La mort du Héros en Europe

Le terme de « héros » arrive en Europe pour la première fois en Grèce sous la plume du poète Homère. Elle désigne tout homme élevé au rang de Dieu ou de demi-Dieu. En Grèce, est héros celui qui fait l’objet d’un culte dit héroïque : Héraklès, Achille, etc. On honore leur courage et la façon dont ils sont morts par des cadeaux divers, afin de s’attirer leurs faveurs, comme dans le cas de Héraklès, demi-Dieu fils de Zeus et d’Alcmène, et qui siège pour ses prouesses de mortels sur l’Olympe.

Le moyen-âge chrétien, pétri de romanité et d’hellénisme, a conservé ce culte des héros : les légendes arthuriennes, Jeanne d’Arc, ainsi que les saints sauromates ne sont que des exemples de héros « païens » christianisés. Il serait fastidieux d’énumérer ainsi toutes les figures (chevalier errant (Lancelot, Bogatyr), saints, héros germaniques (Siegfried..) mais il est intéressant de noter ceci. De Miyamoto Musashi, auteur du « Traité des cinq anneaux », à Jeanne d’Arc, toutes ces figures, sont des symboles. Courage, vertu, foi, loyauté, abnégation, leur « légende dorée », surtout dans le contexte du romantisme et des préraphaélites, nous donne à voir des modèles.

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Sir Galahad, par Frederic Watts (1888).

Qu’importe que Jeanne d’Arc ait eu une sœur ou deux, ou ait été fille unique, qu’elle ait été fille de sergent, ou fille de paysans : ce qui compte, c’est le message qu’elle porte, message qui a dépassé sa propre personne, et appartient donc, pour faire plaisir aux Républicains, « au commun », en l’espèce : la Nation. Aujourd’hui, les statues, les peintures, les poèmes, et les contes sont muets, et les fées sont mortes. La post-modernité, le désenchantement qu’elle porte, ce n’est pas que le bétonnage et des centres commerciaux immenses : c’est la Mort des Héros.

Une fois ce diagnostic établi, essayons d’en déterminer la cause. Il y en a à mon sens deux principales, la seconde étant fille (ou plutôt petite fille) de la première.

Evoquons tout d’abord la Renaissance, qui place l’Homme au centre de la Création, et de la réflexion. En rationalisant le Mythe et l’Inaccessible, la Créature commet certes un péché contre le Créateur (je laisse ce genre de débats périphériques à d’autres), mais, pire encore, elle rationalise également ce qui enchante le monde. Et par là, elle rationalise, mathématise, les symboles. Or, le symbole ne s’explique pas. Il est, il est aimé, vénéré, et se comprend par la pratique et la transmission d’une Tradition. C’est ainsi, que la Révolution industrielle, petite fille de la Renaissance, donne l’avant dernier clou au cercueil des Héros et du Mythe. Dans ce siècle de vapeur, de charbon, et bientôt de chimie, de pétrole et d’électricité, pas de place pour les elfes, le feu sacré, et la peau de Lion d’Héraklès. Le Progrès occupe le Temps, l’Espace, et la Pensée, emportant tout sur son passage. Quelques uns résistent : le romantisme du XIX ème siècle, notamment allemand et anglais, constitue à mon sens une ultime tentative de faire revivre le Mythe et les Héros. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la dernière tentative de résurrection du romantisme naîtra en Allemagne dans les années trente. Le mouvement völkisch était lui aussi une tentative de réenchanter le monde. Léon Degrelle, fondateur du mouvement Rex et membre de la Division Wallonie, dira d’ailleurs : « J’avais rêvé d’un siècle de chevaliers, forts et nobles, se dominant, avant de dominer. Dur et pur disaient mes bannières ». Dans un siècle aussi brutal et moderne que le XX ème siècle, cette référence à la chevalerie et à sa noblesse apparaît comme anachronique.

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Léon Degrelle (1906-1994) en uniforme. 

Les derniers Héros sont morts avant ma naissance : parachutistes, Résistants, mercenaires, anciens Waffen SS, et encore n’étaient-ils déjà plus que le reflet des Achille et des Patrocle d’antan. Même les acteurs qui ont illuminé mon enfance dans certains rôle se sont avilis, vieillis, bouffis, et avides.

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Arnold Schwarzenegger dans « Conan » de John Milius (1982)

Mais peut-être aussi que chaque époque sécrète ses propres héros, et a donc les héros qu’elle mérite.

Si la civilisation du Progrès est en effet celle de l’individualisme sociétal, du nihilisme, et de l’atavisme, il faut qu’un petit nombre d’entre nous allume les flambeaux des âmes et des consciences. Dostoïevski disait dans L’idiot que la « beauté sauverait le monde ». J’en suis convaincu. Et alors, les Héros reviendront pour éclairer nos chemins. La solution est en nous, et en personne d’autre, dans nos racines, dans nos traditions, et certainement pas dans l’opposition à une autre civilisation, ni dans l’alignement sur une autre, à l’Est ou à l’Ouest. La solution est là, à portée : dans le réenracinement des mentalités et des pratiques culturelles, économiques, familiales, religieuses, alimentaires… Les exemples sont multiples. La beauté nécessaire se trouve dans de petites choses. Elle « sauvera le monde ». Et nos âmes.

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3 réflexions sur “La mort du Héros en Europe

  1. WhiskyCib

    Bonjour,

    J’apprécie cet article, vos réflexions, et plus généralement le blog dans son entièreté.
    J’aurais aimé savoir si il y avait des livres qui ont été formateurs pour vous, qui ont fortement alimentés votre pensée (pas forcément qu’à propos des articles présents sur votre blog mais dans sa globalité) et que vous conseilleriez ?
    Vous citez Dostoïevski, je suppose que vous devez tenir cet auteur en haute estime vu tout le bien que l’on en dit (euphémisme), Charles Maurras est présent dans la bannière je connais cette personne de nom, sait à peu près qu’il il est, ce qu’il a fait, peut être devrais-je le lire mais quel ouvrage ?

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    1. Bonjour,

      Concernant Maurras il y a à mon sens une poignée de livres formateurs : Mes idées politiques, Dictateur et Roi, et Enquête sur la monarchie.
      Concernant des livres formateurs il y en a énormément… Je citerais Maurras donc, Marx, Nietzsche, Aristote, Thomas d’Aquino, Nicolàs Gomez Dàvila, Joseph de Maistre, Ezra Pound, Julius Evola, Miyamoto Musashi… Mais cela ne vaut que pour moi. Et puis il y a Le Goffredo, Boves, Duby, Dumézil, Pastoureau en histoire.

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