Daesh et déracinement capitaliste

Il est tentant de balayer la peur légitime qui saisit nos sociétés modernes décadentes  après chaque attentat en invoquant un « nihilisme » de leurs auteurs.

Le nihilisme, du latin « nihil » (« rien ») renvoie à l’idée que « rien » n’a de sens ou de valeur. Les combattants de l’Etat Islamique (Daesh) combattraient ainsi par pur nihilisme, et ne défendraient « rien ». C’est une façon commode de présenter les choses et de se rassurer, à la fois intellectuellement et émotionnellement. Ainsi, on peut opposer à une « civilisation du rien » une civilisation du bien, du beau, des droits de l’Homme, de l’amour, de la fraternité, etc. (la liste n’est pas exhaustive).

Le problème de cette analyse simpliste, qui a cours depuis 2001 et qui séduit à la fois les néocons et la gauche laïciste notamment française, c’est qu’elle s’essoufle face à la réalité. Dans les faits, les terroristes des affaires Merah, Charlie Hebdo, Bataclan et aujourd’hui de Bruxelles (demain Madrid, Londres, Berlin ou Rome ? A croire que Daesh se prend pour un groupe de rock) sont des jeunes de banlieues faiblement instruits y compris sur le plan théologique. Ils ont été radicalisés sur le tard, et ont avant tout connu un parcours dans la violence et la délinquance toujours plus violente.

Les « jeunes de l’immigration », en France, en Belgique, au Danemark, aux Pays-Bas, en Suède, en Italie, en Angleterre, vivent dans un monde que nos élites ignorent ou en tout cas veulent occulter. Il s’agit tout d’abord d’un monde laid sur le plan esthétique et architectural. Les barres HLM offrent un cadre propice à l’ennui et au solipsisme. Il s’agit ensuite d’un monde capitaliste qu’ils rejettent, car il ne leur offre comme options, pour être simple voire caricatural, que de faire des frites à Mac Do ou de dealer. Qu’on comprenne bien l’articulation logique de mon propos : ce n’est pas parce que la société les rejette qu’ils deviennent délinquants, mais l’inverse.

A partir de là, dans une France, et un Occident plus globalement en perte totale de spiritualité, il devient urgent pour une certaine jeunesse, en provenance de pays où la spiritualité est encore très vivante, de trouver quelque chose de satisfaisant. Et cela, La (non) civilisation du Progrès et son nihilisme ne peuvent lui offrir. Dès lors, il est aisé pour l’Etat islamique de monter une communication invitant à la spiritualité, à un Destin. Qu’importe si ce Destin est la mort, car il invite aussi à « purger », « châtier » les « croisés » (je reviendrai plus loin sur ce terme). Il n’y a qu’à voir les vidéos de Daesh (je n’en mettrai pas ici pour des raisons évidentes) ou certains de leurs nasheed

A ce titre, la communication de Daesh qualifiant les pays Européens et leurs habitants de « croisés » (même si on imagine mal François Hollande porter armure) est particulièrement bien rodée. Renvoyant aux temps d’affrontements entre chrétiens et muslmans les plus brûlants, elle introduit une notion « identitaire » très clivante, quand bien même Saladin (une des idoles de cette nouvelle jeunesse 2.0 issue des banlieues) était Kurde, et non Maghrébin ou Arabe…

A titre de conclusion, je pense qu’il convient de se méfier de tous les pseudos-adeptes de théologie (notamment musulmane), de politique, de géopolitique, de sociologie et d’ethnologie qui pullulent sur la toile, et ce de tous les côtés. Ce modeste article, même s’il affiche une volonté de faire avancer le débat, n’a en réalité que peu de prétention.

Publicités