Black Lives Matter? Chiche.

« Eh bien je viens à Minneapolis pour que tu me casses les jambes »

La plupart des soutiens aux manifestations (nous reviendrons sur ce terme) de Minneapolis en protestation à la mort atroce d’un jeune afro-américain, tué par un policier, ont ceci de commun d’être à la fois bourgeois et blancs. Qu’ils soient bien intentionnés ou non, politisés ou non, on a en effet vu des hordes de bourgeois blancs urbains s’emparer d’une cause, et ce des deux côtés de l’Atlantique. Comme hier à Villeneuve-La-Garenne, l’extrême gauche s’est vue refuser l’accès à une lutte qui ne la concerne pas : le syndrome du blanc sauveur a fini par lasser ce qu’elle entendait protéger et sauver.

A moins que votre argent ne puisse aider. « Donnez, donnez, donnez, Dieu vous le rendra » 🎶

Stupéfaction et pleurs du côté de la gauche bourgeoise héritière malgré elle du « fardeau de l’homme blanc » (Rudyard Kipling)! La réalité est cruelle : on ne lutte jamais pour l’égalité, seulement pour la suprématie de son groupe. Si l’homme occidental, à travers le christianisme puis les lumières a pu concevoir une idée universelle de l’Homme, il faut bien comprendre que cette idée est étrangère au reste de l’humanité. Ainsi, nous rappelle Thomas Flich de la Neuville dans un récent ouvrage sur la Perse et sa géopolitique, celle-ci, et notamment les Perses, ont très tôt conçu une représentation du monde dont ils étaient le centre urbain, civilisé, éduqué, etc. A l’opposé, et à la périphérie, on y retrouve notamment les peuples arabes (nommés régulièrement mangeurs de serpents), turcs, indiens, mongols, etc. De même les Japonais, ont su cultiver une tradition isomationniste à laquelle la singularité géographique n’est évidemment pas étrangère (que l’on songe au terme japonais de gaijin/ 外人).

Pour Melenchon, ancien trotskiste, Lenine avait un mot : « idiot utile »

Nos jeunes bourgeois, bien éduqués, plutôt aisés, se glissant dans le sillon de Camélia Jordana se déclarent  » pas en sécurité » face à des policiers. S’il n’est nul besoin de rappeler le grotesque des mots de Camélia Jordana (qui a signé à seize ans chez Sony), fille de patron donc bourgeoise ayant grandi en banlieue résidentielle de la côte d’Azur au sens marxiste du terme (et dont la police est l’alliée objective car elle est dans la classe des possédants), il apparaît pertinent de constater qu’aucun n’a jamais eu de problème avec la police. Et d’un côté ou de l’autre de l’Atlantique, personne ne s’y trompe :

« Si les blancs se révoltaient chaque fois qu’un noir tuait l’un des leurs, nous n’aurions pas de paix »

Le manque d’expertise et de recul de ces personnes crée une distorsion et un monde confortable dans lequel les blancs (et particulièrement les policiers-comme s’il n’y avait pas de policiers noirs) tuent les noirs et les « racisés » (SIC). En définitive, ces gens ne voient de noirs que lorsqu’ils leur livrent leur commande Uber ou Deliveroo : dociles esclaves modernes amenés par la société de consommation et le Capital, auxquels ils consentent docilement et tacitement puisque, comme chacun le sait depuis Karl Marx, l’immigration est l’arme du Capital.

Hélas, les chiffres et la réalité sont cruelles :

Aïe.

La vérité est que les noirs sont le plus souvent victimes… D’autres noirs. Bien évidemment, il y a sûrement une multitude que votre serviteur n’a pas, et ne peut que suspecter : la pauvreté, qui touche davantage les afro-américains, les modèles culturels et socio-économiques, la législation sur les armes à feu, etc. Il ne s’agit là que de données brutes, auxquelles on peut tout faire dire.

Aucun groupe n’a besoin d’un autre pour régler ses problèmes et ses tensions : le génocide du Rwanda, ainsi que les autres conflits d’Afrique depuis l’existence de ce continent, le prouvent. Et aux petits malins qui voudraient évoquer la responsabilité de la France dans ce conflit tragique, je rappelle que la responsabilité du violeur repose sur le violeur. De même, la responsabilité de la mutilation ou de la décapitation repose sur celui qui tient la machette.

Du coup, #blacklivesmatter pour eux ou pas ?

Revenons à présent sur le terme de manifestations. Lors des manifestations des gilets jaunes, on a vu des hommes être mutilés, voire tués par la police. Pour le moment, il faut s’en féliciter, la police de Minneapolis, n’a pas réagi aux pillages, dégradations et aux destructions de bâtiments, magasins, monuments notamment celle de Louis XVI à Louisville.

Rien que ça c’est un casus belli.

Si certains pensent que la mort d’un homme par un policier (qui en plus, d’après ce que j’ai compris aurait dû depuis longtemps être suspendu) justifient ce genre d’actes, il faut qu’ils se souviennent que seul l’Etat dispose du monopole de la violence légitime. J’ignore les moyens dont dispose l’Etat américain pour maintenir l’ordre mais ils existent.

Un des arguments soulevés par les racisés (ÉNORME SIC) pour appuyer l’idée d’un racisme d’Etat, est que seules les populations issues de l’immigration subissent contrôles, arrestations, brutalités voire pire. Sans remonter jusqu’au cas de Sébastien Deyzieu ou jusqu’à février 34 (où aucun noir ne fut brutalisé pour des raisons évidentes), l’actualité récente a montré que la police était capable de brutalité, de façon indistincte : gauche, droite, écologistes, noirs, blancs. La question se pose donc pour chacun d’une part dans son rapport à l’Etat (et la police), à la nation et à sa communauté. Comme je l’ai dit plus haut, chacun lutte pour la suprématie de son groupe et de ses idées. C’est la base de la politique vertueuse. Mais il est faux de dire que telle ou telle communauté bénéficie d’un traitement de faveur.

D’où vient le problème ?

En France et aux États-Unis, des problèmes différents ont évidemment des causes et des conséquences différentes. L’histoire, la façon de faire de la politique, le rapport à l’autorité, à la propriété, à la police en particulier n’est pas le même.

Pour conclure, il y a fort à parier que la clef de cette situation se situe en partie dans la démographie, car « tout désespoir en politique est une sottise absolue.

Coulor out of space (2019) : en Nouvelle-Angleterre, personne ne vous entendra crier

Pour « Color out of space » (la couleur tombée du ciel », Richard Stanley fait le pari audacieux d’adapter Howard P. Lovecraft et de le transposer à notre époque.

Les attentes de votre serviteur étaient grandes concernant ce film. La musique, la lumière, la photographie contribuent à un cadre fabuleux pour ce film. Cependant, de nombreux détails de taille ont attiré mon attention et ma déception.

Commençons par les personnages. Lavinia, la fille, jouée par Madeleine Arthur, que l’on voit dès la première scène du film et dont le jeu se résume pendant un tiers du film à « pseudo rebelle gothique adepte de magie » est une catastrophe d’écriture. La moindre de ses répliques, en rébellion permanence, le moindre de ses détails (accessoires, vêtements, tatouages (un pentacle sur le pied…)) lui donne la profondeur d’une écuelle. Ainsi, au début du film, ce personnage que l’on a vu invoquer la nature au premier plan, dit que le cassoulet est je cite, « de la bouffe de paysans ». Comment peut on autant aimer la terre et en même temps, mépriser ses fruits ? Il faudra ainsi attendre que sa mère soit frappée par la « couleur » pour qu’elle évolue et se rapproche de sa famille, notamment de sa mère.

Passons au personnage de « Ward Philips » (SIC) de Providence, joué par Elliott Knight. Derrière ce nom, chacun aura reconnu Howard Philips Lovecraft, génial auteur de la nouvelle, et raciste notoire. L’idée de mettre un personnage à son nom et de le faire jouer par un métisse noir britannique est révélateur de la politique « wok aux légumes » (j’emprunte l’expression au videaste Moizi, de la chaîne Anal Génocide). Le fait qu’il soit métisse ne pose pas de problème en soit mais cela n’apporte strictement rien d’un point de vue narratif, surtout pour le peu de temps qu’on le voit à l’écran. C’est juste Howard P. Lovecraft devenu noir par la simple volonté du studio de production.

Concernant le personnage de Nathan Gardner, interprété par Nicolas Cage, il est égal à lui même, tantôt bon, tantôt lunaire, tantôt fou. Il joue un rôle bien écrit de père de famille dont le monde s’écroule et qui tente de faire comme si tout allait bien. À travers lui, Stanley réussit également à faire du film une fresque de la famille traditionnelle qui s’écroule.

L’histoire générale reste bien respectée : la météorite inconnue qui rétrécit jusqu’à disparaître, ses conséquences sur l’environnement (flore, faune…), si l’on excepte le remplacement incompréhensible des vaches de la famille par… Des alpagas. Là encore, cet incompréhensible goût de l’exotisme n’est pas expliqué autrement que par les « Mayas utilisaient des alpagas » (ce qui est factuellement faux, puisque les alpagas vivent dans les Andes, les Mayas au Yucatan et au Belize). L’idée n’est pas de critiquer ce choix scénaristique, mais plutôt de soulever l’incohérence de la présence de tels animaux en Nouvelle-Angleterre, rappelons le, sans autre explication que ce qu’il semble être un caprice.

Évoquons ce qui fait le charme et la beauté des histoires de Lovecraft : la peur. C’est là la principale difficulté, chacun des amateurs du « reclus de Providence » le sait, qu’ont rencontré tous ceux qui ont voulu porter à l’écran ses histoires (même Guillermo del Toro a semble rencontrer des difficultés sur son projet « les montagnes hallucinées »). Dans « Color out of space », le mélange subtil d’esthétique légèrement kitsch (la scène où le sang qui coule aux pieds de Lavinia quand elle fait la vaisselle, la mort de Benny, ou encore la mort des alpagas mutés) et onirico-horrifique (les scènes où Jack « discute » avec la « chose dans le puits et dessine) fonctionne. Richard Stanley, en évitant les jumpscare nous invite à entrer dans sa propre vision de Lovecraft. Il nous dit » j’ai vu ce qu’a vu Lovecraft. C’est terrifiant, magnifique, et voici ». Certes, il ne se prive pas de certains ressorts (utilisation de l’enfance, figure de l’innocence) pour nous transmettre la peur et le malaise. En effet, chez Lovecraft, la peur n’est pas une stupeur : c’est un malaise, une angoisse de l’inconnu. Et le film de Stanley respecte plutôt bien le rythme de progression de la nouvelle. Si le décalage entre kitsch et horreur peut paraître gênant, il fonctionne en réalité assez bien, notamment grave à la performance sus évoquée de Nicolas Cage. Notons par ailleurs le personnage totalement inexistant de Benny Gardner, joué par Brendan Meyer.

La place de la technologie et notamment du rapport à l’information est à souligner, car il rajoute une tension dramatique à l’action. Ainsi, quand Jack et sa mère sont frappées par « la couleur », tous se retrouvent isolés des secours malgré leurs téléphones portables et leurs ordinateurs, rendus inutilisables. On pensera ainsi au sous titre du film « Alien » « dans l’espace, personne ne vous entendra crier ».

En outre, la dépendance de Theresa Gardner (jouée par Joely Richardson) à la technologie-obsession au travail-se place comme une audacieuse critique de la vision du monde de Howard P. Lovecraft, fasciné par les grandes découvertes (régions polaires), l’astronomie, la chimie, et la physique. Ainsi, dans « Color out of space », ce sont les hommes de loi (police et maire) que l’on voit prendre les choses en main, alors que dans la nouvelle de Lovecraft sortie en 1927, ce sont des scientifiques, signe d’un regard différent sur la science, la technique et le progrès : autres temps, autres mœurs.

Au final, comme dans la nouvelle de Lovecraft, ce qui terrifie ici, c’este caractère abstrait de la menace extraterrestre. Même le predator peut être vaincu par un être fait de chair et sang. La couleur tombée du ciel, elle, n’a pas de but clairement exprimé, pas de morale, pas de buts que l’on puisse contrecarrer.

Jeanne, au secours !


« Jeanne » de Bruno Dumont est un film beau, bizarre, et pur. Ça sent parfois la naïveté voire l’amateurisme dans le jeu notamment de Lise Leplat Prud’homme (Jeanne). Péguy et Dumont font d’elle, dès le début de l’histoire, et peut être malgré eux, une Jeanne politique que n’aurait pas renié Maurras : devant le silence des voix, elle prend une décision qui s’avérera certes lourde de conséquences (attaquer Paris par la porte Sainte Honoré) mais faisant également plier des hommes. A une époque, la notre, qui nous explique qu’il n’y a pas d’âge ni de sexe pour prendre ses responsabilités, Jeanne répond, du haut de son adolescence et de sa voix parfois hésitante : « Je le sais bien. Je l’ai fait six siècles avant vous ». Ce que met d’ailleurs en avant le procès c’est moins son hérésie que le conflit entre le roi (pouvoir politique), derrière lequel se range Jeanne, et l’université (pouvoir religieux) acquis aux Anglais; ce que l’on nommera bien plus tard « la trahison des clercs ».

L’actrice porte parfois maladroitement, à bout de bras, ce personnage, tiraillé entre l’enfant, le chef politique et la mystique.
Dumont n’est sans doute ni maurrassien ni catholique. Mais c’est un artiste, un poète : son sens de la mise en scène, de l’usage de la caméra et de la musique (la scène où les cavaliers se préparent à la bataille) montre qu’en plus d’aimer le texte de Péguy, un de nos plus grands prosateurs de notre langue, il aime les acteurs, les animaux et la lumière. C’est également un iconoclaste : quand Jeanne entre dans la cathédrale, point d’orgue ni de chants médiévaux, mais le récemment décédé Christophe (qu’on aperçoit plus tard dans le film) au piano.
Celle-ci joue un rôle bien particulier dans le film. Celle du soleil d’abord, qui est le Dieu muet, insensible, et tout à la fois éternel, comme dans « le désespéré » de Léon Bloy : « Vous avez promis de revenir, criait-il à Dieu, pourquoi ne revenez-vous pas ? Des centaines de millions d’hommes ont compté sur votre parole, et sont morts dans les affres de l’incertitude ». De la même façon, que Dostoievski le disait, Jeanne découvre que « si Dieu n’existe pas, tout est permis ». Voilà la leçon amère de la guerre que fait cette adolescente dans une période trouble, sur la violence et la bassesse des hommes.

Lors du procès, la cathédrale semble toujours trop grande pour les juges de Jeanne- et la tâche qui leur incombe. Cela est du bien entendu à la façon de filmer de Dumont (utilisation de la contre-plongée, de focus larges, cathédrale gothique vide, musique monumentale etc).

Il faut je crois dire un mot sur Fabrice Lucchini, qui campe un Charles VII encore faible, lunaire, drapé dans ses fourrures, affaibli par ses conseillers, et qui renvoie Jeanne « se reposer ». Cela me permet de souligner la grande qualité des costumes, des armures, des armes, et des accessoires ; j’émets des réserves dues à ma connaissance assez modeste du sujet. En outre, la façon de Dumont de ne (pas) caster ses acteurs, permet d’éviter les visages traditionnels, beaux, lisses, bien coiffés, obtenant au final des visages, des corps, des voix, proches de ce que l’on rencontre encore dans les campagnes et qui font médiéval.

Le procès, nous l’avons dit, montre l’opposition entre le pouvoir séculier français et le pouvoir religieux acquis à l’Angleterre. À nouveau, le casting notamment des juges de Jeanne fait mouche. La colère et la naïveté se mêlent et se brisent dans la voix de Jeanne. Si caricaturaux qu’ils soient, les juges débattent réellement : même certains semblent vouer une haine réelle à Jeanne, d’autres semblent sincèrement vouloir la sauver, et avancent des arguments théologiques.

C’est un film poétique, lumineux, qui fait du bien au cinéma français. Il évite les clichés, le pathos et le mauvais goût. Parfois pas tout à fait juste, il tire justement sa force de ces imperfections, de cette musique inadaptée, de ce jeu un peu étrange.

Il n’y a pas de prêtre pédophile

Le 30 janvier 2019, au cours d’un emblématique et médiatique procès, le cardinal Barbarin, primat des Gaules, était relaxé. Il était accusé d’avoir couvert des agressions sexuelles commises au sein de l’Eglise catholique par des prêtres. Néanmoins, il présenta alors sa démission au Pape.

Interrogeons nous à ce qu’est un pédophile non pas d’un point de vue du désordre sexuel et clinicien, ce qui est bien au delà de notre domaine de compétence, mais d’un point de vue social, économique, politique et démographique. Nous allons démontrer que le titre de cet article, pour provocateur qu’il est, trouvera du sens à la fin.

Commençons par essayer de lister les éléments qui, de tout temps, dans toutes les civilisations, quelle que soit leur sexe (encore que la majorité soit des hommes), leur religion, leur profession, leur ethnie, ou leur hiérarchie sociale, qui rassemble les pédophiles. En vérité, il n’y a pas grand chose. Le seul point commun entre un prêtre catholique pédophile américain et Marc Dutroux, est leur pédophilie. Le point commun entre Roman Polanski et un Indien violeur d’enfant, est la pédophilie, à nouveau. La religion, l’ethnie, le pouvoir, la profession, la richesse n’entrent jamais en ligne de compte.

La question qu’on est en droit de se poser est donc la suivante : qu’est ce qui « unit » les pédophiles, au delà de cette perversion ? La réponse est simple. Les pédophiles sont attirés par les enfants, et non l’inverse, rappelle la psychanalyste Cécile Sales : ils ne deviennent pas pédophiles en les fréquentant. On ne devient pas pédophile à force de côtoyer des enfants. Cette dernière idée est précisément l’idée défendue par les pédophiles eux-mêmes qui auraient « craqué ». Or un individu sain n’a lui pas de problème à côtoyer des enfants qu’il soit prêtre, enseignant ou chirurgien dentiste.

Voilà pourquoi il y a probablement d’un point de vue statistique autant de pédophiles chez les plombiers, les bouchers, les employés de bureau, les opticiens, les couvreurs zingueurs, les chômeurs, les déménageurs ou je ne sais quoi d’autres. Mais ses professions étant peu en contact avec des enfants et peu médiatisées, il y a peu de chances (le terme de chance est utilisé dans son acception mathématique) qu’il y ait de cas de pédophilie avérés et aussi, c’est heureux, d’agressions. En effet, un opticien ou un plâtrier n’est jamais isolé avec des enfants, on le comprend parfaitement.

Il est juste d’un point de vue judiciaire de faire le procès des pédophiles y compris des pédophiles qui sont prêtres. Mais il y en a partout, et pour le moment, la hiérarchie des priorités semble être guidée par une morale d’esclave et par une mauvaise foi assez navrante.

Et à la fin, c’est la culture qui perd.

La récente agression de féministes que nous qualifierons de droite parce qu’elles ont fait le choix d’aborder des thématiques telles que l’immigration nous fournit l’occasion de revenir sur certains sur sujets.

La première est la question de la violence et de son ambiguïté vis à vis de celle-ci au sein des mouvements féministes. Nous sommes à un mouvement de bascule où, sous l’influence de mouvements d’extrême gauche qui revendiquaient déjà la violence comme mode d’action, les premiers semblent glisser vers la violence comme mode d’action (comme moyen). Nous ne le critiquerons pas : « chaque communiste doit être pénétré de cette idée : le pouvoir est au bout du fusil » disait Mao Tzé Toung. Or, comme nous l’avons déjà dit dans un autre article, opposer une violence illégitime à la seule violence légitime (celle de l’Etat) n’est pas sans conséquence.

Nous n’aurons pas la faiblesse de céder ici aux stéréotypes de la « femme faible », même si l’auteur de ces lignes, ancien militant politique, a vu de ses yeux des militants d’extrême gauche frapper des femmes, y compris des femmes enceintes; chose qui s’est reproduite dimanche 8 mars et dont ils se sont vantés. Dans ce climat étrange et disons le un peu délétère, il nous apparaît cohérent que chacun et chacune assume ses positions et ses propos sur la violence physique et verbale.

Les commentaires sont édifiants : https://www.instagram.com/p/B9e4YL6Fehu/?igshid=1lw5gbbbr8wct

Et c’est précisément là que le bât blesse : nombres de mouvements féministes portent un discours utile contre les violences faites aux femmes, ainsi qu’une critique pertinente de la police, souvent peu disposée (et c’est un euphémisme) à prendre en charge les victimes de violences sexuelles ou sexistes. Or, comment conserver une telle parole audible tout en revendiquant la violence tant contre des adversaires politiques (si tant est qu’il s’agisse d’adversaires politiques) que contre la police ? Sans même mentionner le fait que le ménage n’est guère fait dans les propres rangs de l’extrême gauche, comme à Montpellier ou à Parme.

Le deuxième sujet est d’ordre juridique et philosophique. Il va nous demander d’évoquer encore une fois l’affaire Polanski. Plus de cent avocates féministes ont souligné ce que je me tue à dire depuis des semaines sur les réseaux sociaux : la présomption d’innocence et la prescription sont des piliers de notre justice. Même des pays comme la France ou les États-Unis (curieusement cités comme des modèles de démocratie alors qu’ils sont critiqués à longueur de temps par les Français pour Guantanamo et le Patriot Act) peuvent basculer dans l’arbitraire. De nombreux auteurs nous ont averti du règne de celui-ci : Albert Camus, avec « la peste », Georges Orwell, avec 1984, Ray Bradbury avec « Fahrenheit 451 », ou encore Franz Kafka avec « le procès ». Je me dois de vous renvoyer une fois de plus à cette vidéo qui explique que Roman Polanski a purgé sa peine pour l’affaire Samantha Geimer. Pour le reste, il ne reste que des accusations qui ne font pas de lui un coupable. L’idée, comprenons nous bien, n’est pas de rejeter en bloc et par principe l’accusation de viol, et encore moins de traiter une femme qui accuse un homme, fusse-t-il célèbre, de menteuse. L’idée est de dire qu’une accusation n’est pas suffisante pour faire de l’homme qu’elle accuse un coupable, et qu’il faut qu’il y ait un coupable.

Cela me permet de venir à mon troisième point. J’ai lu avec horreur, et je pèse mes mots, qu’il fallait penser à retirer « Lolita » de Vladimir Nabokov, de nos bibliothèques. Ça commence comme ça, et ça termine comme ça :

Non ça n’est pas un point Godwin, relisez la définition.

Quel rapport y a-t-il entre « Lolita » (œuvre de fiction rappelons le) et l’affaire Polanski ? Absolument aucune. Il est terrifiant d’imaginer un monde où la présomption d’innocence serait bafouée, et où des œuvres seraient jetées au feu (virtuel, médiatique ou réel). Mais ce monde a déjà existé : cela s’appelle une dictature.

Il n’est évidemment pas question de penser à une « dictature féministe ». Mais il y a fort à parier que notre culture s’appauvrisse et que certaines féministes (car je ne fais pas d’amalgames) en soient malgré elles les idiotes utiles (ceci n’est pas une insulte mais une paraphrase de Lenine).

Et le gagnant est…

A l’heure où Roman Polanski vient de recevoir sous les hourras et les huées mêlés le prix du réalisateur pour son film « J’accuse » (2019) lors de la dernière séance des Césars, il apparaît nécessaire de tenter de réfléchir sur son cas.

Son cas est celui à la fois d’un homme, d’un artiste, et d’un potentiel criminel. Le simple fait pour moi d’écrire « potentiel », j’en suis conscient, me place dans la catégorie de ses défenseurs : peu m’importe. Ces gens là pour la plupart n’ont jamais mis les pieds dans un cours de droit, et ne peuvent même pas, pour beaucoup, ester en justice.

Qu’on me comprenne bien : je n’ai pas de sympathie ou d’antipathie particulière pour l’homme (que je ne connais pas personnellement), ni pour l’artiste (je n’ai vu qu’un seul de ses films, « Le bal des vampires ») et j’ai comme le tout venant une saine horreur des pédophiles et des hommes qui abusent de leur pouvoir. Si je précise de leur pouvoir, c’est que ce point a, comme nous le verrons, son importance.

J’évoquerai brièvement la première affaire Polanski. Au cours de celle-ci, le réalisateur franco-polonais (là encore, rappeler sa nationalité est important) fut jugé et condamné pour un seul chef d’accusation par un juge californien : « relation sexuelle avec une mineure ». En effet, faut il le déplorer ou s’en féliciter (et je ne me prononcerai pas) mais la loi californienne met au même plan une relation entre un jeune homme de dix neuf ans et sa petite amie de dix sept, et Celle entre un homme de quarante et une très jeune fille de treize ans (comme ce fut le cas de ladite affaire Polanski). Les autres charges, notamment celles de viol et d’utilisation de drogue, furent levées. Que Roman Polanski ait « payé Samantha Geimer » (une mineure..?) pour qu’elle abandonne le procès est sans importance (et probablement faux) : ceux qui soulèvent cet argument sont choqués par le principe moral de cette coutume américaine. Mais la morale n’a rien à faire là dedans.

A la suite de l’accord passé avec le juge, Roman Polanski passa un certain nombre de semaines en prison. Mais ledit juge, passée cette période, voulut renégocier un accord et l’enfermer une nouvelle fois. C’est pour cette raison que Roman Polanski est parti des États-Unis. Il n’a pas fui la justice américaine mais un juge obsédé par le buzz et par sa propre réélection et non préoccupé par Samantha Geimer; rappelons qu’aux États-Unis, nombre de magistrats sont élus, notamment les juges et les shérifs. Voilà donc pourquoi la France, pays dont Roman Polanski possède la nationalité (il est né en France de parents français) ne l’extrade pas : il eut fallu qu’il commît un crime tel que le viol. Une extradition de la France vers les États-Unis serait tout simplement illégale en droit français.

Je vous renvoie pour de plus amples précisions à l’autobiographie de Samantha Geimer et à cette vidéo.

Se pose la fameuse question : « faut il séparer l’homme de l’artiste ? ». Deux réponses possibles. Dans un premier cas, on ne sépare pas les deux, admettant que le rapport trouble avec les femmes qu’entretient Roman Polanski et que souligne d’ailleurs Moizi fait parti de son œuvre. Dans « la Vénus à la fourrure », le cinéaste fait ainsi jouer Matthieu Amalric avec sa propre coupe de cheveux face à son épouse, Emmanuel Seigner. Toute sa filmographie est également hantée par sa judéité (« le pianiste », jusqu’au récent « J’accuse »), et par son rapport à la justice, dont il fait le thème central dudit « J’accuse « . C’est ce qui fait de Roman Polanski un auteur. Partant de ce principe, si l’on estime qu’il a mis de sa vie dans son œuvre, et vice versa, on peut estimer que ladite œuvre peut servir de pièce à conviction devant un tribunal. Cela peut être dangereux, car il s’agit toujours de fiction, à la différence des journaux intimes de Gabriel Matzneff, mais l’argument est recevable. Il faudra par conséquent penser à juger à posteriori, voire à décrocher des tableaux (et qui sait, brûler des livres ?) des hommes tels que le Marquis de Sade dont on sait pertinemment qu’il a couché sur papier les forfaits qu’il a commis.

La deuxième position consiste à raisonner de la façon suivante, un peu schématique et un peu caricaturale : elle consiste à dire que Roman Polanski (et d’autres!) peut très bien recevoir un prix le vendredi et une convocation au tribunal le mardi. Ainsi, son talent réel ne peut pas davantage lui servir de bouclier devant un tribunal, que ses crimes ne peuvent servir d’alibi à faire taire un artiste talentueux.

On me répondra que les autres potentielles victimes sont anonymes, mortes, ou que le délai de prescription est passé, voire qu’elles n’osent parler. Plusieurs réponses : est ce la faute de la cérémonie des Césars ? Sans doute pas. Il est peu probable que la cérémonie des Césars (surtout les récentes) aient fait quoique ce soit pour changer le système judiciaire. N’est-ce pas davantage la faute du système judiciaire français, relais de son appareil législatif ? Parmi la meute qui hurle et demande à ce que Roman Polanski soit poursuivi (à raison), combien ont eu le courage de s’engager dans des études de droit afin de désengorger notre système judiciaire ? Je pense que tout le monde s’accorde sur la lenteur et les défauts de ce système. Mais c’est pour nous là l’occasion de pointer une légère incohérence dans le discours de ceux qui s’attaquent (sans doute avec les meilleures intentions) à Roman Polanski.

Le plus grand scandale de pédophilie français a été mis à jour il y a plusieurs mois en Bretagne. Le nom du suspect (il s’agit là encore de respecter la présomption d’innocence) est connu : Joël Le Scouarnec. Pourquoi cet homme, qui a fait des centaines de victimes (potentielles) ne subit-il pas l’ire de la vague féministe qui assaille Roman Polanski ou Harvey Weinstein? La réponse tient sûrement à sa profession et donc à son statut social : personne ne s’intéresse à un dentiste de province. Sa chute sociale, quelle que soit la monstruosité de ses crimes, n’a pas d’importance. Alors que s’attaquer à Roman Polanski (quand on s’appelle Adèle Haenel ou Florence Foresti, pas quand on est une caissière de super marché), c’est possible et c’est intéressant. En somme, la lutte des classes s’est déplacée, mais elle n’a pas disparu.

Si le temps est cyclique comme le croit René Guénon, alors il y a fort à parier que cette âpre ère du lynchage risque de faire du tort, dans quelques années ou dizaines d’années, à ceux qui s’en font les artisans.

L’affaire Mila et pourquoi l’islam n’a pas d’intérêt dans celle-ci

L’affaire Mila, qui voit une adolescente harcelée, intimidée et menacée de mort (nous reparlerons plus bas de ses agresseurs) pour avoir simplement exercée un droit consacrée par la Constitution, est l’occasion de prendre la hauteur sur une notion si chère à la République Française : la laïcité. Dans une récente intervention, Alain Finkielkraut souligne à juste titre une évidence : il est impossible de débattre de cette notion sans tensions, précisément parce que tant qu’elle ne posait pas problème, il était inutile d’en débattre.

Il est inutile de souligner, je pense, la lâcheté des différents dirigeants politiques, notamment de gauche, vendus au Capital depuis la rigueur (1983) et aux minorités depuis qu’ils ont abandonné les ouvriers. Ainsi, même Jean-Luc Mélenchon, qui a les yeux humides dès qu’il déclame Victor Hugo, attendit assez tardivement pour soutenir lui aussi l’adolescente et son droit au blasphème qui, rappelons le n’existe pas en droit français; notre pays ayant même été le premier à l’abolir, et ce dès 1789, donc bien avant la loi de séparation des Églises et de l’Etat de 1905 et avant même l’instauration de la première république, instaurée en septembre 1792. Or donc, de Martine Aubry à Nicole Belloubet, garde des sceaux, faut-il le rappeler, tous et toutes se sont compromis. Si le bête clientélisme semble une piste évidente (nous disons bêtes car les musulmans sont majoritairement abstentionnistes), la soumission idéologique et la trahison précédemment évoquées semblent des pistes tout aussi probables. L’idée, consciente ou non, est ici d’être mangé le dernier par le crocodile que l’on aura nourri, selon une célèbre métaphore.

Plusieurs choses à souligner : Mila s’en est pris, selon une cohérence et une logique courageuses (quoique historiquement fausse) à l’ensemble des religions. Lors de sa discussion avec l’ensemble des personnes assistant à son live, il y a eu une focalisation sur l’islam qui n’était pas de son fait mais des personnes dont elle avait repoussées les avances. Dès lors, aucun juif, chrétien, bouddhiste, sikh, ou jainiste ne s’en est pris à elle, individuellement ou via une institution quelconque. Nombre de journalistes, sociologues, hommes politiques posent la question (faussement) naïve : quel est le problème avec l’islam ? La réponse tient dans la grande absente des débats et empoignades, à savoir la démographie. En effet, si aujourd’hui, contrairement aux années trente ou cinquante, l’islam pose un souci, c’est parce qu’il dispose d’institutions, de moyens humains, ce qui lui a été permis par une croissance démographique. Contrairement à ce que dit la journaliste dans la vidéo précitée, ce ne sont pas des islamistes qui ont insulté, menacé Mila : ce sont les mêmes « jeunes » qui font vivre un enfer plus « doux ». C’est ainsi qu’apparaît une fois de plus un premier angle mort du féminisme, à savoir l’intersectionnalité des luttes. L’idée que celles-ci puissent se valoir et donc être mises au même niveau se heurte à la réalité sociale, culturelle et en particulier religieuse. En l’espèce, il est impossible de faire cohabiter sur un même espace (quartier, ville, pays) des femmes (et des hommes) prétendant à une liberté sexuelle, d’expression, d’opinion, et des peuples qui n’ont pas la même conception. On argumentera à raison que la misogynie n’est pas essentielle à une culture, une religion ou une ethnie (le chaupadi au Népal, par exemple). Mais comme évoqué plus haut, les harceleurs de Mila le font au nom de leurs valeurs et de leur morale religieuse. L’idée n’est pas ici de prendre ou nom la défense de celles-ci, car l’ethno-centrisme n’est lui non plus pas le propre d’une culture ou d’une civilisation, comme le rappelle Claude Lévi-Strauss dans « Race et histoire ». Il s’agit seulement de constater l’échec de la cohabitation depuis plus de quarante ans entre plusieurs peuples car « une politique se juge à ses résultats » (Charles Maurras).

Ainsi, tous les intellectuels, journalistes, politiques qui débattent de cette crise ne font que regarder le doigt, là où il faudrait regarder la lune : l’islam n’est pas tant le problème que « la surinfection de la plaie » pour reprendre une expression de l’historien Bernard Lugan. Le robinet à ouvrir ou fermer n’est pas celui de la laïcité, mais celui de l’immigration, afin d’inverser la balkanisation du pays.

Il est compliqué de conclure sans nous répéter. Comme disait Anatole France, « la République gouverne mal mais se défend bien ». Depuis des décennies, son administration, sa police, et son armée ont permis de d’endiguer les phénomènes de balkanisation évoqués plus haut. A terme, celles-ci peuvent ne plus protéger les Français, avec le risque « tous contre tous ». La solution se résume à une vieille formule : « une terre, un peuple » et dans les moyens administratifs, policiers, juridiques, permettant de mettre en place la remigration de l’essentiel de populations étrangères non assimilées à notre pays.

Quelle est la différence entre Howard P. Lovecraft et Louis-Ferdinand Céline ?

Cette question, qui pourrait être le début d’une plaisanterie, cache en réalité une interrogation sérieuse et profonde : pourquoi et comment le créateur du mythe de Cthulhu a-t-il réussi à se forger une image respectable, à l’inverse du « bon docteur Destouches », malgré des opinions politiques proches ? Notre propos est non pas de critiquer des idées qui étaient celles d’hommes de leur temps, le premier étant mort en 1937 et le second en 1961, et tous deux acteurs littéraires (et politique pour Céline) des années trente et quarante. Il s’agit plutôt de comprendre comment le milieu politique, médiatique, intellectuel, culturel a donné des gages à l’un, et pas à l’autre. Pourquoi Céline reste sulfureux, alors qu’il a été illustré par Jacques Tardi, peu soupçonnable de sympathies de ses idées ?

I/ Lovecraft et Céline : deux auteurs de leur temps

Il nous parait nécessaire de rappeler que Lovecraft et Céline, génies de la littérature, l’un pour la langue anglaise et l’autre pour la langue française, ont réussi le tour de force de créer de part et d’autre de l’Atlantique une mythologie nouvelle. Si Lovecraft est connu pour le « mythe de Cthulhu », « le cycle du rêve », Céline a pour sa part forgé une langue célinienne. Son style, jouant sur les rythmes, les sonorités, empruntant largement à l’argot, et oscillant entre l’humour volontiers noir et grinçant et le désespoir, a fait de lui un auteur que beaucoup de ses contemporains, et même de ses contempteurs, qualifient de majeur pour le XX ème siècle. Son regard et sa critique sociale, à l’opposé du marxisme qui idéalise le peuple, est également une nouveauté, Céline expliquant qu’un prolétaire n’étant qu’un bourgeois ayant échoué. Pour ce qui est de Howard P. Lovecraft, ce qui fait la nouveauté est paradoxalement son côté « réactionnaire » : se considérant comme anglais et indéfectiblement redevable à l’égard de l’Angleterre géorgienne et de l’Europe en général, notamment la Grèce et Rome, cet anti-Lumières élevé dans l’amour des livres par son père et plus encore par son grand-père cultivera une image anti moderne d’Anglais en Amérique, à l’opposé par exemple de Edgar Allan Poe, dont il fut pourtant un grand lecteur et admirateur et à qui il rendit hommage. En effet, Poe se vivait et se voyait en Américain et lutta toute sa vie pour la création d’une littérature proprement américaine, détachée des influences et des dettes à l’égard de l’Europe, notamment anglo-saxonne.

Nous venons de l’évoquer, Lovecraft se voyait en Anglais, regrettant la perte de l’Amérique par le roi George. Ceci explique, nous l’avons dit, le caractère rugueux de ses textes, qui semblent sortir tout droit du XVIII ème siècle, et d’autre part une vision du monde. En effet, Lovecraft adhère à une hiérarchie des races, au sommet de laquelle il place les anglo-saxons et naturellement les Germains, ce qui inclue donc les Anglais, les Scandinaves, les Allemands, Néerlandais, etc. Rien d’étonnant à ce qu’il ait trouvé des sympathies pour les idées d’Adolf Hitler… Qu’il traitera de « clown » en 1936, ses opinions à l’égard du chancelier allemand ayant changé. Il fera montre également d’une négrophobie virulente (le simple poème « On the creation of niggers » en témoigne) ainsi que d’antisémitisme… Ce qui ne l’empêchera pas d’épouser Sonia Greene, juive ukrainienne, seule femme de sa vie; si l’on excepte évidemment les femmes de sa famille.

II/ Lovecraft, héritage bancable, Céline, héritage sulfureux

Lovecraft est aujourd’hui littéralement partout. Il est présent non seulement depuis plus de trente ans dans les cercles d’initiés (jeux de rôles, jeux de sociétés, jeux vidéos…) mais également dans des milieux plus mainstream depuis quelques années : radio, télévision, journaux traditionnels, littérature, jeux-vidéos, bande-dessinée, mangas, et même cinéma, avec la prochaine adaptation attendue y compris par l’auteur de ces lignes des « Montagnes hallucinées » par Guillermo Del Toro, lui non plus peu soupçonnable de sympathie vis à vis des idées de Lovecraft. Or, Céline est bien moins présent dans l’actualité, du moins de façon « économiquement positive » et « visible », alors que les deux hommes sont morts et enterrés depuis longtemps. Il nous parait légitime de nous interroger sur cette différence de traitement : pourquoi le débat sur les pamphlets céliniens agite les médias traditionnels , alors que tous les spécialistes de Lovecraft s’accordent à dire que « l’Appel de Cthulhu » fut écrit par Lovecraft à New-York quand celui-ci découvrit le cosmopolitisme de la Grosse Pomme pour mieux le dénoncer ?

La réponse est évidente : parce que Lovecraft a malgré lui laissé un héritage bancable. A sa mort, la question de ses droits d’auteur fut assez confuse. Puis, comme évoqué plus haut, les années 70-80 et la sous-culture s’en emparèrent : nombre de créatures du célèbre « Donjons et Dragons » par exemple ont quelque chose de lovecraftien.

tyrannoeil
Un Tyrannoeil

De même, le MMORPG World of Warcraft (plus de 10 millions de joueurs dans le monde) a subi de façon évidente l’influence de Howard P. Lovecraft. La force de l’auteur est non seulement d’avoir créé un univers riche et vaste, mais également d’avoir mis peu de mots et d’illustrations sur des concepts, créatures, Dieux, ou personnages, ce qui a permis à une vaste quantité d’auteurs et d’illustrateurs de s’approprier ce qu’il avait créé des décennies plus tôt, et ce sur une grande variété de supports; ce qui est, au passage, sa supériorité sur un certain Stephen K. Si l’on est en droit de critiquer la qualité et si l’on peut flairer l’opportunisme pour certains projets, on peut au moins être assuré de la pérennité de l’oeuvre de celui que l’on a bien mal nommé « le reclus de Providence ».

Il n’en demeure pas moins qu’avec son oeuvre violente, noire, controversée et moins riche « visuellement » Céline demeure quant à lui l’un des derniers parias de la littérature française et francophone. Le jeu vidéo, le jeu de rôle, le jeu de société (on peut le comprendre) n’ont pas donné leurs lettres de noblesse à l’oeuvre pourtant puissante du plus grand écrivain français du XX ème siècle, tandis que de l’autre côté, dans les milieux mainstream , il n’est convoqué qu’à la façon de Satan, pour dire qu’il était un génie « malgré sa part d’ombre », comme une tâche à son costume, ou comme la mauvaise réputation d’une courtisane devenue la digne épouse d’un ministre. Aimer Céline, en société, doit se faire avec prudence : on doit préciser qu’on « aime surtout « Voyage au bout de la nuit » et « Mort à crédit » ». A l’inverse, qui se pique de provocation soufflera lors d’un dîner mondain sa passion pour Céline, et « avouera » posséder un (ou davantage) pamphlet, peut-être même sans l’avoir lu. C’est hélas le lot d’autres auteurs, lus pour leur subversion supposée ou réelle davantage que pour leurs qualités réelles.

Ainsi, on passe plus volontiers sur l’anticommunisme, l’antisémitisme, la négrophobie, et les (vagues) sympathies de Howard P. Lovecraft pour les thèses nazies que sur l’anticommunisme, l’antisémitisme, l’anticolonialisme, le pacifisme, et les sympathies (avérées) de Louis-Ferdinand Céline pour Hitler. La raison est purement mercantile.

Il est inutile de se faire une quelconque illusion : le système marchand prend et rejette ce qu’il veut. Les médias y compris culturels notamment mainstream n’en sont que des bras armés. Un auteur n’est pas célébré ou voué aux gémonies à la mesure de ses crimes, mais selon les besoins de ce système, suivant la formule hélas célèbre : « On lèche, on lâche, on lynche ». Pour le moment, Howard P. Lovecraft ne fait pas encore parti des rangs des pestiférés, qui compte Céline et d’autres, et ce malgré le travail acharné qui tente de réduire son oeuvre considérable (nouvelles, poèmes, lettres…) à un pseudo-fasciste complexé et malade.

Le rat de Paris

Je viens de lire avec un certain scepticisme l’article de Marie-Sophie Germain, spécialiste (?) des NAC (nouveaux animaux de compagnie).

L’auteure nous explique que les rats sont victimes de préjugés et gagnent à être connus.

Sous la forme de « [proposition] = vrai/faux », nous apprenons ainsi pèle mêle que le rat, au final, est un animal charmant, intelligent, sociable; un vrai gentleman.

Entrons dans le vif du sujet. Madame Germain commet un premier contresens quand elle évoque le rat noir, hôte de la puce responsable de la peste noire. Quitte à entrer dans les détails, ce n’est pas la puce, la coupable, mais Yersina pestis, un bacille. Elle doit son nom à Alexandre Yersin, bactériologiste suisse. En outre, si la peste noire fit tant de ravages c’est que le rat noir n’était que le premier porteur de la puce : celle-ci avait pour hôte tous les autres mammifères à l’exception… Des chevaux, ce qui explique que les valets d’écurie et les palefrenier furent moins touchés, car ils dormaient avec leur bêtes. Ceci, Marie-Sophie Germain l’évoque superficiellement.

Mais le rat brun, dont parle justement notre bloggeuse, n’est-il pas un mammifère potentiellement hôte d’une peste noire jamais éradiquée ? Pourquoi dire qu’il n’y a « aucune raison de craindre la peste »?

En outre, L’auteure évoque très justement un animal vecteur de maladies à la Réunion et en Nouvelle Calédonie. Il me semble que les habitants de ces pays sont des êtres humains, qui plus est français. Leur état sanitaire devrait inquiéter tout le monde… Même des Parisiens. Quant à la comparaison avec les animaux que sont les porcs et les chiens, il me semble que l’épidémie de rage, dernière épidémie connue, est en bonne voie d’être éteinte dans les pays occidentaux.

En outre, l’idée que les chiens soient soient vecteurs de maladies me sembler s’appuyer sur un préjugé, celui de chiens errants sans maîtres pour les nourrir, les dresser, les contrôler (donc en dominer l’agressivité canine/lupine naturelle) et les soigner (donc éviter lesdites maladies). Or, les Français possèdent 61 millions de chiens et y consacrent temps, argent et dépenses vétérinaires.

Sur l’invasion des villes, je me demande quand peut-on parler d’invasion dans la mesure où l’on parle de déjà vingt millions d’animaux.

Il est évidemment amusant, voire louable, de vouloir dresser un rat ou deux comme NAC, mais si les rats s’entendent (et se pensent, comme animaux intelligents et sociaux) en groupe élaboré, hiérarchisé, des liens n’ont pas de sens au delà d’une certaine mesure. Nous ne sommes pas de la même espèce.

Décathlon et le hijab

L’affaire du hijab de Décathlon est d’une triste simplicité qui n’a à voir ni avec l’islam ni avec la laïcité (et encore moins avec le féminisme) mais bien sûr avec le capitalisme.

Décathlon est, rappelons le, une entreprise impitoyable avec ses employés. Une enquête du magasine Capital du 3 juillet 2009 révélait ainsi que qu’une bonne partie de ses 7500 employés sont des temps partiels payés au Smic tandis que les chefs de rayon sont payés 1800 euros brut par mois.

Sans tomber dans le gauchisme primaire, et pour citer ma professeur de sciences économiques du lycée : « les entreprises ne sont pas philanthropes ». Décathlon n’est pas plus islamophile qu’une autre entreprise. L’enseigne n’a fait que suivre le mouvement des autres. Et quel est ce mouvement ?

Il est double. Il y a tout d’abord celui, louable je le crois, qui tend à valoriser le sport, le bien être. Et il y a le second, qui constate l’augmentation de la part de maghrébins et de musulmans pratiquants dans la population française et européenne.

Mais qu’on ne s’y trompe pas : dans une France 100% catholique mais toujours aux griffes du Capital, ce genre d’enseignes (Carrefour, Décathlon…) trouveront toujours une façon d’adapter leur offre à la demande.