Érotisme de Tanizaki

Cest en 1908 que Jun’ichiro Tanizaki (1886-1965), jusque là tenté par le journalisme, décide de devenir écrivain. Issu d’une famille de commerçants, il s’inscrit à la prestigieuse université impériale de Tokyo. Il fait ses armes à travers un certain nombre de revues, parfois pour rien. Mais très vite, son style et son génie vont s’affirmer. Cet homme curieux, épris de théâtre kabuki et de littérature chinoise, va contribuer au renouveau de la litterature et de la langue japonaises du début du XX ème siècle. 

Le fétichisme des pieds ou le classique oriental

Fantasque et macabre, son style est teinté d’ironie et d’érotisme. C’est la nouvelle « le tatouage » (1910), publiée dans la revue Shinshichô, qui le révèle. Deux séries de thèmes se dégagent précocement chez Tanizaki : tout d’abord, la femme, sa blancheur, et plus particulièrement, comme souvent en Orient, le fétichisme pour les pieds. Il reprendra d’ailleurs cette thématique dans la nouvelle « Le pied de Fumiko », nouvelle centrée elle aussi autour d’une Geisha et de son pied : « la blancheur du pied s’irisait de rose aux extrémités des orteils bordés de rouge pâle. Cela me rappelait les desserts de l’été, les fraises au lait, la couleur du fruit fondant dans le liquide blanc; c’est cette couleur-là qui coulait le long de la courbure des pirds d’O-Fumi-san ». Vous noterez que le nom de Fumi est précédé de la marque de respect « O », réservée à l’Empereur, signe de la profonde dévotion du personnage envers la geisha.

De même dans « Le tatouage » le personnage rencontre une geisha : « Un pied nu de femme d’une blancheur de neige. Pour un oeil aussi pénétrant que le sien, les pieds d’un être humain reflétaient autant que le visage tout un jeu d’expressions complexes; et le pied de cette femme lui apparut comme un inestimable joyau de chair. La disposition harmonieuse des cinq orteils déployant leur délicat éventail depuis le pouce jusqu’au petit doigt, le rose des ongles qui ne cédait en rien aux coquillages qu’on ramasse sur les plages d’Enoshima, l’arrondi du talon pareil à celui d’une perle, la fraîcheur lustrée d’une peau dont on pouvait se se demander si une eau vive jaillissant entre les rochers ne venait pas inlassablement la baigner […] ».

L’obsession de la douleur chez Tanizaki : catalyseur de l’eros ou sado-masochisme ?

Mais chez l’auteur, dès cette nouvelle, se fait sentir une fascination pour la douleur et la mutilation : « Il [le tatoueur] avait une prédilection marquée pour deux techniques réputées particulièrement douloureuses : le tatouage à cinabre et le tatouage à coloris dégradés. Quand, dans une seule journée, après avoir en moyenne, subi la perforation de cinq ou six cent aiguilles, on ressortait du bain chaud destiné à aviver les couleurs, c’était pour s’abattre à moitié mort aux pieds de Seikichi, où l’on restait un bon moment incapable du moindre mouvement. Et lui, contemplant d’un oeil glacé la forme misérable, ne manquait jamais de dire avec un sourire de satisfaction : « Vrai ! Ce que vous devez avoir mal ! » ». Nombre des personnages de Jun’ichiro Tanizaki ont des moeurs sexuelles macabres ou à tout le moins étranges. Le personnage principal de « Histoire secrète du sire de Musashi » fait sa première expérience de la mort et du désir en même temps, au contact d’une des jeunes filles qui nettoient les têtes ennemies tranchées. De là naîtront son désir à la fois sexuel et martial : trancher des nez à défaut de têtes, pour la symbolique humiliante qu’un nez comporte. Cette utilisation obsessionnelle de la douleur et de l’humiliation en lien avec l’amour ou ne relève sans doute du sado-masochisme ; mais pas seulement. On peut voir que chez Tanizaki, la douleur est utilisée comme catalyseur, pour sublimer en quelque sorte le plaisir. Dans le cas du « Tatouage » c’est facilement vérifiable car Seikichi attend cinq années son amante/victime/cliente, torturé par le désir avant de pouvoir la tatouer. On peut y voir là également une métaphore d’un coït longtemps retenu et dont le tatouage serait l’orgasme _ le chef d’oeuvre en somme. La relation entre Tsukatoshi et Fumiko dans « le pied de Fumiko » est sans doute, sinon sado-masochiste, au moins inégale et malsaine. 

Tanizaki ne juge pas ses personnages. Il les observe avec curiosité voire amusement, pour bizarres ou monstrueux qu’ils puissent paraître.

L’oeuvre de Jun’ichiro Tanizaki est riche, et cet aspect, appuyé par un humour fin et une grande culture littéraire, font de lui un grand auteur. 

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De la défaite finale de la pensée d’extrême gauche

Les élections présidentielles approchent à grand pas et chacun mesure, je crois, l’enjeu « de civilisation » (pour reprendre les mots de Marine Le Pen) qu’elles supposent. Mais elles supposent quelque chose de plus profond.

Imaginons un second tour Emmanuel Macron-Marine Le Pen. Ceci n’est pas à exclure. Si du côté du candidat de En Marche ! la bulle médiatique et politique semble se dégonfler, malgré le récent soutien de Bernard Henri Lévy, la dynamique n’est entachée que par le doux parpaing du réel : ce candidat est vide, et ne représente que la banque, ses meetings sont pénibles et creux. De l’autre côté, la base électorale semble solide malgré les peaux de banane jetées sur la route de Marine Le Pen par le système; en témoigne la grotesque polémique autour de la rafle du Vel’ d’Hiv’.
Lors de ce second tour, c’est évidemment l’extrême gauche anticapitaliste qui aurait le plus à perdre. Je m’explique. Il est évident que ni Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière) ni Philippe Poutou (NPA) ne pourraient appeler à voter pour le candidat de la banque Rotschild. Mais considérant leur électorat (militants associatifs d’extrême gauche, antifascistes, militants pro Palestine, LGBT, etc) ils ne pourraient appeler pour la candidate patriote (enfin, ça se dit fasciste chez eux). Se taire jetant un discrédit peut-être plus grave, on voit bien la défaite finale de la pensée et du logiciel d’extrême gauche d’inspiration trotskiste en France. C’est donc moins la victoire d’un tel ou d’un tel que l’extrême gauche redoute que leur face à face avec leurs propres contradictions.

Des nouvelles mythologies et des nouveaux héros dans le milieu nationaliste

J’ai déjà dit à quel point les héros, passés et à venir, étaient nécessaires à la construction de l’identité des peuples et des nations. Comme disait Paul Claudel « la jeunesse n’est pas faite pour le plaisir, elle est faite pour l’héroïsme ». Le sujet qui m’amène ici est la variété des mythologies où chacun puise ses références et se crée ses héros. 

Il n’y a sans doute pas de meilleur cadre que la guerre, en Europe ou ailleurs, pour faire frissonner de jeunes militants au coin du feu, une guitare à la main. Les deux guerres mondiales, les guerres coloniales (Indochine et Algérie) d’abord, aujourd’hui le conflit russo-ukrainien, sans parler des divers conflits au Moyen-Orient, ou des guerres qui ensanglantèrent l’ex-Yougoslavie agonisante. A des centaines ou des milliers de kilomètres, à des décennies de distance, chacun se choisit un camp comme quand on jouait aux cow-boys et aux Indiens étant petit. Chacun dit « je supporte telle cause » ou « en ce temps là, j’eusse rejoins telle faction ». Cette attitude devrait être selon moi être mesurée précisément en raison du manque d’information et de recul historique que nous avons, dans notre confort d’occidental du début du XXI ème siècle. Nous avons appris que les images et les discours pouvaient être détournés  (exemple du massacre de Katýn) et que les hommes politiques comme les journalistes n’étaient que peu fiables (exemple des armes de destruction massive de Saddam Hussein).

C’est pourquoi je suggère de faire appel à ces mémoires mythifiées avec le plus grand soin, la plus grande prudence. Nous devons être fiers de nos ancêtres et de ce que nous transmettrons à nos enfants.