Black Lives Matter? Chiche.

« Eh bien je viens à Minneapolis pour que tu me casses les jambes »

La plupart des soutiens aux manifestations (nous reviendrons sur ce terme) de Minneapolis en protestation à la mort atroce d’un jeune afro-américain, tué par un policier, ont ceci de commun d’être à la fois bourgeois et blancs. Qu’ils soient bien intentionnés ou non, politisés ou non, on a en effet vu des hordes de bourgeois blancs urbains s’emparer d’une cause, et ce des deux côtés de l’Atlantique. Comme hier à Villeneuve-La-Garenne, l’extrême gauche s’est vue refuser l’accès à une lutte qui ne la concerne pas : le syndrome du blanc sauveur a fini par lasser ce qu’elle entendait protéger et sauver.

A moins que votre argent ne puisse aider. « Donnez, donnez, donnez, Dieu vous le rendra » 🎶

Stupéfaction et pleurs du côté de la gauche bourgeoise héritière malgré elle du « fardeau de l’homme blanc » (Rudyard Kipling)! La réalité est cruelle : on ne lutte jamais pour l’égalité, seulement pour la suprématie de son groupe. Si l’homme occidental, à travers le christianisme puis les lumières a pu concevoir une idée universelle de l’Homme, il faut bien comprendre que cette idée est étrangère au reste de l’humanité. Ainsi, nous rappelle Thomas Flich de la Neuville dans un récent ouvrage sur la Perse et sa géopolitique, celle-ci, et notamment les Perses, ont très tôt conçu une représentation du monde dont ils étaient le centre urbain, civilisé, éduqué, etc. A l’opposé, et à la périphérie, on y retrouve notamment les peuples arabes (nommés régulièrement mangeurs de serpents), turcs, indiens, mongols, etc. De même les Japonais, ont su cultiver une tradition isomationniste à laquelle la singularité géographique n’est évidemment pas étrangère (que l’on songe au terme japonais de gaijin/ 外人).

Pour Melenchon, ancien trotskiste, Lenine avait un mot : « idiot utile »

Nos jeunes bourgeois, bien éduqués, plutôt aisés, se glissant dans le sillon de Camélia Jordana se déclarent  » pas en sécurité » face à des policiers. S’il n’est nul besoin de rappeler le grotesque des mots de Camélia Jordana (qui a signé à seize ans chez Sony), fille de patron donc bourgeoise ayant grandi en banlieue résidentielle de la côte d’Azur au sens marxiste du terme (et dont la police est l’alliée objective car elle est dans la classe des possédants), il apparaît pertinent de constater qu’aucun n’a jamais eu de problème avec la police. Et d’un côté ou de l’autre de l’Atlantique, personne ne s’y trompe :

« Si les blancs se révoltaient chaque fois qu’un noir tuait l’un des leurs, nous n’aurions pas de paix »

Le manque d’expertise et de recul de ces personnes crée une distorsion et un monde confortable dans lequel les blancs (et particulièrement les policiers-comme s’il n’y avait pas de policiers noirs) tuent les noirs et les « racisés » (SIC). En définitive, ces gens ne voient de noirs que lorsqu’ils leur livrent leur commande Uber ou Deliveroo : dociles esclaves modernes amenés par la société de consommation et le Capital, auxquels ils consentent docilement et tacitement puisque, comme chacun le sait depuis Karl Marx, l’immigration est l’arme du Capital.

Hélas, les chiffres et la réalité sont cruelles :

Aïe.

La vérité est que les noirs sont le plus souvent victimes… D’autres noirs. Bien évidemment, il y a sûrement une multitude que votre serviteur n’a pas, et ne peut que suspecter : la pauvreté, qui touche davantage les afro-américains, les modèles culturels et socio-économiques, la législation sur les armes à feu, etc. Il ne s’agit là que de données brutes, auxquelles on peut tout faire dire.

Aucun groupe n’a besoin d’un autre pour régler ses problèmes et ses tensions : le génocide du Rwanda, ainsi que les autres conflits d’Afrique depuis l’existence de ce continent, le prouvent. Et aux petits malins qui voudraient évoquer la responsabilité de la France dans ce conflit tragique, je rappelle que la responsabilité du violeur repose sur le violeur. De même, la responsabilité de la mutilation ou de la décapitation repose sur celui qui tient la machette.

Du coup, #blacklivesmatter pour eux ou pas ?

Revenons à présent sur le terme de manifestations. Lors des manifestations des gilets jaunes, on a vu des hommes être mutilés, voire tués par la police. Pour le moment, il faut s’en féliciter, la police de Minneapolis, n’a pas réagi aux pillages, dégradations et aux destructions de bâtiments, magasins, monuments notamment celle de Louis XVI à Louisville.

Rien que ça c’est un casus belli.

Si certains pensent que la mort d’un homme par un policier (qui en plus, d’après ce que j’ai compris aurait dû depuis longtemps être suspendu) justifient ce genre d’actes, il faut qu’ils se souviennent que seul l’Etat dispose du monopole de la violence légitime. J’ignore les moyens dont dispose l’Etat américain pour maintenir l’ordre mais ils existent.

Un des arguments soulevés par les racisés (ÉNORME SIC) pour appuyer l’idée d’un racisme d’Etat, est que seules les populations issues de l’immigration subissent contrôles, arrestations, brutalités voire pire. Sans remonter jusqu’au cas de Sébastien Deyzieu ou jusqu’à février 34 (où aucun noir ne fut brutalisé pour des raisons évidentes), l’actualité récente a montré que la police était capable de brutalité, de façon indistincte : gauche, droite, écologistes, noirs, blancs. La question se pose donc pour chacun d’une part dans son rapport à l’Etat (et la police), à la nation et à sa communauté. Comme je l’ai dit plus haut, chacun lutte pour la suprématie de son groupe et de ses idées. C’est la base de la politique vertueuse. Mais il est faux de dire que telle ou telle communauté bénéficie d’un traitement de faveur.

D’où vient le problème ?

En France et aux États-Unis, des problèmes différents ont évidemment des causes et des conséquences différentes. L’histoire, la façon de faire de la politique, le rapport à l’autorité, à la propriété, à la police en particulier n’est pas le même.

Pour conclure, il y a fort à parier que la clef de cette situation se situe en partie dans la démographie, car « tout désespoir en politique est une sottise absolue.

Il n’y a pas de prêtre pédophile

Le 30 janvier 2019, au cours d’un emblématique et médiatique procès, le cardinal Barbarin, primat des Gaules, était relaxé. Il était accusé d’avoir couvert des agressions sexuelles commises au sein de l’Eglise catholique par des prêtres. Néanmoins, il présenta alors sa démission au Pape.

Interrogeons nous à ce qu’est un pédophile non pas d’un point de vue du désordre sexuel et clinicien, ce qui est bien au delà de notre domaine de compétence, mais d’un point de vue social, économique, politique et démographique. Nous allons démontrer que le titre de cet article, pour provocateur qu’il est, trouvera du sens à la fin.

Commençons par essayer de lister les éléments qui, de tout temps, dans toutes les civilisations, quelle que soit leur sexe (encore que la majorité soit des hommes), leur religion, leur profession, leur ethnie, ou leur hiérarchie sociale, qui rassemble les pédophiles. En vérité, il n’y a pas grand chose. Le seul point commun entre un prêtre catholique pédophile américain et Marc Dutroux, est leur pédophilie. Le point commun entre Roman Polanski et un Indien violeur d’enfant, est la pédophilie, à nouveau. La religion, l’ethnie, le pouvoir, la profession, la richesse n’entrent jamais en ligne de compte.

La question qu’on est en droit de se poser est donc la suivante : qu’est ce qui « unit » les pédophiles, au delà de cette perversion ? La réponse est simple. Les pédophiles sont attirés par les enfants, et non l’inverse, rappelle la psychanalyste Cécile Sales : ils ne deviennent pas pédophiles en les fréquentant. On ne devient pas pédophile à force de côtoyer des enfants. Cette dernière idée est précisément l’idée défendue par les pédophiles eux-mêmes qui auraient « craqué ». Or un individu sain n’a lui pas de problème à côtoyer des enfants qu’il soit prêtre, enseignant ou chirurgien dentiste.

Voilà pourquoi il y a probablement d’un point de vue statistique autant de pédophiles chez les plombiers, les bouchers, les employés de bureau, les opticiens, les couvreurs zingueurs, les chômeurs, les déménageurs ou je ne sais quoi d’autres. Mais ses professions étant peu en contact avec des enfants et peu médiatisées, il y a peu de chances (le terme de chance est utilisé dans son acception mathématique) qu’il y ait de cas de pédophilie avérés et aussi, c’est heureux, d’agressions. En effet, un opticien ou un plâtrier n’est jamais isolé avec des enfants, on le comprend parfaitement.

Il est juste d’un point de vue judiciaire de faire le procès des pédophiles y compris des pédophiles qui sont prêtres. Mais il y en a partout, et pour le moment, la hiérarchie des priorités semble être guidée par une morale d’esclave et par une mauvaise foi assez navrante.

Les droits de la Nature : de qui se moque-t-on ?

La pandémie de Covid-19, un type de coronavirus, met les États et les peuples face à de nombreuses difficultés et interrogations. Le confinement des populations, la gestion des stocks de masque et de tests, la situation sanitaire catastrophique en Europe, sous les yeux des caméras, est l’abcès qui crève après avoir enflé pendant quarante ans de gabegie politique et de soumission aux banques et à l’Union Européenne.

Par son bouleversement de l’équilibre économique, diplomatique, financier et industriel de la mondialisation « heureuse » héritée de la fin de l’URSS, elle invite à une réflexion globale. En France et en Allemagne, même les ténors de celle-ci semblent être devenus, au moins dans les discours, un mélange de Jean Jaurès et de Pierre Poujade. Et c’est dans ce contexte merveilleux que « la nature retrouve ses droits ».

Loin d’être seulement une accumulation de poncifs, de photos et de vidéos plus ou moins intéressantes relayées par les réseaux sociaux, c’est-à-dire le bistrot de notre époque, des journaux très sérieux relaient l’idée d’une nature qui aurait des droits. Cette idée pose problème d’un point de vue juridique et philosophique. En effet, de deux choses l’une : soit elle est sujet, et elle a également des devoirs, qui n’ont été nulle part précisés, soit elle n’est qu’objet et elle n’a que des droits (à l’image des enfants, ou du corps du défunt).

Il existe des textes regroupés sous le nom de « textes de référence des droits de la Nature ». Ces textes eux-mêmes posent problème. Premièrement, ils n’ont pas de valeur contraignante. Deuxièmement, ils n’ont pas de légitimité démocratique en Europe. Troisièmement, conséquence du point précédent, sa portée géographique est très limitée. Quatrièmement, ces textes ont une vision religieuse de la Terre : « Article 1 : la Terre mère est un être vivant ». S’il n’est nullement question de remettre en question les croyances des uns ou des autres, il est en revanche logique de s’accorder sur l’idée que tous dans le monde ne partagent pas cette vision.

Le problème suivant est la simple idée de séparer nature et homme : l’anthropologue Philippe Descola explique que ce concept est à la fois occidental et récent (nous rajouterons volontiers, pour être précis, moderne). Il paraît en effet logique que l’Homme médiéval, créature jardinier de la Création, n’aurait jamais eu l’orgueil (les Grecs eussent parle d’hybris) de séparer la nature qui les entourait et leur propre humanité. Même plus tard, Fieodor Dostoievski écrit : « Aime toute la création de Dieu, son entièreté et chaque grain de sable. Aime chaque feuille, chaque rayon de la lumière de Dieu. Aime les animaux, aime les plantes, aime tout. Si tu aimes tout, tu percevra les divins mystères dans les choses ». Il se place ainsi dans les pas de Saint François d’Assise, fondateur de l’écologie chrétienne avec son sermon aux oiseaux.

L’idée d’une nature devant bénéficier de droits, et donc d’un homme devant « réparer » des dommages, résulte d’une part des dégâts sur le biotope (encore très limités à cette époque, on le comprend) et d’autre part de l’humanisme qui met l’homme au centre de la Création.

La conséquence de ce raisonnement est logique : les effets attendus et observés sur les gaz à effet de serre, la faune, la flore sont bien évidemment temporaires. A ce titre, cette pandémie est une fausse bonne nouvelle tant pour l’environnement au sens large que pour l’économie tant que le système économique ne sera pas profondément remis en cause.

La deuxième révolution, parallèle, doit donc être celle du rapport à l’environnement et à la nature. Séparer son esprit de la nature implique de considérer celle-ci comme un simple réservoir à ressources : eau, pétrole, bois, minerais, nourriture. L’Homme du futur sera donc dans le Monde, comme un jardinier, ou ne sera pas.

Et à la fin, c’est la culture qui perd.

La récente agression de féministes que nous qualifierons de droite parce qu’elles ont fait le choix d’aborder des thématiques telles que l’immigration nous fournit l’occasion de revenir sur certains sur sujets.

La première est la question de la violence et de son ambiguïté vis à vis de celle-ci au sein des mouvements féministes. Nous sommes à un mouvement de bascule où, sous l’influence de mouvements d’extrême gauche qui revendiquaient déjà la violence comme mode d’action, les premiers semblent glisser vers la violence comme mode d’action (comme moyen). Nous ne le critiquerons pas : « chaque communiste doit être pénétré de cette idée : le pouvoir est au bout du fusil » disait Mao Tzé Toung. Or, comme nous l’avons déjà dit dans un autre article, opposer une violence illégitime à la seule violence légitime (celle de l’Etat) n’est pas sans conséquence.

Nous n’aurons pas la faiblesse de céder ici aux stéréotypes de la « femme faible », même si l’auteur de ces lignes, ancien militant politique, a vu de ses yeux des militants d’extrême gauche frapper des femmes, y compris des femmes enceintes; chose qui s’est reproduite dimanche 8 mars et dont ils se sont vantés. Dans ce climat étrange et disons le un peu délétère, il nous apparaît cohérent que chacun et chacune assume ses positions et ses propos sur la violence physique et verbale.

Les commentaires sont édifiants : https://www.instagram.com/p/B9e4YL6Fehu/?igshid=1lw5gbbbr8wct

Et c’est précisément là que le bât blesse : nombres de mouvements féministes portent un discours utile contre les violences faites aux femmes, ainsi qu’une critique pertinente de la police, souvent peu disposée (et c’est un euphémisme) à prendre en charge les victimes de violences sexuelles ou sexistes. Or, comment conserver une telle parole audible tout en revendiquant la violence tant contre des adversaires politiques (si tant est qu’il s’agisse d’adversaires politiques) que contre la police ? Sans même mentionner le fait que le ménage n’est guère fait dans les propres rangs de l’extrême gauche, comme à Montpellier ou à Parme.

Le deuxième sujet est d’ordre juridique et philosophique. Il va nous demander d’évoquer encore une fois l’affaire Polanski. Plus de cent avocates féministes ont souligné ce que je me tue à dire depuis des semaines sur les réseaux sociaux : la présomption d’innocence et la prescription sont des piliers de notre justice. Même des pays comme la France ou les États-Unis (curieusement cités comme des modèles de démocratie alors qu’ils sont critiqués à longueur de temps par les Français pour Guantanamo et le Patriot Act) peuvent basculer dans l’arbitraire. De nombreux auteurs nous ont averti du règne de celui-ci : Albert Camus, avec « la peste », Georges Orwell, avec 1984, Ray Bradbury avec « Fahrenheit 451 », ou encore Franz Kafka avec « le procès ». Je me dois de vous renvoyer une fois de plus à cette vidéo qui explique que Roman Polanski a purgé sa peine pour l’affaire Samantha Geimer. Pour le reste, il ne reste que des accusations qui ne font pas de lui un coupable. L’idée, comprenons nous bien, n’est pas de rejeter en bloc et par principe l’accusation de viol, et encore moins de traiter une femme qui accuse un homme, fusse-t-il célèbre, de menteuse. L’idée est de dire qu’une accusation n’est pas suffisante pour faire de l’homme qu’elle accuse un coupable, et qu’il faut qu’il y ait un coupable.

Cela me permet de venir à mon troisième point. J’ai lu avec horreur, et je pèse mes mots, qu’il fallait penser à retirer « Lolita » de Vladimir Nabokov, de nos bibliothèques. Ça commence comme ça, et ça termine comme ça :

Non ça n’est pas un point Godwin, relisez la définition.

Quel rapport y a-t-il entre « Lolita » (œuvre de fiction rappelons le) et l’affaire Polanski ? Absolument aucune. Il est terrifiant d’imaginer un monde où la présomption d’innocence serait bafouée, et où des œuvres seraient jetées au feu (virtuel, médiatique ou réel). Mais ce monde a déjà existé : cela s’appelle une dictature.

Il n’est évidemment pas question de penser à une « dictature féministe ». Mais il y a fort à parier que notre culture s’appauvrisse et que certaines féministes (car je ne fais pas d’amalgames) en soient malgré elles les idiotes utiles (ceci n’est pas une insulte mais une paraphrase de Lenine).

Et le gagnant est…

A l’heure où Roman Polanski vient de recevoir sous les hourras et les huées mêlés le prix du réalisateur pour son film « J’accuse » (2019) lors de la dernière séance des Césars, il apparaît nécessaire de tenter de réfléchir sur son cas.

Son cas est celui à la fois d’un homme, d’un artiste, et d’un potentiel criminel. Le simple fait pour moi d’écrire « potentiel », j’en suis conscient, me place dans la catégorie de ses défenseurs : peu m’importe. Ces gens là pour la plupart n’ont jamais mis les pieds dans un cours de droit, et ne peuvent même pas, pour beaucoup, ester en justice.

Qu’on me comprenne bien : je n’ai pas de sympathie ou d’antipathie particulière pour l’homme (que je ne connais pas personnellement), ni pour l’artiste (je n’ai vu qu’un seul de ses films, « Le bal des vampires ») et j’ai comme le tout venant une saine horreur des pédophiles et des hommes qui abusent de leur pouvoir. Si je précise de leur pouvoir, c’est que ce point a, comme nous le verrons, son importance.

J’évoquerai brièvement la première affaire Polanski. Au cours de celle-ci, le réalisateur franco-polonais (là encore, rappeler sa nationalité est important) fut jugé et condamné pour un seul chef d’accusation par un juge californien : « relation sexuelle avec une mineure ». En effet, faut il le déplorer ou s’en féliciter (et je ne me prononcerai pas) mais la loi californienne met au même plan une relation entre un jeune homme de dix neuf ans et sa petite amie de dix sept, et Celle entre un homme de quarante et une très jeune fille de treize ans (comme ce fut le cas de ladite affaire Polanski). Les autres charges, notamment celles de viol et d’utilisation de drogue, furent levées. Que Roman Polanski ait « payé Samantha Geimer » (une mineure..?) pour qu’elle abandonne le procès est sans importance (et probablement faux) : ceux qui soulèvent cet argument sont choqués par le principe moral de cette coutume américaine. Mais la morale n’a rien à faire là dedans.

A la suite de l’accord passé avec le juge, Roman Polanski passa un certain nombre de semaines en prison. Mais ledit juge, passée cette période, voulut renégocier un accord et l’enfermer une nouvelle fois. C’est pour cette raison que Roman Polanski est parti des États-Unis. Il n’a pas fui la justice américaine mais un juge obsédé par le buzz et par sa propre réélection et non préoccupé par Samantha Geimer; rappelons qu’aux États-Unis, nombre de magistrats sont élus, notamment les juges et les shérifs. Voilà donc pourquoi la France, pays dont Roman Polanski possède la nationalité (il est né en France de parents français) ne l’extrade pas : il eut fallu qu’il commît un crime tel que le viol. Une extradition de la France vers les États-Unis serait tout simplement illégale en droit français.

Je vous renvoie pour de plus amples précisions à l’autobiographie de Samantha Geimer et à cette vidéo.

Se pose la fameuse question : « faut il séparer l’homme de l’artiste ? ». Deux réponses possibles. Dans un premier cas, on ne sépare pas les deux, admettant que le rapport trouble avec les femmes qu’entretient Roman Polanski et que souligne d’ailleurs Moizi fait parti de son œuvre. Dans « la Vénus à la fourrure », le cinéaste fait ainsi jouer Matthieu Amalric avec sa propre coupe de cheveux face à son épouse, Emmanuel Seigner. Toute sa filmographie est également hantée par sa judéité (« le pianiste », jusqu’au récent « J’accuse »), et par son rapport à la justice, dont il fait le thème central dudit « J’accuse « . C’est ce qui fait de Roman Polanski un auteur. Partant de ce principe, si l’on estime qu’il a mis de sa vie dans son œuvre, et vice versa, on peut estimer que ladite œuvre peut servir de pièce à conviction devant un tribunal. Cela peut être dangereux, car il s’agit toujours de fiction, à la différence des journaux intimes de Gabriel Matzneff, mais l’argument est recevable. Il faudra par conséquent penser à juger à posteriori, voire à décrocher des tableaux (et qui sait, brûler des livres ?) des hommes tels que le Marquis de Sade dont on sait pertinemment qu’il a couché sur papier les forfaits qu’il a commis.

La deuxième position consiste à raisonner de la façon suivante, un peu schématique et un peu caricaturale : elle consiste à dire que Roman Polanski (et d’autres!) peut très bien recevoir un prix le vendredi et une convocation au tribunal le mardi. Ainsi, son talent réel ne peut pas davantage lui servir de bouclier devant un tribunal, que ses crimes ne peuvent servir d’alibi à faire taire un artiste talentueux.

On me répondra que les autres potentielles victimes sont anonymes, mortes, ou que le délai de prescription est passé, voire qu’elles n’osent parler. Plusieurs réponses : est ce la faute de la cérémonie des Césars ? Sans doute pas. Il est peu probable que la cérémonie des Césars (surtout les récentes) aient fait quoique ce soit pour changer le système judiciaire. N’est-ce pas davantage la faute du système judiciaire français, relais de son appareil législatif ? Parmi la meute qui hurle et demande à ce que Roman Polanski soit poursuivi (à raison), combien ont eu le courage de s’engager dans des études de droit afin de désengorger notre système judiciaire ? Je pense que tout le monde s’accorde sur la lenteur et les défauts de ce système. Mais c’est pour nous là l’occasion de pointer une légère incohérence dans le discours de ceux qui s’attaquent (sans doute avec les meilleures intentions) à Roman Polanski.

Le plus grand scandale de pédophilie français a été mis à jour il y a plusieurs mois en Bretagne. Le nom du suspect (il s’agit là encore de respecter la présomption d’innocence) est connu : Joël Le Scouarnec. Pourquoi cet homme, qui a fait des centaines de victimes (potentielles) ne subit-il pas l’ire de la vague féministe qui assaille Roman Polanski ou Harvey Weinstein? La réponse tient sûrement à sa profession et donc à son statut social : personne ne s’intéresse à un dentiste de province. Sa chute sociale, quelle que soit la monstruosité de ses crimes, n’a pas d’importance. Alors que s’attaquer à Roman Polanski (quand on s’appelle Adèle Haenel ou Florence Foresti, pas quand on est une caissière de super marché), c’est possible et c’est intéressant. En somme, la lutte des classes s’est déplacée, mais elle n’a pas disparu.

Si le temps est cyclique comme le croit René Guénon, alors il y a fort à parier que cette âpre ère du lynchage risque de faire du tort, dans quelques années ou dizaines d’années, à ceux qui s’en font les artisans.

L’affaire Mila et pourquoi l’islam n’a pas d’intérêt dans celle-ci

L’affaire Mila, qui voit une adolescente harcelée, intimidée et menacée de mort (nous reparlerons plus bas de ses agresseurs) pour avoir simplement exercée un droit consacrée par la Constitution, est l’occasion de prendre la hauteur sur une notion si chère à la République Française : la laïcité. Dans une récente intervention, Alain Finkielkraut souligne à juste titre une évidence : il est impossible de débattre de cette notion sans tensions, précisément parce que tant qu’elle ne posait pas problème, il était inutile d’en débattre.

Il est inutile de souligner, je pense, la lâcheté des différents dirigeants politiques, notamment de gauche, vendus au Capital depuis la rigueur (1983) et aux minorités depuis qu’ils ont abandonné les ouvriers. Ainsi, même Jean-Luc Mélenchon, qui a les yeux humides dès qu’il déclame Victor Hugo, attendit assez tardivement pour soutenir lui aussi l’adolescente et son droit au blasphème qui, rappelons le n’existe pas en droit français; notre pays ayant même été le premier à l’abolir, et ce dès 1789, donc bien avant la loi de séparation des Églises et de l’Etat de 1905 et avant même l’instauration de la première république, instaurée en septembre 1792. Or donc, de Martine Aubry à Nicole Belloubet, garde des sceaux, faut-il le rappeler, tous et toutes se sont compromis. Si le bête clientélisme semble une piste évidente (nous disons bêtes car les musulmans sont majoritairement abstentionnistes), la soumission idéologique et la trahison précédemment évoquées semblent des pistes tout aussi probables. L’idée, consciente ou non, est ici d’être mangé le dernier par le crocodile que l’on aura nourri, selon une célèbre métaphore.

Plusieurs choses à souligner : Mila s’en est pris, selon une cohérence et une logique courageuses (quoique historiquement fausse) à l’ensemble des religions. Lors de sa discussion avec l’ensemble des personnes assistant à son live, il y a eu une focalisation sur l’islam qui n’était pas de son fait mais des personnes dont elle avait repoussées les avances. Dès lors, aucun juif, chrétien, bouddhiste, sikh, ou jainiste ne s’en est pris à elle, individuellement ou via une institution quelconque. Nombre de journalistes, sociologues, hommes politiques posent la question (faussement) naïve : quel est le problème avec l’islam ? La réponse tient dans la grande absente des débats et empoignades, à savoir la démographie. En effet, si aujourd’hui, contrairement aux années trente ou cinquante, l’islam pose un souci, c’est parce qu’il dispose d’institutions, de moyens humains, ce qui lui a été permis par une croissance démographique. Contrairement à ce que dit la journaliste dans la vidéo précitée, ce ne sont pas des islamistes qui ont insulté, menacé Mila : ce sont les mêmes « jeunes » qui font vivre un enfer plus « doux ». C’est ainsi qu’apparaît une fois de plus un premier angle mort du féminisme, à savoir l’intersectionnalité des luttes. L’idée que celles-ci puissent se valoir et donc être mises au même niveau se heurte à la réalité sociale, culturelle et en particulier religieuse. En l’espèce, il est impossible de faire cohabiter sur un même espace (quartier, ville, pays) des femmes (et des hommes) prétendant à une liberté sexuelle, d’expression, d’opinion, et des peuples qui n’ont pas la même conception. On argumentera à raison que la misogynie n’est pas essentielle à une culture, une religion ou une ethnie (le chaupadi au Népal, par exemple). Mais comme évoqué plus haut, les harceleurs de Mila le font au nom de leurs valeurs et de leur morale religieuse. L’idée n’est pas ici de prendre ou nom la défense de celles-ci, car l’ethno-centrisme n’est lui non plus pas le propre d’une culture ou d’une civilisation, comme le rappelle Claude Lévi-Strauss dans « Race et histoire ». Il s’agit seulement de constater l’échec de la cohabitation depuis plus de quarante ans entre plusieurs peuples car « une politique se juge à ses résultats » (Charles Maurras).

Ainsi, tous les intellectuels, journalistes, politiques qui débattent de cette crise ne font que regarder le doigt, là où il faudrait regarder la lune : l’islam n’est pas tant le problème que « la surinfection de la plaie » pour reprendre une expression de l’historien Bernard Lugan. Le robinet à ouvrir ou fermer n’est pas celui de la laïcité, mais celui de l’immigration, afin d’inverser la balkanisation du pays.

Il est compliqué de conclure sans nous répéter. Comme disait Anatole France, « la République gouverne mal mais se défend bien ». Depuis des décennies, son administration, sa police, et son armée ont permis de d’endiguer les phénomènes de balkanisation évoqués plus haut. A terme, celles-ci peuvent ne plus protéger les Français, avec le risque « tous contre tous ». La solution se résume à une vieille formule : « une terre, un peuple » et dans les moyens administratifs, policiers, juridiques, permettant de mettre en place la remigration de l’essentiel de populations étrangères non assimilées à notre pays.

Le burger vegan et pourquoi on se fout de notre gueule

Parmi les préoccupations les plus urgentes, les vegan (ou plutôt certains) semblent avoir jeté leur dévolu au moins tacite sur le hamburger. Cela devrait attirer au moins l’attention voire la suspicion de tout anticapitaliste de droite et de gauche sérieux. En effet, que de grandes enseignes capitalistes apatrides, et pas spécialement connues pour leur préoccupation à l’endroit de leurs salariés se sentent tout d’un coup une âme d’écologistes ou de vegans relève à tout le moins du greenwashing. Maintenant, à table !

I/ De quoi hamburger est il le nom ?

Si l’origine historique et étymologique du hamburger nous importe peu, nous aimerions attirer l’attention du lecteur sur plusieurs points : premièrement, ce sont les États-Unis qui l’ont diffusé, pays connu pour son absence totale de gastronomie (Donald Trump s’étant récemment ridiculisé en déclarant que les vins américains étaient meilleurs que les français, alors que les seuls vins américains existant proviennent de pieds… Français. Nous aurons la délicatesse ne parler ni de pain, ni de fromage). Deuxièmement, si ce sont les États-Unis qui l’ont diffusé massivement, ils en ainsi fait un symbole de domination culturelle : de Tokyo à Lagos, de Paris à Téhéran, de Bombay à Oslo, tout monde sait à quoi ressemble un hamburger et connaît sa fabrication originelle.

Le premier McDonald’s de Moscou, ici à son ouverture en 1990

Bien entendu, le hamburger en soi n’est pas synonyme de grandes enseignes de restauration (McDonald’s, Burger King…) et il est même possible voire courant d’en manger chez soi. Mais le simple fait de pouvoir acheter en magasin des pains à hamburgers dit long sur la domination alimentaire, donc culturelle des États-Unis sur le monde.

Citons un exemple : beaucoup d’anticapitalistes s’étaient réjoui de ce que McDonald’s avait échoué à s’implanter en Bolivie, car ses produits ne s’adaptaient pas aux coutumes et traditions locales. Las ! Ses restaurants ont été rachetés… Par Burger King. Le hamburger est un symbole non seulement de la malbouffe mais aussi et surtout d’une hégémonie culturelle et économique.

II/ Les vegans, Tartuffes modernes

L’objet de ce point n’est pas de remettre en cause le mode d’alimentation et de consommation au sens large des vegans. De même, qu’il soit bien entendu que nous ne parlons pas ici des vegans dans leur ensemble, mais bien de ceux qui, individuellement ou par groupes, soutiennent les actions des entreprises susévoquées.

L’idée est plutôt de pointer une incohérence, voire une hypocrisie. Comprenez : un burger vegan reste et demeure un burger. Ses conditions de production (humaines, industrielles, etc) demeurent les mêmes. La démarche de produire des burgers vegan, pour les entreprises, n’a qu’un but : trouver des nouveaux marchés, ou en tout cas ne pas en perdre. Et on ne peut rien attendre de moins de la part de gigantesques groupes capitalistes apatrides. Pour les vegans, c’est encore pire : il s’agit de pouvoir continuer à consommer un produit néfaste tant pour les travailleurs (sous-payés), au mépris d’une quelconque solidarité de classe, néfaste pour la santé (il n’y a pas que la viande qui soit dangereuse pour la santé dans le burger et dans le fast-food en général). En somme, les vegans sont des hédonistes terriblement modernes, comme tout ceux qu’ils critiquent. Ils ne représentent absolument pas une critique du monde moderne, mais au contraire préfèrent en accompagner la chute.

III/ Pour aller plus loin : un hamburger vegan, pour quoi faire ?

Le mouvement vegan, qui se comprend au sein de la philosophie antispéciste, entend abolir non seulement la production et la consommation de viande animale, mais également l’utilisation de produits d’origine animale (cuir, peau, soie, laine, lait, œufs…). L’objet est ici non pas de critiquer ou de remettre en cause le fondement même de la philosophie vegan et/ou antispéciste, ce que d’autres font mieux que nous et en d’autres lieux, mais de s’interroger sur un point précis annexe.

En effet, si l’idée est de bannir l’animal comme objet de production et de consommation, à toutes les échelles, quel est l’intérêt de vouloir lui trouver des substituts qui lui ressemblent, qui le singent ? Que les intellectuels, industriels, militants, et scientifiques vegans inventent des produits de substitution (et l’auteur de ces lignes confesse volontiers ignorer une grande majorité de ce domaine) ou se nourrissent de produits exclusivement végétaux, nous l’entendons : un gratin de courgettes, sans produit d’origine animale, ne ressemble pas à un hamburger, à une escalope, à du boudin. En revanche, l’acharnement à vouloir imiter ce qu’une culture (ou une certaine culture, concernant le hamburger) humaine a mis parfois des siècles a façonné peut désarçonner, voire provoquer quelques crispations que certains qualifieront de « conservatrices ».

Le sujet de l’alimentation et du veganisme est vaste, mais il est surtout intéressant de l’utiliser pour critiquer, en l’espèce, le grand vainqueur des luttes de tout temps : le capital. Il permet d’identifier les réels opposants à ses causes et à ses effets dévastateurs.

Pour le rétablissement de l’esclavage

L’esclavage est né logiquement de l’inégalité des richesses, laquelle découle fort logiquement de la sédentarité (l’esclavage est très tôt interdit chez Genghis Khan) . Dans la Grèce ou dans la Rome antique, plus de terres nécessitait et permettait plus de bras pour les entretenir.

L’esclave, en droit, est considéré comme un bien meuble, sur lequel son propriétaire a en théorie, tous les droits. Il est possible de trancher la gorge d’un esclave comme de briser une amphore.

L’abolition puis la disparition du servage en France (entre le XI ème et le XV ème siècle) ainsi que la lutte contre l’esclavage puis au cours du XVIII ème et XIX ème siècle a amené nos sociétés à considérer l’esclavage comme un état dégradant, avilissant pour la personne humaine, notamment sous l’impulsion de l’Eglise catholique.

Il convient de cependant faire quelque rappels. Tout d’abord, ce sont avant tout des motifs économiques qui ont vu la progression des idées abolitionniste : si le Christ lui-même ne condamne pas l’esclavage en lui même, c’est qu’il naît, vit, et meurt dans la Judée, province romaine, de l’antiquité. Il a en revanche exhorté à l’amour du prochain, notamment du plus faible, du pauvre, et donc de l’esclave.

L’esclavage est alors la norme et un élément de l’économie, en Perse, à Rome, en Grèce, chez les Germains, en Égypte, et évidemment chez les Hébreux. Paul de Tarse lui-même prône l’obéissance ses esclaves à leurs maîtres (Cor 2, 22-25).

Esclavage à Rome

En revanche, l’Eglise en tant qu’institution a accompagné progressivement l’émancipation des esclaves : le 13 janvier 1435, le pape Eugène IV publie ainsi l’encyclique Sicut dudum, dénonçant les mauvais traitements infligés aux esclaves indigènes des Canaries, exhortant à leur libération sous peine d’excommunication.

Soulignons ensuite la lettre Pastorale officium, du 29 mai 1537, du pape Paul III au cardinal Juan de Tavera, archevêque et primat d’Espagne, qui lui commande d’interdire la réduction des Indiens en esclavage ou des les priver de leurs biens. Cette lettre intervient quinze ans avant la fameuse controverse de Valladolid, qui détermina si la conquête et la réduction en esclavage des Indiens d’Amérique latine, sous l’égide de Charles Quint, était ou non légitime.

Paul III

Mais une lettre du 2 juin de la même année du souverain pontife, Veritas Ipse, est bien plus intéressante, puisqu’elle lie la liberté à la propriété. Les Révolutionnaires français de 1789 reprendront la même idée, suivant le modèle athénien : celui qui est libre est celui qui possède. La possession, la richesse fait la liberté. Et vice versa : la liberté doit servir à exercer son droit de propriété, son droit à s’enrichir.

C’est à partir du XVIII ème siècle et plus encore de ses conséquences (la Révolution puis la Révolution industrielle) que les choses se gâtent si l’on peut dire.

Les idées des Lumières ayant porté aux quatre coins de l’Europe puis du monde l’idée d’égalité économique et sociale (par des aristocrates, des bourgeois ou des hommes d’Eglise assez hostiles eux mêmes à ces principes), la révolution industrielle n’eut aucun mal, une fois les vieilles pratiques et les vieilles idées de corps intermédiaires jetés à bas à se mettre en marche, que l’on pense seulement à la Loi Le Chapelier.

Et il n’y a aucun hasard si les contestations à ce système, que l’on appellera plus tard libéral, s’appellent très vite « socialistes », puis » communistes ». Le cœur des revendications vient de la paupérisation des prolétaires, nouveauté du XIX ème siècle, ainsi qu’une baisse de la considération du travail par cette société industrielle ; c’est la naissance de société de consommation, autre nouveauté du XIX ème siècle. Ainsi, on n’imaginait pas au XII ème siècle un vitrail fait à la chaîne, avec ce que cela implique en termes de (bas) coûts et donc de (bas) salaires.

L’idée n’est ni de faire un procès de la société industrielle ni de faire une histoire du socialisme, mais plutôt d’inviter à réfléchir sur ce que les ouvriers du XIX ème siècle (et même du XXI ème) ont gagné et perdu par rapport aux esclaves athéniens ou romains. Que l’on considère les points suivants : l’esclavage est acheté une fois, à une valeur X, selon ce qu’il vaut, ce qu’il a appris, auprès d’un maître (un guru comme disent les Indiens). Il représente, en termes strictement économiques, un investissement pour son maître : celui-ci a donc bien souvent tout intérêt à le choyer pour le garder auprès de lui longtemps et en bonne santé : qui casse sa propre voiture ? L’esclave est nourri, logé et blanchi. Et bien souvent, il pouvait avoir, à Rome, quelque récompense monétaire. On me dira « Et la liberté ? ». La liberté, pour quoi faire ? « la liberté est un rêve d’esclave un jour de fête » écrivait Nicolás Gómez Dávila. Elle ne s’apprécie qu’avec modération. Combien d’hommes sont libres mais épuisent leur liberté à travailler, pour gagner de l’argent ? Cela me permet d’évoquer le cas du salarié. Celui-ci doit d’abord trouver un emploi : c’est lui qui se vend. Il n’a jamais la certitude de garder ledit emploi même en étant parfait. L’usine peut déménager, être détruite, endommagée. Avec son salaire, il doit pourvoir à tous ses besoins matériels : logement, nourriture, vêtements, chauffage, loisirs.

Le titre de l’article était provocateur à dessein et avait essentiellement pour but d’attirer sur l’aspect nihiliste et déshumanisant du salariat. Si le combat contre l’esclavage fut un noble combat, ses motifs furent parfois beaucoup plus laids, comme la guerre de Secession le démontra. L’idée est moins de mettre en valeur l’esclavage que de démontrer le caractère pervers et aliénant du salariat. Il est urgent de trouver d’autres formes d’échange et de modèles économiques.