Dolores, l’IRA, l’Irlande et le catholicisme 

Dolores O’Riordan est morte hier lundi 15 janvier à l’âge de 46 ans. La chanteuse des Cranberries, à la voix rageuse, fragile, ou angélique s’est éteinte dans le ciel londonien où elle était venue enregistrer_une dernière fois. 

Dernière d’une famille de sept enfants, la chanteuse irlandaise était connue non seulement pour son talent mais aussi pour des convictions et une âme qu’elle n’a jamais reniées, ce que les médias et les bien pensants ne lui ont jamais pardonné, même dans la mort. Pro famille (« Ode To My Family »), patriote irlandaise ( » God Be With You »), l’auteur des textes de la « sauce aux canneberges » (qui accompagne l’action de Grâce) savait mettre subtilement ses convictions en avant. Elle était également pro peine de mort, prenant pour exemple Singapour, et anti avortement… Comme n’importe quelle Irlandaise catholique née en 1971 (« The Icicle Melt »).

Il y a cependant un contresens que doivent éviter les admirateurs de Dolores, notamment ceux qui s’intéressent à l’IRA et au conflit Nord-irlandais. Pour patriote et catholique qu’elle fusse, elle n’a jamais apporté son soutien à la cause de l’IRA, condamnant même la violence et la guerre à travers sa chanson la plus connue, « Zombie« . L’idée est moins de prendre position contre l’IRA, et notamment sa branche armée, que de tenter de s’interposer entre les belligérants et d’imposer une sorte de paix de Dieu, à une époque où l’Eglise ne répond (déjà) pas/plus à ses aspirations (elle déclarait ne pas aller à l’église). Le refrain ne dit pas autre chose : « But you see, it’s not me/It’s not my family/In your head, In your head, they are fighting/ With their tanks, and their bombs/ And their, and their guns/ In your head, they are crying ». Là où les tanks se réfèrent aux troupes britanniques, les bombes se réfèrent aux attentats de l’IRA (encore que les Black and Tans aient pu se livrer à des actions proches). Ce que hurle Dolores est une supplication et une prière. C’est une jeune femme qui a 22 ans au moment de l’attentat de Warrington évoqué dans la chanson et qui n’a connu que la pauvreté et la guerre. L’accent est mis, on  le comprend, sur le caractère non seulement brutal mais encore lassant de la guerre (« Another head hangs lonely/Child is slowly taken »).

The Cranberries est donc moins un groupe « nationaliste » qu’un groupe catholique, et un groupe irlandais. 

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Réflexion sur la violence

Puisque la violence est un vice de l’homme découlant du péché originel, donc naturel, et puisque l’homme est un animal politique, nous dit Aristote, alors la violence politique doit être mise au service du Bien, tempérée par la Justice (la Loi de la Cité) et le droit naturel.

C’est ce que tenta de faire l’Eglise via la paix de Dieu et la trêve de Dieu. Du reste, la période médiévale fut plutôt peu meurtrière, entre Européens, si l’on compare aux guerres des périodes suivantes que sont les guerres de religion (XVI ème siècle), la guerre de Trente Ans (1618-1648), les guerres de Louis XIV (1661-1715), ou encore les guerres de Napoléon ; sans même évoquer les deux guerres mondiales.

Aujourd’hui, dans nos sociétés occidentales, où il est admis que l’Etat a le monopole de la violence (police et armée), la question de celle-ci mérite néanmoins d’être pensée et posée à une époque où l’Etat et la démocratie perdent eux-mêmes peu à peu leur légitimité : montée des extrêmes et de l’abstention, incapacité à gérer la crise sécuritaire et migratoire, etc.

Dans sa « Somme théologique », saint Thomas d’Aquin théorise la doctrine de la guerre juste. Celle-ci se caractérise par trois points :

  1. L’autorité du Prince
  2. La cause juste
  3. L’intention droite.

Un autre point important à soulever est que Thomas d’Aquin admet tout à fait le régicide face au « tyran d’exercice » ou « tyran d’usurpation ». Charles Maurras dit que « les libertés ne s’octroient pas : elles se prennent ». Un peuple soumis à l’autorité peut donc en théorie parfaitement se révolter contre un chef injuste, en prendre la liberté. Or comment la cause nationale peut trouver la légitimité de faire usage de violence contre ses adversaires et faire chuter le « tyran d’exercice » qu’est la République et ses divers supplétifs ? Grâce à Thomas d’Aquin. Notre intention est droite, car guidée par l’empirisme et le Bien commun. Nous avons pour nous l’autorité du Prince, et donc une cause juste : la monarchie française. Cela coïncide là encore avec l’expression de Maurras « par tous les moyens, même légaux ».

La dernière difficulté réside sans doute dans les moyens de concrétiser cette violence. 

Le Hellfest : « l’oeil était dans la tombe et regardait Caïn »

Je suis bien plus scandaleux  (littéralement) que la plupart des personnes qui liront cet article. Je pense avoir lu, dit, vu ou fait de quoi choquer les Juifs, les chrétiens, la « gauche », la « droite », les musulmans, les athées, les païens et à peu près tous les milieux culturels et musicaux. 

Comprenez bien dès lors que la seule réaction à « le christianisme est une religion du désert qui a détruit l’Europe » (au moment où l’Empire romain croulait sous le népotisme, la corruption, les révoltes internes, les invasions barbares_ au point qu’il n’y avait quasiment pas de Romains aux Champs Catalauniques) soit au mieux de l’indifférence, au pire de l’agacement. 

Comprenez bien dès lors que la seule réaction à « le métal est la musique du diable qui amène son auditeur/pratiquant en enfer » (quid de ceux qui en écoutent accidentellement ? Est-ce un péché mortel ou véniel ? Par opposition, écouter des chants grégoriens est-elle est une vertu cardinale ? Y a-t-il une bulle papale qui condamne le metal ? Dans ce cas, quid des orthodoxes ?) soit au mieux un soupir de lassitude au mieux un hullulement de rire mal contrôlé. 

En réalité, il existe des arguments de fond contre le HellFest : 

  • Son public : jeune et/ou immature notamment musicalement. Je suis pour ma part un gros c… Un élitiste. Je préfère les publics restreints et de meilleure qualité.
  • Son prix. Pas besoin de développer. En plus c’est loin de chez moi.
  • Les groupes. Slayer tous les trois ans, merci. Et Chelsea Wolfe en festival NON MAIS ALLO QUOI.
  • L’ambiance Disney mon cul. J’aime bien DisneyLand mais pas dans un festival de metal. On mélange pas les torchons et les serviettes.

Mais Max Yme en parle mieux que moi ici.

Tous les ans à la même période, un certain nombre de catholiques râlent sur les réseaux sociaux contre la « fête de l’enfer ». C’est leur droit. Mais j’aimerais sincèrement que ceux qui sont proches de la cause nationale (pas les cucks qui ont voté Macron au deuxième tour; on vous voit) sinon d’approuver ou même de tolérer, au moins de vous taire. Les médias et les autres politiques (sans même parler du milieu métal/culturel, constitué lui même bien souvent d’abrutis finis, j’en conviens !) vous ringardisent et vous ridiculisent. Mais par leurs amalgames et leurs caricatures, nous nous retrouvons dans le même sac que vous ! 

Vous aurez noté que je n’ai pas perdu mon temps à essayer de vous décrypter les paroles, vous dire que tel ou tel chanteur était catholique, ou que au final c’est du théâtre. Il y a à ça deux raisons. La première est que le HellFest, enfant du défunt FuryFest, existe depuis plus de dix ans. Malgré toutes les critiques que j’ai à lui faire, c’est une industrie qui marche. Si vous aviez voulu écouter et comprendre, vous l’auriez fait, depuis le temps. La seconde raison est que vous nous emmerdiez déjà avec Elvis dont les déenchés « sataniques » auraient du le pouvoir de pervertir les jeunes filles. 

Alors pensez « politique » et arrêtez de voter Macron et autres cucks.  

Koz toujours, tu ne m’intéresses plus !

Dans les bonnes familles de Paris, Lyon, Bordeaux ou Angers, le catholicisme vit et survit. Comme un lierre, il s’accroche et croît (croit?), poussant le long de l’arbre « Foi ». Pratiquant le voeu de surdité et l’endogamie la plus remarquable, ces gens là sont à l’abri pour des siècles. Après eux, autour d’eux, le déluge. 

Mais nous ? Nous les Français de souche, de la France fille aînée de l’Église, mais aussi d’origine polonaise, espagnole, italienne ou portugaise (donc catholiques) qui pense à nous ? Trahis successivement par la gauche des travailleurs, les syndicats et maintenant l’Église, nous sommes désemparés. Il n’y a guère que saint Basile ou Léon Bloy pour nous comprendre quand le Pape François Ier appelle à accueillir encore davantage de migrants !

Nous, piètres théologiens, savons ce qu’est la foi du charbonnier, honorer les morts, protéger sa famille, cultiver sa terre, protéger son église, y prier en silence, honorer les formules du mieux que l’on peut; saint Augustin disait « Si vous ne connaissez pas de prière, inventez en une ».

Or, c’est bien ce peuple, trahi et renié par ses élites et jusqu’à ses pasteurs qui subit le plus les effets dévastateurs de la mondialisation : chômage, désindustrialisation, crise agricole, terrorisme, islamisation, enlaidissement urbain, etc. Dans ces moments de doute, vers qui nous tourner quand journalistes, philosophes, hommes politiques mentent, trahissent et manipulent ? Nous ne pouvons même pas faire confiance à beaucoup de nos élites catholiques tels que le funeste Erwan ‘Koz’ Le Morhedec pour qui la lutte pour ses frontières, son identité et son indépendance, n’est valable que pour les Amérindiens; j’imagine que l’identité française et catholique n’est pas assez exotique au goût de cet internationaliste.

Je te comprends Erwan moi non plus la Bretagne je suis pas fan mais fais un effort merde.

Le problème du catholicisme français  (à l’inverse du catholicisme italien par exemple) est qu’il est intrinsèquement bourgeois. J’en veux pour preuve son incroyable mobilisation contre le mariage pour tous. Si je ne remets pas en cause le bouleversement civilisationnel de celui-ci, ni l’intérêt porté aux enfants porté par les manifestants, je me demande pourquoi ce million de personnes est incapable de se mobiliser contre une menace civilisationnelle tout aussi grande, telle que l’immigration. Le fait de dire qu’il y a peu de Soudanais à Sablé-Sur-Sarthe, à l’île d’Yeu ou à Porte d’Auteuil, endroits forts éloignés des centre-villes et riches en caméras, gardes armés, patrouilles de police, et hautes grilles, fournira peut-être à chacun un début de réponses. 

Les dirigeants catholiques (et pas seulement les clercs) sont en grande partie par leurs actes et leurs discours responsables de la situation morale et politique française et européenne. Il n’est pas difficile de comprendre l’attrait que peuvent avoir les religions païennes, l’islam, ou des choses plus farfelues encore. Ce catholicisme est une boussole cassée. Qui pourra la réparer ?

« Il est défendu de parler breton et de cracher à terre… »

J’ai dit à de nombreuses reprises que le Progrès avait désenchanté le monde, enfermant ses Héros et sa magie dans des cryptes pour sans doute des siècles. Cependant, le Progrès n’est pas entré tout seul dans nos villes, nos campagnes et nos foyers. Il a fallu une succession de choix politiques, culturels, administratifs, linguistiques également, pour que notre pays ressemble à ce qu’il est aujourd’hui.

Je passerai d’abord très vite sur l’aspect « immigration », qui, s’il est important, n’est pas l’objet de mon propos.

En effet, ce qui a détruit ou à tout le moins bouleversé nos cultures régionales (langue, cuisine, tradition locale), c’est moins du fait de facteurs extérieurs comme la mondialisation, l’immigration, que du fait de facteurs intérieurs.

Prenons le cas très concret de l’exode rural vers Paris, la capitale et son jacobinisme tant politique qu’administratif s’accentuant après la seconde guerre mondiale. En 1945, ce pays traumatisé par la guerre, peuplée essentiellement de paysans, va voir sa structure socio-professionnelle mais également ethno-culturelle bouleversées. De grandes masses de paysans, venus d’Auvergne, de Bretagne, de Savoie, d’Alsace, viennent chercher du travail à Paris, appuyant là un mouvement déjà opéré au XIX ème siècle. Une fois là, ils tendent à abandonner leur langue, déjà malmenée par la politique républicaine :

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Une affiche placardée dans les préaux des écoles publiques de Basse-Bretagne

Voilà la vraie tragédie française : le Progrès et le jacobinisme républicain marchant main dans la main pour mettre à mort les cultures locales. Il ne s’agit pas de dire que « c’était mieux avant », partout, tout le temps : les conditions de vie des bougnats, des ramoneurs de cheminée savoyards ou des ouvriers bretons étaient évidemment dures. Mais qui aujourd’hui, à Paris, sait ce qu’est le Rouergue, le Dauphiné, le Périgord ? Qui sait quels départements couvre l’ancien Comtat Venaissin ? Combien d’Alsaciens de moins de cinquante ans parlent l’Alsacien ? Combien de Savoyards, de Dauphinois, parlent l’arpitan ? La liste de ces questions à la douloureuse réponse est interminable.

Soulignons également le rôle coupable et néfaste de l’Eglise catholique et de Vatican II. Marchant là encore, bien malgré elle, je veux le croire, avec la loi de 1905 sur la « séparation des Eglises et de l’Etat » (comme si Louis XIV n’avait pas fait taire Rome), elle s’est appliquée à se montrer sous un jour tour à tour faible et grotesque depuis cinquante ans. Nicolás Gómez Dávila disait en substance que nous avions besoin de croisés, non de prêtres : le fait est que nous manquons des deux, aujourd’hui. L’Eglise du XXI ème siècle est devenue politique, confondant évangélisation et globalisation, et ce au mépris de la foi du charbonnier de ces milliards de paysans, ouvriers, charpentiers qui ont donné leur vies pour bâtir des cathédrales et pour, sept siècles plus tard, les défendre.

S’il faut saluer les initiatives locales, comme l’apprentissage ici ou là du breton, de l’occitan ou du francoprovençal (notamment via l’Aliance culturela arpitanna, fondée en 2004), l’avenir de celles-ci est incertain. Attaquées tant de l’extérieur que de l’intérieur, il faut réapprendre à chacun, son voisin, son collègue, son frère, son ami, à se réenraciner. Privilégions les circuits courts, le fait maison et/ou le fait main.

Tolosa_senhalizacion_bilingue
Signalisation bilingue (français/occitan) à Toulouse (Tolosa)

Les plus Républicains de mes lecteurs objecteront à l’irréductible et monolithique Etat-Nation, et hurleront au sécessionnisme. Méditons alors la formule tirée de Charles Maurras : « L’autorité en haut, les libertés en bas ». Un pouvoir fort sur ses prérogatives ne craint pas les particularismes régionaux. L’Ancien Régime a fonctionné ainsi jusqu’à la Révolution, sur la levée d’hommes, l’impôt, etc. Pendant plus de mille ans.

 

Société du spectacle et vertus cardinales (Barbarin)

Je me suis réveillé assez tard (forcément, les strigidés sont des animaux nocturnes) et je n’avais pas envie d’écrire. Encore moins sur l’affaire Barbarin. Cependant, les réseaux sociaux et le « buzz » qu’ils animent m’ont poussé à prendre la plume (plume, hibou, amusant, non ?).

Le cardinal Barbarin est accusé d’avoir couvert pendant plus de vingt ans des actes de pédophilie par des prêtres catholiques. Il a à ce titre donné une conférence de presse où il s’est défendu de ces accusations, avec, il faut le reconnaître, un sens de la communication plutôt médiocre. N’est pas Nicolas Sarkozy qui veut.

Constat : tout ce que compte de gauche morale et anti cléricale, descendante des bouffeurs de curés de la fin du XIX ème siècle et du début du XX ème siècle, se retrouve dans la complaisance et l’amalgame les plus douteux. On voit et on entend se répandre à grands cris dans les médias et sur les réseaux sociaux, réclamer la tête des prélats, intellectuels, personnalités politiques, journalistes, ou anonymes.

Concernant les premiers, il est tout à fait étonnant voire suspect que ce soit les mêmes qui taisent voire soutiennent Roman Polanski, Woody Allen et consorts, dont les crimes sont avérés. Pensons à Bernard-Henri Lévy, voire Alain Finkielkraut, dont la défense de Roman Polanski a pris la grotesque forme d’un tire-larmes douteux mettant en avant le génocide juif dont furent victimes les parents du talentueux réalisateur du Bal des Vampires. Pensons à Yann Moix, qui put défendre dans la plus grande sérénité sur le plateau du talk show On N’est Pas Couché, le même Roman Polanski, violeur, il faut donc le rappeler, d’une enfant de treize ans préalablement droguée. Nous occulterons volontairement pour les yeux et les âmes des plus sensibles le cas du médiocre Woody Allen, coupable non seulement d’abus sur ses propres enfants biologiques, mais qui en plus épousa sa propre fille adoptive.

Revenons à l’affaire Barbarin. La pédophilie, chacun l’entend, est condamnable et scandaleuse. Réfléchissons maintenant aux conditions matérielles, techniques, à l’apparition de ce phénomène : 1) Des adultes; 2) Des enfants. Par déduction logique, il ne peut y avoir des pédophiles que dans les lieux, dans les circonstances où enfants et adultes se côtoient de façon prolongée. De deux choses l’une : soit les pédophiles sont attirés par les métiers en contact avec les enfants, soit on devient pédophile en étant en contact avec les enfants. N’étant ni spécialiste de la chose, ni pédophile moi même, je ne suis pas habilité à me prononcer.

Cependant, l’Eglise n’est pas le seul milieu où enfants et adultes se côtoient. Colonies de vacances, centres aérés, écoles, camps scouts, et autres sont de multiples endroits où adultes et enfants se côtoient de façon plus ou moins prolongée et régulière. Et ces milieux sont peu gérés par l’Eglise, n’est ce pas ?

Qu’on me comprenne bien. Je ne veux attirer la suspicion sur personne, et surtout pas sur la vénérable et immaculée institution de l’Ecole de la République française, mais j’aimerais que chacun prenne conscience de ceci : si vous en voulez aux prêtres pédophiles, et non aux pédophiles, vous en voulez en réalité aux prêtres (et donc à l’Eglise). Ce n’est pas en évitant à votre enfant d’être garçon de chœur que vous le sauverez des griffes d’un pédophile, car peut-être que celui-ci est son professeur de mathématiques.