l’accusation de viol, et encore moins de traiter une femme qui accuse un homme, fusse-t-il célèbre, de menteuse. L’idée est de dire qu’une accusation n’est pas suffisante pour faire de l’homme qu’elle accuse un coupable, et qu’il faut qu’il y ait un coupable.

Cela me permet de venir à mon troisième point. J’ai lu avec horreur, et je pèse mes mots, qu’il fallait penser à retirer « Lolita » de Vladimir Nabokov, de nos bibliothèques. Ça commence comme ça, et ça termine comme ça :

Non ça n’est pas un point Godwin, relisez la définition.

Quel rapport y a-t-il entre « Lolita » (œuvre de fiction rappelons le) et l’affaire Polanski ? Absolument aucune. Il est terrifiant d’imaginer un monde où la présomption d’innocence serait bafouée, et où des œuvres seraient jetées au feu (virtuel, médiatique ou réel). Mais ce monde a déjà existé : cela s’appelle une dictature.

Il n’est évidemment pas question de penser à une « dictature féministe ». Mais il y a fort à parier que notre culture s’appauvrisse et que certaines féministes (car je ne fais pas d’amalgames) en soient malgré elles les idiotes utiles (ceci n’est pas une insulte mais une paraphrase de Lenine).

Le vampire au cinéma : une lecture symbolique

Depuis que Bram Stocker a synthétisé les contes, mythes et légendes d’Europe pour accoucher du chef d’œuvre Dracula (1897) qui allait changer le monde, le vampire a subi des traitements divers, que ce soit dans la littérature ou le cinéma. Figure romantique et torturée chez Anne Rice, monstre nocturne chez Friedrich Murnau dans « Nosferatu, une symphonie d’horreur » (1922), créature bondissante et grotesque dans « Une nuit en enfer » (1996) de Robert Rodriguez, ou encore adolescents brillant au soleil dans la saga Twilight (2008-2012).

Tous gardent en commun l’anthropomorphisme, à l’inverse des lycanthropes qu’ils affrontent régulièrement (« Van Helsing » (2004) de Stephen Sommers, la saga « Underworld » (2003-2016) ), et par conséquent, un miroir déformé de l’Homme. Nous allons par conséquent tâcher de nous intéresser à deux thèmes qui nous semblent majeurs dans les films dits « de vampires », quoiqu’ils semblent a priori entrer en contradiction. Le premier est le vampire comme objet des catharsis de l’humanité. Le second quant à lui traitera de la rédemption du vampire voire à travers lui.

Le vampire et le monde de la nuit : réintégrer le monstre dans la communauté

Le vampire, dans la plupart des films, est sauf exception, un mort-vivant (dans la saga « Blade », le vampirisme est techniquement un virus). Irruption de l’irrationnel dans le réel, le vampire est un mort qui marche, pense, agit, et qui, de par ses liens avec le monde infernal/chtonien voit ses forces décuplées et ses pouvoirs renforcés. Il peut commander aux éléments (les nuages, la pluie), ainsi qu’aux animaux traditionnellement associés aux forces infernales. En parlant des loups, Bram Stocker fait dire à Dracula « Écoutez les… Les enfants de la nuit. Quels sons mélodieux ! »

De la même façon, dans Dracula Untold (2014) de Gary Shore, le personnage éponyme convoque chauve-souris et nuages pour combattre ses ennemis (les Turcs; nous y reviendrons). L’obscurité est pour tous les peuples, à toutes les époques, le domaine d’autres divinités, un espace sacré différent. Chez les Grecs, c’est celui de Hécate, déesse des croisements et de la lune noire (même si Nyx est la personnification en elle-même de la nuit), chez les Japonais c’est Tsukuyomi, qui se cache de Amateratsu, déesse du soleil, chez les Hindous, c’est Chandra, qui a son propre char lunaire (symbolisé par un lapin). En outrepassant le double interdit (vie/mort, jour/nuit), le vampire est deux fois profanateur. Il ne respecte plus aucune des lois de la Cité et doit donc être remis à sa place afin que l’ordre sacré soit rétabli. Faisant ceci, il endosse le même rôle que le bouc émissaire des anciens Juifs ou pharmakos des Grecs, dans le but de purger une communauté de ses fautes.

Notons que le vampire n’est pas en soi innocent, à l’image du bouc sacrifié. C’est la pratique cathartique qui invite la communauté à considérer et à réfléchir sur sa propre monstruosité et ses propres crimes : viols, meurtres, esclavage, pauvreté, sont-ils le fait du vampire qui prélève bien peu, à l’image d’un grand fauve ?

Il n’en demeure pas moins que ledit vampire, dans tous les films, doit être éliminé, pour la morale de l’histoire, comme rappelé plus haut. Si les versions varient là encore selon les films, le pieu dans le cœur, la décapitation, le feu et la lumière du jour ont en général le meilleur effet, surtout s’ils sont cumulés. Notons qu’il est étonnant de devoir planter un pieu dans un cœur pour éliminer un mort-vivant : soulignons là encore la dimension hautement symbolique du cœur, siège des émotions et de l’âme, surtout dans les films où les vampires sont repoussés voire tués par l’eau bénite (à l’image de la scène finale de « Une nuit en enfer », mi épique mi grotesque où un Pasteur ayant perdu la foi bénit de l’eau dans des préservatifs pour les transformer en grenades anti vampires). Une fois détruit, c’est-à-dire réellement mort, il peut enfin être apaisé et être accepté dans la communauté, l’eau jouant ici le même rôle que les derniers sacrements.

Quête d’immortalité et quête de sang

Le mythe du vampire a permis de nourrir une riche filmographie et, nous l’avons dit, de nombreux sous-genres. Mais ce qui sous-tend la plupart de ces films, à travers la soif de sang de ces protagonistes/antagonistes nocturnes et morts-vivants, c’est leur soif de sang inextinguible. Au delà de tout ce qui a été dit sur celle ci (analyse sexuelle et freudienne, crise du VIH dans les années 80 et 90…), il y a probablement autre chose de plus métaphysique à en dire. Fluide de la vie par excellence (avec l’eau), il est sang du Christ et liquide sacrificiel dans certains rites Grecs et précolombiens.

Le sang ne peut être versé traditionnellement que par un membre de la classe sacerdotale (voir là les écrits de Julius Evola) : là encore, le vampire transgresse un interdit. Cependant, par cette quête du sang, il me semble que le vampire cherche davantage que la vie : l’immortalité. Cette quête est d’autant plus vaine que toutes les cultures enseignent que l’immortalité (de l’âme) ne se gagne qu’après la mort, en tant que récompense : au paradis chez dans les religions abrahamiques, aux Champs-Elysées chez les Grecs, au Valhalla chez les Scandinaves etc. Or, comment un vampire, qui est damné, pourrait-il gagner l’immortalité de l’âme ? Ainsi, dans « Dracula Untold », Vlad Tepes donc boit le sang du maître vampire dans l’espoir d’obtenir ses pouvoirs, et de devenir lui aussi un vampire. Tout le film, il sera alors tourmenté par cette soif, tenté comme le Christ sans y céder.

Voilà la clef : le sacrifice (et la soif) du vampire n’est pas nécessairement une quête égoïste de pouvoir : défense d’un peuple opprimé dans Dracula Untold, protection des humains eux-mêmes dans « Entretien avec un vampire » (1994) de Neil Jordan, conquête d’une femme dans « Dracula » (1992) de Francis Ford Coppola. Cette quête de la transmission, nécessairement vouée à l’échec, sa dangerosité, et son caractère profane obligent les Hommes à le détruire, comme je l’explique plus haut.

Coincé entre deux mondes, le vampire est voué à être traqué par l’humanité qui fait son devoir, à la manière d’un personnage de tragédie, et ce précisément pour protéger ce qui fait d’elle sa nature. Le vampire, lui, en voulant amener l’immortalité du ciel par un pacte faustien sur terre, est diabolique (au sens littéral : il divise).

Rien à foot de la race!

A l’heure où le mot « race » vient d’être rayé de la constitution dans le but avoué de supprimer les supposées conséquences de son existence (comme si la suppression de la pauvreté avait éliminé celle ci), le mot honni revient pourtant, dans l’actualité. Comme un tas de poussière qu’on voudrait cacher sous un tapis, « les faits sont têtus » disait Lénine : l’équipe de France de football est majoritairement composée de joueurs d’origine subsaharienne.

Avant de continuer, soulignons deux éléments anecdotiques (ou pas) : le premier est que s’ils apprécient, contrairement à nous, la France et l’Europe multiculturelles dans laquelle ils vivent, les joueurs multiplient les déclarations « patriotiques ». Il est évident que l’attachement à la France, pour sincère qu’il soit, manque de « chair ». Mais cela contribue à la cohésion d’ensemble.

Le deuxième élément à souligner est le retour progressif d’une foi catholique diffuse mais forte notamment à travers des joueurs comme Olivier Giroud ou Antoine Griezmann.

Ces deux éléments posés, attachons nous au problème principal… Qui n’est pas l’équipe de France de football. Dire qu’elle représente la France est vraie. C’est une triste vérité : la France, comme d’autres pays, a reçu depuis environ quarante ans des vagues d’immigration d’une ampleur inédite pour son histoire. Ceci a changé sa structure sociale et démographique, influencé son économie, certains de ses modes de vie, et pesé négativement sur sa sécurité : voilà bien la définition détaillée du multiculturalisme.

L’équipe de France de football ne fait que ce pour quoi elle est payée : jouer au football. Les sélectionneurs, entraîneurs, investisseurs, choisissent les meilleurs. Si l’idée que les Français de souche sont « naturellement » moins bons (endurance, vitesse, réflexes) est largement à nuancer (voir là encore le cas de Griezmann qui dut faire sa carrière en Espagne pour accéder au niveau professionnel), il est vrai que la société et le système médiatique, politique et sportif aide peu les jeunes sportifs de souche dans un pays qui a une faible culture de ce sport, notamment en comparaison de l’Angleterre par exemple.

Les causes et les conséquences de la composition de l’équipe de France doivent être analysées comme un élément d’un problème plus vaste. Celui ci comprend l’immigration, la remigration, la sécurité, etc.

Il me paraît par conséquent logique de soutenir une équipe et ce même si les médias, les politiques, les associations tenterons probablement de récupérer l’image et la victoire d’une victoire. Et encore: il appert que, vingt ans après, la « sauce » ne prenne plus tellement, même à gauche.

Il est également tout aussi indispensable de ne pas perdre de vue son propre enracinement (et donc ne pas confondre fête et festivisme) et la nécessaire remigration, qui s’inscrit dans une logique de réenracinement des populations : une terre, un peuple.

Pourquoi l’extrême gauche manque de logique (et ce que nous devons en tirer)

L’extrême gauche française (notamment estudantine) nous étonne _ au sens littéral. Quand nous écoutons sa rhétorique, quand nous lisons sa prose, quand nous observons ses modes d’actions, nous sommes comme « frappés par le tonnerre ».

Cette extrême gauche, qui pêle-mêle convoque Jaurès, Hugo, Robespierre, le Sous-Commandant Marcos, Lénine, et des épisodes tragiques et sanglants comme la Commune, la guerre d’Espagne, la (tardive) résistance du Parti Communiste aux nazis, la révolution d’octobre, mai 68, se retrouve incapable d’aller au bout de sa logique intellectuelle.

Opposant ce qu’elle considère (à juste titre ou non, là n’est pas le débat) la légitimité (la sienne) à la légalité (celle de l’Etat et de ses moyens de répression), elle commet deux erreurs logiques (Nous aurons plutôt tendance à parler de malhonnêteté intellectuelle et politique).

La première est le recours aux forces de l’ordre pour sa sécurité : imagine-t-on la Commune appeler les Versaillais au secours ? Les FARC se placer sous la protection de Álvaro Uribe? La réponse est évidemment non. Or, cette extrême gauche, qui entend se placer dans une logique et un héritage (politique, esthétique…) révolutionnaires, entend là jouer sur les deux tableaux de la légalité et de la légitimité, et ce de façon à la fois massive et publique. Il ne s’agit donc pas de simples « passerelles » ou complicités (il existe des policiers de droite, de gauche, offrant des coups de main, des renseignements à leurs amis. Cela s’est toujours vu; sans compter les phénomènes de corruption et d’intimidation). Mais le fait « d’appeler la police » fait de ces gens des complices objectifs de la bourgeoisie.

Vous allez dire que je m’acharne mais bon.

La seconde est le rapport à la violence. Qu’on ne se méprenne pas en nous prenant pour des légalistes; nous avons développé la question ailleurs. Dans un État de droit, seul l’Etat a droit à un recours à la violence (encadrée). Décidant à nouveau de se placer sur le terrain de la légitimité face à la légalité, l’extrême gauche a choisi d’occuper des universités, d’empêcher des examens, etc. Elle l’a fait en conscience, par la force et souvent par la violence, comme ont pu en témoignent des étudiants de Montpellier et de Paris, ainsi que la récente découverte de cocktails Molotov à Paris I (Tolbiac). À l’occasion de ce rapport de force, des individus ont notamment demandé la démission du chef de l’Etat. Peu importe ce que l’on pense de celui-ci, il est cohérent qu’un chef d’État envoie la police sortir ces individus, dans le cadre du droit à nouveau. En Espagne toute proche, ils auraient sans doute demandé la tête du roi et l’instauration d’une république, et auraient reçu la visite de la Guardia Civil dans la journée; je ne vous parle pas de pays comme l’Iran.

Ou la Birmanie.

Le but de toute manifestation, de tout mouvement social et à terme de toute révolution est de transformer sa légitimité en légalité. Mais durant ce temps, il s’écoule une période plus ou moins longue de doutes et d’échecs où le révolutionnaire est par définition un « hors-la-loi » en l’occurrence la loi suprême la Constitution.

Cela n’implique pas d’être un criminel. Jules César écrivait : « Si tu dois enfreindre la loi, empare toi du pouvoir. Dans les autres cas, respecte la ».

De ces deux points, les nationalistes (notamment les maurrassiens) doivent en tirer les leçons de logistique, de crédibilité politique, et d’image médiatique.

Éthique et esthétique de la révolution

Il faut pour faire une révolution des révolutionnaires. Cette simple évidence mérite d’être posée et rappelée. Ceux-ci doivent réunir en eux mêmes une poignée de qualités. Nous tâcherons ici d’en brosser quelques uns.

I/ L’homme

Un révolutionnaire doit être un homme. Ce terme doit être compris au sens non pas de genre mais au sens sanskrit (vir : le héros). Un révolutionnaire ne saurait être un marginal. Son hygiène de vie physique et mentale doivent même primer sur ses prouesses physiques.

Pour la même raison, il doit disposer d’une certaine indépendance financière (nous en reparlerons).

Un révolutionnaire doit pouvoir mobiliser son argent, son matériel rapidement, et donc de voyager si possible léger. Il doit être autonome, et doit être capable de sacrifier ledit matériel. La prise du pouvoir passera par des pertes de gazeuses, banderoles, écharpes, bâtons, etc.

Pour d’autres raisons, évoquées dans un précédent article, la police doit être tenue la plupart du temps, au maximum à l’écart, des activités politiques. Il est incohérent de railler nos adversaires qui appellent la police si nous faisons de même. Mao Zedong disait  » le pouvoir est au bout du fusil ». Ce n’est que par le renversement du rapport de force, à défaut de nous imposer culturellement, que nous l’emporterons. Mais il faut imaginer un fusil de grande longueur et une guerre éprouvante.

Enfin, un homme doit connaître sa doctrine, savoir l’appliquer, mais également savoir ouvrir son esprit (littérature, philosophie, histoire…).

II/ L’homme et son matériel

Il est impératif de s’adapter. Certaines actions requièrent des tenues confortables (chaleur, etc) d’autres des tenues spectaculaires, élégantes, ou autres. En tout cas, ce qui prime est l’efficacité et l’adaptabilité de la tenue aux conditions météos, à l’heure de la journée (s’habiller tout en noir à midi est peu discret), ainsi que de l’équipement. Il est utile de s’équiper de coupes boulons si l’ennemi a fermé ses portes avec des chaînes mais il est peu astucieux de prendre des gazeuses si l’on a prévu d’emprunter des couloirs étroits et inconnus, ou s’il y a du vent. De même les porteurs de lunettes doivent-il réfléchir.

Un autre élément à souligner, et que nous avons rappelé dans un précédent article, du même registre de l’adaptabilité, est celui des vêtements. Le nationaliste type dispose d’un certain nombre de vêtements, chaussures, accessoires, couvre-chefs, tatouages, qui le rendent facilement identifiables dans la rue, par des passants, des commerçants, des policiers en civil, des adversaires politiques. En résumé : cessez de vous habiller pour une action quelle qu’elle soit comme pour une soirée ou un défilé.

Guérilleros du Sentier Lumineux. Sobriété, discrétion.

III/ L’homme et la femme

Une révolution (et son prolongement) s’essouffle rapidement sans femmes. Voilà pourquoi des rapports sains entre revolutionnaires des deux sexes est important.

Les concepts de courtoisie, de politesse ne doivent donc pas être de vains mots. Il est nécessaire de se les réapproprier en (re) construisant des rapports normaux abîmés par des décennies de féminisme de troisième génération mais aussi d’abandon par les hommes de leur place et de leur rôle. En d’autres termes, n’attendez pas qu’une femme soit au choix (et à la fois) une femme fatale des années trente/ cinquante, une merveilleuse mère au foyer traditionnel, si vous n’assumez pas votre rôle de père, de mari et d’homme.

En outre, il est urgent de cesser de considérer les femmes comme faisant parti d’une sorte gigantesque harem occidental dont « les hommes » (nationalistes) pourraient user (et abuser) à loisir, commentant les tenues vestimentaires, les moeurs ou autres.

Pensez « amour courtois »

La civilisation française est celle de la courtoisie, de la galanterie, de la poésie. Nul besoin d’être maniéré ou réactionnaire dans ce domaine : le minimum suffit.

IV/ La fête

La fête est toujours une récompense. La drogue doit être proscrite, tout comme l’ivresse excessive. Les drogués et les alcooliques sont des poids financiers, médiatiques, et politiques pour la cause. C’est précisément là encore l’utilité de la guerre révolutionnaire qui « agit comme une sorte de contrepoison, non seulement sur l’ennemi, dont elle brisera la ruée forcenée, mais aussi sur nos propres rangs, qu’elle débarrassera de tout ce qu’ils ont de malsain » (Mao Tsé-Toung) , « De la guerre prolongée » (mai 1938).

Nous devons tendre vers la sobriété, car « Mâra [qui] a pour filles Tanhâ, Rati, et Arati _ c’est-à-dire Concupiscence, Amour et Haine_ est celui qui dispose les appâts afin que, attirés et sur le point de se satisfaire, les êtres tombent en son pouvoir et que paralysés par la manie, ils rentrent sans trêve dans le courant de l’existence éphémère » (Julius Evola, « la doctrine de l’éveil »). Il n’est pas nécessaire d’être une armée d’ascètes, mais de cheminer sur cette Voie.

Le révolutionnaire se doit d’être un homme et mieux qu’un homme. Actif et contemplatif, il doit être prêt car « il faut s’attendre à tout en politique, où tout est permis, sauf se laisser surprendre » (Charles Maurras). Nous vivons des temps de bouleversements, et un mouvement ordonné sera la clef de notre succès car « la révolution est comme une bicyclette : quand elle n’avance pas, elle tombe ! ».