Verdun, la terre, et les morts

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Ceci est la fiche d’engagement d’un de mes arrières arrières grand oncles, que j’ai « censurée » pour d’évidentes raisons. Il fait parti des masses innombrables de Français, d’Allemands, d’Anglais, de Belges, d’Ecossais tombés lors de la bataille de Verdun. Volontaires, comme lui, ou enrôlés, ils sont venus mourir loin de chez eux et de leur vie de paysans et d’ouvriers (voyez son lieu de naissance) non pas, comme le disent avec cynisme nos dirigeants et nos élites actuelles, « poussés par le nationalisme », mais parce qu’il le fallait. A ce propos, et avant de poursuivre, quelqu’un saurait me dire combien de ministères étaient tenus par la Ligue des Patriotes ou l’Action Française en 1914 ?

Je n’ai pas mis cette fiche pour me vanter ou m’attirer un quelconque mérite. Je ne suis pas fier de quoique ce soit, car contrairement à certains rappeurs, je ne pense pas que les fautes et les mérites se transmettent. Il a fait son devoir, c’est lui, et ses milliers de camarades venus de Bretagne, de Savoie, du Bourbonnais, de Paris, de Picardie, et de régions aujourd’hui oubliées que nous devrions honorer, comme nous avons toujours honoré les morts et en particulier les héros.

Aujourd’hui, à quoi avons nous assisté pour les commémorations du centenaire de la plus grande bataille de la Première guerre mondiale ? Un grotesque happening dans l’esprit du festivisme du XXI ème, digne de la Gay Pride de la veille. Pour honorer les morts de la Grande Guerre, nos élites ont eu le cynisme d’organiser un flash mob géant au rythme des tambours, avec des « jeunes », courant en tout sens entre les tombes, vêtus de couleurs bariolées, avant de s’enlacer et de se vautrer sur le sol.

Le jeunisme et le festivisme sont les deux tentacules de la société du spectacle. Il est cynique et hypocrite de vouer aux gémonies médias et politiques car dans cette arène, ils ne sont que les animaux de cirque, et nous les spectateurs. Le sens du Sacré et de la Tradition a disparu du monde moderne, où les frontières du Temps et de l’Espace : un temps pour tout, dit l’Ecclesiaste : « 3 Il y a un moment pour tout et un temps pour toute activité sous le ciel:
2 un temps pour naître et un temps pour mourir, un temps pour planter et un temps pour arracher ce qui a été planté, 3 un temps pour tuer et un temps pour guérir, un temps pour démolir et un temps pour construire, 4 un temps pour pleurer et un temps pour rire, un temps pour se lamenter et un temps pour danser, 5 un temps pour lancer des pierres et un temps pour en ramasser, un temps pour embrasser et un temps pour s’éloigner des embrassades, 6 un temps pour chercher et un temps pour perdre, un temps pour garder et un temps pour jeter, 7 un temps pour déchirer et un temps pour coudre, un temps pour se taire et un temps pour parler, 8 un temps pour aimer et un temps pour détester, un temps pour la guerre et un temps pour la paix. 9 Mais quel avantage celui qui agit retire-t-il de la peine qu’il se donne? 10 J’ai vu quelle occupation Dieu réserve aux humains. » (Ecc.3.1-10).

A partir du Moyen Age, ne pouvaient être enterrés dans le cimetière chrétien que les corps des chrétiens. Et réciproquement, seuls les corps chrétiens pouvaient sanctifier une terre et la faire chrétienne. On voit bien là le signe d’un lien indéfectible, à la fois tellurique et céleste, entre la terre et les morts. Mais ceci est bien plus ancien : dans Antigone de Sophocle, la protagoniste s’oppose à son oncle Créon pour pouvoir faire enterrer son frère en terre consacrée, nous montrant là encore l’importance du lien entre les Dieux, la terre, la famille et les morts. C’est cette vision du monde d’un cosmos parfaitement ordonné (par opposition au chaos) que les Grecs nous ont transmise.

Les morts de Verdun ignoraient pour la plupart Aristote, Sophocle, et n’étaient sans doute pas de fervents théologiens, encore que la plupart fussent de biens meilleurs catholiques que l’auteur de ces lignes.

J’en viens maintenant à un autre point : François Hollande aurait déclaré, je cite : « Ils s’appelaient Gustave, Erich, Mohamed. Ils étaient catholique, protestant ou musulmans ou ne croyaient en aucun Dieu ». Las ! Je sais bien que le catholicisme vous semble un peu poussiéreux, messieurs les élites ! Mais même au début du XX ème siècle, la majorité des Français étaient catholiques, et pas musulmans.

Eugénie Bastié racontait il y a peu une anecdote : quelques années après la Grande Guerre, Poincarré se rendit sur les tombes des morts en compagnie de Poilus. On fit une photo. Horreur ! Le président Poincarré souriait ! Le scandale fut terrible, dans tous les journaux, de l’Humanité au Figaro.

« Ὦ ξεῖν’, ἀγγέλλειν Λακεδαιμονίοις ὅτι τῇδε κείμεθα, τοῖς κείνων ῥήμασι πειθόμενοι »
« Etranger, annonce aux Lacédémoniens, que nous gisons ici obéissant à leur Lois    Hérodote, 7, 228

 

 

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« Il est défendu de parler breton et de cracher à terre… »

J’ai dit à de nombreuses reprises que le Progrès avait désenchanté le monde, enfermant ses Héros et sa magie dans des cryptes pour sans doute des siècles. Cependant, le Progrès n’est pas entré tout seul dans nos villes, nos campagnes et nos foyers. Il a fallu une succession de choix politiques, culturels, administratifs, linguistiques également, pour que notre pays ressemble à ce qu’il est aujourd’hui.

Je passerai d’abord très vite sur l’aspect « immigration », qui, s’il est important, n’est pas l’objet de mon propos.

En effet, ce qui a détruit ou à tout le moins bouleversé nos cultures régionales (langue, cuisine, tradition locale), c’est moins du fait de facteurs extérieurs comme la mondialisation, l’immigration, que du fait de facteurs intérieurs.

Prenons le cas très concret de l’exode rural vers Paris, la capitale et son jacobinisme tant politique qu’administratif s’accentuant après la seconde guerre mondiale. En 1945, ce pays traumatisé par la guerre, peuplée essentiellement de paysans, va voir sa structure socio-professionnelle mais également ethno-culturelle bouleversées. De grandes masses de paysans, venus d’Auvergne, de Bretagne, de Savoie, d’Alsace, viennent chercher du travail à Paris, appuyant là un mouvement déjà opéré au XIX ème siècle. Une fois là, ils tendent à abandonner leur langue, déjà malmenée par la politique républicaine :

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Une affiche placardée dans les préaux des écoles publiques de Basse-Bretagne

Voilà la vraie tragédie française : le Progrès et le jacobinisme républicain marchant main dans la main pour mettre à mort les cultures locales. Il ne s’agit pas de dire que « c’était mieux avant », partout, tout le temps : les conditions de vie des bougnats, des ramoneurs de cheminée savoyards ou des ouvriers bretons étaient évidemment dures. Mais qui aujourd’hui, à Paris, sait ce qu’est le Rouergue, le Dauphiné, le Périgord ? Qui sait quels départements couvre l’ancien Comtat Venaissin ? Combien d’Alsaciens de moins de cinquante ans parlent l’Alsacien ? Combien de Savoyards, de Dauphinois, parlent l’arpitan ? La liste de ces questions à la douloureuse réponse est interminable.

Soulignons également le rôle coupable et néfaste de l’Eglise catholique et de Vatican II. Marchant là encore, bien malgré elle, je veux le croire, avec la loi de 1905 sur la « séparation des Eglises et de l’Etat » (comme si Louis XIV n’avait pas fait taire Rome), elle s’est appliquée à se montrer sous un jour tour à tour faible et grotesque depuis cinquante ans. Nicolás Gómez Dávila disait en substance que nous avions besoin de croisés, non de prêtres : le fait est que nous manquons des deux, aujourd’hui. L’Eglise du XXI ème siècle est devenue politique, confondant évangélisation et globalisation, et ce au mépris de la foi du charbonnier de ces milliards de paysans, ouvriers, charpentiers qui ont donné leur vies pour bâtir des cathédrales et pour, sept siècles plus tard, les défendre.

S’il faut saluer les initiatives locales, comme l’apprentissage ici ou là du breton, de l’occitan ou du francoprovençal (notamment via l’Aliance culturela arpitanna, fondée en 2004), l’avenir de celles-ci est incertain. Attaquées tant de l’extérieur que de l’intérieur, il faut réapprendre à chacun, son voisin, son collègue, son frère, son ami, à se réenraciner. Privilégions les circuits courts, le fait maison et/ou le fait main.

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Signalisation bilingue (français/occitan) à Toulouse (Tolosa)

Les plus Républicains de mes lecteurs objecteront à l’irréductible et monolithique Etat-Nation, et hurleront au sécessionnisme. Méditons alors la formule tirée de Charles Maurras : « L’autorité en haut, les libertés en bas ». Un pouvoir fort sur ses prérogatives ne craint pas les particularismes régionaux. L’Ancien Régime a fonctionné ainsi jusqu’à la Révolution, sur la levée d’hommes, l’impôt, etc. Pendant plus de mille ans.

 

L’Etat, l’extrême-gauche, l’extrême-droite, et la police

ACAB et autre anti-flicisme de salon.

 

Premier constat : dans tous les pays du monde, et la France ne fait pas exception, la police et l’armée sont légalistes. Si en Afrique ou en Amérique Latine, par exemple, l’allégeance au pouvoir peuvent être remises en cause, c’est parce qu’elle est tribale (comprendre : ethno-raciale). Mais dans le fond, un policier, un militaire, comme un électricien, un plombier, un épicier ne pense qu’à manger. Et dans son cas précis, comme tous les fonctionnaires, l’Etat est la source de son gagne-pain. Voilà pourquoi les policiers et les militaires sont légalistes et aiment l’ordre_et suivent celui-ci, et LES ORDRES, ceux des préfets, des ministres et autres. Dans les pays « démocratiques » qui sont les nôtres, ils peuvent bien entendu avoir un avis politique, voter, encore que, concernant les militaires, le droit de vote ne leur ait été accordé qu’après les femmes…

Quand on a établi ce constat, il est illusoire de croire en 2016 au putsch militaro-policier. Croire à des contacts, des coups de main ponctuels voire au moment décisif lors dudit putsch est déjà plus lucide. Mais s’engager dans un complot visant à faire s’effondrer toute la machine politico-administrative qui vous nourrit, c’est pour un militaire ou un policier impensable.

Comprenez par conséquent que comme les susévoqués électricien, plombier ou épicier, ceux-ci ne font (hélas) que leur travail quand ils vous cassent la figure, apprentis révolutionnaires d’extrême droite ou d’extrême gauche. J’utilise d’ailleurs à dessein ces termes car ils sont ceux que les médias vous collent à la peau : peu importe que vous vous revendiquez « anarchistes », « royalistes », « nationalistes », « catholiques », « apolitiques », etc. Si votre projet politique et social dérange l’ordre républicain et démocratique en place, il y aura une réponse policière immédiate.

Et tout ceci n’est que théâtre : la République, c’est Créon, de Sophocle. La question est donc : qui sera Antigone, c’est-à-dire qui saura (qui pourra) incarner la figure de légitimité face à un pouvoir politique légal mais de moins en moins légitime. Ceci est une autre question.

Par conséquent, la position de notre rapport à la police (et aux autres forces de l’ordre) doit être nuancée, mesurée : un soutien aveugle en deviendrait absurde, et nous ferait perdre de vue notre projet révolutionnaire. Cependant, ne pas condamner les violences elles aussi aveugles dont elles sont victimes, serait stratégiquement néfaste. En effet, il faut bien être conscient que de part leur légalisme, si nous arrivons à nos fins (la prise du pouvoir politique), nous aurons besoin d’elles. Et tous les policiers, militaires et gendarmes ne pourront pas adhérer à la totalité des idées que nous promouvons aujourd’hui à la radio, sur internet, dans les journaux, ou dans la rue. Ce qui nous protégera, c’est précisément ce qui nous gêne aujourd’hui : leur légalisme.

Usons donc avec mesure des slogans « ACAB » quand bien même la police nous inspirerait méfiance, voire haine.