Ce que nous apprend Notre-Dame des Landes

L’évacuation de NDDL (toujours en cours) a requis la mobilisation de 2500 policiers c’est à dire autant que les soldats français au Mali (3 millions de kilomètres carrés). Cela doit forcer le respect de tout révolutionnaire qui respecte la force car « la révolution est au bout du fusil » (Mao Zedong).

1/ Les nationalistes sont hélas inoffensifs pour le pouvoir. Une après midi suffirait à les chasser de la moindre fac, du moindre squat, bref, du moindre lieu qu’ils entendraient tenir par la force. On peut le regretter, protester mais sur le moyen/long terme, le coup de force paraît impossible en l’état des choses, en dépit de maigres et fragiles complicités. La surveillance dont ils souffrent est purement folklorique. La censure dont ils souffrent sur les réseaux sociaux (et les rares affaires judiciaro-médiatiques telles que l’affaire Nisan) n’a le plus souvent rien à voir avec un complot policiaro-militaro-judiciaire d’aucune sorte. Pire : elle les conforte dans l’illusion qu’ils sont une menace pour le pouvoir politique.

2/ Il faut rapidement et impérativement apprendre des réussites et des échecs de l’occupation de NDDL (et des universités) : communication, logistique, esthétique, occupation de l’espace, guérilla, etc. Mais j’y reviendrai plus bas.

C’est esthétiquement stylé. Quoi qu’on en pense.

3/ 2500 policiers occupés à expulser NDDL (ou son équivalent, car ses occupants ont prévenu qu’ils recommanceraient et on peut leur faire confiance), ce sont autant de force que l’Etat ne peut pas déployer ailleurs. Dès lors, ce genre de manifestation/occupation apparaît comme une diversion habile pour prendre de façon durable un point beaucoup plus stratégique (télécommunications, gare, centrale nucléaire, etc).

Curzio Malaparte, auteur de « Technique du coup d’Etat »

4/ Une révolution est bien souvent une guerre civile plus ou moins ouverte : (Russie, Allemagne, France) où s’affrontent deux factions minimum. Dans la France révolutionnaire de 1789-1799, divers courants se sont affrontés dans une grande brutalité (royalistes, montagnards, girondins, jacobins…) jusqu’à ce que Napoléon, fasse à la fois le ménage et la synthèse de tout cela. En Allemagne, les conservateurs ont soutenu les nationaux socialistes contre les communistes avant d’être brutalement éliminés par les premiers. En Russie, ce sont les bolchéviques qui ont vaincu à la fois le Tsar, les socialistes et les menchéviques. En Iran, parmi toutes les composantes opposées au Shah, ce sont les partisans de Khomeini qui l’emportèrent, éliminant les communistes (Tudeh), les démocrates, etc. Ce sont des éléments que nous avons par ailleurs évoqué précédemment.

Ruollah Khomeini, le seul révolutionnaire qui a pris le pouvoir sans tirer personnellement un coup de feu. Comme Besancenot. Sauf qu’il a réussi lui.

De ces observations, il faut dresser ou répéter plusieurs observations. La première est que le pouvoir légal (l’Etat), seul détenteur de la violence, s’oppose en réalité à plusieurs discours qui se prétendent légitimes. Mais seul celui qui se donnera les moyens physiques, techniques, politiques de prendre le pouvoir le méritera. Ce qui se joue sous nous nos yeux est à ce titre non pas une révolution de pouvoir, mais une révolution du vouloir : la plupart des factions ne cherchent pas à prendre le pouvoir malgré leurs forces, préférant des revendications sociétales et bourgeoises, irréalistes, sans intérêt et sans prise avec le réel (« 10/20 aux examens » « soutien aux Kurdes » « démission du président », « califat queer auto-géré » (Al-Baghdadi ne manquera pas de trouver le concept intéressant) ou bien encore « mort aux riches » lors d’une manifestation aujourd’hui à Montpellier). Il est d’ailleurs curieux qu’une rhétorique et un projet révolutionnaires d’extrême gauche s’attachent autant à un diplôme universitaire.

On sent bien le pouvoir que peut avoir une boutique d’opticien sur le pouvoir politique

En effet, si l’on considère, à l’image de Joseph de Maistre, la révolution comme un châtiment divin qui inverse toutes les normes, il ne s’agira que de bouts de papier sans valeur si le projet de société aboutit. On est réellement étonné de voir l’extrême gauche à la fois si transgressive dans son discours voire dans son comportement et en même temps si conservatrice dans ses demandes et son positionnement philosophique.

L’autre problème du discours « révolutionnaire » notamment à l’extrême gauche est qu’il n’a pas intégré la violence de l’Etat au sein d’un processus revolu. En clair : il est logique de recevoir la police dans la figure si on occupe un bâtiment, si on lance des projectiles sur la police ou si on s’associe aux individus sus évoqués; mais nous avons déjà évoqué la question ici.

La deuxième observation c’est que de l’autre côté, le problème est sans doute plus inquiétant : manque d’organisation, impossibilité de lever des fonds, non renouvellement esthétique et culturel (même si cela reste à nuancer), concepts vieillissants, consanguinité politique, inertie des élites, nous éloignent du pouvoir politique (au sens littéral : la Cité). L’esprit de salon, pour être clair, nous empêche d’agir, et ce alors même que « notre force est d’avoir raison ».

Gnagnagna Gramsci. Eh bien appliquons le!

Gardons à l’esprit que nous sommes David contre Goliath. L’Etat, « le plus froid de tous les monstres froids » (Nietzsche) opposera toujours à notre violence une réponse. Par exemple, si un endroit donné est occupé, il finira par être libéré par la police. Jours, mois, années, cela ne compte pas pour l’Etat qui a avec lui le droit, la force et le temps. Il convient donc de ne pas se positionner en fonction de ce que va faire (ou pas) l’Etat puisque précisément celui-ci va expulser quiconque entend contester son autorité à l’extrême gauche (Notre-Dame des Landes) ou à l’extrême droite (Bastion Social, Sainte-Rita); notez que ce sont les qualificatifs que retiennent les 67 millions de Français : qu’importe qu’il y ait eu des écolos-situationnistes à NDDL ou des catholiques de centre gauche à Sainte Rita. Dans le même ordre d’idée, il est vain de compter sur un soutien de quelque nature que ce soit à l’extérieur du mouvement en cas de répression. Lors des événements précédemment évoqués, nos adversaires politiques, mais aussi les tièdes, l’intégralité de la presse fut contre ceux qui étaient attaqués par la police, la justice, et l’administration.

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