Pourquoi le débat sur le voile n’a pas d’intérêt ?

J’ai écrit il y a quelques temps de cela un article où je tentais d’expliquer la vanité du débat « pour ou contre le hijab à Décathlon ». Un malheureux incident récent, où l’on vit un élu RN se comporter comme un malappris avec une femme musulmane certes voilée mais qui était hélas dans son bon droit (républicain) vit une nouvelle occasion pour les Français de s’engueuler entre les grèves, les retraites, puisque les médias commençaient à se lasser un peu des Gilets Jaunes et que les fêtes de Noël étaient encore un peu loin. En somme, une nouvelle affaire Dreyfus est en marche !

« Un dîner en famille », 1898, Caran d’Ache

Ainsi, puisque selon le bon mot du général de Gaulle, « les Français sont des veaux », tâchons de voir pourquoi ce débat n’est que le doigt que nous montre le philosophe, et quelle est la lune que nous devrions regarder.

I/ L’islam, nouveau football

Il est bien connu qu’en France, il y a à peu près autant de sélectionneurs que de fans de football. Force est de constater qu’un phénomène semblable se produit pour ce qui est de l’islam : chacun a un avis sur tout, sous prétexte qu’il a lu même vaguement et même mal traduit le Coran, qu’il a regardé une émission de BFMTV ou de France 2. Et les milieux nationalistes n’échappent pas à cette triste règle. De la droite bourgeoise catholique à la droite la plus « extrême » que représente le Rassemblement National, tout ce joli monde se répand en propositions plus ou moins farfelues (et souvent anticonstitutionnelles) pour « lutter contre le voile ». Sur tous les plateaux de télévision et de radio, les uns et les autres proposent par exemple d’interdire tous les signes religieux sur l’ensemble de la voie publique (l’auteur de ces lignes portant une Vierge à l’enfant tatouée sur le bras risque de passer de merveilleux moments en été si le RN arrive au pouvoir). A titre personnel, et n’étant pas exégète de l’islam, je refuse donc d’avoir ne serait-ce qu’un avis autre qu’esthétique (donc non politique) sur les différentes sortes de voile islamique.

II/ Pourquoi et pour quoi il y a-t-il des femmes voilées en France et en Europe ?

Dans un récent article, la journaliste Charlotte d’Ornellas de Valeurs Actuelles a timidement et brièvement évoqué l’origine du voile en France. Elle y souligne à juste titre que ce n’est pas une question de laïcité. En effet, s’il y a des femmes voilées en France, et plus largement des musulmans, c’est qu’il y a des Français d’origine maghrébine, voire des binationaux. Plusieurs points sur la nationalité sont à souligner avant de continuer : premièrement, les communautés issues du Moyen-Orient (Liban, Syrie, Irak…) sont minoritaires en France, et parfois chrétiennes. Deuxièmement, si la France autorise et reconnait la double nationalité, des pays comme l’Algérie sont en passe de l’interdire. Troisièmement, cette réislamisation est récente. Toujours pour ce qui est de l’Algérie, c’était même l’une des raisons qui avait forcé un certain nombre d’Algériens à fuir leur pays dans les années 90 pour venir en France. Quatrièmement, c’est le patronat qui a fait venir en masse ces immigrés dans les années soixante et soixante-dix, pour faire pression à la baisse sur les salaires, selon une confidence faite à Jean-Marie Le Pen par… Valéry Giscard d’Estaing.

Néanmoins, le nombre ou la religiosité des musulmans de France n’est pas le débat, pas plus que la « laïcité ». Les tenants de ce débat-là, qui veulent interdire aux femmes musulmanes de se voiler (et plus largement étendre la loi de 2004, déjà inutile et démagogique) sont des idiots et des nains politiques. Ils oublient que ces musulmans ne sont pas venus en France et en Europe par hasard ou par erreur : on ne trouve aucun Algérien ou Tunisien à Singapour ou en Corée du Sud pourtant fort riches, pratiquement aucun en Autriche, dont le niveau de développement et de richesse sont semblables à la France. En somme, tant que ces Maghrébins se contentaient d’enrichir le patronat et l’industrie français (et aujourd’hui italien, espagnol…), peu importait au pouvoir politique et audit patronat qu’ils fussent musulmans, pratiquants ou non. Mais à une époque de crise sociale, économique, politique, spirituelle, et de tensions notamment en Afrique et au Moyen-Orient, le Maghrébin surtout violent, au chômage, non intégré et réislamisé devient un problème.

III/ Quelle est la solution politique au problème du voile ?

Nous venons de l’évoquer, le problème du voile n’est donc ni religieux ni esthétique, comme le dénoncent ses adversaires, mais à la fois culturel, démographique, et en définitive politique. Dénoncer « l’islam politique » est une formule de langage purement médiatique de la part de gens qui n’ont pas l’humilité et les outils scientifiques pour parler de l’islam qui est par nature politique.

La solution politique raisonnable me semblerait donc tenir en plusieurs étapes. La première consisterait en un évident arrêt de l’immigration, complété par une sélection de celle-ci, à l’image de ce que font des pays comme l’Australie, le Canada, ou le Royaume-Uni. La deuxième consisterait en l’application de la double peine, conduisant en l’expulsion massive d’un grand nombre de délinquants et criminels étrangers. La troisième consisterait en l’expulsion sous dix-huit mois de tous les clandestins, assortie éventuellement d’une aide au retour et de constructions de camps dans les pays de retour. La quatrième consisterait en l’instauration de programmes d’aide au retour, comme ce que mettent déjà en place un certain nombre de communautés d’Afrique subsaharienne (Cameroun, RDC…) afin de surveiller et encadrer notamment le financement.

IV/ Et le terrorisme ma bonne dame ?

Le terrorisme, qui n’est jamais que le manifestation violente du communautarisme, et donc pas systématique quoique épouvantable, trouvera sa résolution en partie dans les solutions proposées plus haut : la fin de l’immigration et du communautarisme tueront dans l’œuf toute velléité de terrorisme, en complément de services de police, de renseignements et de juste efficace mais respectueux des droits des individus. A ce titre, et concernant les looks des uns et des autres, il apparaît nécessaire de rappeler à chacun que les terroristes du Bataclan portaient jean et blouson, et étaient rasés de prêt (à l’inverse de l’auteur de ces lignes, qui arbore une ravissante barbe aux délicats reflets roux qui n’est pas sans déplaire au beau sexe). Etant un vrai libéral, je suis pour que chacun porte ce qu’il veut en termes de vêtements, selon sa philosophie, sa religion, ses opinions politiques, tant qu’il n’y a pas d’appel à la haine nominatif et que la santé mentale des enfants notamment est respectée (en clair, je ne suis pas favorable au nudisme en dehors des lieux prévus à cet effet).

Il faut également rappeler que le terrorisme s’inscrit dans un contexte global d’insécurité : recréer une chaîne police-justice-administration pénitentiaire, et mettre fin à un certain nombre d’interventions en Afrique et au Moyen-Orient, ne peut qu’aider à faire diminuer les actes terroristes en France.

Tant que nous serons les esclaves des médias et des agendas politiques des uns et des autres, nous ne pourrons traiter sérieusement et sereinement de cette question. Les problèmes et leurs responsables sont connus, il suffit de les pointer.

Quelle est la différence entre Howard P. Lovecraft et Louis-Ferdinand Céline ?

Cette question, qui pourrait être le début d’une plaisanterie, cache en réalité une interrogation sérieuse et profonde : pourquoi et comment le créateur du mythe de Cthulhu a-t-il réussi à se forger une image respectable, à l’inverse du « bon docteur Destouches », malgré des opinions politiques proches ? Notre propos est non pas de critiquer des idées qui étaient celles d’hommes de leur temps, le premier étant mort en 1937 et le second en 1961, et tous deux acteurs littéraires (et politique pour Céline) des années trente et quarante. Il s’agit plutôt de comprendre comment le milieu politique, médiatique, intellectuel, culturel a donné des gages à l’un, et pas à l’autre. Pourquoi Céline reste sulfureux, alors qu’il a été illustré par Jacques Tardi, peu soupçonnable de sympathies de ses idées ?

I/ Lovecraft et Céline : deux auteurs de leur temps

Il nous parait nécessaire de rappeler que Lovecraft et Céline, génies de la littérature, l’un pour la langue anglaise et l’autre pour la langue française, ont réussi le tour de force de créer de part et d’autre de l’Atlantique une mythologie nouvelle. Si Lovecraft est connu pour le « mythe de Cthulhu », « le cycle du rêve », Céline a pour sa part forgé une langue célinienne. Son style, jouant sur les rythmes, les sonorités, empruntant largement à l’argot, et oscillant entre l’humour volontiers noir et grinçant et le désespoir, a fait de lui un auteur que beaucoup de ses contemporains, et même de ses contempteurs, qualifient de majeur pour le XX ème siècle. Son regard et sa critique sociale, à l’opposé du marxisme qui idéalise le peuple, est également une nouveauté, Céline expliquant qu’un prolétaire n’étant qu’un bourgeois ayant échoué. Pour ce qui est de Howard P. Lovecraft, ce qui fait la nouveauté est paradoxalement son côté « réactionnaire » : se considérant comme anglais et indéfectiblement redevable à l’égard de l’Angleterre géorgienne et de l’Europe en général, notamment la Grèce et Rome, cet anti-Lumières élevé dans l’amour des livres par son père et plus encore par son grand-père cultivera une image anti moderne d’Anglais en Amérique, à l’opposé par exemple de Edgar Allan Poe, dont il fut pourtant un grand lecteur et admirateur et à qui il rendit hommage. En effet, Poe se vivait et se voyait en Américain et lutta toute sa vie pour la création d’une littérature proprement américaine, détachée des influences et des dettes à l’égard de l’Europe, notamment anglo-saxonne.

Nous venons de l’évoquer, Lovecraft se voyait en Anglais, regrettant la perte de l’Amérique par le roi George. Ceci explique, nous l’avons dit, le caractère rugueux de ses textes, qui semblent sortir tout droit du XVIII ème siècle, et d’autre part une vision du monde. En effet, Lovecraft adhère à une hiérarchie des races, au sommet de laquelle il place les anglo-saxons et naturellement les Germains, ce qui inclue donc les Anglais, les Scandinaves, les Allemands, Néerlandais, etc. Rien d’étonnant à ce qu’il ait trouvé des sympathies pour les idées d’Adolf Hitler… Qu’il traitera de « clown » en 1936, ses opinions à l’égard du chancelier allemand ayant changé. Il fera montre également d’une négrophobie virulente (le simple poème « On the creation of niggers » en témoigne) ainsi que d’antisémitisme… Ce qui ne l’empêchera pas d’épouser Sonia Greene, juive ukrainienne, seule femme de sa vie; si l’on excepte évidemment les femmes de sa famille.

II/ Lovecraft, héritage bancable, Céline, héritage sulfureux

Lovecraft est aujourd’hui littéralement partout. Il est présent non seulement depuis plus de trente ans dans les cercles d’initiés (jeux de rôles, jeux de sociétés, jeux vidéos…) mais également dans des milieux plus mainstream depuis quelques années : radio, télévision, journaux traditionnels, littérature, jeux-vidéos, bande-dessinée, mangas, et même cinéma, avec la prochaine adaptation attendue y compris par l’auteur de ces lignes des « Montagnes hallucinées » par Guillermo Del Toro, lui non plus peu soupçonnable de sympathie vis à vis des idées de Lovecraft. Or, Céline est bien moins présent dans l’actualité, du moins de façon « économiquement positive » et « visible », alors que les deux hommes sont morts et enterrés depuis longtemps. Il nous parait légitime de nous interroger sur cette différence de traitement : pourquoi le débat sur les pamphlets céliniens agite les médias traditionnels , alors que tous les spécialistes de Lovecraft s’accordent à dire que « l’Appel de Cthulhu » fut écrit par Lovecraft à New-York quand celui-ci découvrit le cosmopolitisme de la Grosse Pomme pour mieux le dénoncer ?

La réponse est évidente : parce que Lovecraft a malgré lui laissé un héritage bancable. A sa mort, la question de ses droits d’auteur fut assez confuse. Puis, comme évoqué plus haut, les années 70-80 et la sous-culture s’en emparèrent : nombre de créatures du célèbre « Donjons et Dragons » par exemple ont quelque chose de lovecraftien.

tyrannoeil
Un Tyrannoeil

De même, le MMORPG World of Warcraft (plus de 10 millions de joueurs dans le monde) a subi de façon évidente l’influence de Howard P. Lovecraft. La force de l’auteur est non seulement d’avoir créé un univers riche et vaste, mais également d’avoir mis peu de mots et d’illustrations sur des concepts, créatures, Dieux, ou personnages, ce qui a permis à une vaste quantité d’auteurs et d’illustrateurs de s’approprier ce qu’il avait créé des décennies plus tôt, et ce sur une grande variété de supports; ce qui est, au passage, sa supériorité sur un certain Stephen K. Si l’on est en droit de critiquer la qualité et si l’on peut flairer l’opportunisme pour certains projets, on peut au moins être assuré de la pérennité de l’oeuvre de celui que l’on a bien mal nommé « le reclus de Providence ».

Il n’en demeure pas moins qu’avec son oeuvre violente, noire, controversée et moins riche « visuellement » Céline demeure quant à lui l’un des derniers parias de la littérature française et francophone. Le jeu vidéo, le jeu de rôle, le jeu de société (on peut le comprendre) n’ont pas donné leurs lettres de noblesse à l’oeuvre pourtant puissante du plus grand écrivain français du XX ème siècle, tandis que de l’autre côté, dans les milieux mainstream , il n’est convoqué qu’à la façon de Satan, pour dire qu’il était un génie « malgré sa part d’ombre », comme une tâche à son costume, ou comme la mauvaise réputation d’une courtisane devenue la digne épouse d’un ministre. Aimer Céline, en société, doit se faire avec prudence : on doit préciser qu’on « aime surtout « Voyage au bout de la nuit » et « Mort à crédit » ». A l’inverse, qui se pique de provocation soufflera lors d’un dîner mondain sa passion pour Céline, et « avouera » posséder un (ou davantage) pamphlet, peut-être même sans l’avoir lu. C’est hélas le lot d’autres auteurs, lus pour leur subversion supposée ou réelle davantage que pour leurs qualités réelles.

Ainsi, on passe plus volontiers sur l’anticommunisme, l’antisémitisme, la négrophobie, et les (vagues) sympathies de Howard P. Lovecraft pour les thèses nazies que sur l’anticommunisme, l’antisémitisme, l’anticolonialisme, le pacifisme, et les sympathies (avérées) de Louis-Ferdinand Céline pour Hitler. La raison est purement mercantile.

Il est inutile de se faire une quelconque illusion : le système marchand prend et rejette ce qu’il veut. Les médias y compris culturels notamment mainstream n’en sont que des bras armés. Un auteur n’est pas célébré ou voué aux gémonies à la mesure de ses crimes, mais selon les besoins de ce système, suivant la formule hélas célèbre : « On lèche, on lâche, on lynche ». Pour le moment, Howard P. Lovecraft ne fait pas encore parti des rangs des pestiférés, qui compte Céline et d’autres, et ce malgré le travail acharné qui tente de réduire son oeuvre considérable (nouvelles, poèmes, lettres…) à un pseudo-fasciste complexé et malade.

Le burger vegan et pourquoi on se fout de notre gueule

Parmi les préoccupations les plus urgentes, les vegan (ou plutôt certains) semblent avoir jeté leur dévolu au moins tacite sur le hamburger. Cela devrait attirer au moins l’attention voire la suspicion de tout anticapitaliste de droite et de gauche sérieux. En effet, que de grandes enseignes capitalistes apatrides, et pas spécialement connues pour leur préoccupation à l’endroit de leurs salariés se sentent tout d’un coup une âme d’écologistes ou de vegans relève à tout le moins du greenwashing. Maintenant, à table !

I/ De quoi hamburger est il le nom ?

Si l’origine historique et étymologique du hamburger nous importe peu, nous aimerions attirer l’attention du lecteur sur plusieurs points : premièrement, ce sont les États-Unis qui l’ont diffusé, pays connu pour son absence totale de gastronomie (Donald Trump s’étant récemment ridiculisé en déclarant que les vins américains étaient meilleurs que les français, alors que les seuls vins américains existant proviennent de pieds… Français. Nous aurons la délicatesse ne parler ni de pain, ni de fromage). Deuxièmement, si ce sont les États-Unis qui l’ont diffusé massivement, ils en ainsi fait un symbole de domination culturelle : de Tokyo à Lagos, de Paris à Téhéran, de Bombay à Oslo, tout monde sait à quoi ressemble un hamburger et connaît sa fabrication originelle.

Le premier McDonald’s de Moscou, ici à son ouverture en 1990

Bien entendu, le hamburger en soi n’est pas synonyme de grandes enseignes de restauration (McDonald’s, Burger King…) et il est même possible voire courant d’en manger chez soi. Mais le simple fait de pouvoir acheter en magasin des pains à hamburgers dit long sur la domination alimentaire, donc culturelle des États-Unis sur le monde.

Citons un exemple : beaucoup d’anticapitalistes s’étaient réjoui de ce que McDonald’s avait échoué à s’implanter en Bolivie, car ses produits ne s’adaptaient pas aux coutumes et traditions locales. Las ! Ses restaurants ont été rachetés… Par Burger King. Le hamburger est un symbole non seulement de la malbouffe mais aussi et surtout d’une hégémonie culturelle et économique.

II/ Les vegans, Tartuffes modernes

L’objet de ce point n’est pas de remettre en cause le mode d’alimentation et de consommation au sens large des vegans. De même, qu’il soit bien entendu que nous ne parlons pas ici des vegans dans leur ensemble, mais bien de ceux qui, individuellement ou par groupes, soutiennent les actions des entreprises susévoquées.

L’idée est plutôt de pointer une incohérence, voire une hypocrisie. Comprenez : un burger vegan reste et demeure un burger. Ses conditions de production (humaines, industrielles, etc) demeurent les mêmes. La démarche de produire des burgers vegan, pour les entreprises, n’a qu’un but : trouver des nouveaux marchés, ou en tout cas ne pas en perdre. Et on ne peut rien attendre de moins de la part de gigantesques groupes capitalistes apatrides. Pour les vegans, c’est encore pire : il s’agit de pouvoir continuer à consommer un produit néfaste tant pour les travailleurs (sous-payés), au mépris d’une quelconque solidarité de classe, néfaste pour la santé (il n’y a pas que la viande qui soit dangereuse pour la santé dans le burger et dans le fast-food en général). En somme, les vegans sont des hédonistes terriblement modernes, comme tout ceux qu’ils critiquent. Ils ne représentent absolument pas une critique du monde moderne, mais au contraire préfèrent en accompagner la chute.

III/ Pour aller plus loin : un hamburger vegan, pour quoi faire ?

Le mouvement vegan, qui se comprend au sein de la philosophie antispéciste, entend abolir non seulement la production et la consommation de viande animale, mais également l’utilisation de produits d’origine animale (cuir, peau, soie, laine, lait, œufs…). L’objet est ici non pas de critiquer ou de remettre en cause le fondement même de la philosophie vegan et/ou antispéciste, ce que d’autres font mieux que nous et en d’autres lieux, mais de s’interroger sur un point précis annexe.

En effet, si l’idée est de bannir l’animal comme objet de production et de consommation, à toutes les échelles, quel est l’intérêt de vouloir lui trouver des substituts qui lui ressemblent, qui le singent ? Que les intellectuels, industriels, militants, et scientifiques vegans inventent des produits de substitution (et l’auteur de ces lignes confesse volontiers ignorer une grande majorité de ce domaine) ou se nourrissent de produits exclusivement végétaux, nous l’entendons : un gratin de courgettes, sans produit d’origine animale, ne ressemble pas à un hamburger, à une escalope, à du boudin. En revanche, l’acharnement à vouloir imiter ce qu’une culture (ou une certaine culture, concernant le hamburger) humaine a mis parfois des siècles a façonné peut désarçonner, voire provoquer quelques crispations que certains qualifieront de « conservatrices ».

Le sujet de l’alimentation et du veganisme est vaste, mais il est surtout intéressant de l’utiliser pour critiquer, en l’espèce, le grand vainqueur des luttes de tout temps : le capital. Il permet d’identifier les réels opposants à ses causes et à ses effets dévastateurs.