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Art contemporain : les orphelins de la technique

L’artiste Déborah de Robertis s’est fait remarquer le 24 septembre 2017 lors d’une prestation artistico-visuelle au Louvre lors de laquelle elle a exhibé ses attributs féminins devant la Joconde. « Happening » féministe autant que politique et artistique, c’est là la preuve que l’art, notamment pictural, peine à se renouveler sans appui financier, médiatique et publicitaire. On se souvient de même du « Vagin de la reine » du plasticien Anish Kapoor, autre témoignage d’une préoccupation pour le moins troublante des « artistes » du XXI ème siècle pour la représentation graphique du sexe féminin.

« La laideur vient d’un désir de profanation. Avec la perte des rites de passages et de la culture religieuse, les hommes sont perdus. Ils commencent alors à vouloir se venger des anciens idéaux qui les ont trahis. »

Roger Scruton

Il est courant, voire récurent, de lire et d’entendre dans les milieux réactionnaires ou dits conservateurs que « l’art est mort  » sans que personne ne puisse fixer de date ni d’explication. Et qui de dire que Picasso était décadent, qui d’accuser le Bauhaus, avant que la discussion ne dérape dangereusement jusqu’à l’ad hominem ou le point Godwin.

Se pose une question essentielle : comment en est-on arrivés à la mort de l’art ?

Une série d’explications qui se nourrissent les unes les autres, et se suivent parfois, est envisageable.

La première est la mort progressive de Dieu. Quand les hommes de la Renaissance ont mis l’homme au centre de la création et de la représentation d’une part (homme de Vitruve) et d’autre part la pensée (cogito de Descartes), ils ont écarté de fait la première et la plus importante des hiérarchies : celle de Dieu. Or, ce qui est Beau est nécessairement Vrai et Bien, d’un point de vue théologique. Bien entendu, nombres d’œuvres d’art et de bâtiments contemporains ou postérieurs à la Renaissance sont de véritables chefs d’œuvres. Que l’on pense seulement à la Chapelle Sixtine, aux églises de la Contre-réforme catholique. Mais déjà certains de ces bâtiments ont un parfum de ce que les Grecs nommaient hubris ( ὕϐρις en grec ancien), à l’image du château de Versailles. Pour ces bâtiments comme pour ceux de nos XX et XXI ème siècles, l’écrivain Nicolàs Gòmez Dàvila avait une phrase : « la plus grande accusation contre le monde moderne est son architecture ». Il n’est pas question de nier la beauté de ces bâtiments mais de douter du rapport de celle-ci avec la Vérité et le Bien.

Une deuxième explication réside sans doute dans la prise de conscience que l’Homme, et ce qu’il a bâti, est éphémère. Paul Valery dans « Agonie ou renaissance » déclare « Nous autres civilisations savons maintenant que nous sommes mortels ». L’entre-deux guerres, ainsi que les divers mouvements culturels, artistiques et philosophiques, montrent bien cette idée d’une civilisation pressée de vivre, et de s’éteindre rapidement. Les mouvements surréaliste ou dada ne concernèrent que des cercles d’initiés là où l’art gothique par exemple avait été un mouvement architectural de fond. Le XX ème siècle, et plus encore le XXI ème, est d’un point de vue artistique et architectural l’ère du pratique plutôt que celle de l’esthétique (béton, goudron). C’est l’époque de l’immeuble collectif puis du HLM plutôt que de la maison, là encore pour des raisons économiques et historiques ; la reconstruction, le plan Marshall et l’exode rural sont passés par là.

Mais le XX ème siècle de l’après-guerre voit également arriver peu à peu la mort du progrès dans la technique : c’est le siècle où l’on a tout fait, tout vu, ou presque. Il n’y a pas de réelle innovation dans la peinture, le principe du cinéma et de la photographie reste le même jusqu’à l’arrivée du numérique. De même, les progrès de la cartographie, rapidement assistée par satellite, dès 1972, en viennent à peu à peu « tuer » les imaginaires. De fait, on dessine, on peint, on filme et on photographie peu ou prou comme les précurseurs. Le nombre d’arts n’a pas augmenté, malgré l’ajout relativement récent des arts médiatiques et de la bande dessinée et prochainement du jeu vidéo, qui sait.

Quels que soient les qualificatifs, péjoratifs ou mélioratifs, que l’on attribue à ces artistes, la réalité est cruelle : ils sont orphelins de la technique.

Nos Pères nous ont légué un fabuleux héritage artistique et intellectuel que nous sommes incapable non seulement de perpétuer, mais pire encore, de transformer. Nous sommes incapables de faire aussi bien que nos ancêtres, et c’est là un vertige absolument terrifiant.

Voilà pourquoi on voit des gens de lettres devenir courtisans, ou des plasticiens et des peintres concentrer leur oeuvre sur leurs seules parties génitales : parce qu’ils n’ont rien de Beau, donc de Vrai à produire, et parce qu’ils n’en ont plus les moyens techniques de le faire. Ils sont à la fois orphelins et matricides de la techniques : en faisant aveuglément confiance à celle-ci, ils ont oublié ce que l’Homme avait de talent créateur propre. Parce qu’il est de plus en plus facile de prendre une photographie et de la modifier, ils ont privilégié l’outil plutôt que la main et l’esprit qui le guident.

C’est également la raison pour laquelle la critique anti capitaliste de l’art contemporain est incomplète, borgne : si la financiarisation du « marché de l’art » est indéniable, il n’en demeure pas moins d’une part que la crise est avant tout philosophique et esthétique, et que d’autre part le capitalisme financier ne fait que jouer le rôle d’accélérateur des crises que traversent le monde de l’art.

La mort de l’art est indéniable. Mais c’est moins un contexte économique que spirituel et philosophique qui est en cause. Ce n’est que par un renouveau spirituel et philosophique que l’art sortira de cette boucle de laideur infernale à tout point de vue. Sans cela, la peinture, l’architecture, la photographie et même la littérature risquent de se retrouver comme prisonniers.