« Il est défendu de parler breton et de cracher à terre… »

J’ai dit à de nombreuses reprises que le Progrès avait désenchanté le monde, enfermant ses Héros et sa magie dans des cryptes pour sans doute des siècles. Cependant, le Progrès n’est pas entré tout seul dans nos villes, nos campagnes et nos foyers. Il a fallu une succession de choix politiques, culturels, administratifs, linguistiques également, pour que notre pays ressemble à ce qu’il est aujourd’hui.

Je passerai d’abord très vite sur l’aspect « immigration », qui, s’il est important, n’est pas l’objet de mon propos.

En effet, ce qui a détruit ou à tout le moins bouleversé nos cultures régionales (langue, cuisine, tradition locale), c’est moins du fait de facteurs extérieurs comme la mondialisation, l’immigration, que du fait de facteurs intérieurs.

Prenons le cas très concret de l’exode rural vers Paris, la capitale et son jacobinisme tant politique qu’administratif s’accentuant après la seconde guerre mondiale. En 1945, ce pays traumatisé par la guerre, peuplée essentiellement de paysans, va voir sa structure socio-professionnelle mais également ethno-culturelle bouleversées. De grandes masses de paysans, venus d’Auvergne, de Bretagne, de Savoie, d’Alsace, viennent chercher du travail à Paris, appuyant là un mouvement déjà opéré au XIX ème siècle. Une fois là, ils tendent à abandonner leur langue, déjà malmenée par la politique républicaine :

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Une affiche placardée dans les préaux des écoles publiques de Basse-Bretagne

Voilà la vraie tragédie française : le Progrès et le jacobinisme républicain marchant main dans la main pour mettre à mort les cultures locales. Il ne s’agit pas de dire que « c’était mieux avant », partout, tout le temps : les conditions de vie des bougnats, des ramoneurs de cheminée savoyards ou des ouvriers bretons étaient évidemment dures. Mais qui aujourd’hui, à Paris, sait ce qu’est le Rouergue, le Dauphiné, le Périgord ? Qui sait quels départements couvre l’ancien Comtat Venaissin ? Combien d’Alsaciens de moins de cinquante ans parlent l’Alsacien ? Combien de Savoyards, de Dauphinois, parlent l’arpitan ? La liste de ces questions à la douloureuse réponse est interminable.

Soulignons également le rôle coupable et néfaste de l’Eglise catholique et de Vatican II. Marchant là encore, bien malgré elle, je veux le croire, avec la loi de 1905 sur la « séparation des Eglises et de l’Etat » (comme si Louis XIV n’avait pas fait taire Rome), elle s’est appliquée à se montrer sous un jour tour à tour faible et grotesque depuis cinquante ans. Nicolás Gómez Dávila disait en substance que nous avions besoin de croisés, non de prêtres : le fait est que nous manquons des deux, aujourd’hui. L’Eglise du XXI ème siècle est devenue politique, confondant évangélisation et globalisation, et ce au mépris de la foi du charbonnier de ces milliards de paysans, ouvriers, charpentiers qui ont donné leur vies pour bâtir des cathédrales et pour, sept siècles plus tard, les défendre.

S’il faut saluer les initiatives locales, comme l’apprentissage ici ou là du breton, de l’occitan ou du francoprovençal (notamment via l’Aliance culturela arpitanna, fondée en 2004), l’avenir de celles-ci est incertain. Attaquées tant de l’extérieur que de l’intérieur, il faut réapprendre à chacun, son voisin, son collègue, son frère, son ami, à se réenraciner. Privilégions les circuits courts, le fait maison et/ou le fait main.

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Signalisation bilingue (français/occitan) à Toulouse (Tolosa)

Les plus Républicains de mes lecteurs objecteront à l’irréductible et monolithique Etat-Nation, et hurleront au sécessionnisme. Méditons alors la formule tirée de Charles Maurras : « L’autorité en haut, les libertés en bas ». Un pouvoir fort sur ses prérogatives ne craint pas les particularismes régionaux. L’Ancien Régime a fonctionné ainsi jusqu’à la Révolution, sur la levée d’hommes, l’impôt, etc. Pendant plus de mille ans.

 

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