Conan, Héros de Droite

Le personnage créé par Robert E Howard, a taillé de son épée, avant même la parution du Hobbit de J.R.R Tolkien (1937) la voie à un pan entier de l’heroic fantasy européenne moderne. Même s’il n’a pas été pensé explicitement de cette façon, nous allons examiner comment Conan le barbare peut être considéré comme un héros « de Droite », avant qu’il ne soit récupéré par le cinéma, le jeu de rôle, le jeu vidéo et tant d’autres supports.

L’âge hyborien, entre civilisation et barbarie

Conan est tout d’abord un héros évidemment et puissamment européen: évoluant dans un âge mythique qualifié d’Hyborien, supposé se dérouler entre la Chute de l’Atlantide et l’essor des anciennes civilisations (Sumer, Égypte Ancienne, Babylone), ce monde est déjà reconnaissable. La Stygie, terre de magie et de superstitions (nous verrons plus loin le rapport de Conan à la magie), est à n’en pas douter le Moyen orient, l’Égypte, l’Arabie Saoudite, dont les Américains des années trente ne connaissent quasiment rien en cette période où s’amorce déjà la décolonisation et l’effondrement de l’empire ottoman. La lointaine et mystérieuse Kithai correspond de même à la Chine, et Corinthie à la civilisation hellénique. Chez Howard, le peu qui est connu, rationnel, dans un monde de bouleversements et de chaos, est européen ou à tout du moins « occidental ». Le sudiste, l’oriental, comme chez son ami Howard P. Lovecraft, est sauvage, superstitieux, violent. C’est l’âge du Kali Yuga, où la survie de l’individu ne peut passer que par sa force et sa ruse seules. L’âge barbare de Howard est un âge de purification, de retour aux valeurs traditionnelles et à l’état premier de l’homme, libre et sauvage, à l’image du héros de bande dessinée Rahan, « fils des âges farouches », et né en 1969.

Pour Howard, le barbare, par son caractère primitif, représente le premier stade de l’humanité, et donc l’homme libre par essence. Il est comme le feu régénérant des civilisations décadentes.

« A l’école de la guerre de la vie, ce qui ne me tue pas me rend plus fort » F. Nietzsche

Ainsi, Conan se retrouve paradoxalement barbare (barbaros, celui qui ne parle ni grec ni latin) pour de « bonnes raisons », jeté en dehors de Cités et de civilisations qui n’en sont plus, qui ont perdu toute notion de Bien commun. Face aux puissances du chaos, l’orphelin Cimmérien ne peut se fier qu’à lui et à l’acier. Véritable héros nietzchéen, c’est un individualiste qui apprend de la vie et d’elle seul : il n’a ni maître (« guru« , au sens hindou du terme) ni communauté qui puisse le protéger et l’aider. Cela se voit notamment dans le film de John Milius de 1982 avec Arnold Schwarzenegger dans le rôle-titre. Dans la séquence où l’on voit Conan grandir, il transcende au cours des années sa douleur, s’endurcit et augmente sa force et son endurance en poussant une noria. Si le film souffre d’imperfections quant à la création du personnage, cette scène illustre la maxime de Héraclite : « La vie est un combat ».

Les récits écrits après la mort de Howard en 1936 rendent moins quant à eux hommage à l’astuce et à l’intelligence d’un personnage qu’ils réduisent à une brute épaisse enchaînant succès guerriers et amoureux. Le Conan originel était lui « intellectuel et violent », et son auteur utilise souvent pour décrire son physique et sa façon de se déplacer, un champ lexical félin : chat, panthère, lion, silencieusement, par exemple. C’était ce Conan si subtil ainsi que son rapport à la magie qui le rendait intéressant, davantage qu’un enchaînement de coups d’épées et de filles dénudées.

Conan et la magie : matérialisme ou transcendance ?

Conan est souvent décrit comme méprisant la magie sous toutes ses formes. Ce relent de matérialisme que l’on retrouve également chez Howard P. Lovecraft se traduit chez Conan par une paradoxale et étonnante superstition quasi panique. Chez le Cimmérien, la cause en est très simple : ni ses muscles assistée de sa puissante épée d’acier, ni sa ruse animale, ne peuvent vaincre les tours des sorciers. Sa réaction perd parfois toute logique et toute mesure. Ainsi, face à la sorcière qu’il rencontre dans le film, s’il semble au départ séduit, il est également tour à tour inquiet et intéressé par les prophéties de la sorcière qui évoque « les serpents de la terre ». Les rapports de Conan à la magie restent pour le moins complexes. Mais l’une des choses qui le maintiennent dans ce Monde, c’est la certitude de l’au delà. Le monde de Howard connaît de nombreux Dieux et Conan vénère Crom. Dieu morose, sinistre, impitoyable et sourd aux prières, il ne tolère pas la faiblesse. On voit là encore l’influence de Nietzsche dans ce Dieu qui est sourd aux prières et aime le combat.

« Dieu est mort » Nietzsche. « Nietzsche est mort » Dieu

Conan est un guerrier individualiste ayant accepté son destin de chevaucher le tigre. Il est un comme tout homme de Droite (au sens evolien et non politicien) dans une période charnière : dans la tourmente.

Hubert Dubois

@Bibliopathe1

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