La (non) civilisation du Progrès

Contrairement à une idée reçue, la (non) civilisation occidentale n’est pas une civilisation « libérale » ou « capitaliste ». C’est une erreur et un piège que d’accuser ces deux maux (car ils sont en partie fautifs) des vices qui accablent nos sociétés en décadence.

Si la France, l’Allemagne, l’Italie, la Grande-Bretagne, la Scandinavie, mais aussi, contrairement là aussi à une idée répandue la Russie (voir les ravages des stupéfiants, de l’alcool et de l’avortement) sont sur la pente du Kali-Yuga (« l’âge du fer »), c’est moins une question de modèle économique qu’une façon d’aborder le monde et la spiritualité.

Il est à mon sens plus pertinent de souligner la rupture à la spirtitualité, au père (et au Père), qui a permis de faire pénétrer non seulement le Kapital, mais également le Progrès dans notre monde. Il faut entendre le concept de Progrès non comme le progrès technique (médecine, agriculture, astronomie, etc), mais comme une idéologie et aujourd’hui comme une contre-civilisation, un contre-modèle. S’il apparaît à chacun évident de la nécessité de faire progresser la science pour soigner telle ou telle maladie, pour améliorer le confort des hommes (alimentation, sécurité, etc), le progrès devient Progrès dès lors qu’il se dépasse soit même et qu’on ne se pose plus la question du pourquoi, et de la nécessité ou non de l’objet. C’est en particulier le débat épineux du transhumanisme.

J’ai dit plus haut que le capitalisme n’était pas à blâmer. Il serait plus exact qu’il n’est pas le seul à blâmer, et pas de façon directe. En effet, il suffit de prendre conscience d’un simple fait : nous avons davantage progressé techniquement ces cinquante dernières années que dans les deux siècles qui ont précédé. L’esclave grec était finalement dans sa relation à la terre et au ciel plus proche du paysan du Moyen Age que nous le sommes de nos aïeux morts à Sedan. Si l’on considère les progrès techniques que sont les smartphones, les tablettes, les robots, l’intelligence artificielle (l’une d’elle vient de battre le champion du monde du jeu de go, jeu fort complexe), ceci est une évidence. Maintenant, faites l’expérience suivante : prenez le métro ou le RER parisien en journée, en plein après midi. Marchez à une vitesse normale, ne courez pas. Vous constaterez alors comme tous les voyageurs marchent à une vitesse folle, indivis. Interrogez vous : pourquoi courir ? Il y a des métros toutes les quatre minutes maximum. Certes, certains ont peut-être un rendez vous, un enfant à aller chercher, que sais-je. En réalité, tout ce qui est supposé nous faire gagner du temps, sms (nous téléphonons de moins en moins), smartphones, transports de plus en plus rapides (les travaux d’un train se déplaçant à 1200 km/h devraient bientôt débuter en Slovaquie) contribue non pas à faciliter et à fluidifier les rapports humains, mais à les tendre et à les complexifier. La civilisation du Progrès veut des consommateurs et des travailleurs indivis, stakhanovistes, déracinés, et bien entendus, échangeables, d’une région à l’autre (voir l’agonie des régions françaises, soumises aux coups de ciseaux de l’Etat jacobin et de l’Europe) voire d’un pays à un autre.

A l’heure d’internet 4g et de Twitter, combien d’entre nous, y compris l’auteur de ces lignes, se plaignent de n’avoir jamais de temps pour voir un ami, lire un livre ou manger calmement quelque chose de sain ?

La solution à la dramatique situation de nos nations réside à mon sens dès lors dans une réappropriation de nos terres, de nos espaces, et du temps, c’est à dire apprendre à prendre le temps. S’enraciner dans le temps et l’espace.

« L’avenir appartient à qui recueille et sème l’éternelle fleur du passé » Charles Maurras

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3 réflexions sur “La (non) civilisation du Progrès

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